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1944.10.27.De Worms Le Havre.Au délégué du commissariat à la reconstruction
Le Havre, 27 octobre 1944
Monsieur le délégué régional du commissariat à la reconstruction pour la Seine-Inférieure
3 rue Le Nostre
Rouen
Monsieur le délégué,
"La Mailleraye”- Dommages de guerre.
Nous nous permettons de vous adresser ci-joint, copie d’une lettre que nous vous avons envoyée le 18 août dernier, car nous craignons qu’elle ne vous soit pas parvenue en raison des circonstances.
Vous y verrez que notre "La Mailleraye", qui avait fait l’objet d’une déclaration de sinistre lors de sa réquisition par les autorités allemandes, a été coulé à Pauillac (Gironde) le 5 août 1944, à la suite d’un bombardement aérien.
Pour être complets, nous tenons à vous préciser que ce second sinistre a fait l’objet d’une nouvelle déclaration au commissariat à la reconstruction de Bordeaux, déclaration qui a été enregistrée sous le N° G.A. 3.190 D.S. Il semble que cette dernière déclaration soit inutile, faisant double emploi avec celle que nous vous avons adressée et qui parait être la seule valable, puisque le port d’armement du navire en question est le Havre.
Veuillez croire, monsieur le délégué, à l’assurance de nos sentiments distingués.
P. Worms & Cie.
1944.10.28.De Hypolite Worms.Fresnes.Original
Original28 octobre 1944Merci pour votre note d'avant-hier.ProcurationComme je ne l'avais pas lue avant de la signer, je croyais que c'était le même texte que celui fait par J. B. en ma faveur, d'où la communication que j'avais faite. En effet, puisque vous êtes deux gérants avec pleins pouvoirs, cette procuration de moi devenait sans objet.Affaire LeroyJe persiste à penser qu'il vaut mieux attendre un peu avant de faire la démarche envisagée (sur le principe de laquelle je suis toutefois entièrement d'accord). Je répugne, en effet, quelque peu à agir le lendemain du jour où on apprend le décès de l'intéressé. Cela me rappelle la démarche qu'on voit faire quelquefois par des gens pressés d'obtenir un poste, le jour de l'enterrement de celui qu'ils désiraient remplacer. Or, comme dans le cas qui nous intéresse, les représentants de R. L. ne pensent pas être touchés, notre geste sera purement platonique et j'aimerais qu'il soit fait un peu plus tard. Ceci dit, si statutairement il y a lieu d'agir, ou si Me Amiaud le considère désirable pour d'autres raisons, je m'en rapporte entièrement à vous.Affaire Michel G.Sur ce point là aussi je m'en rapporte à vous. Je ne connais pas l'ordonnance gouvernementale à laquelle vous faites allusion, mais, en tout état de cause, il est bien entendu qu'on doit regarder la promesse que j'ai faite. Faut-il le faire maintenant ou attendre un peu dans l'espoir que ma libération provisoire ne tarde pas trop et que par conséquent moi étant de retour au bureau, c'est à vous d'en juger. Mais si vous agissez dès maintenant je demande que le règlement se fasse ou soit en tout cas exprimé par écrit et que dans cette lettre il soit bien indiqué que c'est l'exécution de la promesse que j'ai faite personnellement à l'origine.Ne craignez-vous pas une réaction qui tendrait à demander sa réintégration dans la gérance ou l'acte passé le 22 septembre exclut-il toutes manifestations possibles de ce genre ? A ce propos quelle a été l'attitude de M. G. depuis mon arrestation le 7 septembre, a-t-il fait des démarches pour lui avant l'acte du 22 septembre qu'il a dû connaître avant qu'il soit signé et n'a-t-il pas exprimé des intentions du genre de celles dont Robert m'avait parlé et qu'il racontait à tout le monde ? En tout cas je vous signale la chose pour éviter toute difficulté possible au moment du règlement définitif.Mission à LondresQuels sont les autres membres de la délégation, en dehors de Révoil ? Je vois que la correspondance postale avec l'Angleterre va reprendre à partir du 1er novembre, ce qui, je l'espère, vous permettra de correspondre directement avec nos agences. A propos de Londres, j'apprends que Streich. y est parti. Je pense que vous l'avez au préalable chapitré et que vous lui avez dit qui il devait voir et ce qu'il devait raconter.AlgerJ'attends avec impatience la note de Bucquet. Si cette fois probablement [mot illisible] ne dit rien de ce qu'il a appris sur l'ambiance locale à notre égard, peut-être m'en ferez-vous part dans une note annexe - et quid de Schiaffino et de son activité ?Flotte12 sur 24, c'est moins que j'espérais. Connaît-on le sort définitif des 12 autres ?Marine marchandeQuels sont les fonctionnaires restés en grâce ? [Coureaud] est-il toujours là, et vous êtes-vous occupé du dossier Moller ? A. F. pour négocier avec [Leacters] et [Harcourt] c'est un peu mince ! bien que ce ne soit peut-être pas son opinion.A ce propos quel a été le sort des gros cargos M.M. restés 4 ans à [Berre] et que les Allemands n'ont jamais pris ? S'ils sont toujours à flot, ne pourrait-on pas les négocier avec les Anglais en troc de ces bateaux inutilisables actuellement pour nous mais dont les Anglais doivent être très friands, contre des caboteurs et des cargos pour l'Afrique du Nord, tonne pour tonne.ÉgypteIl est bien regrettable que le retour de Grédy fasse tant de difficultés. J'attends avec intérêt la relation de vos visites à de Benoist et G. E. [Bonnet]. A ce propos est-il exact que de Benoist ait été nommé président de la Banque d'Indochine ? Ceci impliquerait son départ définitif de la Cie de Suez. A propos de la B.I.C. que devient Jean Laurent ?FilialesDans une note prochaine - et je m'excuse de vous mettre à contribution quand vous devez être débordés de travail - voulez-vous me dire quelques mots de l'activité de certaines sociétés amies : Publicitéservice, documentation et licences, Moisant Laurent Savey, Dragages, E.G.T.H. (qui doivent avoir des nouvelles d'Afrique du Nord), Puzenat, etc.RévoilJe pense que vous l'avez mis en contact avec ma femme avant son départ pour Londres afin qu'il puisse de là communiquer avec ma fille.----------M. GoudchauxNe faites rien avant d'avoir une nouvelle note de moi que je donnerai à Lénard mardi (car il ne vient pas me voir demain) j'ai encore quelques observations à vous communiquer à ce sujet.
1944.10.29.A Me Lénard.Note
CopieNote sur l'activité des chantiers du Trait depuis le 25 juin 1940I - Au 25 juin 1940, date de l'armistice franco-allemand, les chantiers du Trait avaient, pour compte de l'amirauté française :a) en construction- les sous-marins "La-Favorite", "L'Africaine", "L'Andromaque" et "L'Armide",- les ravitailleurs d'escadre "La-Charente", "La-Mayenne" et "La-Baïse".b) en commande- quatre sous-marins n° Q 219 à 222.II - Aux termes des contrats passés avec le ministère de la Marine français, les navires en construction et approvisionnements constitués sont, au fur et à mesure du règlement des acomptes, transférés en toute propriété à l'amirauté française. Il suffit à cet égard de confronter par exemple les articles 12 et 15 du contrat des sous-marins "La-Favorite" et "L'Africaine", qui constituent d'ailleurs des clauses de style. Les navires en construction étaient, par conséquent, au 25 juin 1940, la propriété de la marine de Guerre française. Ils ont donc été considérés par les autorités allemandes - et ce par application de la convention de La Haye - comme prises de guerre.III - Si ces navires en construction n'ont point été détruits au 25 juin 1940, la faute en incombe exclusivement aux autorités militaires françaises. En effet, devant l'avance des armées allemandes, la direction des chantiers du Trait s'est préoccupée de détruire les sous-marins, dont l'un, "La-Favorite", était à la veille du lancement.Fin mai et début juin 1940, la direction des Chantiers a vainement sollicité du général commandant la 3ème région militaire, des instructions et des explosifs, pour éviter que ces unités ne tombent aux mains de l'ennemi. Ce général a constamment refusé toutes instructions et moyens de destruction.Le 9 juin 1940, jour de l'évacuation des Chantiers, la direction a fait porter une lettre au même officier général, qui a répondu par une même fin de non recevoir (pièce n°3).Le résultat est que l'armistice a été signé et les chantiers du Trait occupés par les autorités allemandes sans que la moindre destruction ait pu être opérée.IV - Les autorités allemandes ont alors décidé la continuation des constructions en cours aux chantiers du Trait. La direction des Chantiers a refusé de reprendre ces constructions, arguant de ce qu'il s'agissait de navires appartenant à l'amirauté française et que, seul, le propriétaire, maître de l'uvre, pouvait lui donner l'ordre de la poursuivre.Toutes précisions seront données plus loin sur la lutte alors entreprise par les chantiers du Trait. II [échet] pour le moment d'indiquer qu'un accord franco-allemand négocié en dehors de la Maison Worms a abouti aux décisions suivantes, qui lui ont été notifiées :a) résiliation, par l'amirauté française, des commandes de "L'Armide" et "L'Andromaque" - (8 octobre 1940) et des 4 sous-marins Q. 219 à 222 - (23 février 1943). Toutes ces unités, qui se trouvaient en chantier, ont été détruites sur les ordres de la Marine française,b) achèvement pour compte de la France des ravitailleurs d'escadre "La-Mayenne" et "La-Baïse".Sont donc demeurés prises de guerre au profit de l'Allemagne :- les sous-marins "La-Favorite" et "L'Africaine", - et le ravitailleur d'escadre "La-Charente",tous trois en construction ou sur le point d'être achevés.V - La politique constante des chantiers Worms a alors été de retarder au maximum la livraison des prises de guerre à l'Allemagne et ce, en freinant systématiquement la production.Le sous-marin "La-Favorite" devait être lancé, au profit de l'amirauté française, fin juin 1940, et sa livraison avec tous les appareils de bord devait être effectuée fin 1940.Il n'a en fait été livré à l'amirauté allemande que le 24 novembre 1942 - soit avec un retard de plus de deux ans.Le sous-marin "L'Africaine" pouvait être lancé, eu égard à son degré d'avancement, à la fin de 1940 et