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1944.11.22.De Worms et Cie.Notes sur les Établissements Japy Frères
CopiesNB : Dossier intitulé "Japy" et constitué d'une "Note sur les Établissements Japy Frères", de tableaux indiquant le chiffre d'affaires des années de 1941 à 1944 et les bilans et comptes de pertes et profits des exercices 1940 à 1943 ; note intitulée "Prélèvement de main-d'uvre au titre de la relève pour le siège social, les ateliers du château d'eau et dépôt d'Aubervilliers" ; note intitulée "Prélèvement de main-d'uvre aux usines" ; note intitulée "Fabrication de matériel de guerre" ; note intitulée "Matières premières". Ces documents sont classés ensemble au 22 novembre 1944.Note sur les Établissements Japy FrèresSociété au capital de 105.000.000 de francs, créée en 1763, possède un groupe d'usines à Beaucourt, La Feschotte, l'Isle-sur-le-Doubs, Fesches-le-Châtel, Anzin, fabrication de machines à écrire, horlogerie, moteurs électriques de taille puissance (moins de 10 CV), pompes, articles de ménage, émail, aluminium, visserie, boulonnerie émaillerie, groupe environ 5.000 ouvriers et employés.La société, dont la réorganisation a débuté en février 1939, a vu son chiffre d'affaires monter du fait même de cette réorganisation, au cours des années qui ont suivi. Un très gros effort d'investissement en machines-outils a été fait en 1939 de façon à permettre à la société d'accroître son activité, ce qui explique les chiffres ci-dessous :[Rajout manuscrit : Le chiffre d'affaires aurait monté beaucoup plus vite si la guerre n'avait pas éclaté.]1er juillet 1938 au 31 décembre 1939229.861.718,291940206.289.613,511941228.708.268,451942227.000.000,001943320.000.000,00les 7 premiers mois de 1944210.000.000,00Dès le mois de septembre 1940, la société a été l'objet de démarches de la part des autorités allemandes pour exiger une part très importante, sinon la totalité, des fabrications. L'administration de la société a fait l'impossible pour réduire les livraisons aux Allemands par rapport à celles destinées au marché français, mais les autorités d'occupation ont exigé, après des discussions interminables, que 70% au moins de la production des usines Japy leur soient réservés.La direction devait donc s'incliner mais, par des moyens de fortune, et au risque de voir ses membres arrêtés, elle a organisé la falsification des états remis mensuellement aux autorités allemandes. Comme on le verra par les tableaux ci-joints, le pourcentage des fabrications réservées au marché français a varié entre 55 et 75%. Comme il était impossible de ne pas donner aux autorités allemandes le chiffre exact des livraisons qui leur étaient effectuées, celui des fabrications réservées au marché français était diminué sur chaque état. C'est ce qui explique le tableau ci-joint où il est indiqué, d'une part les chiffres français déclarés aux Allemands, et d'autre part les chiffres français réels. Ces états faux ont été fournis sur les instructions de la direction générale et avec l'accord et la connivence du personnel chargé de leur établissement. Des témoignages peuvent être recueillis auprès de Monsieur Albert Japy, Monsieur de Severac (état-major de l'armée Delattre de Tassigny), Madame Baraud et Mademoiselle Colomb.Si l'on prend l'ensemble des chiffres d'affaires de 1943 et des sept premiers mois de 1944, on verra que les livraisons aux autorités allemandes ont été relativement faibles par rapport aux exigences de celles-ci. C'est ainsi qu'en 1942 les livraisons aux Allemands se sont élevées à 64.000.000 de francs sur un total de 228.000.000. En 1943 à [1]65.000.000 sur un total de 320.000.000. En 1944 à 61.000.000 sur un total de 211.000.000.Ci-joint également un tableau pour 1943 et 1944 donnant le détail par industrie des livraisons effectuées aux Allemands, d'où il ressort que les principales d'entre elles ont été faites en machines à écrire et en quincaillerie. [NB : Ce passage est raturé ainsi que la phrase suivante.]Ci-joint encore les bilans des différentes années avec les comptes de profits et pertes.RelèveCi-joint une note sur les différentes négociations et les incidents qui se sont produits à propos des prélèvements de main-d'uvre. Il nous est malheureusement impossible de vous donner les chiffres exacts des prélèvements aux usines : ceux-ci se trouvent à Beaucourt et nous ne les aurons qu'au retour de Marin-Darbel.Fabrication de matériel de guerreLa société n'a jamais produit de matériel de guerre, malgré les différentes pressions qu'elle a subies. Ci-joint une note détaillée sur ces opérations.[Rajout manuscrit : ou elle n'en a livré qu'en quantité tout à fait provisoire.]Ci-joint également une note expliquant par suite de quelles manuvres la société a pu obtenir les matières premières nécessaires pour les fabrications destinées au marché français. Tous les besoins pour compte allemand ont été majorés de 23 à 30 % malgré les contrôles continuels des services techniques allemands, ce qui a permis d'arriver comme il est dit ci-dessus au pourcentage des fabrications destinées au marché français par rapport à celles réservées aux Allemands.II y a lieu de signaler qu'un comité d'épuration a été créé dès la libération aux Ets Japy Frères. Monsieur Jean Blanc, membre de la Résistance qui représente le personnel est tout prêt à témoigner en ce qui concerne l'activité de la Maison et l'attitude pendant l'occupation vis-à-vis des autorités allemandes.[NB : Est portée en marge de ce paragraphe la mention BI]22/11/44[NB : Voir PDF pour les tableaux indiquant les chiffres d'affaires de 1941 à 1944.][NB : Voir PDF pour les bilans et comptes de pertes et profits des exercices 1941 à 1943.]Paris, le 22 novembre 1944Prélèvement de main-d'uvre au "titre de la relève"pour le siège social, les ateliers du château d'eau et le dépôt d'Aubervilliers1°) D'après la loi du 4 septembre 1942 nous avons été tenus de fournir à l'Inspection divisionnaire du travail, les renseignements sur l'ensemble de notre personnel.Nous avons sciemment fourni des renseignements erronés, sur les ouvriers qualifiés et spécialisés et en avons même mentionné comme employés de bureau.2°) Lorsque nous avons été convoqués devant les commissions mixtes franco-allemandes, nous avons fait de nombreuses démarches fournissant toujours un certificat de classement "Rustung" alors qu'en réalité ce certificat n'était pas valable.Nous avons également mis en opposition plusieurs services allemands, notamment les bureaux de l'avenue Kléber de façon à nous éviter les prélèvements.Pour nos services de la rue Marignan pour un effectif de 306 personnes, deux employés seulement sont partis au titre de la "relève" et ce parce que convoqués individuellement par leurs mairies.Pour nos ateliers du château d'eau, sur un effectif de 103 personnes, 23 ouvriers sont partis ; plusieurs d'entre eux revenus en permission ont été envoyés par nos soins dans nos usines de l'est.Pour notre dépôt d'Aubervilliers, sur un effectif de 46 personnes, trois seulement sont parties. Un d'entre eux étant revenu en permission a été envoyé dans-nos usines de l'est.3°) Au moment où les bureaux d'embauche allemands devenaient plus sévères pour la "relève", nous avons fait partir des employés aux usines où les prélèvement étaient terminés.4°) Parmi les ouvriers revenus en permission, nous en avons envoyé dans nos usines et leur avons procuré maintes fois de faux certificats de travail, et dans certains cas, nous avons embauché des ouvriers spécialisés et qualifiés, des dessinateurs et des ingénieurs, sans papier et que nous ne portions pas sur nos effectifs.5°) Pour nos agences en province, nous avons réussi à éviter les départs en Allemagne en mutant nos ouvriers d'une agence sur l'autre, au fur et à mesure que les recensements étaient faits dans un endroit.Prélèvements de main-d'uvre aux usinesNous n'avons pu évidemment échapper totalement aux opérations dites de relève et différents prélèvements ont été effectués sur ordre du Rustungkommando de Besançon, au début de 1943.Nous avons toutefois limité au maximum le départ de nos ouvriers en agissant de la façon suivante :1°) A chaque fois que nous étions l'objet d'une taxation de la part du Rustungkommando, nous avons fait intervenir les organismes centraux de Paris qui surveillaient l'exécution des commandes pour le compte des autorités allemandes, et en les mettant en antagonisme, nous avons réussi à maintes reprises, à réduire le chiffre primitivement fixé et même, comme ce fut le cas en avril 1943, où 113 de nos ouvriers de Fesches le chatel étaient désignés, à faire annuler un ordre de départ en Allemagne. Jusqu'à la fin des opérations de "relève", nous avons pu user de cette tactique qui a donné d'excellents résultats ; tant que duraient les discussions entre les différents services allemands ; que nous mettions en opposition, les ouvriers restaient, et ceux qui étaient visés pouvaient, sur nos indications, prendre le large.2°) A chaque départ ou à chaque désignation, il y avait naturellement un déchet important de l'ordre de 30%. Malgré les visites fréquentes de la Feldgendarmerie, nous avons réussi à soustraire aux recherches la plupart de nos ouvriers, et jouant de l'éloignement de nos usines de la région de l'est, nous avons pu réembaucher, à différentes reprises, les réfractaires dans une autre usine que leur usine d'origine, soit sous une fausse identité, soit sous leur identité réelle.Nous avons d'ailleurs eu cette besogne assez délicate facilitée par les services de la main-d'uvre française de la région qui nous accordaient en fraude les certificats de travail et les autorisations d'embauche indispensables.De cette façon, près de 200 ouvriers désignés pour partir en Allemagne ont échappé à la déportation et ont pu cependant continuer à travailler dans nos usines.3°) Parmi les ouvriers qui étaient partis en Allemagne et nombreux sont ceux qui au cours de leur première permission, sont venus nous demander conseil pour ne pas retourner là-bas. Nous leur avons facilité naturellement, dans la mesure du possible, leur embauche dans d'autres régions ou d'autres établissements.Fabrication de matériel de guerre[Rajout manuscrit : Cette note est établie d'après les indications que nous avons recueillies chez Worms, mais seuls les dirigeants de Japy sont qualifiés pour donner des éléments définitifs.]Dès le début de l'occupation, nous avons été sollicités à différentes reprises, soit par des organismes locaux contrôlant directement nos usines (Inspection de l'armement de Dijon, services économiques de Montbéliard et de Besançon), soit par les organismes centraux de Paris, en particulier par la Direction de l'aviation allemande, rue du Faubourg Saint-Honoré, pour effectuer dans nos usines des commandes d'armement proprement dites, en particulier des pièces d'aviation.[Rajout manuscrit : Alors qu'elles venaient de mettre au point des fabrications de guerre pour la France.]Notre politique générale a toujours été de refuser les dites commandes sous le prétexte que nos usines ne disposaient ni de la main-d'uvre qualifiée, ni des machines-outils nécessaires pour entreprendre de telles fabrications qui sont des fabrications de précision.Nous avons insisté sur la vétusté de notre outillage et ces prétextes ont été suffisants pour nous permettre d'éviter toutes les commandes d'armement, jusqu'à fin 1942. D'ailleurs, nos usines n'étaient pas considérées, pendant les premières années de l'occupation, comme usines d'armement (Rustung), et c'est simplement par arrêté en date du 1er décembre 1942, que nos Établissements de Beaucourt, Isle-sur-le-Doubs, Voujaucourt et Fesches-le-Chatel ont été classés Rustung, et sont passés sous le contrôle du Rustung-kommando de Besançon, colonel Dietrich.Par lettre en date du 9 janvier 1943, cet organisme allemand nous avisait que, mensuellement, 70% au moins de la capacité de production de nos usines devaient être employés pour l'exécution de commandes allemandes.Malgré cette classification de Rustung, nous avons continué à nous opposer à mettre en route des fabrications d'armement proprement dites. Nous avons eu de grosses difficultés à le faire car, depuis cette date, nous étions pratiquement sous le contrôle de l'autorité allemande qui avait délégué un de ses officiers de Besançon, le Baurat Hertzner, pour contrôler nos usines. Cet officier était, d'ailleurs, plusieurs fois par semaine à Beaucourt et exigeait de la direction technique tous les renseignements qu'il jugeait utiles.C'est à ce moment que nous avons été obligés, sur pression encore plus violente, d'accepter de la Maison Schuster à Vienne, une commande de vis de forme (formerschrauben) qui étaient des pièces rentrant dans la fabrication de fusées. Après des discussions que nous avons fait traîner plusieurs semaines, nous avons été obligés d'entreprendre une commande de 250.000 vis de forme, et, alors que le Rustungkommando de Besançon estimait que nous avions la possibilité technique de fabrication de 150.000 pièces, par mois, nous avons mis 4 mois pour fabriquer 112.000 pièces. Ces pièces d'ailleurs ont été l'objet de violents litiges entre le Rustungkommando et nous-mêmes et nous avons été à maintes reprises, en particulier en juin, juillet et août, accusés de malfaçon et de sabotage. C'est ainsi que sur les 18.000 pièces de la première livraison, 48 seulement ont été acceptées.[Cette commande étant partiellement exécutée à des prix qui d'ailleurs étaient inférieures à nos prix de revient réels, au lieu de nous conformer aux instructions du Rustungkommando, qui étaient de prendre] de nouveaux contrats, nous n'avons pas bougé et nous avons laissé les choses en l'état jusqu'au moment où, en septembre 1943, Monsieur Schuster est venu personnellement de Vienne à Paris et a convoqué à ses bureaux de la rue La Boétie, deux personnes de la direction générale de Japy, les a accusées de sabotage, les a menacées d'arrestation et a exigé que le président du conseil d'administration vienne de suite avec lui au Rustungkommando de Besançon pour examiner la situation.[NB : Le passage entre crochets, dans le paragraphe précédent, est raturé.]Convoqués en septembre et octobre, à différentes reprises à Besançon, nous avons été contraints d'accepter, fin septembre, une nouvelle commande de vis de forme, sur l'ordre impératif qui nous en a été donné le 17 septembre 1943, par le Rustungkommando.Nous avons donc été obligés de reprendre cette fabrication, mais comme pour la première commande, nous avons freiné au maximum la production. Nous avons été aidés en cela par l'explosion d'un transformateur, et ensuite, la fabrication a été complètement stoppée, les machines à décolleter ces places, qui comprenaient 3 tours Gridley et 1 tour New Britain ayant sauté, au début de janvier 1944, avant même que nous ayons pu effectuer une première livraison sur cette nouvelle commande.A ce moment-là, nous avons eu de très grosses difficultés d'une part avec Monsieur Schuster et d'autre part, avec le Rustungkommando, qui nous ont accusé d'avoir favorisé le sabotage des machines, et en date du 3 février 1944, nous avons été l'objet d'une réquisition des machines qui étaient employées à cette fabrication, comprenant des tours automatiques, des fraiseuses, perceuses et tours revolvers, ces machines devant être, suivant les instructions formelles de Besançon, mises à la disposition de la Maison Schuster, qui les répartirait chez d'autres sous-traitants pour effectuer cette fabrication.En effet, une partie des machines en état de marche, a été affectée aux Établissements Siamec à Nevers, au début de mars et une seule machine aux Établissements Vimeux à Fourchambault (Nièvre). A cette date d'ailleurs, des camions et forces armées allemands sont venus procéder eux-mêmes à l'enlèvement des machines.Pour les machines qui étaient endommagées, à savoir les 4 tours automatiques, et qui représentaient une réelle capacité de production, nous avons pu, grâce à la complicité des services du ministère de la Production industrielle (ingénieur Courtoux) et des réparateurs de machines américaines (Hortsmann et Fenwick) éviter que les machines ne soient expédiées en Allemagne, sous le prétexte de les faire réparer par nos propres soins à Paris. Bien entendu la réparation n'a pas été effectuée, mais les tours ont été démontés et cachés dans nos usines.Aucune autre commande d'armement n'a été exécutée pendant toute l'occupation par les Établissements Japy Frères.Matières premièresPour l'exécution des commandes allemandes, nous étions obligés, comme tous les autres industriels, d'établir des demandes de matières premières. Ces matières premières nous étaient attribuées par les offices de répartition français, sur ordre naturellement, des organismes allemands correspondants.Etant donné les faibles contingents qui nous étaient accordés pour l'exécution des commandes françaises, nous avons toujours majoré de 25 à 30% nos besoins réels pour l'exécution des commandes allemandes (malgré le contrôle et les justifications qui nous étaient demandées à maintes reprises) de façon à pouvoir distraire une partie des matières premières fournies pour les commandes allemandes, pour l'exécution d'articles destinés au marché français.Ceci nous a permis d'ailleurs, pendant toute la durée de l'occupation, d'augmenter considérablement notre pourcentage de produits destinés à la consommation intérieure.