livré à la marine française en juin 1941 ; or, il n'a jamais été livré aux autorités allemandes et n'est même pas terminé sur cale.Le ravitailleur pétrolier "La-Charente" devait être livré courant 1941 à l'amirauté française.II n'a été livré à l'amirauté allemande que le 15 septembre 1943 - soit après quatre ans de séjour aux Chantiers.Comment les chantiers Worms ont réussi ce tour de force d'atermoiement et de sabotage, il [échet] maintenant de le préciser.Sous-marin "La-Favorite""La-Favorite" qui était, en juin 1940, à la veille de son achèvement total, a été visité, comme prise de guerre, par de nombreuses missions militaires allemandes.L'amirauté allemande, par lettre du 2 septembre 1940, confirmait aux chantiers du Trait l'ordre verbal, déjà donné, d'achever la construction de "La-Favorite" (pièce n°2).La direction refusait verbalement d'entreprendre ce travail qui ne pouvait, disait-elle, lui être ordonné que par l'amirauté française. Cette position, prise dès le 17 septembre, était confirmée à l'amirauté allemande par lettre de la direction générale en date du 21 septembre 1940 (pièce n°3).Le 27 septembre 1940, les chantiers du Trait saisissaient l'amiral de la flotte, ministre de la Marine à Vichy, des prétentions allemandes et de l'attitude adoptée - rappelant au ministère de la Marine :a) que le sous-marin était la propriété de l'État français,b) que sa construction était interdite par l'article 1er de la loi du 20 juillet 1940 sur la construction du matériel de guerre,c) que si le gouvernement français donnait l'ordre d'achever cette construction pour le gouvernement allemand, cet achèvement ne saurait être entrepris par la direction des Chantiers qu'en dégageant toute responsabilité, cet achèvement pouvant provoquer chez le personnel "des réflexes échappant à notre contrôle et sur lesquels "nous pensons inutile d'insister" (pièce n°4).Le 29 septembre, l'amirauté française faisait connaître aux Chantiers que des instructions lui seraient notifiées plus tard, (pièce n°5).Devant l'attitude ainsi prise par la Maison Worms, l'amirauté allemande mettait en demeure les Chantiers, par lettre du 4 octobre 1940, d'avoir à reprendre immédiatement le travail, en ajoutant que "s'il survenait que, du côté de la direction des Chantiers, tout ne soit pas mis en oeuvre pour assurer la continuation des constructions", elle se verrait, à regret, "dans l'obligation de placer les chantiers qui se seraient mis dans ce cas sous la direction d'un commissaire allemand". (Pièce n°6.)De fait, cette menace a été réalisée puisque le 25 octobre 1940, un commissaire gérant de la Maison Worms -elle-même propriétaire des chantiers du Trait - était désigné par les autorités allemandes.Aux termes de l'ordonnance allemande du 20 mai 1940, base juridique de sa nomination, ce commissaire gérant avait les pouvoirs les plus absolus. Sa nomination dessaisissait de tous pouvoirs les propriétaires de l'affaire.Ce commissaire allemand pouvait donc agir en maître aux chantiers du Trait, et - partant, non seulement hâter la construction des navires, mais en outre utiliser au profit de l'ennemi les huit cales de lancement qui eussent permis des constructions nouvelles et multipliées, et l'utilisation du potentiel considérable des Chantiers, qui eut pu être appliqué à la fabrication d'un matériel de guerre abondant, peut-être terrestre.Par ailleurs, la Maison Worms ne pouvait s'appuyer sur le gouvernement de Vichy. En effet, le 5 octobre 1940, l'amirauté française faisait tenir aux chantiers Worms l'ordre de déférer aux réclamations allemandes. Cet ordre était transmis par l'intermédiaire du ministère de la Production industrielle (service des commandes allemandes) et la Chambre syndicale des constructeurs de navires. Il est ainsi conçu :« Dans ces conditions, et vu les instructions dont il vous a été donné lecture, je vous confirme que la continuation des bâtiments de guerre visés doit être effectuée en attendant l'arrivée des ordres définitifs qui ont été annoncés dans la lettre adressée aux chantiers Worms le 29 septembre 1940 par l'amiral de la Flotte, secrétaire d'État à la Marine. » (Pièce n°7.)Ces instructions furent confirmées directement aux Chantiers par l'amirauté française, 3ème bureau, le 2 novembre 1940 (pièce n°8) qui délivrait en outre, le 28 novembre 1940, aux chantiers Worms, une licence confidentielle dérogatoire à l'interdiction de fabriquer du matériel de guerre (pièce n°9).Enfin, le 3 octobre 1941, l'amirauté française notifiait aux chantiers Worms qu'en vertu d'un accord franco-allemand, les autorités allemandes assumaient, "à dater du 26 juin 1940", la maîtrise de l'uvre pour la poursuite de la construction des bâtiments "La-Favorite", "L'Africaine" et "La-Charente" (pièce n°10) cependant que le 9 octobre 1941, une licence définitive était remise aux Chantiers, portant dérogation définitive pour le sous-marin "La-Favorite", à l'interdiction de construire du matériel de guerre.Il ressort ainsi à l'évidence de cette correspondance :a) que les sous-marins "La-Favorite" et "L'Africaine", tout de même que le ravitailleur "La-Charente" étaient, au mois de juin 1940, la propriété de l'amirauté française,b) que ces différents navires étaient considérés comme prises de guerre par les autorités allemandes, en plein accord avec les autorités françaises,c) que la construction de ces navires n'a été reprise que sur l'ordre formel donné par l'amirauté française aux chantiers Worms.La Maison Worms ne pouvait évidemment résister aux injonctions des autorités allemandes appuyées par les autorités françaises - et qui pouvaient être mise en uvre par les pleins pouvoirs délégués au commissaire gérant allemand.En revanche, elle pouvait feindre de s'incliner, et saboter la production.C'est ce qui a été fait, avec un plein succès, et malgré les risques courus - risques qui ont notamment revêtu la forme à titre de sanctions pour sabotage, de l'arrestation, pendant deux mois, du secrétaire général, - Monsieur Roy - et du secrétaire de la direction des chantiers du Trait - Monsieur Bonnet.Le sabotage est d'ailleurs illustré par ce fait que l'arrestation de ces deux fonctionnaires a été effectuée quelques jours avant le lancement de "La-Favorite", et que leur libération n'est intervenue qu'au moment de la réception définitive de ce sous-marin.Ce sabotage, qui est par ailleurs démontré par la comparaison des dates normales et effectives de livraison, a naturellement entraîné pour la Maison Worms, des pertes d'exploitation considérables, soit de 1940 à 1944 : F 30.000.000.Enfin, "La-Favorite", prise de guerre - livrée, malgré les efforts de la Maison Worms et sur l'ordre de l'amirauté française à l'amirauté allemande, était dépourvue de toute valeur militaire - puisque, d'autre part, les tubes lance-torpilles orientables avaient été supprimés et que, d'autre part, sur les quatre tubes lance-torpilles fixes d'étrave, un seul a été livré en état de fonctionner."La-Favorite" ne présentait donc aucun intérêt militaire. Enfin - et surtout puisqu'il s'agit d'une accusation portée contre la Maison Worms, l'achèvement de ce navire et sa livraison n'incombent qu'à l'amirauté française, propriétaire du navire.La Maison Worms a fait son plein et entier devoir en sabotant une production à un point tel qu'un navire - qui eut dû être normalement - et sans zèle aucun - livré fin 1940, n'a été livré aux Allemands que deux ans plus tard - le 24 novembre 1942.Sous-marin "L'Africaine"Le sous-marin "L'Africaine" était en chantier lors de l'armistice. II eut pu et dû être livré à l'amirauté française en juin 1941 - son lancement devant intervenir fin 1940.Malgré les ordres donnés par l'amirauté française -ordres donnés dans les mêmes conditions que pour "La-Favorite" - il n'a jamais été livré à l'Allemagne ; il n'a même pas été lancé.Pour éviter cette livraison, la Maison Worms a multiplié les dérobades et les tergiversations.Ayant reçu l'ordre de l'amirauté allemande d'achever cette unité, le 24 octobre 1940 (pièce n°10 bis) elle a saisi l'amirauté française le 30 octobre 1940, aux fins d'instructions (pièce n°11).L'amirauté allemande revenait à la charge le 22 décembre 1940 (pièce n°12).La Maison Worms, le 28 décembre 1940, s'abritait derrière une absence de licence régulière, pour retarder cette mise en chantier (pièce n°13), ce qui permettait à l'amirauté française de porter l'affaire devant la Commission de Wiesbaden, tout en en avisant les chantiers du Trait (pièce n°14).Le 4 mars 1941, la construction de "L'Africaine" n'était toujours pas reprise - ce qui provoquait la protestation de l'amirauté allemande, et une mise en demeure formelle avec menaces adressée aux chantiers du Trait (pièce n°17).La Maison Worms ne s'inclinait toujours pas et ne reprenait toujours pas la construction de "L'Africaine", sous le prétexte que des négociations franco-allemandes étaient en cours à Wiesbaden.Le 9 octobre 1941, le ministère de la Production industrielle, motif pris de l'accord franco-allemand du 16 septembre 1941 relatif aux constructions navales en zone occupée, notifiait aux chantiers du Trait d'avoir à reprendre, pour le compte allemand, la construction de "L'Africaine", et lui délivrait la licence correspondante. La Maison Worms, cette fois, ne pouvait plus s'abriter derrière de prétendues négociations internationales pour retarder encore la mise en route de "L'Africaine".Cependant, et sous des prétextes divers d'ordre technique, elle ne reprenait pas le travail - qui ne fut repris, sous de nouvelles menaces allemandes, que le 16 février 1942.La politique de sabotage de la production s'est alors fait jour à nouveau, et a permis de retarder la production à un point tel qu'en septembre 1944, les troupes canadiennes pouvaient pénétrer aux chantiers du Trait alors que "L'Africaine" se trouvait encore sur cale.Ravitailleur "La-Charente"Ce ravitailleur, eu égard à son degré d'avancement, devait être livré à l'amirauté française courant 1941.La Maison Worms a, là encore, appliqué sa même politique d'atermoiement.Ayant reçu l'ordre de l'amirauté française, par application des accords de Wiesbaden, d'achever, au profit de l'Allemagne la construction de ce pétrolier, le 3 octobre 1941, elle a dû reprendre le travail - mais en freinant la production de telle manière qu'il n'a été effectivement livré que le 19 septembre 1943.En dehors de "La-Favorite" et de "La-Charente" qui - propriété de l'État français - ont été livrés par lui à l'Allemagne, la Maison Worms a dû recevoir pour compte de l'amirauté allemande, certaines commandes.Il faut souligner que ces commandes n'ont été sollicitées, ni négociées par les chantiers du Trait.Une première commande de quatre chalands non automoteurs (note verbale du 8 juillet 1940 confirmée par lettre en date du 24 août 1940) a été imposée par l'amirauté allemande, sous menace de réquisition des Chantiers.Sur ces quatre chalands un seul sans aucune valeur militaire a été livré le 4 mars 1944.Il a donc fallu 4 ans pour construire un chaland de 700 tonnes, un autre est encore sur cale, les deux derniers ne sont pas même commencés.Les chantiers du Trait ont également reçu l'ordre de construire trois petits cargos de 1.150 tonnes chacun, destinés au transport de marchandises générales.Cette commande n'a été ni sollicitée, ni négociée, ni même acceptée par les chantiers Worms.Elle s'intégrait dans une commande générale imposée par l'amirauté allemande à l'ensemble des chantiers navals par l'intermédiaire de la Chambre syndicale des constructeurs de navires, et répartie par cette dernière entre les différents chantiers navals.Ces trois cargos, de 1.150 tonnes, qui ne présentent aucune valeur militaire, ont été commandée le 22 octobre 1940.La Maison Worms a alors poursuivi un double objet :a) s'approvisionner au maximum,b) produire au minimum,en vue de conserver pour la fin de la guerre des unités qui, construites aux frais de l'Allemagne, mais non livrées à cette dernière, pourraient être mises à la disposition de l'économie française.Cette politique avait pleinement atteint son but puisque, lors de la libération du Trait, en septembre 1944, ces trois petits navires étaient sur cale, et qu'aucun d'eux n'avait été livré à l'Allemagne, alors qu'ils avaient été commandés 4 ans plus tôt.ConclusionsL'accusation portée contre la Maison Worms d'avoir livré du matériel de guerre à l'Allemagne en vue de faciliter au Reich la poursuite des hostilités ne supporte donc pas l'examen, puisque :- les livraisons d'un sous-marin et d'un pétrolier effectuées en 4 ans l'ont été non point par la Maison Worms - mais par les autorités françaises,- qu'elles portaient sur du matériel appartenant à l'État français qui avait été dès l'armistice considéré comme prises de guerre,- et que, effectuées malgré tous les efforts en sens contraire de la Maison Worms, ces livraisons, qui ne portaient que sur du matériel dépourvu de toute utilité militaire n'eussent pu être définitivement évitées - la Maison Worms étant sous la coupe d'un commissaire allemand muni de pleins pouvoirs depuis octobre 1940.29.10.44
1944.10.31.De Hypolite Worms.Fresnes.Original.01
Original31 octobre 1944Voici les remarques supplémentaires que je voulais vous faire au sujet du règlement des comptes avec Michel G.Pendant 10 ans et plus, M. G. a passé son temps à vomir sur l'activité bancaire de notre Maison et racontait dans tout Paris qu'elle allait à la faillite. Cela n'avait du reste qu'une importance limitée car son opinion ne comptait guère. Depuis 4 ans, il continue, mais sur un autre thème, à savoir que nos services bancaires ont travaillé avec les Allemands et il se répand, auprès de tous ceux qui le rencontrent, en propos injurieux sur certains collaborateurs, un plus particulièrement, de notre Maison.Or, en exécution des promesses que j'ai faites en octobre 1940 vous allez lui verser une somme considérable en représentation de sa part de gérant pour la période 1940-1944, pendant laquelle, du reste, il n'était plus gérant, et partant, plus responsable civilement. De plus cette part dans les bénéfices distribués a été fournie exclusivement par les bénéfices procurés par le département bancaire qui, à lui seul, a permis non seulement d'amortir les pertes considérables des départements charbons et constructions navales, mais encore de distribuer largement des dividendes.Je ne cherche pas du tout à revenir en arrière sur mes promesses qui doivent être exécutées mais il y a quelque chose qui ne va pas : d'une part il demande à toucher son fric et d'autre part il accuse la Maison de devoir ses bénéfices à des trafics avec l'ennemi ; il accepte donc sciemment d'être le bénéficiaire de ces opérations illicites ! ! !J'ai encore eu les échos d'une explosion toute récente de sa colère, en présence de tiers, au restaurant Fouquets'.Ne peut-on pas en réglant les comptes mettre les choses au point par écrit, sur ce plan là aussi ?Et pour libérer sa conscience, qui ne peut pas ne pas être outragée (! !) ne serait-il pas équitable que cette part de gérance, qui lui a été promise, mais qui, ni en droit, ni en fait, ne lui est légitimement due, soit répartie, jusqu'au dernier centime naturellement, et avec son accord, entre ses héritiers, associés commanditaires, à charge pour eux d'en faire ce qu'ils voudront.Je soumets les considérations qui précèdent à votre examen attentif.En tout cas je précise - et j'insiste sur ce point - que tout devra se faire par écrit avec tous les points sur les i désirables car je tiens essentiellement à ce que ce règlement, que vous ferez certainement avec l'aide de notre contentieux, soit définitif et final.Je crains fort, en effet, que, quoiqu'on fasse, il n'essaie dans l'avenir de créer de nouvelles difficultés s'il en avait le moins du monde l'occasion.
1944.10.31.De Hypolite Worms.Fresnes.Original.02
Original31 octobre 1944Demandez à Dollie de vous raconter la visite qu'elle a reçue de 2 de nos amis anglais, dont l'un est général dans l'état major de Montgomery, c'est infiniment intéressant car on y trouve la confirmation de ce que j'ai toujours pensé sur le complot dont je suis la victime, et sur son initiateur. Intéressant également sur la mentalité de R. M. qui continue à laisser planer des doutes sur notre activité bancaire (et cela devant des tiers), ce qui n'est pas très encourageant. Je ne sais pas s'il se rend compte que je suis également responsable et si je peux espérer être libéré comme armateur je voudrais bien ne pas avoir à rester ici comme banquier. Peut-être estimerez-vous possible et désirable de le chapitrer sur ce point (sans naturellement lui découvrir votre source de renseignements). Vous aurez en fait l'occasion de le faire, lorsque, le moment venu, vous lui communiquerez mon dossier qui comprendra le rapport d'expert sur l'activité bancaire, rapport qui, je pense, sera aussi favorable que celui sur le Trait. A ce moment j'aime à croire qu'il sera convaincu et qu'il ne me desservira pas en essayant de m'aider.----------Avez-vous pu faire une enquête au sujet de la banque dont Malzac ( ?) m'a parlé, ce qu'elle vaut, et pourquoi quelqu'un de chez nous a fait une remarque désobligeante à son sujet ? Pardon de vous importuner sur un sujet aussi peu intéressant mais Malzac qui est dans la cellule voisine de la mienne me relance constamment.
1944.11.02.De l'ingénieur DT.Constatations des dommages sur le La Mailleraye
Constatations des dommages sur le s/s "La Mailleraye" de la société Worms & Cie
Les constatations ont été faites le 30 octobre 1944, à la marée basse, à l'aide d'une plate mise à ma disposition par les services de la marine militaire à Pauillac.
La situation du bâtiment était la suivante :
À l’arrière seuls émergeaient : la claire voie de la machine, les bossoirs et le chantier d'embarcation tribord, une partie de la passerelle de navigation. À l'avant : le pavois tribord, l'avant tribord de l'hiloire du panneau de la cale II, le mat avant et une partie des deux treuils de manœuvre du pied de mat, l'hiloire tribord du panneau de la cale I, une petite partie du pont principal à tribord avant, le poste d'équipage extrême avant et sur le pont des gaillards, le guindeau et quelques accessoires.
La partie arrière du bâtiment gitait fortement sur tribord et apiquait sur l'arrière, tandis que la partie avant gitait également sur tribord et se relevait vers l'avant.
Les dommages constatés, en partant de l'arrière, sont les suivants :
La claire-voie de la machine a ses panneaux arrachés ou soufflés, les charnières de ces panneaux sont arrachées et les hublots cassés.
Le pont à Td., entre le bordé de carène et la paroi longitudinale du groupe passerelle, environ, au droit de la cheminée, est percé d'un trou dont les bavures de tôle sont dirigées vers le bas il indique le passage d'une bombe d'assez fort calibre. Cette bombe a déchiqueté la façade avant de la passerelle de navigation qui s'est affaissée vers l'avant du navire. L'abri de navigation et la chambre des cartes ont leurs boiseries disparues, seuls subsistent, la roue de commande du gouvernail et le chad-burn qui est cassé en deux. Les dégâts intérieurs, occasionnés par cette bombe, n’ont pu être constatés.
Une autre bombe a touché le navire au tiers avant du panneau de la cale II, entre l'hiloire du panneau et le pavois tribord.
Le pavois tribord est déchiqueté et les déchirures de tôles sont déportées vers l'extérieur tandis que les deux tronçons d'hiloire sont repliés vers l'intérieur. Les dégâts intérieurs n'ont pu être constatés et aucune constatation n'a pu être faite à bâbord. Il semble toutefois que cette bombe aurait cassé le navire transversalement car, à partir de cet endroit, les parties avant et arrière du bâtiment ne sont pas dans le même alignement.
Dans le poste d'équipage avant, le parquet est relevé par le souffle et les cloisons de la coursive milieu sont incurvées.
Sur le pont des gaillards, le guindeau en bon état, les chaînes et peut être les ancres, qui sont mouillées, sont récupérables à marée basse ainsi qu'une ancre à jas de 250kgs. environ placée à la descente de l’échelle tribord.