1944.11.23.De Gabriel Le Roy Ladurie.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieInterrogatoire de M. Le Roy Ladurie GabrielL'an mil neuf cent quarante quatre, le 23 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction à la Cour de justice de la Seine, assisté de Lombard, greffier, a été amené : le sieur Le Roy Ladurie, Gabriel, déjà entendu. Maître Bizos, son conseil régulièrement convoqué et à la disposition de qui la procédure a été mise la veille de ce jour, l'assiste.Il déclare :Demande : Nous donnons connaissance à l'inculpé des termes d'une lettre en date du 27 octobre 1944, émanant d'un membre de la Commission de justice du CNR qui nous a été communiqué par Monsieur le procureur général. Nous demandons à l'inculpé de s'expliquer sur les rapports bancaires intervenus entre la Banque Worms et la Kriegsmarine ?L'inculpé répond :Ainsi que je l'ai exposé dès mon premier interrogatoire, en mars 1941, le commissaire gérant imposé avec les pouvoirs les plus étendus à notre maison par l'occupant, Ziegesar, avait un réel besoin de justifier sa présence chez Worms par quelques initiatives favorables à ses compatriotes. Il insista auprès de ses amis de la Kriegsmarine pour que celle-ci nous confiât ses mouvements bancaires. A de multiples reprises, il me demanda d'ouvrir un compte à l'amirauté. A cet effet il me fit rencontrer plusieurs fois des officiers de l'intendance maritime ? Je déclinai toute ouverture de compte qu'en vertu de ses pouvoirs exorbitants, Ziegesar pouvait à tout instant nous imposer d'un trait de plume. Je consentis seulement à régler les factures de certains fournisseurs de la Kriegsmarine lorsque celle-ci nous en ferait la demande expresse et à condition qu'il ne s'agisse pas de matériel de guerre. En fait les demandes nous étaient toujours transmises par nos commissaires gérants. Quelques jours plus tard, des factures nous étaient directement remboursées par l'intendance maritime. Cette clientèle occasionnelle était déplaisante, de basse qualité morale et n'était pas sans danger. Mais Ziegesar tenait beaucoup à ces opérations. J'ai cru comprendre qu'il comptait sur l'amitié de la Kriegsmarine pour rétablir ses affaires compromises auprès du Majestic. Ziegesar parti, son successeur Falkenhausen, poussa lui aussi activement à ces opérations. Un de ses amis intimes était le Commandant Von Tirpitz. Nous freinâmes ces opérations avec constance. Elles baissèrent peu à peu d'amplitude pour laisser en définitive 3.000.000 de francs de débiteurs irrécouvrables.Je confirme donc que la Kriegsmarine n'a jamais eu de compte à son nom chez Worms ni déposé de chéquier sur nos caisses.Lecture faite, persiste et signe.Nous donnons connaissance à l'inculpé de la lettre émanant de la Commission de justice du CNR, qui a été versée au dossier par Monsieur le procureur général.L'inculpé répond :Je désire souligner tout d'abord un certain nombre d'inexactitudes flagrantes.En premier lieu, je ne suis pas gérant de la société Worms mais directeur des Services bancaires, appointé comme tel mais sans aucune participation aux résultats de la société.En second lieu, il est exact que M. Paringaux est bien le frère de l'ancien directeur du cabinet de M. Pucheu et secrétaire général de la société Japy mais, comme tous les collaborateurs de Japy, il n'est en aucune façon pour le compte de Worms, mais au service de sa direction générale. M. Paringaux a été engagé par M. Pucheu et confirmé par le successeur de celui-ci sans aucune intervention de Worms.Quant à l'étonnement que manifeste cette lettre de voir une entreprise israélite soustraite aux mesures de liquidation et d'appropriation de ses actifs par les autorités d'occupation, il est vraiment inconcevable qu'on puisse reprocher à un Français d'avoir réussi à sauvegarder des actifs français aussi considérables et aussi utile à l'économie nationale. Il me semble au contraire que c'est dans le cas où je n'aurais pas consacré tous mes efforts à faire échapper Worms à la confiscation de ses biens par le Reich que l'on devrait me poursuivre pour connivence avec l'ennemi.Enfin, je me suis suffisamment expliqué dans mes interrogatoires précédents sur la nature de mes relations avec MM. Pucheu, Barnaud et mon frère, pour que j'estime utile de revenir sur cette question. Quant aux cas de MM. Caziot et Achard, il suffira que je dise que ni moi ni aucun des dirigeants de Worms, ne les connaissaient même de vue et que pour toute personne tant soi peu informée des questions de politique agricole, il est notoire que depuis 20 ans, ils n'ont cessé d'être les adversaires de mon frère.Je tiens maintenant à élever la protestation la plus vive contre l'intrusion d'un organisme sans mandat ni caractère légal dans une information judiciaire.Dans les circonstances actuelles, je vous déclare retirer ma demande de mise en liberté provisoire du 16 novembre 1944.Lecture faite, persiste et signe.Du point de vue des responsabilités que nous pourrions encourir du fait de nos diverses participations, il y a lieu de classer les entreprises dans lesquelles nous avons des intérêts, en trois catégories.1°- celles dans lesquelles nos participations financières où le rôle que nous jouons dans leur gestion, en faisant occuper par nos propres collaborateurs les postes de président ou de directeur général, comportent pour nous des responsabilités les plus étendues.Tel est le cas de :la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire, présidée par Hippolyte Worms,de la Société française de transports pétroliers, présidé par le même, de la Socomet, société de courtage maritime, dont nous avons la totalité du capital, la Société d'études et d'explorations minières (Setem) holding des mines métalliques dirigée par Jean Cantacuzène et dont nous avons la grande majorité du capital,la Société privée d'études et de banque dont le capital est en grande majorité à nous,l'Union immobilière pour la France et l'étranger (holding immobilière) présidée par M. Robert Labbé.A ma connaissance et sauf omission, ce sont les seules sociétés dans lesquelles la responsabilité de Worms est pleine et entière. Aucune d'entre elles, à ma connaissance, n'a fait d'opérations avec les Allemands.2°- Les sociétés dans lesquelles nos intérêts sont tels que nous disposons et aux assemblées générales d'actionnaires et aux conseils d'administration d'une influence certaine, mais qui ont leur vie propre, leurs organismes de direction indépendants et qui, pour la quasi-totalité, se consacrent à des activités industrielles et commerciales dans lesquelles nous ne sommes pas spécialisés. Nous avons toujours eu pour règle de respecter dans l'esprit le plus large les droits des autres actionnaires et les situations acquises, soit des administrateurs soit des dirigeants nommés antérieurement à notre intervention.Dans toutes ces sociétés, il y a un domaine dans lequel nous revendiquons les responsabilités les plus étendues, c'est le domaine financier, car nous considérons que la présence dans ces sociétés de Worms, implique que nous contrôlons des questions de crédits et de trésorerie. Par contre dans toutes les questions d'exploitation technique et commerciale nous avons pour principe de laisser aux dirigeants qualifiés la liberté la plus large et nous n'intervenons que lorsque des problèmes de cette nature ont des répercussions financières et bancaires importantes.L'intérêt principal que représentent ces participations pour Worms est d'une part, leur clientèle bancaire et d'autre part l'espoir d'une certaine valorisation du capital engagé.Appartiennent à cette catégorie :La Compagnie sétoise de produits chimiques, (participation 28.000 titres sur 58.000). Cette société n'a jamais travaillé pour l'Allemagne.Société d'entreprises et de grands travaux hydrauliques, entreprise dont nous avons assuré le sauvetage financier, (34.000 actions sur 120.000). N'a jamais travaillé pour l'Allemagne.Société Falta, société Metalla et société Molybdène qui ont fait l'objet d'un examen d'autre part.Société des établissements Japy Frères, qui fera l'objet d'un examen ultérieur.Société des établissements Puzenat, pour laquelle je fais la même observation.Société Maret, Bonnin & Lebel, dont nous avons assuré la réorganisation (35.000 titres sur 255..000). N'a jamais travaillé pour les Allemands. (Commerce et affinage de métaux précieux).Société minière et électrique des Landes, lignite et production d'électricité, (41.000 titres sur 200.000). N'a jamais travaillé pour les Allemands.Société Préservatrice Accidents (42.000 titres sur 189.000). Les cinq principales compagnies d'assurances françaises en ayant bloqué entre elles 70.000.Société privée de réescompte, maison spécialisée dans les négociations des bons du Trésor (15.300 titres sur 40.000). N'a jamais travaillé pour les Allemands.Société des transports maritimes pétroliers (9.670 titres sur 14.000). N'a jamais travaillé avec l'occupant.Société tunisienne d'hyperphosphates Réno (18.000 titres sur 40.000). À ma connaissance, n'a jamais contracté de marchés avec les Allemands mais a pu avoir des wagons réquisitionnés.Société Fournier et Ferrier, société de corps gras de Marseille. Le montant exact de la participation sera précisé. Notre position dans cette société est trop récente pour que nous ayons une responsabilité de gestion. D'accord avec les anciens actionnaires, M. Pitavino assurait une présidence intérimaire pendant une partie des hostilités et est qualifié pour donner tous renseignements, M. Pitavino avait été le négociateur des opérations qui ont permis l'assainissement financier de cette compagnie et représentait nos intérêts. Personnellement, je suis dans l'ignorance absolue de la marche commerciale de l'entreprise.Société des matières grasses, Marseille, société holding étroitement liée à la Société précédente. Je ne puis faire en ce qui la concerne que la même observation que pour la Société Fournier et Perrier.Société des établissements Claude Bonnier, industrie mécanique, (1.000 titres sur 3.000). N'a jamais travaillé pour les Allemands.. J'indique que Claude Bonnier, un de mes amis personnels, a été envoyé avec notre concours en Afrique du Nord en 1942, puis revenu en France en mission spéciale, arrêté par la Gestapo, s'est suicidé pour ne pas parler.Société immobilière du boulevard Haussmann, dont le contrôle se trouve entre les mains de la société l'Union immobilière citée dans la première catégorie.3°- Les sociétés dans lesquelles notre participation est trop faible pour nous permettre d'y exercer une influence marquante. Il s'agit en général soit d'investissements passagers, soit de participation prises à la demande de groupes amis. Dans cette dernière catégorie, il peut arriver que certains des dirigeants de Worms se trouvent être administrateurs, mais dans ce cas, leur présence n'entraîne pas pour eux de responsabilité supérieure à celle de n'importe quel autre administrateur. Je mentionne :Société Air France (10.000 titres sur 240.000). M. Jacques Barnaud en est administrateur.Distilleries de l'Indochine (9.000 titres sur 1.000.000). M. Hippolyte Worms en est administrateur.Société de dragage et de travaux publics (4.000 titres sur 80.000). M. Hippolyte Worms en est administrateur. A toujours refusé de travailler pour les Allemands.Pour terminer, je mentionne nos intérêts dans quelques sociétés holding :Société Estrellas Maning. Il s'agit d'une holding canadienne, dont les titres sont très répandus dans le public. Nous possédons trois mille titres sur trois cent mille. M. Barnaud jusqu'à la guerre en a été le président. Notre participation dans cette holding, ne nous donne aucune influence sur aucune entreprise particulière.Société Nord et Alpes (3.000 titres sur 36.000). Notre influence dans cette société est nulle mais nous sommes ses banquiers et nous y sommes représentés par un administrateur.Société d'études et d'explorations minières que nous contrôlons en totalité et qui exerce elle-même une influence importante dans certaines de ses participations, notamment la Société des mines de Montmain (teinstein), la Société des mines de Charrier (cuivre) et la Compagnie minière des Vosges, société de recherches non encore entrée en exploitation. Aucune de ces trois sociétés n'a travaillé avec l'occupant malgré les pressions les plus violentes. En ce qui les concerne je m'en rapporte à la note (annexe 4) que j'ai déposée à l'appui de mon interrogatoire du 27 septembre 1944.Les déclarations qui précèdent se réfèrent essentiellement à l'état de nos participations établi à la date du 31 juillet 1942, et qui a été saisi lors de la perquisition opérée le 19 septembre 1944 et placé sous scellé n°huit. Je me réserve le cas échéant de faire des déclarations complémentaires s'il y avait lieu au sujet des modifications qui auraient pu être portées ultérieurement à la consistance de nos participations. Lecture faite, persiste et signe.
1944.11.24.Des ACSM Abbat.Au ministre du travail
Le Trait, le 24 novembre 1944,
Monsieur le ministre du travail et de la sécurité sociale
Direction générale de la main d’oeuvre
Sous-direction de la formation professionnelle
Monsieur le ministre,
Nous avons l’honneur d’accuser réception de votre lettre du 13 courant nous informant que vous nous faisiez parvenir une somme de 15.091 Frs représentant la participation du ministère du travail aux dépenses de formation d’ouvriers rééduqués par nous au cours du 2ème trimestre 1944.
Nous vous remercions vivement de la décision favorable que vous avez bien voulu prendre à notre égard et selon votre désir nous ne manquerons pas de vous accuser réception de la somme ci-dessus dès qu’elle nous sera parvenue.
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l’assurance de notre haute considération.