Bordeaux, le 2/11/44
L'IDT
1944.11.02.De Paris.Note (sans émetteur ni destinataire)
CopieParis, le 2 novembre 1944Répression des rapports avec les ennemisRéunion du Comité central du 30 octobre 1944 - Un arrêté en date du 10 octobre a été pris à Marseille, en exécution de l'ordonnance d'Alger du 6 octobre 1943, les sociétés intéressées ayant jusqu'au 10 novembre pour fournir les déclarations prévues dans ladite ordonnance, le Comité central des armateurs a provoqué une réunion de ses membres dans un double but : arrêter des décisions communes pour le cas probable où un semblable arrêté sera pris dans le département de la Seine, ensuite, arrêter les positions suffisamment à temps pour permettre, le cas échéant, aux confrères marseillais, de s'y référer.Cette ordonnance semble pouvoir être examinée sous deux angles : celui d'abord de sa portée générale et celui également de ses applications particulières à la profession maritime ainsi que chacune des entreprises qui la compose.I - Aspect général de la questionM. Sicé fait tout de suite remarquer, en y mettant beaucoup d'insistance, le caractère pénal de cette ordonnance qui la différencie nettement de celle qui a un caractère civil, comme, par exemple, l'ordonnance du 18 octobre dont il est actuellement question et qui a pour objet la confiscation des profits illicites.Accepter de faire une déclaration, dit-il, en exécution de la première serait en quelque sorte et d'une manière indirecte plaider coupable.Or, l'inopportunité d'une telle attitude est manifeste et elle apparaît encore plus certaine si on analyse les termes employés dans l'ordonnance par lesquels sont expressément exclus de ces dispositions les actes accomplis sous l'empire du seul "état de nécessité".Cette expression qui, en effet, est d'une acceptation plus large que si l'on s'en tenait à la notion habituelle de contrainte ramène à des proportions très étroites l'étendue des culpabilités éventuelles que chaque société intéressée a le droit d'apprécier chacune pour son compte et dans des conditions qui ne laissent pas beaucoup de place à l'erreur.Une autre question de portée générale, en revanche, peut apparaître comme une source de confusion : elle est soulevée par les articles qui visent le point d'appréciation des tribunaux en ce qui concerne les actes qui, dans certains cas, ne sauraient être invoqués que comme "circonstances atténuantes" tandis que dans d'autres, ils pourraient être considérés comme des "faits justificatifs".Le premier cas vise les actes effectués sous le couvert des "lois et décrets" du gouvernement de Vichy, c'est-à-dire en vertu de dispositions de caractère général.Le deuxième est constitué par les "autorisations" données par le même gouvernement, sous une forme par conséquent plus personnelle mais sous réserve que les limites de l'autorisation donnée n'auraient pas été enfreintes.Bien que pour se prononcer, les tribunaux en question ne puissent le faire que sur le vu des déclarations produites, il n'en paraît pas moins certain que les entreprises sont fondées à apprécier elles-mêmes si elles se trouvent ou non dans un cas soumis soit aux circonstances atténuantes, soit aux faits justificatifs.Il apparaît donc à la plus grande partie des personnes présentes que la nécessité d'une déclaration ne s'impose que dans des limites bien déterminées pour les sociétés résidant en territoire métropolitain, qui ont été soumises à l'occupation directe de l'ennemi depuis juin 1940 pour la zone occupée et depuis le 11 novembre 1943 pour la zone libre.Les rapports entre les sociétés d'Algérie et les sociétés résidant en territoire métropolitain soumis à l'occupation constituent, naturellement, un cas particulier.Certaines inquiétudes se sont manifestées au cours de la discussion et l'on conçoit, par exemple, que des sociétés de remorquage, dont M. Fougère s'est fait le porte-parole se préoccupent de leur position un peu particulière.Leurs unités, en effet, n'ayant pas été réquisitionnées par les TM leur utilisation au profit des occupants a pu revêtir un caractère d'actions bénévoles qui ne peuvent pas être couvertes absolument par l'expression mentionnée plus haut : "sous l'empire de l'état de nécessité".C'est ici que le problème apparaît sous son aspect particulier, qui peut varier d'un armement à l'autre.II - Considérations particulièresDu point de vue qui intéresse plus particulièrement les armements, l'avis exprimé s'est naturellement inspiré des considérations ci-dessus et l'avis a prévalu qu'on devait distinguer deux catégories de faits : l'une pour laquelle aucune déclaration n'avait à être faite, il s'agit des opérations qui découlent :a) soit de l'application de la charte,b) soit de la réquisition directe des navires par les Allemands,c) soit de la cession obligatoire des navires, en vertu des conventions d'armistice ou autres.[Note manuscrite : Un quatrième a été ajouté par la suite : celui des réquisitions de matérielou des cessions de matériel faite en exécution des décisions des commissions d'armistice.] Toutefois, un correctif a été apporté à cette position en ce sens que le Comité central fera quand même une déclaration collective à la Marine marchande pour l'informer que pour tous les actes relevant de la catégorie ci-dessus, les armements ne feront pas de déclaration.L'autre catégorie comprend naturellement tous les actes qui ne rentrent pas dans la première et, à ce sujet, les armateurs résoudront à leur convenance ce qui ne saurait constituer pour eux que des cas particuliers.Ce sera le cas exposé plus haut, en ce qui concerne les remorqueurs.Ce sera aussi le cas des travaux d'atelier, pour certains armements qui en possèdent et pour lesquels l'argument de l'"état de nécessité" ne pourra pas être invoqué.Enfin, en ce qui concerne l'établissement de la déclaration éventuelle, il a été admis que c'est le siège social qui avait qualité pour les faire lorsque la société intéressée a également des établissements en province autres que de simples agences.
1944.11.03.De Samuel Théodore Monod.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de Monsieur MonodDit Maximilien VoxL'an mil neuf cent quarante quatre, le 3 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction à la Cour de justice, assisté de Lombard, greffier, a comparu :Monsieur Monod Samuel Théodore (dit Maximilien Vox), 49 ans, éditeur, demeurant à Paris, 22, rue Visconti.Lequel serment prêté de dire la vérité, dépose :J'ai fait la connaissance de Monsieur Le Roy Ladurie avant la guerre, comme client de la Banque Worms.J'appartenais dans la Résistance à un groupe qui avait à sa tête Monsieur Guillain de Benouville qui était une relation personnelle de Monsieur Le Roy Ladurie. Il avait été entendu entre les membres de ce groupe qu'en cas de difficultés il serait fait appel aux concours financiers de Monsieur Le Roy Ladurie qui jouissait de notre entière confiance. Cette éventualité s'étant produite le 14 mars 1944, et plusieurs d'entre nous ayant été arrêtés, je suis allé trouver Le Roy Ladurie qui m'a remis 500.000 francs pour subvenir aux besoins de la fraction de l'organisation qui m'incombait personnellement.J'ai toujours considéré Gabriel Le Roy Ladurie comme animé d'une profonde foi patriotique.Lecture faite, persiste et signe.
1944.11.04.De Hypolite Worms.Fresnes.Original
OriginalNB : Note simplement datée "samedi soir 4" et classée au 4 novembre 1944.Samedi soir 4Dollie, en me rendant compte de votre entrevue avec le colonel américain, me dit que vous allez lui donner, aux fins de propagande, une note à propos du Trait, et elle semble croire que c'est le rapport d'expert.J'espère qu'elle se trompe, car vous savez que, sous aucun prétexte, des documents de ce genre ne doivent être communiqués à des tiers pendant le cours de l'instruction. Si on l'apprenait cela pourrait avoir de graves conséquences pour moi ; je sais que ces papiers seront donnés à L. pour Gabriel et à René M. pour moi, mais cela n'est pas la même chose, et on peut avoir confiance en leur discrétion, ce qui ne serait pas le cas pour le colonel qui ira les communiquer à n'importe qui de l'autre côté, et probablement avec chance d'un résultat minime.Ce qu'on pourrait lui donner serait un résumé, tout à fait personnel de cette histoire, résumé qui pourrait être puisé en partie dans ledit rapport d'expert et en partie dans la note déposée par L. et qui avait été faite en partie par lui et en partie par vous. Si ce document venait à être divulgué et connu, cela n'aurait aucune importance puisqu'il s'agirait d'un document personnel, et à cet égard-là vous pouvez faire tout ce que vous voudrez pour me défendre aussi [bien] en France qu'à l'étranger.J'ai bien reçu le rapport de Bucquet sur Alger, fort intéressant et rassurant. J'ai été tout particulièrement content de voir que Laurent S. nous gardait toute son amitié et avait aidé notre succursale.J'attends maintenant avec impatience ceux de Révoil et de Streich., qui, tous deux, j'en suis sûr, feront du bon travail là-bas, meilleur en tous cas certainement que le colonel.Voyez-vous, vous-même, quelquefois Anduze ? Sinon, ne serait-il pas possible que vous l'invitiez à dîner, avec sa femme, pour essayer de le faire parler et pour vous rendre compte s'il est absolument loyal bien que vraisemblablement très timoré.Je compte donner cette note à un nouveau secrétaire de L. qui doit venir me voir demain matin (je ne le connais pas encore). Prière de vous la faire remettre immédiatement.
1944.11.04.De P.S. Ross and Sons.A L.V. Randall - Eastern Provinces.Montréal
CopieP.S. Ross & SonsChartered accountantsRoyal Bank Building560, St. James St.Centra No.1Montréal, Quebec4th November 1944L.V. Randall, Esq.Managing DirectorEastern Provinces Administration LimitedRoyal Bank Bldg.Montréal, QuebecDear Sir:In view of the discussions which took place at a meeting of your board of Directors held on 25th August 1944 in connection with the application by Trust Compagnie Confidentia for the release of certain funds and the conversations which you have had in recent weeks with Mr. Mathieu and Mr. Hawthorn in connection with this matter it would seem to be desirable at this time to restate the following facts:1. The Custodian considers that, with the exception of the cash and securities which are held for clients whose accounts are carried in their own names in the books and records of your Company, all cash and securities held by your Company for clients are the property of "Imafiza" only, until proven otherwise.2. For the above reason the Custodian will be obliged to reject any applications for the release of cash and securities held by your Company from persons other than those whose accounts are carried in their own names in the books and records of your Company, as referred to above. This does not mean, of course, that applications by such known clients will necessarily be successful; it does mean that applications by all other persons will certainly be rejected.3. The Custodian has been obliged to take the position outlined in (1) and (2) above because he has not been able to find any information with respect to the names and addresses of the clients of "Imafiza" whose accounts were given numbers in the records of your Company. It may be that certain sealed enveloped which, we understand, are held by the President of your Company might give the desired information but these envelopes have never been surrendered to the Custodian as promised by the President of your Company at a directors' meeting held in Montreal on 25th April 1942 at which Mr. Mathieu and Mr. Hawthorn were present.4. Since the Custodian has not been able to find any instructions from "Imafiza" relative to the investment of funds held by your Company for clients the custodian is not prepared to approve any individual application for investment unions supported by a definite recommendation by your Board of Directors as well as necessary proof of ownership and a certificate by the Directors that they had definite instructions from "Imafiza" to permit transactions or investments in any individual account upon application.Yours very truly,P.S. Ross & SonsP.S. Ross & SonsChartered AccountantsSupervisors of Eastern ProvincesAdministration Limited for the Custodian of Enemy Property
1944.11.05.De Bernard des Champ de Boishebert.Au juge Georges Thirion.Témoignage
Copie Offranville, 5 novembre 1944Monsieur le juge d'instruction,J'apprends l'arrestation de Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie et je n'en connais pas le motif. J'ai été arrêté par les Allemands fin octobre 1940 comme franc-tireur, condamné à mort le 3 novembre 1941 à Paris, déporté en Allemagne, gracié et libéré le 17 février 1943, père de sept enfants dont l'aîné vient de prendre onze ans et FFI.Je sais que Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie a suivi mon affaire avec tout son cur, qu'il a fait tout ce qu'il était humainement possible pour obtenir ma grâce et hâter ma libération. Je lui en conserve une très grande reconnaissance.Je voudrais par cette lettre lui montrer que je ne suis pas un ingrat et je vous demande, Monsieur le juge d'instruction, de tenir compte en sa faveur que, si je suis encore en vie c'est certainement grâce aux interventions qui ont eu lieu.Je vous prie de croire, Monsieur le juge d'instruction, à l'expression de mes sentiments respectueux.Bernard des Champ de Boishebert
1944.11.06.Des Services charbons.Note
Copie de lettreWorms & CieParis, le 6 novembre 1944Services charbonsContrôle financierOrdonnance du 5 octobre 1944Déclaration et mise sous séquestre des biens ennemisObservations ParisNéantBayonne905 T de charbonBordeaux - charbonsNéantBordeaux - service forestierNéantAgenNéantSaint-Cyprien?Réponse non reçueAngoulême?Réponse non reçueDieppeNéantLe Havre137 T de charbon900 à 1.000 stères de boisMarseille670 T de charbon et de coke180 T de boisNantes?Réponse non reçueAngersNéantTours charbons?Réponse non reçueTours scierieNéantRouenNéantNous devons préciser qu'en général, il s'agit de tonnages approximatifs de combustibles appartenant aux autorités allemandes et entreposés par elles sur des chantiers qui avaient été préalablement réquisitionnés par elles.II faut également noter que tous ces combustibles ont fait en temps voulu, de la part des succursales intéressées, l'objet de déclarations auprès de l'ORC régional et qu'en général cette administration a décidé le blocage de ces combustibles se réservant de donner ultérieurement des instructions pour leur distribution.Pour compléter ce tableau, nous devons ajouter :1° - Bordeaux détenait à fin août 1944 un petit stock de charbons de l'ordre de 28.500 F qui a fait en comptabilité l'objet d'une compensation partielle avec des créances de cette succursale sur les autorités allemandes pour 32.003,10 F en contre partie de fournitures de charbons, de bois de pin et de charbon de bois livrées par elle en 1940, 1943 et 1944.2° - La succursale de Nantes était débitrice en comptabilité à l'égard des autorités allemandes de 101.040 F, ce solde provenant d'un accord passé avec ces autorités pour la coupe d'Araize ; selon les indications que vous avez bien voulu nous donner en temps voulu, nous avons autorisé Nantes à liquider ce montant pour lui permettre de clôturer les écritures comptables de cette coupe ; il ne s'agit pas à proprement parler d'une dette de cette succursale à l'égard des autorités allemandes mais plutôt d'un solde découlant de l'interprétation d'un contrat passé avec elles pour l'exploitation de cette coupe.3° - Notre succursale du Havre a entreposé par les autorités allemandes sur sa concession de Graville de 20 à 25.000 tonnes de gravier qui ne sont pas mentionnées ci-dessus.4° - Enfin notre succursale de Rouen détient un stock important de gravier et de cailloux entreposé par l'agence Marks sur sa concession portuaire, préalablement réquisitionnée par les autorités allemandes.Créances sur les ennemisObservationsParis49.000Diverses réquisitions de charbon de bois à TonnerreBayonne349.418,50Au titre manutentions, transports, fournitures de bois et de charbon de boisBordeaux charbonsNéantBordeaux service forestier14.348,65Fournitures de poteaux de mines et de planchesAngoulême?Réponse non reçueAgenNéantSaint-Cyprien?Réponse non reçueDieppeNéantLe Havre75.358,80Locations diverses de main-d'uvre, de camions, de chevaux et indemnité de réquisition d'usineMarseille88.583,95Diverses factures à la KriegsmarineNantes?Réponse non reçueAngersNéantTours charbons?Réponse non reçueTours scierieNéantRouen132.779Fournitures de bois et de charbon de bois et prestations de servicesNous devons ajouter que, en plus de ces créances, les succursales suivantes ont eu du matériel réquisitionné qui, à ce jour, est resté impayé :Bayonne 1 pinasse à moteurvaleur : 150.000Angers1 camion Saurervaleur : 123.750Rouen1 grue de chantiervaleur : 405.000Rouen : matériel de bureau dont la valeur de remplacement ne sera connue qu'après une expertise en cours.Pon Worms & Cie[Signature illisible]
1944.11.06.Des Services charbons.Rapport
CopieDirection générale des Services charbonsParis, le 6 novembre 1944Département charbonsLes événements gui se sont déroulés depuis août/septembre ont réduit à peu près à zéro le peu d'activité qui nous restait sur le plan charbonnier. Le seul point satisfaisant est que nos installations ont, dans l'ensemble, peu souffert.ParisSur le plan charbonnier, situation inchangée.Aux activités annexes, le chantier de Tonnerre fonctionne normalement, avec toutefois une réduction de production consécutive à la mauvaise saison. La demande de charbon de bois reste forte. Les allocations de combustibles liquides étant très faibles, pour une période qui semble devoir se prolonger, les camions à gazogènes continuent à être les seuls utilisables et les constructeurs de gazogènes signalent une recrudescence de commandes. Nous nous préoccupons donc de prolonger pour six mois ou un an nos chantiers de carbonisation par l'achat de quelques coupes, ou de préférence de bois déjà abattu. A Châteauvillain, où nous travaillons en compte à demi avec les Dérivés du bois, la production est de l'ordre de 3 tonnes-jour et le stock de bois considérable. Il a été vendu en octobre 2 fours Turpin.DieppeImmeuble réquisitionné par le commandant du port. Chantier endommagé mais assez facilement réparable. Activité nulle.Le HavrePas de nouveaux dommages malgré les destructions effroyables dans la ville et le port. On procède à la remise en état de l'usine qui pourrait tourner dans une quinzaine de jours, mais pas d'arrivages en perspective. Le quai Colbert est effondré sur la moitié environ de sa longueur et le bassin Vauban est rendu inaccessible par un batardeau, construit en vue de maintenir un niveau d'eau à peu près constant pour les condenseurs de la centrale électrique. Par contre le quai du Garage de Graville est intact et son accès, par le bassin Vétillart, devrait être prochainement dégagé.Notre petit dépôt d'huiles combustibles de Graville est utilisé par l'armée américaine comme station-service pour l'alimentation de ses camions, en vrac et en bidons.Activité charbonnière nulle.La carbonisation dans l'Orne a été reprise au début de septembre et marche normalement. Le stock de bois sera prochainement épuisé, M. Bédel cherche - sans succès jusqu'à présent - de nouvelles coupes ou du bois abattu pour prolonger son exploitation de six mois.NantesPas de nouvelles de la tourbière de Crossac, toujours dans la zone d'occupation allemande. La succursale a comprimé au maximum son personnel et mis en veilleuse l'agence d'Angers.ToursLa succursale charbons, qui a des stocks de bois en forêt, a été paralysée par la réquisition ou les avaries de son matériel roulant. Nous avons pu l'approvisionner en pièces de rechange et elle reprend aujourd'hui ses transports de bois.La scierie de Tours est détruite par bombardement; la petite scierie de Chemillé-sur-Dême a pu être rééquipée et doit démarrer le 20 courant.BordeauxNos installations sont intactes, comme du reste tout le port, mais celui-ci demeure inaccessible et les arrivages de charbon français sont à peu près nuls. On liquide des stocks en chantier (1.600 tonnes en septembre). Les voies ferrées entre Bordeaux et les mines du centre-midi étant en état et ces mines pouvant être alimentées en poteaux, un certain trafic charbonnier devrait se rétablir au cours des prochaines semaines.Le département forestier a repris vers le milieu de septembre une activité normale. Un gros stock de sciages (800m3) a pu être facturé au service des constructions provisoires. 35 wagons de poteaux de mines ont été expédiés en octobre, le programme prévu étant de 25 à 30.L'agence de Saint-Cyprien a été largement pillée, les camions réquisitionnés, le transformateur de la scierie enlevé. La carbonisation a été reprise en octobre, on recherche un nouveau transformateur.AngoulêmeLe chantier en gare a été détruit par deux bombardements successifs. Un peu de charbon arrive sur un chantier de fortune.Le service forestier travaille avec bénéfice.BayonneLe port est intact à l'exception d'un quai endommagé par une mine flottante. Son accès est rendu difficile par une quinzaine d'épaves mais de petits vapeurs de 1.000 tonnes peuvent remonter jusqu'au Boucau. La succursale a maintenu une certaine activité jusqu'à fin octobre en livrant pour compte ORC des stocks allemands et en fabriquant des agglomérés avec des fines et du brai en stock, mais ces stocks sont maintenant épuisés. La direction des Mines a établi un programme d'approvisionnement des usines d'agglomération pour novembre au départ du centre-midi.M. Bufour part le 7 courant pour le haut-Mauco pour la mise en route des deux nouveaux fours de carbonisation.MarseilleLe chantier de la gare du Canet, épargné par les Allemands, a été endommagé par l'explosion d'un train de munitions.Activité charbonnière à peu près nulle. Le service "Consignations" participe, en pool avec tous les agents-consignataires marseillais, et sous une forme d'ailleurs très réduite, à l'agence des navires britanniques contrôlés par le War Transport Office. Les Américains écartent tout concours français. M. Hall, directeur de l'agence de Toulon, avait été choisi comme correspondant du WTO et l'importance du trafic dans ce port nous avait amenés à y reconstituer complètement notre succursale pour démarrer le 1er novembre. Aux dernières nouvelles les opérations à Toulon vont enregistrer une diminution considérable et seul M. Hall y représentera le WTO.Principales filialesA Paris, la SACC est au point mort depuis trois mois. Les camions sont utilisés aux transports de ravitaillement ce qui couvre une partie des frais généraux. Une légère reprise se manifeste cette semaine par l'annonce de deux wagons de charbon, mais les perspectives de distribution aux foyers domestiques, en dehors de quelques besoins prioritaires, demeurent éloignées.A Toulon, la CCP réussit à maintenir une certaine activité par des livraisons de charbons en stock et de bois.Situation généraleLa production charbonnière française demeure très déficitaire et se situe, selon les bassins, entre 1/3 (Nord et Pas-de-Calais) et 2/3 de la normale. Causes principales : manque de bois de mines, mauvais rendement des ouvriers, désorganisation des cadres et de la direction. Le facteur transports interviendrait sans doute si la production s'accroissait, bien que la voie d'eau soit prochainement utilisable entre le Nord et Paris.L'importation n'a pas encore repris, en dehors d'une ou deux petites cargaisons épisodiques. On espère un démarrage en novembre, sur une très faible échelle et l'organisation mise sur pied par les Pouvoirs publics pour la durée des hostilités est la suivante.Les achats à l'étranger sont faits, dans le cadre d'un programme établi par le GQG interallié, par une mission d'achats. Les charbons sont pris en charge et acheminés sur les ports français, comme tous les autres produits, par le service des importations et importations, rattaché au ministère des Finances. Les charbons devraient être pris en charge, à partir de cif port français, par un service dépendant du ministère de la Production, mais ce dernier a admis d'utiliser l'organisme professionnel prévu dans le Plan d'organisation de l'importation charbonnière : l'Association technique de l'importation charbonnière (ATIC). Toutefois, les achats étant faits par le gouvernement cet organisme verra son rôle momentanément limité à la représentation des véritables parties-prenantes (importateurs-consommateurs, importateurs-revendeurs groupés dans les GPIR) vis-à-vis des Pouvoirs publics, à la centralisation des paiements, à la liaison avec les services de répartition et au contrôle des réceptions.Comme nous l'avions suggéré, l'ATIC sera présidée par un représentant de l'État (M. Thibault). Son conseil d'administration devait être composé des membres de la Conférence des importations charbonnières : MM. Santini, Dupendant, Guillemin, Bureau (consommateurs), Auberger, Fossorier, Perdrieux, Vignet (revendeurs). M. Blum-Picard, secrétaire général à la production, ayant mis un veto sur les 5 derniers noms, M. Bureau sera remplacé par M. Crespon et les importateurs-revendeurs représentés par MM. Bucherer, Vieljeux (maritimes), Balland, Frange (terrestres) auxquels M. Brizay sera adjoint pour représenter spécialement la petite et moyenne importation. Le siège de l'ATIC sera jusqu'à nouvel ordre 66, rue de Monceau et M. Thibault manifeste l'intention de s'appuyer largement sur les organisations professionnelles.Le Comité d'organisation de l'importation charbonnière va subir les modifications exigées par les nouvelles dispositions légales, c'est-à-dire sera géré par un commissaire provisoire. La candidature de M. Raspail a été agréée par M. Blum-Picard pour ce poste, sa nomination n'est pas encore officielle. Il serait secondé par M. Galerneau comme délégué-général. Il est possible que l'équipe Raspail-Galerneau prenne en charge également le CO du commerce charbonnier.Tourbière de Brière. Des nouvelles viennent d'être reçues :- une partie du personnel évacuée,- 7.123 stères sur 17.000 environ produits avaient été vendus localement à fin octobre et payés comptant.Le siège d'exploitation est intact ; il est entretenu et les ventes continuent par quelques-uns de nos collaborateurs demeurés sur place et qui défendent nos intérêts avec le plus entier dévouement.