P. Pon Worms & Cie
P. Abbat.
1944.11.25.De Gabriel Le Roy Ladurie et Hypolite Worms.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieInterrogatoire des inculpés Worms et Le Roy LadurieL'an mil neuf cent quarante quatre, le 25 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction etc., a été amené le sieur Le Roy Ladurie, inculpé, déjà entendu, (assisté de Maître Bizos, son conseil).Demande : Veuillez vous expliquer sur le rôle de la Maison Worms en ce qui concerne la société Japy.L'inculpé répond : Les Établissements Japy Frère société anonyme au capital de 105.000.000 de francs, possèdent cinq groupes d'usines dans la région de Beaucourt, territoire de Belfort. Ses fabrications principales comportent les machines à écrire, l'horlogerie, les moteurs électriques de faible puissance, les pompes, l'émaillerie, articles de ménage, visserie, etc. Ils groupent environ 5.000 ouvriers et employés.Depuis la guerre de 1914, la situation de Japy était devenue de plus en plus précaire au point qu'en 1938, la situation apparaissait comme sans issue. Un ensemble de créances considérables appartenant au Trésor, aux obligataires, aux établissements de crédit, aux fournisseurs étaient en souffrance. A la veille du dépôt de bilan et en plein accord avec la Banque de France et les pouvoirs publics, les représentants de la famille Japy Frères, M. Albert Japy et M. Jean Streichenberger, vinrent demander à la Maison Worms de soumettre à tous les intéressés un plan de redressement. Dès les premières semaines de 1939 l'accord était réalisé.M. Pierre Pucheu, n'ayant joué au titre de directeur du Comptoir sidérurgique un rôle important dans les négociations, acceptait avec notre agrément le poste de directeur général. M. Gaston Japy conservait la présidence.Dans une première augmentation de capital de 12 à 20.000.000 de francs le chiffre de notre prise d'intérêts (moins de 20.000 titres sur 133.000) demeurait sensiblement inférieur à celui des métallurgistes et de la famille. Ainsi dès les premiers jours était soulignée notre intention première de borner notre rôle à celui de banquier et de guide financier de l'entreprise.Mais, la trésorerie demeurant insuffisante devant d'urgentes nécessités de renouvellement d'outillage, on décida au printemps 1940 de doubler le capital. Worms en tant que banquier n'hésita pas malgré la guerre à donner sa garantie à cette augmentation. Presque tous les autres actionnaires s'étant abstenus, près de 16.000.000 sur 20.0000.000 nous demeurèrent sur les bras, et c'est ainsi que depuis ce moment nous nous trouvons détenir un peu moins de 40% du capital social des Établissements Japy Frères, soit aujourd'hui 261.000 titres sur 700.000. Les autres actionnaires importants sont principalement Vernes et Cie, les Forges de Beautor, la famille Japy, etc.Quel usage avons-nous fait des pouvoirs que nous conférait ce paquet d'actions ?Il nous a amené à intervenir :1°- Dans une certaine limite dans les questions de personnes, dans le conseil d'administration nous avons trois représentants : MM. Marin Darbel, Vinson, et de La Rozière. Nous avons laissé neuf sièges aux autres actionnaires.Présidence, direction générale. Jusqu'à la fin de 1940 nous avons apporté nos voix pour la présidence à M. Gaston Japy. Pour la direction générale à M. Pucheu. En 1941-1942, pour la présidence direction générale à M. Albert Japy. En 1943 la double charge étant devenue trop lourde pour un seul homme, la présidence échut à M. Marin Darbel, la direction générale fut conservée par M. Albert Japy.En dehors de ces cas précis, jamais, sans aucune exception, nous ne sommes intervenus dans aucune question de personne, celle-ci étant du ressort exclusif du président et du directeur général.2°- Dans les questions financièresAu contraire, nous revendiquons là les responsabilités les plus étendues. L'assainissement de Japy Frères a été et demeure la raison essentielle de notre présence dans cette société. Nous nous sommes portés garants, toujours sur le plan moral, très souvent sur le plan juridique, de tous les engagements financiers de cette compagnie. Des arrangements avec les créanciers ont été [mot manquant] par nous et exécutés sous notre contrôle. Nous sommes intervenus dans les augmentations de capital, les émissions d'obligations, les avances de la caisse des marchés, etc., et nous avons personnellement consenti des avances directes, allant parfois jusqu'à 50.000.000 de francs.Des responsabilités morales et matérielles aussi lourdes nous menaient naturellement à suivre la marche de l'entreprise, mais, à aucun moment, à intervenir dans sa gestion et à nous substituer aux organismes de direction seuls qualifiés. Cette tutelle toute relative n'a jamais donné lieu à une friction avec la présidence-direction générale. Nous avons notamment appuyé celle-ci sans réserves dans la lutte que pendant quatre années elle a menée contre l'occupant.Dès le mois de septembre 1940, les autorités allemandes exigeaient une part très importante, sinon la totalité, des fabrications courantes. L'administration de la société a fait tout l'impossible pour réduire les livraisons allemandes par rapport à celles réservées au marché français, mais les autorités d'occupation après des discussions très difficiles, ont exigé que 70% leur soient réservés.La direction forcée de s'incliner organisa alors par des moyens de fortune et en courant les plus grand risques, la falsification de tous les états mensuels remis aux autorités allemandes. En fait il a été livré au marché français, entre 55 et 75% au lieu des 25% autorisés. Ces états faux ont été fournis sur les instructions de la direction générale et avec l'accord et la connivence de tout le personnel. Des témoignages peuvent être recueillis auprès de MM. Marin Darbel, de M. Albert Japy, de M. Séverac. M. Jean Blanc, membre de la résistance, président du Comité d'épuration de la société pourra être utilement interrogé.La question la plus brûlante fut naturellement celle de la fabrication du matériel de guerre proprement dit. Des pressions à ce sujet se firent sentir, en provenance principalement des organismes allemands locaux contrôlant directement les usines (Runstung de Besançon et la direction de l'aviation allemande à Paris). La politique générale adoptée et suivie en plein accord avec Worms fut de refuser toutes les commandes de ce genre sous les prétextes les plus divers : manque de main d'uvre qualifiée, de machines outils de précision, etc.Cette tactique réussit jusqu'en fin 1942. A ce moment quatre groupes d'usines sur cinq furent d'autorité placés "Runstung" et un officier contrôleur permanent fut désigné. Il fut alors impossible de refuser une commande de vis destinées à la fabrication des fusées. Nous croyons qu'en pratique l'exécution de cette commande fut presque entièrement sabotée. Nous nous souvenons que, sur les 18.000 pièces de première livraison, 48 seulement furent réceptionnées comme bonnes. Une seconde commande de ce genre, imposée fin 1943, donna lieu à de tels incidents (sabotage des machines, explosion d'un transformateur), qu'aucune livraison n'eut lieu. La direction de Japy Frères donnera elle-même sur cette longue [mot manquant] tous les éclaircissements nécessaires. Chez Worms, nous n'y avons pas été mêlés directement. Nous n'avons jamais connaissance des commandes et des dossiers, mais, à plus d'une reprise, par l'intermédiaire de notre commissaire gérant, le Majectic fit une vive pression sur nous à ce sujet. La direction générale a toujours trouvé auprès de nous, un soutien sans réserves dans sa politique de résistance. Dans un moment particulièrement difficile, j'acceptais d'accompagner M. Marin Darbel auprès du colonel Dietrich, chef du Runstung à Besançon. Lorsqu'en 1944, les autorités allemandes comprirent enfin l'inutilité de leurs efforts, elles procédèrent à la réquisition des machines aptes à des fabrications de guerre ; certaines d'entre elles ont été, croyons-nous, dirigées sur d'autres usines françaises.Introduisons l'inculpé Hippolyte Worms, déjà entendu.(Il est assisté de Maitre Lénard, son conseil.) Nous lui donnons lecture des déclarations ci-dessus de l'inculpé Le Roy Ladurie.Il déclare : Je confirme les déclarations que vient de vous faire M. Le Roy Ladurie.En résumé, la Maison Worms possède 38% du capital Japy. Elle y a trois administrateurs sur douze. Elle a une large responsabilité dans la gestion financière de la société. Elle en a une également, mais moindre, dans la politique générale de la société qu'elle suit dans ses grandes lignes. Elle a toujours conseillé de freiner les livraisons aux Allemands sur sa production courante, de toujours refuser de fabriquer du matériel de guerre et d'aller jusqu'à saboter la production. Je mets en fait que la société Japy est arrivée par ce plan-là à des résultats remarquables, étant donné qu'elle avait été en 1942, classée "Runstung" par les Allemands avec présence constante d'un officier allemand surveillant, ce malgré les accusations de sabotage et les menaces d'arrestation, malgré aussi la présence d'un commissaire allemand au sein de la Maison Worms, qui, pendant quatre ans, avait les pouvoirs d'exiger que cette dernière, donna à Japy des directives formelles toutes différentes en particulier de faire pression sur elle pour qu'elle accepte de fabriquer du matériel de guerre.Pour tous détails sur la marche de la société, pour toute preuve de ce que j'avance, pour tous renseignements de quelque ordre que ce soit, je ne peux que demander que soient entendus le président des Établissements Japy, M. Marin-Darbel et le directeur général Albert Japy, car, encore une fois, la Maison Worms ne peut pas encourir de responsabilité dans la gestion de la société. Lecture faite, persistent et signent.
1944.11.25.De Hypolite Worms.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieInterrogatoire de Monsieur WormsL'an mil neuf cent quarante quatre, le 25 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction etc., a été amené Monsieur Hypolite Worms, déjà entendu, (assisté de Maître Lénard, son conseil).Nous donnons connaissance à l'inculpé des termes d'une lettre en date du 20 novembre 1944, émanant d'un membre de la Commission de justice du CNR, qui nous a été communiquée par Monsieur le procureur général.L'inculpé répond : Je vais d'abord corriger les erreurs et répondre aux précisions demandées que je trouve dans le document de la Commission de justice du CNR, en date du 20 novembre que vous voulez bien me communiquer :1/ Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie n'est pas et n'a jamais été gérant de la Maison Worms. Il était en fait directeur de ses services bancaires. Il était salarié et n'a jamais touché de participation aux bénéfices de la maison ; comme il me l'a lui-même déclaré, il a donné sa démission sans esprit de retour.2/ Paringaux, secrétaire général de Japy. Paringaux n'a jamais été choisi par la Maison Worms mais par Pierre Pucheu dont il était l'ami lorsque celui-ci fut nommé Président de Japy. II est exact que ce Paringaux était le frère de celui qui fut plus tard chef de cabinet de Pierre Pucheu lorsqu'il devint ministre.3/ Puzenat et Japy : ces deux participations feront l'objet d'exposés particuliers.4/ Constructions de sous-marins : mes interrogatoires précédents, les dépositions déjà faites ont donné toutes explications et toutes précisions sur l'activité des chantiers du Trait pendant la période allant de l'armistice à la Libération.5/ Je ne suis pas israélite, je ne l'ai jamais été. Mon père était israélite, ma mère aryenne pure. J'ai été baptisé à ma naissance et j'ai toujours appartenu à la religion catholique ; de plus, j'ai épousé une aryenne pure, de religion protestante.Ainsi donc aucune loi raciale française ou allemande, dans toute leur rigueur ne pouvait m'être appliquée. C'est pourquoi la maison Worms malgré toutes les difficultés sur lesquelles j'ai eu l'occasion de m'étendre dans mes précédents interrogatoires, a pu continuer son activité pendant l'occupation. C'est pourquoi, bien que me trouvant en Angleterre, au moment de l'armistice, je suis rentré en France, comme mon devoir de chef de maison me l'imposait et sans souci des risques que me faisait courir ma présence à Paris. Cela aussi je l'ai expliqué lors de mon premier interrogatoire. Le Roy Ladurie, dans une première déposition, a longuement exposé la lutte que, pendant quatre ans, lui et moi avons soutenue contre les autorités d'occupation, leur presse, leur police, leurs commissaires gérants et certains de leurs associés français. Dans cette lutte, nous n'avons jamais cédé quoi que ce soit sur le plan moral ni sur le plan matériel. Nous ferait-on grief d'avoir réussi et devrai-je contribuer à allonger la liste des grandes maisons françaises détruites par l'ennemi.6/ J'ai déjà eu l'occasion de donner toutes précisions au cours d'un interrogatoire précédent sur mes liens et relations avec certaines personnalités ayant fait partie du gouvernement de Vichy. J'ai en particulier déjà parlé de Jacques Barnaud qui a été mon associé, de Pierre Pucheu qui a présidé pendant environ deux ans les Établissements Japy de 1939 à 1941, de Jacques Le Roy Ladurie qui se trouve être simplement le frère de Gabriel Le Roy Ladurie, mais qui, en dehors de cette parenté, ne touche ni de près ni de loin la Maison Worms.Je ne connais ni Monsieur Caziot, ni Monsieur Achard que je n'ai jamais vus de ma vie.J'ajouterai enfin que je ne vois pas quels peuvent être les "hauts fonctionnaires recrutés par le personnel dirigeant de la Maison Worms" auxquels ce papier de la Commission de justice du CNR peut faire allusion. La Maison Worms n'a jamais fourni de fonctionnaires au gouvernement de Vichy.Cette insinuation sans fondement est souvent revenue sous la plume des journalistes inspirés par la propagande allemande (voir les articles annexés au dossier). II serait intéressant de découvrir les inspirateurs de ces bruits tendancieux. Ceci fait ce n'est pas forcer les termes que de dire que le document transmis par la Commission de justice du CNR est lourdement entaché d'erreurs graves. Insinuations et fausses allégations ne valent pas preuve et c'est pourquoi je ne puis le considérer comme une contribution objective à la manifestation de la vérité. Pour autant que l'instruction a devancé les accusations que le document renouvelle, elle a permis de démontrer mon innocence et leur inanité. J'en prends acte en soulignant que cette vérification préalable constitue par elle-même une réponse motivée au texte qui vient de m'être communiqué. Mais, du moment que vous paraissez désirer examiner d'une façon plus approfondie les questions soulevées par la Commission de justice du CNR, je retire la demande de mise en liberté provisoire que j'avais déposée entre vos mains en date du 16 novembre 1944.Lecture faite, persiste et signe.[...]Je désire préciser la nature des participations de notre Maison, par conséquent établir nettement la responsabilité qui incombe dans la gestion des sociétés en question aux dirigeants de la Maison Worms et de moi-même qui en suis le chef.Je classerai ces participations en trois catégories :1. Celles dont la Maison Worms a le contrôle absolu, soit parce qu'elle possède plus de la moitié du capital ; soit parce que les dirigeants de la Maison en assurent personnellement la présidence ou la direction générale.2. Celles dans lesquelles la Maison Worms possède une partie importante du capital, dont elle inspire la politique générale, souvent parce qu'elle a désigné elle-même le président ou le directeur ou parce qu'elle assume une responsabilité vis-à-vis du public, due à des augmentations de capital ou des émissions d'obligations.3. Celles dont la Maison n'a qu'une très faible part de capital, même si elle a désigné un administrateur pour la représenter.Je vais reprendre ces catégories une à une :1. Dans cette première catégorie qui comprend des sociétés comme la NouveIIe Compagnie havraise péninsulaire de navigation ou la SFTP (Société française de transports pétroliers) la responsabilité de la Maison Worms et par conséquent de moi, est entière sans limite ni restrictions. Dans la Havraise, la Maison Worms possède environ 55% du capital. J'en suis moi-même le président et le directeur général, auquel j'ai délégué mes pouvoirs, a été désigné par moi. Dans la SFTP, la responsabilité est la même, bien que la Maison Worms n'ait que 21% du capital. J'en suis le président. J'ai désigné le directeur général et par un accord conclu avec le gouvernement français au moment de sa création en 1938, la Maison Worms a été chargée de sa gérance.2. Dans cette seconde catégorie, je classerai des participations comme Japy et Puzenat. Chez Japy, nous avons choisi le président, le directeur général étant Monsieur Albert Japy, membre de la famille ; chez Puzenat, le directeur général, Bernard Verdier, le président étant le fondateur de l'affaire lui-même, Monsieur Claude Puzenat.II est bien certain que dans les sociétés de cette deuxième catégorie la Maison Worms a des responsabilités ; elle se tient au courant de la politique générale de ces sociétés qu'elle essaie d'inspirer dans la mesure du possible. Elle est responsable de la politique financière lorsqu'il y a émission de capital, actions ou obligations comme c'est le cas chez Japy. Par contre, elle ne peut pas être tenue pour responsable de tous les actes de la vie courante, pas plus qu'elle ne connaît tous les détails de la vie journalière de ces sociétés.II est évident qu'aucun des dirigeants de Worms, nul d'entre eux n'étant technicien, n'a les aptitudes voulues pour arrêter un programme de fabrication industrielle et veiller à son exécution, pas plus qu'aucun ne peut prétendre connaître les conditions de marchés commerciaux, les plus étrangers les uns aux autres, machines à écrire, produits chimiques, machines agricoles.Nous ne saurions sortir de notre rôle de banque d'affaires qui est essentiellement d'apporter sous différentes formes à certaines entreprises françaises les concours financiers et bancaires qu'exige leur développement et de soutenir dans les assemblées générales d'actionnaires et dans une certaine limite dans les conseils d'administration des dirigeants spécialisés qui apparaissent comme les plus aptes.En sortant de ce rôle ainsi étroitement défini, nous compromettrions immanquablement et la vie de ces entreprises et les intérêts de notre Maison.Je viens de dire que notre rôle dans les conseils d'administration était limité. En effet, nous avons toujours eu soin de faire la plus large représentation aux autres actionnaires avec lesquels nous nous trouvons associés, même lorsque la part du capital social qu'ils détenaient se trouvait peu importante. L'examen détaillé de la composition de divers conseils d'administration, où nous nous trouvons occuper des siéges, confirmera très amplement cette assertion.Pour illustrer ma pensée sur notre responsabilité en matière de gestion, je prendrai l'exemple suivant : si une de ces sociétés se mettait à fabriquer des mitrailleuses au lieu de machines à écrire ou des chars au lieu de machines agricoles, ma Maison serait consultée, et elle, et par conséquent moi-même, aurait des responsabilités à prendre. Mais si les directeurs d'usine, les chefs d'atelier avaient dans le travail des usines commis des erreurs ou avaient fait des imprudences, je n'accepterais pas d'en prendre la responsabilité ; il appartiendrait aux présidents et aux directeurs généraux de fournir toutes les explications et de répondre, sous leur propre responsabilité, de leur gestion.3. La troisième catégorie et c'est la plus nombreuse couvre toutes celles dans lesquelles nous n'avons qu'une faible participation, présidées ou dirigées par des personnalités choisies par le conseil d'administration complètement en dehors de ma Maison. Ce sont à proprement parler des valeurs de portefeuille, comme tout capitaliste peut en avoir, que nous possédons, soit parce que nous les considérons comme un bon placement, soit parce que comme banquiers leur clientèle nous intéresse, mais pour celles-là et pour elles toutes j'estime que ni la Maison Worms ni moi-même n'avons la plus petite responsabilité directe ou indirecte. Elles doivent être laissées complètement en dehors de l'inculpation dont je suis l'objet et je ne pourrais en aucun cas accepter d'avoir à répondre de leur gestion.Pour être complet, je tiens toutefois à préciser que dans cette troisième catégorie, il y a trois sociétés dans lesquelles je suis administrateur à titre personnel, à savoir, la Société française de dragages et de travaux publics, les Distilleries de l'Indochine et la société d'assurances La Réunion française. Je possède personnellement des actions de ces sociétés et si j'ai accepté de siéger à leur conseil d'administration, c'est pour y surveiller ces intérêts personnels, soit pour faire plaisir à des amis que j'y ai.Lecture faite, persiste et signe.