1944.11.07.De Gaston Bernard.Au juge Georges Thirion.Note 02
CopieAffaire : Ministère public contre Worms Hippolyte, Le Roy Ladurie Gabriel Note n°2De Gaston Bernard, expert-comptableà Monsieur Thirion, juge d'instructionau Tribunal de première instancede la SeineMonsieur le juge d'instruction,Par votre ordonnance, en date du 12 septembre 1944, vous avez bien voulu me commettre dans cette affaire, aux fins d'expertise.Dans une première note, je vous ai indiqué que la Maison Worms & Cie, société en commandite, ayant son siège 45, boulevard Haussmann à Paris, comprenait quatre branches, à savoir :1°) Importation de charbon,2°) Armement maritime,3°) Constructions navales,4°) Compartiment bancaire.Cette première note vous a fait part du résultat de mes recherches préliminaires relativement aux constructions navales.Je vous prie de trouver ci-après, le résultat de mes premières investigations en ce qui concerne les opérations effectuées par la Maison Worms & Cie dans le cadre de son activité bancaire.En l'état actuel des recherches, après examen des scellés et sous réserve de ce qui pourrait résulter de l'étude de la comptabilité et de tous documents qui seraient versés au dossier de l'expertise, il apparaît que :dès le 25 octobre1940, les autorités allemandes pourvurent la Banque Worms & Cie d'un commissaire de nationalité allemande.Ce Commissaire, nommé aux termes de l'ordonnance du 20 mai 1940 et de celle du 18 octobre 1940, fut Monsieur von Ziegesar.Cette nomination eut lieu en raison des attaches britanniques de Monsieur Worms et parce que la Maison Worms pouvait être considérée comme entreprise juive aux termes des ordonnances allemandes et les lois françaises.Les pouvoirs de Monsieur von Ziegesar étaient très étendus. En effet, le paragraphe 2 (2°) de l'ordonnance du 20 mai 1940 spécifiait : "Pendant la durée de l'administration provisoire, toutes les attributions du détenteur ou du propriétaire et des personnes ordinairement compétentes pour la suppléance ou pour l'administration, seront suspendues". De plus, le paragraphe 3 (1°) stipulait que : "L'administration provisoire était autorisée à toutes les affaires et actions d'ordre juridique et non juridique relatives à la gestion".Dès le début de l'occupation, Monsieur Le Roy Ladurie, directeur des Services bancaires de la Maison Worms & Cie, avait été délégué par Monsieur Worms pour centraliser les rapports de ladite Maison avec les autorités allemandes, exception faite de questions relatives aux chantiers du Trait, aux Services maritimes et aux Services charbonniers.Pratiquement, par conséquent, c'est seulement en ce qui concerne les Services bancaires que Monsieur Le Roy Ladurie avait à faire aux autorités allemandes.Monsieur von Ziegesar ayant été nommé, ainsi qu'il a été dit par ordonnance du 25 octobre 1940, Monsieur Le Roy Ladurie obtint, immédiatement, du ministère des Finances, la désignation d'un commissaire adjoint français en la personne de M. O. de Sèze qui devait en cas de difficultés éventuelles, représenter le gouvernement français.Malgré l'étendue des pouvoirs dont il était investi, Monsieur von Ziegesar renonça, dès les premiers jours de son commissariat, à accomplir des actes de gestion directe. Toutefois, il résulte des renseignements recueillis qu'il ne négligeait pas de se tenir au courant de l'activité générale de la maison, prenant chaque jour connaissance de l'intégralité du courrier de la veille.En 1941, Monsieur von Ziegesar fut remplacé par un autre commissaire allemand, Monsieur Falkenhausen.Des investigations effectuées, il résulte en l'état actuel, que l'activité de la Banque Worms dans le cadre des relations avec les Allemands, a été la suivante :- établissement de rapports commerciaux avec la Commerzbank et ouverture d'accréditifs documentaires pour cette banque,- avances à des industriels travaillant pour la Kriegsmarine,- ouverture d'accréditifs documentaires pour la Deutschbank,- ouverture d'un compte créditeur au profit du Rustungkontor.Chacune de ces activités fait, ci-après, l'objet d'une étude spéciale.Rapports commerciaux avec la CommerzbankMonsieur von Ziegesar était le directeur de la filiale de Cottbus de la Commerzbank. Ceci explique qu'il ait demandé l'établissement de rapports commerciaux entre cette Banque allemande et la Maison Worms & Cie. Monsieur Le Roy Ladurie déclare que d'ailleurs, il avait l'ambition d'être un jour désigné comme représentant de la Commerzbank à Paris.Monsieur Le Roy Ladurie indique également que c'est dans ces conditions que, en 1940, il reçut la visite du docteur Hettlage, l'un des principaux dirigeants de la Commerzbank. Celui-ci tenu au courant par Monsieur von Ziegesar du dossier de la Maison Worms, lui aurait alors exprimé le désir de voir se nouer des liens étroits entre ladite maison et la Commerzbank. A ce moment, la donation faite à ses enfants par l'un des associés, Monsieur Goudchaux, n'était pas homologuée, et le Docteur Hettlage demande à devenir associé gérant aux lieu et place du dit Goudchaux.Monsieur Le Roy Ladurie refusa et, de fait, aucune part d'associé de la Maison Worms ne fut cédée aux Allemands mais, ajoute Monsieur Le Roy Ladurie, afin d'adoucir ce refus et d'éviter à la Maison Worms et Cie les graves conséquences qu'aurait pu entraîner une attitude intransigeante, il fut obligé d'offrir à Monsieur Hettlage l'ouverture de rapports de correspondants qui seraient de nature à donner tous apaisements à l'Allemagne.II apparaît que l'essentiel du mouvement du compte de la Commerzbank dans les livres de la Maison Worms provient du règlement d'accréditifs documentaires ouverts pour expédition de marchandises françaises en direction de l'Allemagne, sous le contrôle de différents services du ministère des Finances et plus spécialement de l'Office des changes.Ces opérations étaient soit couvertes, soit non couvertes.Dans le cas des opérations couvertes, le mécanisme était le suivant :La Banque allemande demandait à la Banque Worms d'ouvrir sur ses caisses un accréditif simple ou irrévocable, en faveur d'une maison française, nommément désignée, accréditif utilisable contre documents justifiant l'expédition des marchandises (facture visée par la Chambre de commerce, lettre de voiture ou récépissé de la SNCF.)Simultanément, la Banque allemande intéressée versait au clearing de Berlin la contre-valeur en Reichmarks du montant de l'importation et les fonds étaient transmis à l'Office des changes. Lorsque celui-ci était en possession de l'avis de crédit du clearing, il en avisait la Banque Worms et, après transfert matériel des fonds en faisait tenir couverture en un chèque ou un virement sur la Banque de France. La Banque Worms devait, en contrepartie, remettre le jeu complet des documents prouvant la facturation et l'expédition des marchandises.Ainsi qu'on le voit, ce genre d'opérations ne comportait, de la part de la Banque Worms, aucun financement à proprement parler.Au contraire, dans le cas des accréditifs non couverts, la Banque allemande qui ouvre l'accréditif, demandait à la Banque Worms de lui consentir le financement du transfert de clearing.Des premières investigations, il résulte que les engagements de cette nature ont représenté un découvert moyen de F 1.500.000, chiffre assez peu important par rapport à l'activité générale de la Banque Worms. Dans la période qui a précédé la libération, ce découvert s'est accru en raison du retard apporté par l'Office des changes.Dans l'ensemble, le montant des crédits documentaires payés pour le compte de la Commerzbank ressort à F 121.721.824, 45 en l'état de la documentation réunie. Ce chiffre apparaît très faible par rapport au total des exportations françaises sur l'Allemagne, ce total, qui n'a toutefois pu être vérifié en l'état actuel de la documentation réunie, dépasserait, en effet, 196 milliards.Avances à des fournisseurs de la KriegsmarineII apparaît que ces avances ont eu lieu à la demande des deux commissaires allemands successifs (Monsieur von Ziegesar et Monsieur von Falkenhausen), sous la forme d'escompte de factures.Le total de ces découverts a d'ailleurs, d'une façon générale, été en décroissant. En l'état de la documentation réunie, la position trimestrielle desdits découverts s'établirait comme suit :31 mars 1941F 32.684.617,8530 juin 1941F 15.164.913,2430 septembre 1941 F 12.296.979,7531 décembre 1941 F 13.325.067,1731 mars 1942 F 5.139.264,0630 juin 1942 F 5.560.523,8031 décembre 1942 F 7.095.226,0331 mars 1943 F 10.203.682,6330 juin 1943 F 494.483,5430 septembre 1943 F 494.463,5431 décembre 1943 F 817.576,0431 mars 1944 F 2.667.198,7430 juin 1944 F 2.879.636,79Il conviendra de procéder à un dépouillement des écritures relatives aux avances consenties par la Banque Worms pour le montant ci-dessus. Ce dépouillement permettra d'identifier les bénéficiaires desdites avances et du contrôler des déclarations de Monsieur Le Roy Ladurie aux termes desquelles ces opérations se seraient traduites, en définitive, par une perte importante représentée par des créances irrécouvrables.En l'état actuel, il apparaît effectivement que les découverts suivants n'ont pu, quant à présent, être récupérés par la Banque Worms :- Valentin Amoros F 2.385.173,25 - Paul Gauvin F 116.763,15- Michel Coiraud F 377.700,39Total égal à celui du découvert existant dès fin juin 1944F 2.879.636,79Accréditifs documentaires pour la Deutsche Bank et opérations avec RustungskontorLe mécanisme des accréditifs pour la Deusche Bank a été analogue à celui précédemment exposé à propos des opérations intervenues entre la Banque Worms et la Commerzbank. Ces accréditifs furent ouverts à partir de 1941 à la demande, semble-t-il, du second administrateur de la Banque Worms, Monsieur von Falkenhausen. Celui-ci avait, en effet, une situation d'une certaine importance dans le groupe de la Deustche Bank.En l'état de la documentation réunie, il apparaît que le nombre et l'importance de ces accréditifs, ouverts pour la Deutsche Bank, ont été plus faibles encore qu'en ce qui concerne la Commerzbank. Leur total ressort, en effet, à F 16.606.127,10 seulement.Quant aux opérations avec le Rustungskontor, elles n'ont entraîné aucune avance de la part de la Banque