1944.11.26.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original
Original26 novembre 1944Note pour Robert Labbé et Raymond MeynialPuisque ma détention semble devoir se prolonger, je vais me mettre à répondre aux dernières notes et études que vous m'avez récemment envoyées en vous faisant parvenir des notes reflétant mes impressions et vous donnant mon sentiment sur les problèmes en cours, sans du reste respecter l'ordre chronologique.Je commencerai précisément par le papier que Poignard m'a remis de votre part ce matin et qui doit émaner de Robert.Département maritimeMe relatant une visite collective de l'armement à René Mayer, dont le résultat semble évidemment satisfaisant, je vois « accord pour que les armateurs aillent en délégation officielle à Londres en janvier voir leurs collègues. Je dois en être. » Eh bien ! Mes chers amis je ne sais pas si ma détention prolongée a une mauvaise influence sur mon jugement mais il me semble inadmissible que pendant que la Maison Worms est inculpée d'atteinte à la sûreté de l'État - ce qui veut dire intelligence avec l'ennemi (car il faut voir les choses telles qu'elles sont, ce n'est pas moi personnellement qui suis inculpé, c'est la Maison elle-même, je ne suis en l'espèce que le bouc émissaire, tout naturellement et légalement du reste) - un des associés de la Maison aille à Londres en délégation officielle négocier soit sur un plan privé avec des armateurs privés soit sur un plan plus général avec les autorités britanniques - car l'un n'ira pas sans l'autre, pendant que le chef de la Maison est en prison depuis 79 jours et que les journaux du monde entier ont annoncé que j'étais, au nom de la Maison Worms, inculpé de trafic avec l'ennemi.Que la vie courante de la Maison continue en mon absence, que les uns ou les autres vous fassiez partie de toutes les discussions syndicales et toutes les délégations chargées de négocier, en France, avec les pouvoirs publics, rien de plus naturel, car ces mêmes pouvoirs publics sont bien convaincus de l'inanité des charges qui pèsent sur moi mais de là à ce que des associés de la Maison, collègues, cogérants de son chef, en prison, aillent à l'étranger, et surtout à Londres, en délégation officielle, il me semble qu'il y a tout un monde. Quelle sera la situation de Robert lorsqu'il sera devant les hauts fonctionnaires, peut-être même devant le ministre du Shipping pour discuter de questions générales et que l'un d'eux lui demandera comment M. H. W. supporte la détention en prison ; quelle tête fera-t-il seulement lorsqu'on lui dira, comme les Anglais savent si bien le faire : « please tell W how very sorry I am... » et ce que je dis là pour les relations officielles s'applique aussi bien aux relations privées que la délégation d'armateurs français auraient avec une délégation d'armateurs anglais. Or les uns ne vont pas sans les autres - et il est bien certain que si une délégation d'armateurs se rend officiellement à Londres avec l'accord du ministre c'est pour négocier avec les autorités officielles anglaises qui après tout sont les seules intéressées, les armateurs anglais n'étant que gérants se retrancheront toujours derrière leur Ministry of War Transport.Et ce que je vous dis là il n'y a aucune raison de le cacher en France, il faut que R. M. - et même Marchegay et l'armement français - sache que pendant que son chef est en prison la Maison Worms est absente de toute manifestation publique. Lorsque le roi est mort, la cour ne paraît pas aux cérémonies officielles (si je peux me permettre de prendre cet exemple un peu pompeux).Ne croyez pas, mes amis, qu'en vous écrivant ainsi je le fais par susceptibilité personnelle, ou par égoïsme, mais il me semble que c'est une question de dignité pour nous tous, et une question de bon sens.Et puis encore une fois il ne faut pas l'oublier : ce n'est pas moi c'est la Maison qui est inculpée (et vous même par conséquent, sinon légalement du moins moralement) et en fait nous sommes tous solidaires. Vous l'êtes tous de moi comme je le suis de vous, et c'est pourquoi je suis en prison et que je pourrais y rester pour des actes commis par d'autres que par moi. Je ne m'étends pas plus largement sur le sujet, je suis sûr qu'à la réflexion vous penserez comme moi, mais encore une fois je crois qu'il est bon que R. M. le sache le moment venu.----------Par contre, il est tout naturel que la Maison et ses filiales vivent et se développent normalement et par conséquent vous avez raison de vous porter candidats pour toutes nos compagnies à une part raisonnable de gérance de Liberty ships ou de tous autres bateaux que la France pourrait obtenir.----------SFTPJe voudrais des détails sur la conversation R. L. - Pierre L. D. Est-ce lui qui est venu vous trouver ? Demande-t-il à reprendre les actions SFTP ? La loi lui en donne-t-elle le droit bien qu'il les ait vendues lui-même (sans intervention de commissaire) de sa propre autorité ? Si c'était là le but de la conversation il faudrait en aviser le ministère des Finances et la Caisse des Dépôts (propriétaire, je crois, des actions) car c'était le ministère des Finances, représenté alors par [Zappeya] qui m'avait demandé de négocier ce rachat pour éviter l'intervention du commissaire de L. D. et il ne faut pas oublier que nous avons 2 commissaires du gouvernement et que nous devons les mettre au courant de tout. Cela devrait être fait par le représentant de Desmarais (dont je ne peux sur le moment me rappeler le nom *) accompagné de [Duret]. Il ne faut pas non plus oublier que l'État est le plus gros actionnaire de la SFTP.* ça y est je l'ai trouvé : CayrolÉgypteIl va falloir évidemment utiliser Grédy à autre chose. J'ai suggéré un envoi en Angleterre et éventuellement en Hollande car sur ce plan-là je ne vois aucun inconvénient à ce qu'un représentant de la Maison aille voir des clients pour leur parler de nos petites affaires commerciales, même pendant que je suis en prison. Quant à une nouvelle utilisation de nos services d'Égypte par une extension vers le Proche-Orient ou en Méditerranée, il y a deux choses : armement et manutentions. Pour l'armement, l'idée d'une ligne de cabotage Égypte - Syrie - Palestine - Turquie est venue à l'origine de Pierre Grédy. Je lui en ai souvent parlé ainsi qu'à Robert et je l'envisage favorablement d'autant plus que cela pourrait permettre d'utiliser de vieux bateaux, venus à bout de souffle. Par contre je suis tout à fait opposé à des opérations d'acconage en Palestine, Turquie, Grèce ou Italie. C'est un métier difficile et je ne vois pas comment nous pouvons aller le pratiquer dans des pays étrangers, en concurrence avec les indigènes. Du reste avons-nous intérêt à créer de nouveaux comptoirs étrangers, après quoi il faut chercher de nouvelles activités pour faire vivre ces comptoirs, et souvent y perdre de l'argent (voyez Hambourg, Dantzig, Varsovie, Prague, etc.). D'autre part vous parlez de remployer les bénéfices de Port-Saïd qu'on aura certainement des difficultés à rapatrier. Mais ces bénéfices ne sont pas en Égypte, ils sont à Londres - en livres sterling - et il ne semble pas que, la guerre finie, nous aurons besoin de beaucoup de livres sterling en Angleterre pour nos affaires, ne serait-ce que pour financer l'achat de nos propres navires neufs.----------Note pour le blocusJe ne comprends pas votre remarque : « l'opinion des avocats est fort intéressante mais il faut tenir compte etc. ». Quelle est l'opinion des avocats à laquelle vous faites allusion ? Celle que je vous ai exprimée dans la note que je vous ai adressée et que je persiste à penser être raisonnable est la mienne propre. Je n'ai pas consulté d'avocats mais j'ai suggéré qu'il serait intéressant qu'ils participent à la rédaction du mémoire - ou en tout cas à sa conclusion - car j'estime que si le ministère des Finances avait des velléités d'étendre le séquestre d'Alger dans la métropole, cela deviendrait un contentieux touchant mon inculpation, dont ils auraient à connaître, ne serait-ce que pour en saisir éventuellement mon juge d'instruction. Ce n'est pas une faveur que nous demandons mais justice.----------Contrat MollerVoulez-vous m'envoyer le texte exact du télégramme Moller. Et leur avez-vous télégraphié que nous n'avons pas reçu le dernier câble ? Je ne me rappelle plus quelle date nous avons suggérée pour résiliation du contrat, mais il me semble que 31 mars 1946 est bien loin, en tout cas le nouveau ministre est-il au courant, par [Coureau], du dossier. Je ne vois pas comment il peut ignorer la question plus longtemps, car s'il n'était pas d'accord sur la formule il faudrait prévenir Moller et rompre les pourparlers qui, en fait, n'avaient jamais été terminés, puisque nous n'avions - et n'avons encore - jamais reçu confirmation de Moller sur la proposition du gouvernement précédent. J'attire tout particulièrement votre attention sur le danger de continuer à négocier sans l'accord du nouveau gouvernement français, et en laissant croire à Moller que nous sommes toujours d'accord sur les principes, sans le savoir nous-mêmes ! Si les négociations continuaient avec Moller il faudrait même se faire adresser une lettre officielle du nouveau ministère ou plutôt des nouveaux ministères (Finances et Marine marchande) confirmant celle du précédent gouvernement. Il ne faut à aucun prix courir le risque d'être engagés avec Moller et désavoués par le gouvernement.Mines de BorIl vous intéressera de savoir, si on ne vous l'a pas déjà dit, que tout le conseil d'administration de la société des Mines de Bor, Marcel [Champin] en tête, et tous les associés de la Maison Mirabaud sont maintenant inculpés dans l'affaire de Bor. Même Robert d'[Erchtal], qui n'est pas administrateur de Bor, mais qui, en tant qu'associé de Mirabaud, est accusé d'avoir touché sa part dans les bénéfices faits par cette Maison, sur la vente des titres de Bor*. C'est Eugène Mirabaud qui vient de me le dire.* et qu'on dit être de 45 millions.----------Nous vous avons fait demander il y a deux jours pour la soumettre au juge d'instruction une liste complète des participations de la Maison établie à ce jour.Il est bien entendu que par liste complète nous avons voulu dire de toutes les participations, non seulement celles qui précédemment faisaient l'objet d'un travail de la Banque, mais également de toutes les participations maritimes (Havraise, SFTP) et charbonnières (Charbonnages de Provence, SAC, CCMT, etc., etc.). Le mieux serait d'établir le travail département par département.
1944.11.28.De Georges Marin-Darbel - Japy Frère.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de M. Marin-DarbelL'an mil neuf cent quarante quatre, le 28 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction etc., a comparu :Monsieur Marin-Darbel Georges, 46 ans, ingénieur civil des Mines, ancien élève de l'École polytechnique, président du conseil d'administration de la société Japy Frères, demeurant à Neuilly-sur-Seine, 1, boulevard Richard Wallace.Lequel, serment prêté de dire la vérité, dépose :Depuis 1929, j'appartenais à la Maison Rothschild en qualité d'ingénieur conseil. En 1940, après l'armistice, je suis revenu à Paris à la demande de Guy de Rothschild, comme fondé de pouvoirs de la maison, pour tenter de sauvegarder les intérêts de celle-ci.En avril 1942, à la demande de M. Le Roy Ladurie, j'ai accepté d'accord avec M. Albert Japy et le conseil d'administration, le poste de président de cette société. M. Worms et M. Le Roy Ladurie m'avaient tous les deux donné des directives suivantes :Tout d'abord maintenir l'actif matériel et également le niveau matériel et moral des employés,ensuite prendre la plus petite partie possible de commandes allemandes,enfin, tout faire pour éluder les commandes.La Maison Worms avait une participation importante dans le capital de la société, mais non majoritaire.Les Établissements Japy Frères sont totalement indépendants au point de vue de la gestion, légalement et matériellement de la Maison Worms, cette dernière n'étant que leur banquier et leur principal actionnaire mais ne disposant que de trois sièges sur douze au conseil d'administration. La Maison Worms n'avait que le contrôle financier des Établissements Japy Frères, en garantissant les augmentations de capital et en aidant les Établissements Japy Frères à obtenir les différents crédits nécessaires à leur marche. Ce contrôle financier n'impliquait aucune influence sur le programme de fabrication ni sur la gestion commerciale de l'entreprise et je jouissais dans ce domaine de la plus grande liberté. Il va sans dire qu'étant donné les rapports que j'entretenais avec Gabriel Le Roy Ladurie, je n'aurais pas fait subir à la société Japy de profondes modifications de politique générale sans m'en entretenir avec lui. Mais le cas ne s'est pas posé. Il reste cependant que Maison Worms ne pouvait pas m'imposer une décision qu'il appartenait seul au conseil d'administration et à moi-même de prendre.Je tiens à préciser en tous cas que la Maison Worms n'a jamais usé auprès de moi d'aucune influence morale et financière pour diriger la société Japy dans la voie des commandes allemandes. Bien au contraire, elle nous a toujours soutenus pour nous faciliter la résistance aux pressions allemandes.Avant mon entrée en fonctions, c'est-à-dire en 1940, 1941 et 1942, Japy avait dû accepter des commandes allemandes qui ont varié selon les époques de 5 à 10% de ses fabrications. Lorsque j'en ai pris la direction, je me suis trouvé devant cette situation.Les usines Japy fabriquent dans ses six usines des machines à écrire, de la grosse horlogerie (réveils-matin), des articles de ménage en émail, en galvanisé, en étamé, en aluminium, en verni, ainsi que de la visserie et de la boulonnerie.Sur cet ensemble de fabrication, nous avons fourni en 1942, 27% aux Allemands, puis en raison de la pression considérable exercée par ceux-ci sur nous, notre chiffre est monté à 51% en 1943 à partir du moment où, par différents chantages, il nous a été imposé la classification "Runstung". En 1943, le pourcentage des produits fournis aux Allemands a pu être réduit à 29%. Pour ce faire la direction générale a sciemment donné les directives les plus formelles pour que les chiffres déclarés aux Allemands par les "Monatz Melderg" restassent vraisemblables, le chiffre réel restant nettement inférieur dans la mesure du maximum.Lorsque je me suis trouvé à la tête des Établissements Japy, les Allemands tournaient fortement autour de notre Maison qui était la troisième de la région par ordre de grandeur. En même temps qu'ils voulaient augmenter le pourcentage des livraisons allemandes ils entendaient utiliser les machines automatiques que nous avions reçues dans les premiers mois de la guerre, en raison du programme de réorganisation, à exécuter des commandes d'armement. D'innombrables pressions ont été faites sur nous de tous côtés. La plus redoutable s'avéra être celle de la Maison Schuster de Vienne. La Maison Schuster était en effet dirigée par M. Schuster, ami personnel de M. Goering, ancien directeur général des "Hermann Goering Werke" et membre du parti avec insigne d'or. La Maison Schuster voulait nous faire fabriquer des vis dites de "foeme" que nous soupçonnions être des pièces de fusées. Malgré notre opposition, il nous passa, le 27 juillet 1942, une commande d'essai de 250.000 pièces qui, dans son esprit, devait être suivie d'autres. Nous n'acceptâmes pas d'entériner cette commande et pûmes en différer l'acceptation jusqu'en février 1943. Dans l'intervalle nous eûmes de nombreuses conversations avec les agents allemands chargés de nous faire accepter la commande. Leur pression s'exerça violemment par des menaces d'enlèvement de machines et surtout de déportations supplémentaires d'ouvriers. Je fis appel à Gabriel Le Roy Ladurie, que je considérais comme le mieux qualifié pour s'opposer aux prétentions allemandes. Malgré ses efforts, nous ne pûmes aboutir. Nous nous trouvâmes au cours d'une séance à Besançon au Runstung Kommando, non seulement en présence des exigences du Runstung Kommando Dietrich, mais aussi en présence de l'appui violent qu'a apporté à ce dernier M. von Falkenhausen, commissaire de la Maison Worms qui avait accompagné M. Le Roy Ladurie, pour s'opposer à nos projets. Nous retardâmes autant que possible nos premières livraisons et nous ne commencèrent qu'à une cadence ridicule à partir de la fin juin 1943. Dans l'intervalle la Maison Schuster revint à la charge avec l'appui de la Runstung Inspeksion de Paris, pour nous forcer à accepter une commande permanente de 150.000 pièces par mois. Les instructions les plus formelles ayant êté données par la direction générale pour refouler cette commande, M. Schuster, excédé par nos atermoiements, vint lui-même à Paris où il eut une attitude menaçante, tout d'abord vis-à-vis de deux de mes collaborateurs, puis vis-à-vis de moi-même, accusant notre Maison de sabotage volontaire. Accompagné de deux contrôleurs et d'une contrôleuse qu'il laissa à nos usines, il me fit convoquer en sa présence auprès du Runstung Kommandeur à une nouvelle séance de pression. Là après avoir annoncé qu'il avait déposé une plainte auprès de la Gestapo de Vienne pour sabotage de pièces finies, il nous somma d'accepter la commande. Nous dûmes nous incliner devant la force et la nouvelle commande et les travaux préparatoires commencèrent, freinés au maximum. Quelques jours après la Résistance qui était au courant, notamment par mon chef d'atelier, faisait sauter les quatre tours automatiques Gridley qui assuraient l'essentiel de la fabrication. Nous crûmes pendant plusieurs jours que les Allemands prendraient des sanctions contre le haut personnel des fabrications et nous-mêmes. Finalement, ils firent enlever les machines par un détachement de la Wermacht et les transportèrent chez d'autres fabricants. Au total nous n'avions fabriqué que 285.000 pièces, dont 162.000 de bonnes, soit un rebus extravagant de 43% sciemment organisé.Cette commande ne représentait d'ailleurs qu'un chiffre d'affaires de 1.064.000 francs, soit environ un millième de notre chiffre d'affaires pendant la guerre. Elle ne s'est soldée en définitive que par un déficit. Il nous importait peu puisque en la matière notre principe était de ne pas faire d'armement.Je tiens à ajouter qu'avant l'armistice les Établissements Japy Frères avaient sollicité et obtenu des commandes d'armement français (obus et fusées), commandes qu'elle évita soigneusement de dévoiler aux Allemands, c'est-à-dire que nos usines auraient pu pratiquement effectuer des fabrications d'armement allemand.Etant donné l'importance de nos établissements (4.500 ouvriers et employés), les déportations d'ouvriers furent un moyen puissant systématiquement employé par les autorités allemandes, d'une part pour nous forcer à accepter les commandes des Allemands, d'autre part pour relever notre pourcentage de livraisons et nous faire accepter la qualité "Runstung". Nous nous y sommes opposés de toutes nos forces en modifiant les qualifications des ouvriers demandés, en nous appuyant sur les commandes allemandes que l'on nous forçait à prendre, et en essayant d'opposer les différents services allemands tels que ceux du Gauleiter Saukel, des Feldkommandantur et du Runstung Kommando.Grâce à tous ces moyens, nous avons pu faire réduire certains chiffres exigés de nous, tant au cours de la première relève (plus de 394 ouvriers exigés) que de la deuxième où, à la suite de nombreuses démarches, 198 seulement furent désignés. Nous pûmes éviter le troisième relève grâce à notre qualité de "Runstung".Les commandes allemandes nous arrivaient soit directement sans que nous n'ayons jamais eu le moindre besoin de les solliciter, soit le plus souvent à travers les Comités d'organisation. Presque toute la quincaillerie et les commandes d'horlogerie nous vinrent par ces comités.Comme il a été dit plus haut, les Allemands voulaient à travers la qualification de "Runstung" qu'ils nous avalent imposée, nous amener à leur livrer 70% au moins de nos fabrications. Grâce à la falsification des états mensuels que nous leur fournissions ainsi qu'aux majorations systématiques des matières demandées pour la fabrication nous avons pu fabriquer pour la consommation française bien au-delà de ce que les Allemands pensaient.En résumé, toute notre action a constamment consisté en une diminution de nos livraisons allemandes et en une augmentation aussi systématique que possible des livraisons françaises, en une opposition aussi farouche que possible aux déportations en Allemagne, ainsi qu'en une résistance couronnée de succès aux commandes d'armement.Auprès de la Maison Worms, de M. Hippolyte Worms et de M. Le Roy Ladurie en particulier, je n'ai jamais trouvé qu'un encouragement de tous les instants pour cette résistance ; ces encouragements m'ont souvent été précieux.Il eut été aisé à la Maison Worms, si elle l'avait voulu, de nous inciter à fabriquer beaucoup plus pour les Allemands et en particulier de nous pousser dans la voie des commandes d'armement qui eussent pu être très lucratives et d'augmenter très fortement notre chiffre d'affaires. Rien ne fut plus éloigné de sa pensée. Notre activité ne s'accrue que par les perfectionnements techniques provenant de l'introduction des nouvelles machines commandées en 1939, ainsi que de la réorganisation technique et administrative à laquelle il fut procédé.En fait, en valeur absolue, la production maximum de 1943 ne fut pas sensiblement supérieure, compte tenu des hausses des prix, à celle des années antérieures. Il faut tenir compte en outre de l'obligation qui fut faite à toute l'industrie française par les Allemands de travailler 48 heures et même 54 heures par semaine au lieu des 40 heures d'avant guerre. Par ailleurs, la production des Établissements Japy avant la guerre, peut difficilement servir de point de comparaison en raison de la crise qui sévissait et de la situation financière de la société qui, en 1938, était difficile.Lecture faite, persiste et signe.
1944.11.28.De Worms et Cie.Note sur les Établissements Puzenat
CopieInfluence de la Maison Wormsdans la Société des machines agricoles PuzenatVers le mois d'avril 1938, nous avons appris que la Manufacture centrale de machines agricoles Puzenat, société à responsabilité limitée au capital de 11.000.000 de francs, allait avoir besoin d'une réorganisation administrative et financière : à la suite d'une mauvaise campagne de ventes, les stocks de machines terminées se trouvaient trop considérables et le nombre des débiteurs dépassait les possibilités financières de l'affaire.La Maison hésita beaucoup à intervenir dans cette société sans qu'elle soit sûre que les gérants eussent compris l'appui matériel et financier qu'elle pouvait leur apporter.En raison de crédits importante accordés aux Établissements Puzenat par le Crédit lyonnais, la Société générale et le Comptoir d'escompte, et sur une demande formelle de remboursement des banques, la société fut amenée à déposer son bilan à la fin de juin 1938, demandant le bénéfice de la liquidation judiciaire. Deux liquidateurs furent nommés et ce fut entre le 30 juin 1938 et le 30 juin 1939 que nous eûmes tout le loisir d'étudier les possibilités de cette affaire. D'autre part, Monsieur Puzenat comprit qu'il manquait à sa société un appui et un conseil financiers qui puissent lui permettre de se consacrer à la direction technique de son affaire.Après des discussions multiples avec le liquidateur judiciaire et Monsieur Puzenat, la société présenta à ses créanciers un projet de concordat aux termes duquel elle s'engageait à rembourser 100 % de ses dettes en une période maximum de trois mois après homologation du concordat.L'exécution de ce concordat était garanti par notre Maison.Monsieur Puzenat, personnellement, s'engageait à vendre une partie de ses propriétés foncières pour rembourser une somme de F 5.000.000,- dont il se trouvait débiteur vis-à-vis de sa propre société.En échange de ce concours total qui permettait à M. Puzenat de reprendre la direction et le contrôle total de son affaire, la Maison Worms demandait seulement :1/ la création de parts bénéficiaires lui donnant droit à 15 % des bénéfices nets et une option sur 30 % du capital, option qui pourrait être levée dans un délai de deux ans. Le prix de cette option était assorti d'une clause d'évaluation au moment de la levée d'option.2/ D'autre part, il était convenu que nous désignerions un directeur général qui, sous la responsabilité de Monsieur Puzenat, serait chargé de suivre, d'une manière toute particulière, la gestion financière de cette affaire.Monsieur Verdier, inspecteur de la Société générale fut pressenti et, fin juillet 1939, accepta ce poste.Jusqu'en 1941, la Maison Worms ne possédait donc dans la Société des établissements Puzenat, aucun intérêt direct, 20 parts sociales de 10.000 francs seulement sur 1.100 constituant le capital social avaient été acceptées en mai 1940 pour la somme de F 880.000,-. Le nominal des notions fut abaissé à 1.000 F. Le capital se trouvait donc alors composé de 11.000 actions de 1.000 F.Le 30 septembre 1940, la Maison Worms leva une partie de son option. Sa participation fut alors de 2.110 actions et c'est à cette date qu'il fut décidé que l'affaire serait transformée en société anonyme.La participation de la Maison se trouva donc être de 2.110 actions sur 11.000, pour un montant de 2.110.000 francs, soit 19 % du capital.En mars 1941 nous avons levé la dernière partie de notre option qui représentait 1.170 actions pour un montant nominal de F 1.170.000.A partir de mars 1941, la part de Maison Worms dans la société Puzenat s'élève donc à 3.236 actions sur 11.000 pour un montant nominal de F 3.236.000,- , soit une proportion de 29.40 % dans le capital.Le conseil d'administration de la société est composé comme suit :Monsieur Claudien Puzenat, président,Monsieur Morel d'Arleux,Monsieur Raymond Labeyrie,Monsieur Frédéric de La Rozière.Deux membres de ce conseil, Messieurs Labeyrie et de La Rozière, représentent la Maison Worms, les deux autres membres, dont le président, représentent la famille Puzenat.L'intervention de la Maison Worms s'est manifestée tout d'abord sur le plan de la réorganisation administrative et financière (garantie du concordat). En raison des besoins de crédit qui pouvaient se manifester, la Maison prit l'engagement de subvenir aux besoins de la société.C'est ainsi que dans le courant de l'année 1944, elle fut amenée à consentir 4.000.000,- de crédit en prévision d'une rupture de relations entre Paris et Bourbon-Lancy.D'autre part, le compte-courant de la société présente depuis quatre mois un solde débiteur variant entre 3 et 5.000.000.
1944.11.28.De Worms et Cie.Tableau
Participation de Worms & Cie au capital des Établissements de Japy Frères
1944.11.29.D'Albert Japy - Japy Frères.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de M. JapyL'an mil neuf cent quarante quatre, le 28 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction etc., a comparu :Monsieur Japy Albert, 47 ans, industriel, directeur-général des Établissements Japy Frères, demeurant à Paris, 32, rue Michel Ange.Lequel, serment prêté de dire la vérité, dépose :En 1940, après ma démobilisation, j'ai repris en main l'administration des Établissements Japy comme administrateur directeur général. A cette époque, Monsieur Pucheu était administrateur délégué. Lors de la nouvelle loi sur les sociétés, je suis devenu directeur général, Monsieur Pucheu devenant président du conseil d'administration. Lorsque M. Pucheu est devenu ministre, j'ai été nommé président directeur général (avril 1941), jusqu'au jour où Monsieur Marin-Darbel est entré comme administrateur dans la société. II a été nommé président (1er avril 1942) et moi directeur.Dès juillet 1940, les Allemands ont commencé à s'intéresser à nos usines, dont ils ont fait l'inventaire. Sous l'égide des comités d'organisation nous avons dû accepter quelques commandes allemandes, notamment de réveils-matin, de vis à bois et d'articles de ménage. Nous avons dû également livrer directement à diverses formations allemandes un certain nombre de machines à écrire. Le pourcentage des affaires faites avec les Allemands en 1940 et 1941 a été très faible. Par contre, il s'est sensiblement accru aux cours des années 1942 et 1943 du fait que des commandes précédemment passées avaient été retardées au maximum dans leur exécution. Le pourcentage a atteint en 1943, 49% par rapport aux commandes françaises. En réalité dans les états que nous fournissions mensuellement aux Allemands, ce pourcentage apparaissait comme supérieur, allant jusqu'à 60% mais ce fait résultait d'une falsification de nos états sous forme d'une réduction du chiffre français. Dans la pratique notre chiffre d'affaires n'a jamais dépassé 49% en ce qui concerne les commandes allemandes. Ces commandes n'ont jamais été sollicitées par nous, mais il est certain que si nous ne les avions pas satisfaites, en opposant une fin de non recevoir absolue, nous n'aurions rien pu produire pour l'économie française. Les commandes allemandes nous permettaient d'obtenir des attributions de matières premières, de force motrice, de charbon sans lesquelles nous aurions dû fermer nos usines, ce qui aurait eu pour conséquence la dispersion de notre personnel dont une partie aurait été déportée et l'enlèvement de nos machines.Notre chiffre d'affaires global n'accuse pas en valeur absolue pendant l'occupation, une augmentation. Bien au contraire, celui-ci qui était en 1940 de 206.000.000 de francs est passé en 1941, 1942 et 1943, successivement à 229.000.000, 228.000.000 et 321.000.000 de francs. Mais il convient d'observer que les prix de vente unitaires avaient doublé de sorte qu'en fait le taux d'activité est sensiblement inférieur à celui de 1940. Cette diminution d'activité s'est d'ailleurs traduite par une diminution du personnel qui était en 1940 de 3.900 ouvriers aux usines et qui n'était en 1943 que 2.800.Je n'ai jamais eu personnellement aucun rapport avec les Allemands dans la région de nos usines. Ceux-ci étaient traités par Monsieur Marin-Darbel et les directeurs locaux.En visitant nos usines, les Allemands s'étaient rendu compte que nous avions la possibilité d'effectuer des fabrications d'armement. Leur attention avait été spécialement attirée par la présence de quatre tours Gridley, tout à fait aptes a une telle production. Leurs exigences à cet égard ne se sont toutefois manifestées qu'en 1942 par une commande de vis dites de "forme", à la date du 27 juillet 1942 portant sur 250.000 unités passée par la Maison Schuster de Vienne. Nous avons laissé cette commande en sommeil, mais en février 1943, les Allemands revinrent violemment à la charge, exigeant des livraisons sous diverses menaces. C'est à cette occasion que Monsieur Marin-Darbel fit appel à Monsieur Le Roy Ladurie avec qui il se rendit à Besançon. Au cours d'une séance à laquelle je n'assistais pas mais que l'on m'a dit orageuse, il ne fut plus possible de refuser la commande. Par contre, Monsieur Le Roy Ladurie obtint que les Allemands reviennent sur la décision qu'ils avaient prise de nous interdire de livrer au marché français dans leur accord préalable. Ceci nous permit, comme par le passé, de falsifier nos états mensuels et de diminuer dans la réalité les livraisons allemandes par rapport aux livraisons françaises.Une première livraison de vis eut lieu en juin 1943. Les dernières ayant eu lieu en juin 1944, c'est-à-dire près de deux ans après que la commande eut été passée. Sur la commande qui était de 250.000, il n'a été livré que 241.000 pièces dont 103.000 seulement terminées, les autres étant seulement ébauchées.Le 26 août 1943, la Maison Schuster appuyée violemment par le Rustung Kommando de Besançon a voulu passer une commande de 150.000 pièces par mois que nous avons refusée. En octobre 1943, Monsieur Schuster est venu spécialement à Paris et à la suite de menaces nous a contraints à accepter ladite commande. II n'a été livré en tout et pour tout sur cette commande que 43.000 pièces. II y a lieu de remarquer que sur l'ensemble des livraisons, tant pour la première commande que pour les suivantes, c'est-à-dire sur 284.000 pièces livrées 122.054 ont été rebutées par la Maison Schuster. C'est-à-dire que cette opération n'a pas été bénéficiaire.Devant la mauvaise volonté évidente mise par nous à l'exécution de cette commande, la Maison Schuster et le Rustung Kommando ont décidé d'envoyer à notre usine de Beaucourt un personnel allemand de surveillance. Peu après leur arrivée à l'usine, les éléments de résistance mirent hors d'usage les quatre tours Gridley, ce qui provoqua l'arrestation de plusieurs de nos ouvriers et des menaces véhémentes de la Rustung envers notre société. Les Allemands avaient émis la prétention d'emmener en Allemagne ces machines et de les réparer pour les utiliser à leur profit.Grâce à l'appui du ministère de la Production industrielle, nous avons réussi à les garder sous le prétexte de les réparer nous-mêmes. Au lieu de cela, nous les avons démontées et cachées. Peu après, les Allemands enlevèrent une vingtaine d'autres machines qui étaient utilisées pour cette fabrication et les emmenèrent dans d'autres usines françaises.En 1938, des difficultés de trésorerie m'amenèrent à entrer en rapports avec la Maison Worms et plus particulièrement avec Monsieur Le Roy Ladurie. Une réorganisation fut décidée et c'est alors qu'en contrepartie du concours financier qu'elle nous a apporté, elle est devenue un de nos plus gros actionnaires et fut représentée au conseil par trois administrateurs. La Maison Worms, de ce fait, a exercé son contrôle sur notre entreprise au point de vue financier, mais à aucun moment, n'est intervenue dans sa gestion technique et commerciale. Elle ne nous a jamais poussés à prendre des commandes allemandes mais, bien au contraire, son intervention s'est exercée par Monsieur Le Roy Ladurie pour limiter au minimum les commandes d'armement. II est certain que, si nous avions eu à changer un programme de fabrication qui comportait d'importants investissements financiers, nous ne l'aurions pas fait sans son agrément étant donné sa position d'actionnaire important et de banquier, mais dans le cadre normal de notre activité elle n'avait pas à intervenir.Lecture faite, persiste et signe.