Worms. Celle-ci a, au contraire, servi des intérêts à cet organisme qui avait, chez elle, un compte de dépôt, lequel a fonctionné d'octobre 1943 à août 1944.L'examen du compte ouvert au nom du Rustungskontor a montré que les intérêts payés à celui-ci ont formé un total de F 729.114,25, se décomposant comme suit :- intérêts créditeurs au 31/12/43F 139.119,08- intérêts créditeurs au 31/03/44 F 344.393,15- intérêts créditeurs au 13/06/44 F 248.195,52Total des intérêts créditeursF 731.707,75A déduireIntérêts débiteurs (août 1944) F 2.593,50Différence égale F 729.114,25De ce qui précède, il résulte donc, en définitive, que de 1940 à 1944, des opérations (principalement ouvertures d'accréditifs) eurent lieu entre, d'une part, la Commerzbank et la Deutsche Bank d'autre part, la Banque Worms et ce, à la demande des commissaires allemands, M. von Ziegesar et M. von Falkenhausen) placés auprès de cette dernière, dès 1940, et munis des pouvoirs les plus étendus. La maison Worms n'a eu aucune initiative à cet égard.Par ailleurs, et également à la demande de Monsieur von Falkenhausen, la Banque Worms a dû consentir des crédits à certains fournisseurs de la Kriegsmarine et ouvrir un compte au Rustungskontor.Il semble que ce soit là les seules relations d'affaires importantes que ladite banque Worms ait eu avec des Allemands et qui soient susceptibles de présenter un intérêt dans le cadre de la présente affaire.Seul un dépouillement complet de toutes les écritures relatives à l'ensemble des activités ci-dessus définies permettra d'en chiffrer l'importance avec une certitude absolue.D'ores et déjà, il apparaît que, de toute manière, l'importance des opérations effectuées par la Banque Worms en liaison avec les Allemands, a été assez faible par rapport à l'ensemble de l'activité de la Banque.Monsieur Brocard, chef des Services bancaires de la Maison Worms, pense que ces opérations représentent pas plus de 5% du volume total de l'activité.Ce point, d'une importance certaine, pourra être vérifié par un examen et un dépouillement des balances et des comptes annuels. Cela nécessitera un travail long et délicat dont les résultats auront leur place dans le rapport définitif.Ce travail permettra également de dire quelles ont été les répercussions des opérations effectuées avec les Allemands sur les résultats d'exploitation annuels du compartiment bancaire, qui ont marqué, depuis 1938, de très importantes variations, d'après la comptabilité, ils ont été :en 1938 (exercice de 12 mois) deF 2.886.912,11en 1939 (exercice de 8 mois) de F 6.097.673,51en 1940 (exercice de 13 mois) de F 18.684.574,05en 1941 (exercice de 12 mois) de F 18.518.119,44en 1942 (exercice de 15 mois) de F 34.655.759,39en 1943 (exercice de 12 mois) de F 5.479.373,11Pour les huit derniers mois de 1944, aucun renseignement ne peut être fourni quant à présent, la mise à jour de la comptabilité n'étant pas suffisamment avancée. En ce qui concerne les résultats de cet exercice, il y aura lieu de tenir compte, notamment, de la perte éventuelle sur découverts consentis à des fournisseurs de la Kriegsmarine.Tels sont, Monsieur le juge d'instruction, en l'état actuel des recherches et, ainsi qu'il a été dit au début de la présente note, sous réserve de ce qui pourrait résulter de l'étude de la comptabilité et de tous documents qui seraient ultérieurement versés au dossier de l'expertise, les résultats de mes premières investigations.Veuillez agréer, Monsieur le juge d'instruction, l'assurance de mes sentiments respectueusement dévoués.Paris, le 7 novembre 1944Bernard
1944.11.07.De Guy Brocard.A M. Bernard.Paris.Note
CopieCopie pour M. MalingreGuy Brocard7 novembre 1944Comme suite à notre conversation téléphonique, j'ai l'honneur de vous remettre ci-dessous les indications chiffrées que vous avez bien voulu me demander :1°- créances irrécouvrables sur des fournitures de la KriegsmarineValentin Amoros2.385.173.25Paul Cauvin116.763.15Michel Goirand377.700.392° montant total des accréditifs payés pour le compte de la Deutsche Bank16.606.127.103° - compte de la Rüstungkontor (date d'ouverture octobre 1943, date de clôture août 1944), montant des intérêts versés :au 31 décembre 1943139.119.08au 31 mars 1944344.393.15au 13 juin 1944248.195.52août 1944 (intérêt débiteur)2.593.504° bénéfices d'exploitation de chaque exercice :1938, exercice de 12 mois2.886.912.111939, exercice de 8 mois6.097.673.511940, exercice de 13 mois18.684.574.051941, exercice de 12 mois18.518.119.441942, exercice de 15 mois34.655.759.391943, exercice de 12 mois5.479.373.11Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.Monsieur Bernard1, avenue du général LaperrineParis
1944.11.07.De la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire.Paris.Note
CopieNCHP Paris, le 7 novembre 1944Faits saillants depuis le 15 septembre 1944- Voyage de M. BucquetA la faveur de la première relève coloniale, M. Bucquet a pu partir pour Alger le 16 septembre, via Cherbourg, par le croiseur "Jeanne-d'Arc". Au cours de son séjour à Alger, M. Bucquet a recueilli des renseignements intéressants en ce qui concerne les affaires du groupe en général et de la NCHP en particulier.En dépit de grandes difficultés, M. Bucquet a pu rentrer par la voie maritime, via Toulon, où il a débarqué le 20 octobre.- Démission d'administrateursM. Barnaud et M. Anduze-Faris ont donné leur démission d'administrateurs de la NCHP, ce dernier avec effet rétroactif du 1er janvier 1943.- Échange d'immeublesL'échange des immeubles 31, boulevard Malesherbes et 14, rue Auber entre la Maison Worms et la NCHP a eu lieu le 18 septembre. Cette opération s'est traduite par le versement d'une somme de F 1.950.000 de la Maison Worms à la NCHP.- Échange des parts bénéficiairesLe nombre de parts bénéficiaires actuellement échangées s'élève à 53.994 sur un total de 100.000.Le prix de reprise de la part s'établit à F 80, cependant des cotations plus élevées ont été enregistrées.- Situation des navires"Condé"Ce navire, échoué à Nice depuis son incendie à la suite du bombardement du port le 7 août 1944, a été examiné par un scaphandrier. Les Transports maritimes sont d'accord pour son renflouement. Sous leur contrôle, la NCHP s'occupe de la mise sur pieds d'un contrat de renflouement avec une entreprise de Nice."Ville-du-Havre"II est confirmé que ce navire a été torpillé le 8 novembre 1942. Atteint de 2 torpilles, le "Ville-du-Havre" a été coulé par 40 m de fond. Sa perte totale doit être considérée comme définitive."Madagascar" ex-"Ville-d'Oran"Arrêté à Casablanca en novembre 1942, il fut pris en charge par le Ministry of War Transport sous charte-partie coque nue, puis rétrocédé aux Transports maritimes pour être exploité sur la COA. Ce navire est actuellement à Dakar où il répare ses chaudières très fatiguées."Ville-de-Majunga"Saisi en 1941, il fut exploité par les autorités anglaises d'abord, avec un équipage anglais, puis avec un équipage français, non NCHP. Fin 1943, il s'échoua dans la brume au Cap. Il se trouve actuellement à Londres en réparations. Le 1er septembre 1944 il est passé sous gérance française."Bourdonnais"Ce navire est toujours à Freetown ; il serait, paraît-il, en très mauvais état et hors d'état de naviguer."Ville-de-Rouen" et "Ville-de-Tamatave"II est confirmé que ces deux navires ont été perdus par événements de guerre, respectivement les 28 décembre 1942 et 24 janvier 1943.- Augmentation des traitementsPour tenir compte de l'élévation du coût de la vie, les appointements de notre personnel sédentaire ont été augmentés, avec effet rétroactif au 1er septembre, de 20%, avec minimum de 1000 F par mois pour les traitements inférieurs à 5.000 F.- M. LeloustreM. Leloustre se trouvait à Nice au moment des événements du mois d'août. Contrairement à ce qui avait été prévu, son voyage à Madagascar a été ajourné faute de moyens de communication. M. Leloustre est maintenant rentré dans ses foyers au Havre dans l'attente de nos instructions.- Augmentation de capital de la société Jean Streichenberger & CieSuivant décision du comité de direction du 26 septembre, la NCHP a participé pour F 75.000 à l'augmentation de capital de cette société.- Liaison avec LondresProfitant d'un voyage officiel de M. Revoil à Londres, la NCHP lui a remis un questionnaire en vue de mettre au point diverses affaires restées en suspens.- MadagascarAu cours de son voyage à Alger, M. Bucquet a pris connaissance d'une très intéressante correspondance reçue de notre agent général à Madagascar.La correspondance directe entre cette colonie et la métropole est maintenant reprise par voie aérienne.Nous avons appris que le "Château-Pavie" était affecté au service du cabotage à Madagascar où, grâce à l'activité de son commandant, il rencontre un grand succès.Sa gérance fut réclamée par les Messageries maritimes qui l'obtinrent. Toutefois, et à la suite des protestations de notre agent général et de celles de M. Dhorne à Alger, sa gérance technique fut confiée à la NCHP, les M.M. ne conservant que sa seule gérance commerciale, tout en acceptant, finalement, de rétrocéder aux agents de la NCHP sa consignation, dans les ports de la Grande Île.Cette attitude de l'agent général des M.M. (M. Deville) était basée sur les droits acquis de sa compagnie du fait de son contrat avec la colonie. Ci-joint, d'ailleurs, une copie de la note explicative qui a été établie par M. Bucquet à son retour d'Alger.Actuellement un seul navire - danois - le "Meonia" est en service entre Alger et Madagascar/La Réunion ; il est sous la gérance de la compagnie des Chargeurs réunis.- Situation financièreAu 30 octobre 1944 la situation financière faisait ressortir un disponible de F 139.992.993,58, sensiblement le même qu'au 25 septembre 1944 (F 139.426.807,33).- Décès de M. VialNous avons eu le regret d'apprendre le décès subit de M. Vial. La société Streichenberger & Cie nous a proposé de le remplacer par M. Maurice Caillez ou M. Pierre Gelas. Aucune décision n'a encore été prise.- Prochain conseilUne réunion du conseil d'administration de la NCHP est prévue pour le 21 novembre.- Assemblée généraleII est prévu qu'une assemblée générale ordinaire se réunira à la fin de l'année pour approbation des comptes de l'exercice 1943.