1944.11.29.De Bernard Verdier - Établissements Puzenat.Note.01
CopieRelations de la Maison C. Puzenat avec MM. Worms & CieAppelé par MM. Worms & Cie à diriger l'affaire Puzenat en 1939, les directives suivantes me furent données : remettre cette affaire à son rang, après un dépôt de bilan faisant apparaître un passif de 40 millions environ. L'importance de la marque, son ancienneté, sa place dans l'industrie de la machine agricole méritait un effort particulier.Il s'agissait donc de développer l'affaire, dégagée de ses soucis financiers, et de faire en sorte que les machines françaises n'aient rien à envier sur le plan technique au matériel étranger ou de conception étrangère.La déclaration de guerre vint modifier très rapidement l'orientation de la Maison et, dès fin 1939, appuyé par Worms & Cie, Puzenat s'engage pour 40 millions de commandes de guerre renouvelables et fait un effort considérable pour assurer rapidement son adaptation. Le résultat fut que 6 mois après toutes les commandes sortaient en séries et les livraisons étaient amorcées.Financièrement, Worms & Cie ayant garanti le concordat, les avances pour les fabrications de guerre étaient assurées. La tâche de la direction était simplifiée et j'ai pu me mettre sans autre souci à la réorganisation de l'affaire.Sur ce plan une liberté complète, absolue, me fut laissée, au point qu'il ne me fut jamais réclamé ni un compte-rendu écrit, ni un rapport. C'était au cours de conversation que je tenais Monsieur Le Roy Ladurie au courant de nos difficultés ou de nos résultats.En juin 1940, après avoir examiné la situation, les directives que je reçus furent formelles : maintenir l'affaire en état de marche, sacrifier toute mon activité à notre seul métier, avec la seule pensée de maintenir en place un personnel fidèle, ancien, dévoué et ne pas se laisser distancer sur le plan professionnel en préparant l'avenir.Les résultats à acquérir dans le présent devenaient une question accessoire. Aucun reproche ne pouvait m'être adressé si, même ils étaient déficitaires, ce qui excluait de parti pris les commandes que l'ennemi pouvait être tenté de nous passer.Durant quatre années, ces directives ont été maintenues : elles ne faisaient d'ailleurs que confirmer mon propre point de vue. C'est ainsi qu'en pleine guerre, privée d'approvisionnements, de moyens de transport, de toutes facilités, nous avons mis au point notre fonderie de fonte malléable, le raccordement de notre usine dès 1940, la fabrication des sections (1.500.000 sections sortiront cette année). La fabrication des doigts, construit deux prototypes de lieuses, une faucheuse à moteur, un avant-train moteur pour lieuse, etc.Toutes études et mises au point qui ont grevé notre exploitation et notre trésorerie, mais ont eu l'avantage de maintenir notre personnel et de l'occuper.Que ce soit Monsieur Worms ou Monsieur Le Roy Ladurie, ils n'ont cessé de m'appuyer dans cette voie, me répétant que le défaut d'activité productrice ne pouvait se dissocier de cotre position prise sur le plan national, c'est-à-dire de l'élimination au maximum des commandes allemandes pour se consacrer sur la préparation d'avenir quelles qu'en soient les conséquences financières.Je dois ajouter que l'effort fait par tout notre personnel pour procéder à tous les 'dépannages" que provoque la carence des fournisseurs, a porté ses fruits et que nous avons réussi à mettre au service de l'agriculture française, des contingents de machines importants, eu égard aux circonstances.Une seule remarque mettra en lumière les résultats de ces quatre années vus sous l'angle purement financiers. Nous sommes à l'heure actuelle débiteurs en banque, alors que toutes les maisons ayant accepté de marcher à un régime accru sont pourvues de larges disponibilités.
1944.11.29.De Bernard Verdier - Établissements Puzenat.Note.02
CopieNote sur les Établissements PuzenatPrise de direction : juillet 1939.Mobilisé de septembre à décembre 1939.- Années 1939-1940La maison s'oriente immédiatement sur les fabrications de guerre et en quelques mois mettant en oeuvre les commandes préparées dès le temps de paix, réunit 40 millions de commandes, c'est-à-dire un chiffre voisin de son chiffre d'affaires normal annuel.En juin 1940, un tonnage de projectiles très important était en cours de livraison. La fabrication des chariots était passée sur le plan de la série.- Juin 1940Les visites des officiers allemands se multiplient, nos fabrications sont saisies, nos ateliers de guerre sont sous scellés.Très rapidement nous sommes sollicités avec beaucoup de fermeté pour la reprise de fabrications similaires. Notre fonderie pouvant produire jusqu'à 600 et 700 tonnes par mois est, en particulier, un outil approprié.Nous ne cessons de louvoyer et dès 1941 nous provoquons, sous des prétextes divers, le démantèlement de nos ateliers de guerre : machines vendues, dispersées, outillage mis au rebut, etc. Les demandes ultérieures, non moins fréquentes, se heurtent à cet état de fait.Cette politique a été décidée de plein accord avec la Maison Worms, dont les directives n'ont, à cet égard, pas été modifiées du début à la fin des hostilités.- Relations avec les autorités allemandesElles furent en général assez tendues et, cela, dès 1940. Un pharmacien du pays, Mathis, s'avéra rapidement collaborateur acharné, ne cessant de dénoncer les habitants de la région et l'usine pour des prétextes les plus divers.II devient, par la suite, chef de la milice de Saône-et-Loire et Allier occupés. Un de ses principaux seconds était notre chef comptable, d'Aram. Après avoir laissé ce dernier six mois sans lui adresser la parole, il comprit que sa situation devenait intenable et nous quitta vers septembre 1943.Ces dispositions des autorités allemandes se retrouvent sur deux terrains :1/ la relève,2/ les commandes qui nous furent affectées.- RelèveIl faut établir une distinction entre notre usine de Saint-Denis soumise localement à l'Influence de Mathis et d'Aram, et notre fonderie, située dans l'Allier à Dompierre-sur-Besbre.A notre fonderie 2 ou 3 opérations de relève n'eurent aucun effet ; un seul ouvrier, sur plus de cent, partit (volontaire), il était d'origine allemande.A Bourbon, il en fut tout autrement.- Une première opération eut lieu en octobre 1942,- une deuxième opération eut lieu en novembre 1942,- une troisième opération eut lieu en décembre 1942,- une quatrième opération eut lieu en janvier 1943.L'ensemble de notre personnel en octobre 1942 était de 600 environ.Sur près de 200 personnes désignées, 80 environ furent contraintes à partir. La troisième relève fut opérée dans des circonstances presque dramatiques. Les ouvriers appelés par les agents allemands furent cernés et emmenés sans même pouvoir s'habiller. Toute intervention de nos cadres et de la direction fut interdite.Par la suite, les ouvriers revenus d'Allemagne ne rejoignirent pas. Dénoncés par Mathis, ils furent recherchés, leurs femmes prises comme otages et une vingtaine durent rejoindre.Finalement, 35 à 40 ouvriers sont encore en Allemagne. Entre temps, nous avions placé dans les exploitations forestières un certain nombre d'ouvriers pour les soustraire aux déportations. Ceci valut, d'ailleurs à nos ingénieurs des interrogations sans fin, des menaces de la part de la Gestapo.A notre connaissance, il n'y eut pas d'interventions aussi brutales dans toutes les usines voisines. Seule l'action de Mathis et notre hostilité présumée nous valut un tel traitement.- Commandes allemandesNos refus de prendre toute commande qui pouvait intéresser les services allemands fut constant et nous n'avons jamais accepté - et plus encore exécuté - une seule commande qui sorte du cadre de la machine agricole et, cela, malgré les pressions verbales et réitérées.Nous avons refusé également de terminer une série de chariots de notre marché de guerre français. Des ouvriers allemands vinrent les terminer sur place.Notre position sur le terrain de la machine agricole était plus difficile à défendre mais, là encore, sous les prétextes les plus divers, nous nous sommes refusés à modifier nos machines pour les mettre es harmonie avec les modèles de machines allemandes.La présence de stocks très importants de machines de récolte, dont l'expédition a surtout lieu en saison, ne nous permettait pas de rejeter toutes les demandes qui nous furent présentées. Les demandes sur ce point de la part des services de Dijon, d'Autun, de Nevers, intervenant par les services de Paris, n'admettaient pas des impossibilités permanentes.Les commandes que nous avons dû accepter sont de trois ordres :1/ celles demandées par des services allemands en France pour des exploitations en FranceCes services, dénommés Dienstelle, Ostland, etc., ont reçu sur nos fabrications en quatre ans F 4.980.000 de machines, après nous avoir fourni tous les bons matières nécessaires.Un ensemble de commandes important ne reçut jamais d'exécution. Ceci représente donc 1.250.000 par an, en moyenne, au regard d'un volume de vente pour la France de 50 millions environ.2/ Commandes pour l'AllemagneSur la pression du ministère de l'Agriculture allemand (qui m'avait convoqué à Berlin, invitation à laquelle je n'ai pas déféré), nous avions dû accepter une commande de râteaux avec la maison Fahr.Cette commande avait été aiguillée de telle sorte que le modèle livré fut celui spécial à l'Alsace. Nous avons su que les 1.250 râteaux livrés ont été effectivement vendus à nos clients d'Alsace, car nous avions refusé absolument de ne pas mettre notre marque.Cette commande de 1.250 râteaux passée en avril 1942, fut livrée en 1943, c'est-à-dire dix mois environ après, alors que nous avons déjà fabriqué dans nos ateliers plus de 20.000 râteaux par an, dès 1926-1927.Une deuxième commande de 2.500 râteaux, soit plus de 5.000.000, intervint ensuite en mars 1944 ; sous prétexte de manque d'approvisionnements elle fut à peine amorcée.3/ Commandes de trieurs de pommes de terreSe basant sur le montant très faible de nos commandes pour l'économie allemande, les services allemands régionaux nous firent passer une commande de 8.000 trieurs de pommes de terre, en novembre 1942. De fabrication extrêmement facile, cette commande devait être réalisée en quelques mois à peine.Nous avons exigé d'abord l'envoi du métal d'Allemagne, ainsi que des fontes. Puis discutant sur les quantités reçues nous réduisions la quantité à 5.500.La maison donneur d'ordre était une petite affaire sans surface, donc plus malléable qu'une grande firme. Nous exigions des avances importantes, puis, par la suite, nous nous sommes montrés de plus en plus stricts pour les paiements. Les expéditions s'en trouvèrent freinées jusqu'à l'arrivée d'un officier allemand qui, à la vue du stock, imposa des expéditions à une époque où seuls les transports allemands avaient une priorité. Cette fabrication a laissé en stock 2.200 trieurs que, d'accord avec les services de l'Agriculture française, nous mettons à la disposition du marché français.Cette commande, par son importance, factice d'ailleurs, nous servit à éluder d'autres prises de commandes plus gênantes.En résumé, sur une commande de 8,5 millions, passée en novembre 1942, il ne fut livré à juin 1944 que 4.400.000.- BoisL'importance de nos exploitations forestières, qui servit à isoler hors de la relève une vingtaine de personnes, nous désignait pour les commandos de bois.Un marché fut passé d'un total de 1.500.000 portant sur des bois en grumes.Alors qu'en quatre années pour le compte de la SNCF, de nos besoins, etc., il fut manipulé des milliers de m3, nos envois se chiffrèrent à 390 m3 pour F 897.000,-.Si l'on récapitule tous ces postes, on s'aperçoit que de juin 1940 à juin 1944, périodes correspondant d'ailleurs à un mois près, à nos exercices sociaux, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de F 217.000.000,- en quatre ans, pour 13.200.000 de commandes allemandes, soit 6%.Une idée plus exacte encore de notre opposition à ces commandes ressort des tonnages sortis de nos établissements :- 6.700 tonnes en 1940/41- 5.300 tonnes en 1941/42- 3.800 tonnes en 1942/43- 2.600 tonnes en 1943/44.En gardant un effectif à peu près semblable au cours de ces quatre années, nous avons voulu placer en secteur semi-protégé notre personnel qui aurait pu être diminué d'un tiers.Nul ne disconviendra au surplus que si nous avions voulu compenser ce défaut de tonnage par des commandes allemandes, cela eut été facile et, par là, de doubler, sinon tripler, notre chiffre d'affaires.Enfin, dès septembre-octobre 1944, nous avons repris le contact avec la sous-direction de l'Armement, et nous prenons actuellement une commande de projectiles dans les modèles mêmes que les Allemands désiraient nous voir continuer.- ConclusionLa maison Puzenat représente sur le marché français, à l'exception de son concurrent américain ayant ses usines en France, la plus importante manufacture de machines agricoles. Son usine de Bourbon, sa fonderie de Dompierre, particulièrement bien outillées, en font un outil de travail de premier ordre, facilement adaptable à de multiples fins.Les autorités allemandes régionales n'ont cessé pour leur compte et celui de leurs services de Paris, de chercher à nous aiguiller sur des fabrications les intéressant.Nos objections ont été l'objet de contrôles multiples, de pressions par le truchement des officiers chargés de nous contrôler.La commande de chariots que nous avions pour l'armée française n'a cessé de les intéresser, mais en vain.Lorsque les raisons techniques étaient insoutenables, il fut argué de question de personnel, de spécialistes partis en Allemagne, d'impossibilité d'approvisionnements.Les consultations dont nous fûmes l'objet reçurent parfois des réponses, quand elles étaient appuyées par ceux qui pouvaient avoir une action sur le déplacement de notre personnel. Elles ne reçurent jamais d'exécution.En définitive, nous avons dû accepter quelques commandes pour conserver ce personnel, tout en restant dans le cadre de la machine agricole.L'inactivité de nos ateliers, durant ces deux dernières années, a été flagrante, il a été voulu par nous de propos délibéré.29/11/44
1944.11.29.De Jean Roger Blanc - Japy Frères.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de M. Blanc Jean RogerL'an mil neuf cent quarante quatre, le 29 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction etc., a comparu :Monsieur Blanc Jean Roger, 44 ans, chef de service aux Établissements Japy Frères, demeurant à Paris, 200, rue de Tolbiac, lequel, serment prêté de dire la vérité, dépose :J'ai été désigné par le personnel employé de la Maison Japy Frères à Paris comme président du Comité d'épuration de cette entreprise.Le Comité d'épuration n'a eu jusqu'à ce jour qu'à proposer l'exclusion de trois personnes dont l'attitude était antinationale. A aucun moment, au cours des séances du Comité, l'attitude de la direction générale n'a été critiquée par qui que ce soit.M'occupant spécialement de la vente de la quincaillerie, je n'ai pas une vue d'ensemble de l'activité de la société, mais, néanmoins, il résulte des renseignements personnels et de mes propres constatations que celle-ci a toujours apporté tous ses soins à freiner au maximum l'exécution des commandes allemandes et à ne pas prendre de commandes d'armement. Je puis attester que des pressions allemandes se sont exercées d'une manière intensive pour obtenir de la maison Japy diverses fournitures et une augmentation du rendement. Pratiquement nous aurions dû fournir aux Allemands 70% de notre production jusqu'en octobre 1943. A partir de cette époque, en vertu d'accord franco-allemand, tout au moins en ce qui concerne la quincaillerie, nous aurions dû fournir 95% afin de pourvoir aux besoins allemands à la suite des destructions provoquées par les bombardements. En réalité un tel pourcentage n'a jamais été atteint et se situe autant que je peux en juger aux environs de 40%. Ce résultat n'a pu être obtenu que par la falsification systématique des états mensuels que nous étions obligés de fournir aux Allemands. Chaque mois je participais à la falsification de ces états d'accord et sur les instructions de la direction générale.Je puis attester que la direction générale a toujours freiné l'exécution des commandes allemandes et à cet égard je puis relater un incident qui s'est produit fin juillet 1943, et auquel j'ai été mêlé. En l'absence de Monsieur Marin-Darbel et de mon directeur, j'ai reçu un coup de téléphone d'un Allemand, nommé Docteur Ohmann, qui m'a convoqué sur le champ à son service de l'avenue des Champs-Élysées. Cet Allemand m'a dit qu'il était délégué spécialement de Berlin pour enquêter sur les Établissements Japy qui pratiquaient selon ses propres termes, le sabotage systématique des commandes allemandes.J'ai répondu à mon interlocuteur que je n'étais pas qualifié pour lui fournir des explications. Celui-ci m'a alors notifié qu'il voulait voir Monsieur Marin-Darbel en personne le surlendemain à 10 heures 30. J'ai accompagné Monsieur Marin-Darbel avec Monsieur Taupin, directeur des services de quincaillerie et Monsieur Staub, interprète. Le docteur Ohmann a reproché à Monsieur Marin-Darbel son sabotage, ajoutant qu'il avait tous pouvoirs pour prendre les mesures qui s'imposaient. Monsieur Marin-Darbel répondit que s'il y avait sabotage, il était imputable aux Allemands eux-mêmes qui avaient désorganisé les usines en prélevant 400 ouvriers au titre de la relève. Le docteur Ohmann releva ce propos en disant qu'il pouvait faire arrêter Monsieur Marin-Darbel sur le champ. A quoi celui-ci répondit « Vous pouvez m'arrêter, ce n'est pas cela qui vous fera avoir une casserole de plus ». Le docteur Ohmann proposa alors à Monsieur Marin-Darbel d'engager du personnel, soit sur place, soit en provenance d'autres régions. Monsieur Marin-Darbel s'y opposa en disant « qu'il ne voulait pas voir ce nouveau personnel à son tour requis pour la relève, car il passerait ainsi pour un traître vis-à-vis de ses ouvriers ». Monsieur Marin-Darbel ajouta qu'il n'embaucherait de nouveaux ouvriers que s'il lui était remis par une personne qualifiée un engagement formel aux termes duquel aucun nouveau prélèvement de personnel ne serait fait. Le docteur Ohmann éluda la question et déclara qu'il irait lui-même faire une enquête dans les usines. A la suite de cette enquête les Allemands firent signer un accord de production sous menace de fermeture, accord qui n'a pas été tenu.Lorsque les tours Gridley de l'usine de Beaucourt eurent sauté, une satisfaction générale s'est manifestée au siège de Paris. J'ai rencontré ce jour-là M. Marin-Darbel qui ne m'a pas caché sa satisfaction de cet incident et qui m'a déclaré : « L'affaire Schuster est terminée. J'ai un gros poids de moins sur le cur ».En résumé, j'ai nettement l'impression que la direction de Japy n'a jamais recherché les commandes allemandes et n'a accepté celles-ci que contrainte et forcée.J'ai fait un voyage aux usines en juin 1943.J'ai pu constater que le personnel avec qui j'ai été en contact était pleinement d'accord avec la direction en ce qui concerne l'attitude que celle-ci avait adoptée vis-à-vis des Allemands. Le souci de la direction était d'éviter la fermeture des usines, qui aurait occasionné la réquisition du personnel, soit pour des usines d'armement en France, soit pour la déportation en Allemagne.Je tiens à déclarer que la direction a toujours donné son appui à tous les réfractaires qui demandaient un emploi et qui ont été embauchés sous de faux papiers sans l'autorisation de l'inspecteur du travail. Ce fut le cas notamment pour mon fils qui fut affecté à une exploitation forestière dépendant de la Maison Worms et ensuite réembauché illégalement au siège de Japy.Je n'ai pas perçu l'intervention directe dans l'attitude le la Maison Japy de Monsieur Le Roy Ladurie, mais j'ai eu l'impression, notamment après l'incident survenu entre Monsieur Marin-Darbel et le docteur Ohmann que Monsieur Le Roy Ladurie avait apporté son concours à Monsieur Marin-Darbel. Le lendemain de cet incident, Monsieur Marin-Darbel qui avait vu Monsieur Le Roy Ladurie, nous a réunis et nous a dit de continuer à freiner dans toute la mesure du possible les commandes allemandes et d'essayer de camoufler vis-à-vis du docteur Ohmann, qui devait se rendre aux usines, les fabrications destinées à la clientèle française.Je suis persuadé qu'aucun membre du personnel de Japy n'est enclin à élever la moindre critique contre l'attitude de la direction pendant l'occupation.
1944.11.29.Note (sans émetteur ni destinataire) sur la Société tunisienne de l'hyperphosphate Réno
CopieNB : Ce document est classé dans le dossier sur la Société tunisienne des hyperphosphates Réno et la Compagnie sétoise, en date du 4 janvier 1945. S'y reporter pour en consulter la reproduction. Note sur la Société tunisienne de l'hyperphosphate RénoLa Société tunisienne de l'hyperphosphate Réno a été fondée en 1929 ; elle a pour but de fabriquer et de vendre tous les produits nécessaires à l'agriculture, mais son activité s'est limitée à la transformation des phosphates naturels employés seuls ou en mélange avec d'autres produits dans la fabrication des engrais composés.Le fondateur de la société, Monsieur Auguste Raynaud, a mis au point un procédé qui permet de pulvériser le phosphate naturel jusqu'à la finesse de 90% au tamis de 300 (12.123 mailles au centimètre carré). Ce phosphate pulvérisé est vendu, à l'état pur, sous la marque "Hyperphosphate Réno", dont la haute valeur agricole n'est plus à démontrer et qui donne également d'excellents résultats dans la composition des engrais composés en association avec la potasse et l'azote.Organisation industrielleLa société possède les installations suivantes :A Sfax : une usine située dans une concession de 16.000 m2 qui occupe une surface couverte de 10.000 m2 équipée de trois groupes de pulvérisation, reliée à la gare par un embranchement particulier et dotée d'un transporteur de chargement qui relie directement l'usine au quai d'embarquement des navires ;Au Tréport : une usine créée en 1937/38, couvrant 10.000 m2, équipée de deux groupes de pulvérisation, spécialement destinée à la fabrication des engrais composés.Depuis la guerre, les difficultés de trafic maritime particulier entre la France et l'Afrique du Nord et la répartition par le Comptoir des contingents de phosphates bruts dans la métropole ont amené la société à créer deux usines nouvelles :à Sète : sur les terrains de la Compagnie sétoise de produits chimiques,à La Nouvelle : sur les quais de la gare maritime, dotées chacune de deux groupes de pulvérisation.Organisation commercialeLa société dispose, pour la France métropolitaine, d'un réseau d'agents qui s'adressent aussi bien aux négociants qu'aux cultivateurs. En Afrique du Nord, en Indochine, en Italie, en Belgique, en Suisse, la société avait, avant la guerre, des agents généraux exclusifs ; en outre, sa situation à Sfax, dans un port important et à proximité des mines de phosphates lui conférant une position exceptionnelle vis-à-vis de certains marchés étrangers, elle exportait des tonnages considérables en Nouvelle Zélande, en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne, en Malaisie, aux Antilles, en Norvège, au Portugal, etc.Depuis qu'en 1935 Messieurs Worms & Cie ont apporté leur concours à la société, l'activité de la Société tunisienne de l'hyperphosphate Réno, freinée jusque là par des difficultés de trésorerie, a eu chaque année un accroissement très net, qui est démontré par le tableau des ventes ci-dessous :193534.872 tonnes193649.298 tonnes193788.307 tonnes1938122.291 tonnes1939156.436 tonnesDepuis 1940, les exportations sont devenues très difficiles, les matières premières sont contingentées et les tonnages fabriqués tombent :194069.128 tonnes194185.127 tonnes194265.686 tonnesLa rupture des relations avec l'Afrique du Nord, à la suite du débarquement allié de novembre 1942, prive brusquement la société de sa matière première essentielle. Elle passe des accords avec des producteurs de phosphate pauvre des Pyrénées et entreprend la fabrication d'amendements pulvérisés. Mais les tonnages tombent à :194328.640 tonnes19444.945 tonnesLa Société tunisienne de l'hyperphosphate Réno n'a jamais travaillé avec l'ennemi.Le 4 décembre 1942, le stock de phosphate dans ses usines métropolitaines, 4.000 tonnes environ, a été bloqué sur l'ordre du répartiteur. Elle a obtenu le déblocage de 2.000 tonnes environ qui lui étaient nécessaires pour la fabrication d'un condiment phosphaté destiné à l'alimentation animale. Le 15 juillet 1943, la société a reçu l'ordre du Comptoir des phosphates de livrer le solde du stock bloqué à la Rohrphosphat à Hambourg ; le phosphate était remis par le Comptoir qui en a remboursé la valeur à la STHR.La Société tunisienne de l'hyperphosphate Réno, qui avait en instance une demande de licence d'exportation pour la Suisse, a fait traîner les opérations de chargement et elle a pu ainsi distraire 300 tonnes qui ont été expédiées en Suisse.Le tonnage livré à la Rohrphosphat a pu être, en conséquence, ramené à 1.573 tonnes.L'usine de Sfax a été touchée très durement par les bombardements aériens en avril 1943, elle a dû cesser pendant de longs mois toute activité.L'usine de La Nouvelle a été évacuée, vidée de son matériel et complètement désaffectée sur l'ordre du commandement allemand en mars 1944.L'usine de Sète, atteinte par une bombe le 25 juin 1944, a cessé toute activité et l'usine du Tréport a dû également fermer ses portes en mai dernier.La société s'emploie activement à remettre en état ses différentes installations afin d'être prête à reprendre ses fabrications dès l'arrivée des premiers contingents de phosphates nord-africains.29.11.1944Société tunisienne de l'hyperphosphate RénoCapital 10.000.000 - divisé en 40.000 actions de 250 F qui se trouvaient ainsi réparties, en mai 1942, lors de la dernière augmentation de capital :MM. Worms & Cie19.394 actionsG. Datcharry8.045 actionsCamman2.556 actionsDivers10.005 actionsConseil d'administrationPrésident :Monsieur Victor ArrighiMembres :Madame J. B. DatcharryMonsieur CammanMonsieur VallaMonsieur Nelson-PautierMonsieur LavitTonnages vendusChiffres d'affaires193534.872 tonnes5.081.066193649.298 tonnes9.589.948193788.307 tonnes22.556.9071938122.291 tonnes40.199.0451939156.436 tonnes58.417.704194069.128 tonnes36.993.631194185.127 tonnes66.096.775194265.686 tonnes54.861.787** opérations de Sfax comprises jusqu'à la fin septembre.194328.640 tonnes32.138.89219441.143 tonnes13.413.102** à fin juin (aucune activité depuis cette date).RésultatsExercices1935Pertes1.935.9291936392.3511937Bénéfices nets436.8101938967.21119391.420.15319401.346.91819411.363.0351942pas de bilan1943pas de bilanCompte débiteur de STHR chez MM. Worms & Cieau 31 décembre 1937396.596au 31 décembre 19385.507.429au 31 décembre 19399.993.941au 31 décembre 19404.193.818au 31 décembre 19416.886.490au 31 décembre 194217.261.899au 31 décembre 194318.374.419II y a lieu de noter que le financement des filiales de la STHR est fait directement par Worms-Marseille depuis le 3 novembre 1943. Les comptes débiteurs des filiales étant, à cette date, de :SGPN Fauzan4.500.000SPSM Ornaison1.200.000Au 31 octobre 194415.504.550.Les comptes débiteurs des filiales n'ayant pas sensiblement varié depuis novembre 1943.
1944.11.30.De Worms et Cie.Note et tableaux.Japy Frères
Aide bancaire apportée aux Établissements Japy Frères
1944.11.30.Du juge Georges Thirion.Commission rogatoire Japy Frères
Copie de lettreCommission rogatoireNous, Georges Thirion, juge d'instruction au Tribunal de première instance de la Seine,vu la procédure instruite contre :Worms Hypolite, détenu,Le Roy Ladurie Gabriel, détenu,inculpés d'atteinte à la sûreté extérieure de l'État,donnons commission rogatoire à tout magistrat compétent à l'effet de procédure à une enquête d'ensemble sur l'attitude générale pendant l'occupation de la direction des Établissements Japy Frères (usines de Beaucourt et environs).La société Japy est contrôlée financièrement par la maison Worms & Cie, banquiers à Paris, elle a travaillé pour les Allemands dans des conditions et des proportions qui seront précisées par une expertise comptable en cours,La présente enquête, au cours de laquelle des ingénieurs, des agents de maîtrise, des ouvriers et des employés judicieusement choisis devront être entendus, a pour but de déterminer si les commandes allemandes paraissaient sollicitées ou imposées si, sous l'impulsion de la direction, leur exécution a été délibérément freinée ou accélérée, si des incidents ont eu lieu avec des représentants de l'ennemi à l'occasion, soit d'entraves apportées à la fabrication, soit d'arrêt de celle-ci.La conduite adoptée, par la société concernant la relève et les réfractaires sera précisée.Le personnel, ouvrier et employé, savait-il que des commandes allemandes étaient exécutées chez Japy et dans l'affirmative a-t-il apporté sans réserve sa collaboration à la direction et approuvait-il celle-ci ?Si des comités locaux, dits de libération et d'épuration ont été constitués, leurs représentants les mieux qualifiés seront appelés à déposer sur le questionnaire qui précède.Fait en notre cabinet à Paris, 1, rue Rabelais le 30 novembre 1944.Georges Thirion
1944.12.02.De Gabriel Le Roy Ladurie.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieAffaire contre Worms et autresParticipation Puzenat 2 décembre 1944Nous introduisons :Le Roy Ladurie, inculpé déjà entendu, assisté de Me Bizos, son conseil.Il déclare :Je n'ai rien à ajouter aux déclarations de Monsieur Worms concernant notre prise de participation minoritaire dans les Établissements Puzenat.Depuis lors, nous avons toujours eu le souci de conserver à cette entreprise son caractère familial, mais notre Maison s'étant portée caution solidaire du règlement à 100% du passif concordataire d'environ 40.000.000 de francs avait le droit et le devoir d'exercer un contrôle financier vigilant et, par conséquent, de se faire tenir de façon suivie au courant de la marche industrielle et commerciale de la société.En 1939-1940, nous avons donc assuré les moyens financiers exigés par l'apurement du passif en souffrance et par la mise en route des commandes de guerre françaises.En juillet 1940, je me suis rendu à Bourbon-Lancy et au cours d'entretiens que j'ai eus avec Monsieur Verdier et Monsieur Puzenat, j'ai approuvé la dispersion des ateliers de munitions et souscrit sans réserve au programme que se fixaient les dirigeants de la société :1°- d'écarter systématiquement toute fabrication d'armement pour le Reich ;2°- de limiter à tout prix des prélèvements de personnel et les enlèvements d'outillages et de stocks ;3°- de maintenir l'usine en marche pour le profit quasi exclusif de l'agriculture français ;4°- de préparer des programmes techniques d'après-guerre susceptibles de faire face à la concurrence étrangère.Monsieur Bernard Verdier pourra vous dire si ces directives furent respectées dans la pratique.Je dois cependant souligner les risques et les difficultés auxquels s'est heurtée l'exécution du premier point. Peu d'ensembles industriels offrent autant que celui de Puzenat d'aussi grandes possibilités d'une adaptation rapide à une production de matériel de guerre en série. L'actuelle mise en train d'une commande de projectiles pour la sous-direction de l'Armement en fournira bientôt un nouveau démenti. Or, de fin juin 1940 à août 1944, Puzenat n'a pas fait la moindre livraison de matériel de guerre à l'armée allemande.Ainsi que l'a exposé Monsieur Worms, le pourcentage dérisoire de matériel agricole prélevé par l'ennemi s'élève à moins de 6% du chiffre d'affaires global. De tels résultats n'ont été atteints que grâce au courage des dirigeants de la société et au soutien que leur a apporté la Maison Worms. L'une et l'autre n'ont pourtant manqué ni de sollicitations ni de menaces émanant simultanément du Rustungskommando de Dijon et du Majestic. Ce dernier par l'intermédiaire de ses représentants à la Maison Worms, les commissaires Ziegesar et Falkenhausen.Sur le plan bancaire la politique d'intransigeance de la société Puzenat se traduit actuellement par un solde débiteur des Établissements Puzenat dans nos livres de l'ordre de 5.000.000 de francs. Industriellement, cette société aurait pu réaliser des bénéfices considérables.En résumé, les accusations portées contre nous par la Commission de justice du CNR au sujet de la société Puzenat sont dénuées de tout fondement.J'ignore tout de la prétendue commande d'essieux de voitures et de roues de fourgons dont il y est fait état et je m'en rapporte à cet égard à ce que vous dira Monsieur Bernard Verdier.Et signant après lecture.
1944.12.02.De Ghislaine de Voguë.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de Madame de Voguë, née d'EudevilleL'an mil neuf cent quarante quatre, le 3 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction à la Cour de justice, assisté de Lombard, greffier, a comparu :Madame de Voguë, née Ghislaine d'Eudeville, 38 ans, sans profession, demeurant à Paris, 32, avenue Chiappe.qui, serment prêté de dire la vérité, dépose :Mon mari a été arrêté à Reims le 24 novembre 1943 par la Gestapo de Châlons-sur-Marne en raison de son action dans la résistance. Dès son arrestation, Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie, avec qui nous entretenions des relations amicales, depuis de nombreuses années, s'est mis à ma disposition pour entreprendre des démarches dans les milieux allemands qu'il pouvait toucher. Mon mari ayant été condamné à mort, je puis attester que les interventions de Monsieur Le Roy Ladurie ont permis d'éviter son exécution.Je puis me porter garante des sentiments nationaux de Monsieur Le Roy Ladurie.Lecture faite, persiste et signe.2.12.44
1944.12.02.De Hypolite Worms et Gabriel Le Roy Ladurie.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieAffaire contre Worms et autresSociété tunisienne des hyperphosphates Réno 2 décembre 1944Interrogatoire de Le Roy LadurieL'an 1944, le 2 décembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction au Tribunal de première instance du département de la Seine, assisté de Lombard, greffier, a comparu :Nous introduisons :Le Roy Ladurie, inculpé déjà entendu, assisté de Me Bizos, son conseil.L'inculpé dit :Je tiens à m'expliquer sur notre participation dans la Société tunisienne des hyperphosphates Réno, au sujet de laquelle lors de mon interrogatoire du 23 novembre 1944, vous m'avez demandé si ladite société avait effectué des fournitures aux Allemands.Cette société, qui a son siège à Paris, 47, rue de Liège, exploite en France trois usines de transformation de phosphates importés de Tunisie et une usine à Sfax. Le phosphate est un produit âprement convoité par les Allemands soit pour l'agriculture, soit pour la fabrication des bombes au phosphore. Ceci explique les pressions de toute nature qui ont été faites tant auprès de la direction de la société que sur l'actionnaire principal, Worms, qui possède 10.000 titres environ sur 40.000. Il résulte des renseignements qui me sont parvenus que ni directement, ni indirectement la société Réno n'a travaillé avec l'ennemi.Le 4 décembre 1942, le stock de phosphates dans les usines métropolitaines était de 4.000 tonnes environ. Ce stock a été bloqué sur l'ordre du répartiteur. La société a obtenu le déblocage de 2.000 tonnes qui lui étaient nécessaires pour la fabrication d'un condiment destiné à l'alimentation du bétail.Le 15 juillet 1943, elle a reçu l'ordre du Comptoir des phosphates de livrer le solde du stock bloqué à la Rohr Phosphat à Hambourg. Le phosphate était repris par le Comptoir qui en a remboursé la valeur à la société. Celle-ci a fait traîner les opérations de chargement et a pu distraire avec beaucoup de risques 500 tonnes qui ont été livrées à l'agriculture suisse. Le tonnage saisi en définitive par l'ennemi a été ainsi ramené à 1.575 tonnes soit moins de 1% de tout le tonnage manipulé pendant l'occupation qui fut de 200.000 tonnes environ.Le président de la société Réno est Monsieur Arrighi qui n'appartient pas à la Maison Worms mais dont la nomination a eu notre agrément.Nous introduisons l'inculpé Hypolite Worms - déjà - entendu - assisté de Me Lénard, son conseil.II déclare :Je n'ai aucune observation à formuler en ce qui concerne les déclarations de Monsieur Le Roy Ladurie.Et signe après lecture.
1944.12.02.De Hypolite Worms.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire
CopieAffaire contre Worms et autresParticipation Puzenat 2 décembre 1944Interrogatoire de WormsL'an 1944, le 2 décembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction au Tribunal de première instance du département de la Seine, assisté de Lombard, greffier, a comparu : Worms Hypolite, inculpé déjà entendu, assisté de Maître Lénard et de Maître Poignard, ses conseils,il déclare :En ce qui concerne les Établissements Puzenat, je tiens tout d'abord à déclarer de la façon la plus formelle que les accusations portées par la Commission de justice du CNR sont absolument fausses.La société Puzenat n'a jamais fabriqué de matériel de guerre pour les Allemands et n'a même jamais enregistré une seule commande malgré les pressions exercées sur elle dans ce but.Je vais vous exposer :1°- quelle est l'importance de la Maison Worms chez Puzenat2°- ce que je sais sur l'activité de ces établissements pendant la période juin 1940-juillet 1944.1°- Au printemps de 1939, la Maison Worms a commencé à s'occuper de la réorganisation de Puzenat, société au capital de 11.000.000 de francs, qui se trouvait alors dans une situation financière telle qu'elle avait dû déposer son bilan fin juin 1938 en demandant le bénéfice de la liquidation judiciaire.Après une longue étude, la Maison Worms, en juillet 1939, consentit à garantir l'exécution du concordat à 100% présenté aux créanciers, à donner à Monsieur Puzenat les moyens de rembourser les 5.000.000 de francs dont il était débiteur envers sa propre société, en attendant de pouvoir vendre une partie de ses propriétés foncières, à assurer la trésorerie nécessaire à la société pour reprendre le cours normal de son industrie. En échange de ce concours total, la Maison Worms a demandé et obtenu :1°- différents avantages financiers dont une option valable pendant deux ans sur 30% du capital,2°- le droit de désigner un directeur-général sous la responsabilité du président Puzenat pour lui permettre de suivre la gestion financière de la société, dont elle devenait, par les garanties qu'elle avait données, responsable.C'est dans ces conditions que Monsieur Bernard Verdier, alors inspecteur à la Société générale, pressenti par nous, accepta le poste de directeur-général. C'est également dans ces conditions que la Maison Worms leva, en septembre 1940, une première partie de son option, soit 2.110 titres sur 11.000 (19% du capital) et en mars 1941 le solde de son option. Depuis mars 1941 la participation de la Maison Worms dans la société Puzenat s'élève à 3.200 actions environ sur 11.000 titres, soit 29,40% du capital.La Maison Worms a désigné comme représentant pour siéger au conseil d'administration, d'abord Monsieur Pucheu et Monsieur Laroudie, président au Tribunal de commerce de la Seine, puis, lors de la démission de Monsieur Pucheu et de la mort de Monsieur Laroudie, Monsieur de la Rozière et Monsieur Labeyrie qui n'appartenaient à aucun titre à la Maison Worms mais que nous avons choisis en raison de leurs qualités techniques.2°- Ce que je sais de l'activité de Puzenat pendant la période d'occupation.Au préalable, j'indiquerai qu'au début de la guerre Puzenat s'était outillé, à la demande du gouvernement français, pour fabriquer du matériel de guerre ; la société avait reçu 40.000.000 de francs de commandes du ministère de l'Armement et, à la fin juin 1940, avait déjà livré 300.000 projectiles divers.Conformément aux directives données par la Maison Worms et malgré les demandes allemandes, la société a refusé toujours d'accepter des commandes de guerre allemandes et, pour mieux y parvenir, elle a tout simplement démantelé ses ateliers de guerre, dispersé son outillage et vendu ses machines.II n'y a donc eu ni fabrication de guerre pour les Allemands, ni acceptation de commandes.Mais, ayant repris la fabrication de ses machines agricoles du temps de paix, la société Puzenat ne put naturellement pas se soustraire complètement à certaines exigences allemandes pour une part de fabrication normale ; mais, là encore, grâce aux efforts de sa direction, se conformant aux conseils que nous lui avons toujours donnés, les prélèvements allemands qui portaient sur des instruments agricoles, plus particulièrement des râteaux et des trieurs de pommes de terre, ont été minimes, ainsi qu'il résulte des chiffres globaux qui m'ont été communiqués et qui sont les suivants : entre juin 1940 et août 1944, sur un chiffre d'affaires total de 217.000.000 de francs, l'ensemble des fournitures faites aux Allemands en râteaux et trieurs de pommes de terre s'est élevé seulement à 13.000.000 de francs, soit 6% du chiffre d'affaires.En résumé, je ne puis que constater que la société Puzenat a réduit au minimum ses fournitures aux Allemands, mais je tiens à préciser que, conformément à ma ligne de conduite, je ne me suis jamais immiscé dans la gestion courante de cette société dans laquelle ma Maison n'a que des intérêts minoritaires.Il appartiendra à Monsieur Verdier, directeur général de Puzenat, de s'expliquer sur sa gestion et sur la vie de sa société pendant l'occupation.
1944.12.02.De Hypolite Worms.Fresnes.Original
Original2 décembre 1944Au soirLe juge d'instruction, pour compléter son étude sur les diverses activités de la Maison W. ainsi que sur les sociétés autres que financières, dont elle a le contrôle, a décidé d'entendre :Vignet, mercredi, au sujet de l'activité charbonnière de la Maison,Émo, jeudi, au sujet des Services maritimes,Bucquet, jeudi, au sujet de la HavraiseDuret, jeudi, au sujet de la SFTP.Il faut les prévenir et préparer avec eux soigneusement leur déposition éventuelle.Vignet devra faire un historique dans les grandes lignes de l'activité de son département pendant la période d'occupation et indiquer quels ont été les prélèvements allemands, dans la mesure où il y en a eu, sur la production de charbon de bois (je vous rappelle que dans ma première déposition j'avais indiqué conformément à la note que vous m'aviez remise que les Allemands avaient pris quelques centaines de tonnes de charbon de bois) et accessoirement s'il y en a eu sur les exploitations forestières.A ce propos, je vous signale avoir eu connaissance aujourd'hui par le juge qu'un rapport avait été fait et transmis par le procureur général contre nous, en signalant que M. Simonet, du contrôle économique, pourrait donner des indications sur les menées antinationales de la Maison Worms.Ce M. Simonet, convoqué par le juge, a déclaré qu'il n'avait aucune indication ou renseignement sur nos soi-disant menées antinationales mais a par contre signalé que le contrôle économique avait infligé 3 ou 4 amendes à la Maison pour infractions diverses : 10.000 t. à la SAC, quelques milliers de francs pour une livraison de tourbe à Nantes et 50.000 t. à Bordeaux. J'ai répondu que je n'étais pas au courant de ces détails auxquels le juge n'a attaché aucune importance. Se faire au préalable communiquer par les avocats la déposition Simonet au cas où le juge interrogerait Vignet à ce sujet.Pour Emo, Bucquet, Duret (qui seront convoqué à une ½ heure d'intervalle parce que le juge sait qu'il n'y a rien du côté maritime, mais il le fait par acquis de conscience) leur faire préparer un canevas semblable pour les 3 : réquisition, affrètement, chaque armateur sous responsabilité, simplement gérant technique. Préciser que dans les cas où les navires ont été réquisitionnés par les Allemands dans les ports français, c'est en fait au gouvernement français que cette réquisition a été appliquée. Indiquer la situation actuelle des navires de la flotte.----------Pour Puzenat, Verdier sera convoqué pour jeudi. Insister pour qu'au préalable il ait connaissance de ma déposition et celle de Gabriel pour s'y conformer. On lui demande d'apporter sa comptabilité, qui sera examinée par l'expert pour la partie concernant les fournitures faites aux Allemands.----------Que Meynial prépare très soigneusement des notes très détaillées que Lénard a déjà dû vous demander sur la Scane et l'Union des Exportateurs ainsi qu'une note générale du département bancaire sur son activité avec les pays scandinaves.Nous envoyer ces notes au plus tard mercredi car c'est vendredi que nous serons convoqués pour plancher sur ces questions.Je vous rappelle que la déposition Viel, après l'histoire du Molybdène, disait : « il faudrait étudier à fond l'activité maritime et charbonnière de la Maison W. et également ses relations avec les pays scandinaves (insinuant que, de ce côté-là, il pouvait y avoir quelque chose de louche) et c'est évidemment pourquoi le juge, voulant vider à fond l'abcès de cette déposition, a décidé d'entendre Vignet, Emo, etc. et de nous interroger sur les relations scandinaves. A propos de la Scane et de l'Union des Exportateurs, rappeler l'histoire de la lettre interceptée, adressée à Guérin, qui lui avait créé des ennuis, et au sujet de laquelle le gouvernement suédois a dû intervenir à Alger pour couvrir Guérin en expliquant la question telle qu'elle se présentait.----------Réflexion faite, j'estime que Robert Labbé devrait accompagner Vignet et Émo pour les couvrir, coordonner leurs dépositions avec mes interrogatoires antérieurs et donner au juge, qui posera certainement la question, les résultats financiers approximatifs de nos exportations charbonnières et maritimes*, Robert, étant à l'époque fondé de pouvoir général du siège social, et plus particulièrement chargé de surveiller ces deux départements. En outre, il connaît personnellement Thirion, ce qui ne peut pas faire de mal. Enfin, j'ai assez confiance dans le sang froid de Émo mais je me demande si Vignet ne sera pas quelque peu intimidé. J'en dis un mot à Poignard et j'envoie une note à Lénard à ce sujet. Si nos conseils en étaient d'accord, il faudrait prévenir le juge pour lui demander de convoquer Robert.----------Je m'excuse de cette note difficilement lisible mais comme je dois voir les avocats dès demain matin à Fresnes, je l'ai, pour gagner du temps, écrite sur mes genoux en sortant de chez le juge et avant de monter dans le panier à salades.----------Pour la déclaration Vignet, insister sur les efforts faits pour, en cherchant des activités de remplacement, maintenir le personnel et éviter de le renvoyer, avec toutes ces conséquences - activités de remplacement exclusivement réservées aux besoins intérieurs français. - Montrer que les exploitations forestières ont permis de camoufler un nombre respectable d'hommes destinés à partir en Allemagne. Indiquer les services que la tourbe a rendus à la population civile. Enfin préciser que, lorsque nos commissaires ont voulu essayer de nous faire faire des affaires de charbon de bois et de carbonisation avec les Allemands, en participation dans des sociétés à créer, nous nous y sommes toujours refusés. Etc. Etc.----------* celles-ci devant montrer clairement que les provisions, même largement calculées, sont totalement insuffisantes pour remplacer les navires perdus. Donner la liste de ces derniers.
1944.12.03.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original.01
Original3.12.44Robert Labbé et Raymond MeynialJe vous retourne le dossier fort intéressant d'Alger dont la lecture me montre une fois de plus avec quelle intelligente activité et avec quel dévouement Dhorne a dirigé notre succursale. Une fois de plus, je le félicite et l'en remercie. Je remarque en outre avec grande satisfaction que la correspondance anglaise est parfaitement faite et dans les bonnes tradition de W & Cie.Ce dossier n'appelle de ma part que les quelques remarques suivantes qui vous sont destinées :1° Dhorne a indiqué à Burness toute une liste d'armements anglais précédemment consignés chez Oliver & [Alivater] mis à l'index et qu'on pourrait essayer de récupérer. Je pense que vous en parlerez à Burness dans une prochaine correspondance et que vous leur demanderez s'ils ont pu faire quelque chose.2° Dhorne a laissé en suspens le règlement de nos conditions d'agence vis-à-vis de certains armements français, plus particulièrement Chargeurs réunis et Nantaise des chargeurs de l'Ouest (car je pense que la question Fabre - Fraissinet ne se pose pas puisque nous étions déjà leurs agents à Alger et que les conditions doivent être déjà réglées par le contrat d'agence - vérifier auprès de Dhorne). Je suggère de mettre cette affaire-là entre les mains de Grédy, particulièrement compétent pour négocier avec ces compagnies d'une générosité quelque peu limitée. C'est en outre tout à fait dans son rayon d'action de coordinateur des consignations, tel qu'indiqué dans la note de Robert Labbé reçue hier comme suite à mes observations précédentes sur l'impossibilité de son retour en Égypte. Il n'y a qu'à lui donner Alger en même temps que Port-Saïd et éventuellement Marseille et toutes les autres succursales qui reprendront petit à petit leur activité.Il faut retirer complètement Alger, qui n'est plus qu'une succursale maritime, du contrôle de la direction charbons qui n'a ni le temps ni la compétence de s'en occuper. Cette situation hybride n'a que trop duré.Je vous retourne également les copies de lettres annexées à ce dossier avec mes observations.Je suis tout à fait d'accord pour que Vignet donne une réponse affirmative à la suggestion de Webster de nous faire rentrer dans la Humber Coal (export et trading Cy) qu'il a créée avec Pease & [Partners].Je voudrais en référence à la lettre de Burness signalant que le comité hollandais de Londres a confié son agence à notre maison de Port-Saïd qu'à la première occasion vous demandiez à nos agents de Londres de remercier chaleureusement de notre part M. [Hudig] de son « loyal support to our firm ».----------Burness ne disent pas quel est le "surplus" consigné entre les mains du séquestre des affaires françaises en Égypte, c'est-à-dire quel est le montant du bénéfice de notre succursale au-delà des 165.000 livres laissées à Londres comme "working capital" (lesquelles 165.000 livres contiennent déjà une part de bénéfices car la dotation de Port-Saïd telle que nous l'avions établie ne s'élevait pas à une somme aussi forte et j'ai le souvenir que Grédy nous avait raconté à son retour quelque chose à ce sujet).----------Je crois qu'il y aurait lieu dès maintenant de régler non pas définitivement mais en tout cas provisoirement la situation de nos directeurs de Cardiff et de Newcastle. En partant de Londres nous ne leur avions laissé qu'un salaire de famine. Il faudrait leur verser à chacun une somme rondelette, mais au préalable il faudrait me rappeler ce que nous les avions autorisés à prélever annuellement et également quelle a été l'activité de ces 2 succursales pendant 4 ans, cette activité a-t-elle été productrice de bénéfices et dans quelle mesure pensez-vous obtenir de Burness un chiffre global pour les 4 ans. Les chiffres réunis du reste doivent donner les résultats financiers de Worms & Co. Londres qui ne doivent pas couvrir d'autres activités que celles-là. Je voudrais faire un geste tout de suite.Dans la lettre de Burness, aucune nouvelle de [Tombusier de Reece] et de Mannings. Quid également du directeur de Swansea dont je ne me rappelle plus le nom ?
1944.12.03.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original.02
Original3.12.44Pour R. Labbé et R. MeynialSuite à ma note de ce matin, je voudrais - pour le cas où cela me serait utile pour mon prochain interrogatoire - que Vignet me fasse et m'envoie tout de suite une petite note très succincte des trois incidents qui ont amené le service économique, ou plutôt le service de la Répartition des Charbons (mais vraisemblablement les dossiers passent ensuite au contrôle économique) à nous infliger des amendes : une à la SAC pour livraison de coke (le nom de Michel Leroy y était mentionné comme administrateur de cette société), une à Nantes pour de la tourbe et la 3ème à Bordeaux.----------Je pense que nous recevrons demain la liste complète des participations, document que le juge d'instruction a réclamé hier et sur lequel nous devons être interrogés vendredi. Il est donc absolument nécessaire que nous puissions l'étudier deux jours à l'avance et nous entendre, Gabriel et moi, sur les explications que nous donnerons.----------Bien noté les raisons et le sens de votre conversation avec Pierre L. D. La menace de ne pas vouloir faire d'affaire avec la Maison me laisse quelque peu indifférent. J'ai du reste l'impression qu'avant la guerre nous ne faisions rien avec L. D. & Cie en dehors de la SFTP et encore cela n'était pas à proprement parler une affaire. C'était de notre part un cadeau et naturellement ce jeune homme n'a pas la reconnaissance du ventre. Mais cela confirme une fois de plus l'attitude des banques juives à notre égard.