1944.11.07.Des Ateliers et Chantiers de Seine-Maritime.Au procureur de la Seine.Note
Copie
1944.11.07.Note (sans émetteur ni destinataire)
Copie
[Annexe n°2 à la note du 13 novembre 1944.]
1944.11.08.De Aimé Lepercq - ministre des Finances.Au juge Georges Thirion.Déposition
CopieAudition de Monsieur Aimé LepercqL'an mil neuf cent quarante quatre, le 8 novembre, nous, Georges Thirion, Juge d'instruction à la Cour de justice, assisté de Lombard, greffier, nous sommes transportés au ministère des Finances, où avons entendu en son cabinet :Monsieur Lepercq Aimé, ministre des Finances, lequel, serment prêté de dire la vérité, dépose :J'ai été arrêté le 8 mars 1944. Je me suis trouvé rue des Saussaies dans la même cellule d'attente que Gabriel Le Roy Ladurie que j'avais précédemment rencontré deux fois, à Prague avant la guerre et à Paris en 1943, chez des amis communs. Nous sommes restés également pendant 24 heures dans la même cellule aux prisons de Fresnes. Au cours des conversations que j'ai eues avec Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie, avec lequel je me suis senti immédiatement en confiance, je l'ai mis au courant de mon activité secrète.Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie qui fut libéré quelques jours plus tard, se mit aussitôt à la disposition de ma famille pour orienter ma défense. D'après les renseignements que j'ai recueillis, j'ai su qu'il avait réussi à faire passer mon dossier de la Gestapo au Tribunal militaire, ce qui m'évitait d'être déporté et me permettait d'obtenir un régime meilleur.Le 14 août, la Gestapo avait cependant obtenu du général commandant le Grand Paris, qu'il signe en ce qui me concerne un ordre de déportation qui s'appliquait également à trois de mes camarades - Rebeyrolles, actuellement membre de la Commission consultative, Gallois, directeur au ministère de l'Intérieur et Rouze, membre du Comité de libération du onzième arrondissement. Grâce à l'intervention de Le Roy Ladurie cet ordre n'a pas été exécuté, le dossier ayant été volontairement perdu et nous avons été libérés tous les quatre les 16 et 17 août 1944.Je me porte garant des sentiments patriotiques de Monsieur Le Roy Ladurie qui, j'en suis convaincu, a résisté aux Allemands et n'a usé de ses relations avec eux que dans un sens favorable aux intérêts français.Lecture faite, persiste et signe.Aimé
1944.11.08.Note (sans émetteur ni destinataire)
Copie8 novembre 1944Note sur les transports maritimesLes renseignements un peu confus qui nous étaient parvenus par bribes, et dont beaucoup étaient contradictoires, ont été un peu clarifiés.Les grandes lignes de l'organisation successive des transports maritimes se dégagent maintenant plus nettement. On peut distinguer trois périodes :1° - celle de la "France combattante" qui va de juin 1940 au 8 novembre 1942, date du débarquement en Algérie ;2° - celle qui va du 8 novembre 1942 au 3 juin 1943, date à laquelle s'est créé le Comité français de libération nationale ;3° - celle qui se termine ensuite au 6 juin 1944, date du débarquement en France,et pendant lesquelles on peut envisager la situation sous deux aspects :- celui de l'organisation des Transports maritimes,- celui de l'utilisation de la flotte.1° - Première périodea) - Organisation - Celle-ci est réduite à sa plus simple expression et un compte spécial des Transports maritimes enregistre simplement les recettes et les dépenses dont l'état est tenu par les services de la Marine marchande, qui dépendent du Comité national de Londres, lequel régit, au point de vue Marine marchande les territoires ralliés au général de Gaulle avant le 8 novembre 1942 et contrôle les navires de commerce français réquisitionnés et exploités par la Grande-Bretagne.b) - Utilisation de la flotte - Celle-ci est sous réquisition britannique et comprend aussi bien les bateaux saisis et [avariés] par les Anglais que les bateaux ayant rallié volontairement le gouvernement de Gaulle.C'est également la situation où se trouvent les unités saisies ou réquisitionnés par les États-Unis et le gouvernement panaméen.2° - Deuxième période - Débarquement en Afrique du Norda) - Organisation - Un nouveau régime s'ajoute au précédent. Il est placé sous le vocable "Afrique du Nord et AOF". Par ailleurs, se distinguant des services de la Marine marchande dépendant du Comité de Londres apparaît l'"Office de la marine marchande en Afrique" (OMMA).Un nouveau compte des TM enregistre dans des parties distinctes les opérations antérieures au 8 novembre 1942 et les opérations postérieures à cette date.L'OMMA, sous la double autorité de l'amirauté et du secrétariat aux communications, régit tous les navires français trouvés le 8 novembre 1942 dans les ports de l'Afrique du Nord et de l'AOF, qui représentaient alors 370.000 t. de jauge brut, plus 110.000 t. de navires avariés dont 50.000 t. sont considérées comme inutilisables, la "Ville-du-Havre" faisant partie de cette deuxième catégorie.b) Utilisation de la flotte - Elle est régie par les accords Darlan/Clarke du 22 avril 1942 et par les accords du 18 décembre 1942 amplifiés par les accords du 13 mars 1943, en vertu desquels :1) 50 cargos représentant 170.000 t. d'un port en lourd unitaire inférieur à 5.000 tdw plus quelques paquebots ; sont laissés à la disposition des autorités françaises pour être exploités entre les ports de l'Afrique française.Ils constituent la liste B et relèvent de la charte-partie d'affrètement, du contrat de gérance commercial et du contrat de gérance technique.2) 21 cargos d'un total de 105.000 t. ; 9 paquebots d'un total de 95.000 t.affrétés coque nue au général commandant les forces américaines et anglaises et constituant la liste A.Ces unités, armées d'équipages français et battant pavillon français sont exploitées par le pool interallié.3°- Troisième période - du 3 juin 1943 au 6 juin 1944a) - Organisation - Le Comité national de Londres devenant le Comité français de libération nationale et prenant autorité sur tous les territoires français libérés, sans distinction, l'OMMA se transforme parallèlement pour devenir la direction de la Marine marchande et des transports maritirres (ordonnance du 7 juillet 1943).Le compte spécial prend le nom de compte spécial des Transports maritimes. La fusion des régimes différents d'Alger et de Londres est réalisée et la Marine marchande ne dépend plus de la Marine militaire que pour les questions de convoi et d'AMBC.Enfin est constituée une représentation de l'armement français sous le nom de Comité des armateurs d'outre-mer qui groupe l'ensemble des armateurs ou de leurs agents dépendant du CFLN, M. Laurent Schiaffino en assure la présidence.b) Utilisation de la flotte - Les accords du 1er mars 1944 répondent à la préoccupation du CFLN de ramener sous le contrôle français l'ensemble de la flotte de commerce échappant à l'emprise de l'Axe.Deux catégories nouvelles sont prévues :A - Location en "Gross Time Charter" - soit au Ministry of War Transport (MOWT) soit au War Shipping Administration (WSA)1) 94.000 tjb, représentés par 17 navires de la liste A, y compris 4 paquebots (35.000 t.),2) 43.000 tjb, représentés par 6 navires des Antilles les (15/7/43) "Bahram", "Bourgogne ", "Limousin", "Robad , "Orégon", "Sagittaire",3) 32.000 tjb, représentés par 6 navires ralliés volontairement à de Gaulle et déréquisitionnés par les Anglais,4) 42.000 tjb, déréquisitionnés par les gouvernements américain et panaméen.B - Sous "Management agreement" - qui n'est autre qu'un contrat de gérance technique.142.500 t. représentées par 34 navires qui restent sous réquisition britannique mais sont gérés par le CFLN pour le compte de la Grande-Bretagne.Nota. L'exploitation des navires de l'une et l'autre catégorie qui tous portent le pavillon français et ont un équipage français est assurée par le pool interallié.En ce qui concerne les rapports du CFLN et des armateurs français, la charte-partie d'affrètement du 15 septembre 1940 ou le contrat de gérance technique du 28 novembre 1940 reste en vigueur.Seul, le contrat de gérance du 15 septembre 1940 ne peut recevoir application puisque l'exploitation des navires est assurée par le pool interallié.En ce qui concerne les quelques navires français toujours réquisitionnés et restés, par suite de leur utilisation spéciale, sous contrôle intégral des alliés (gérance et exploitation), il est prévu qu'ils pourraient recevoir des équipages français et porter le pavillon français.En résumé, la situation du tonnage français apparaît de la façon suivante :1) 110.000 TJB de la liste B, exploités directement par la DMM et TM,2) 216.000 TJB loués en "Gross Time Charter" au pool interallié,3) 142.500 TJB exploités par le pool et gérés sous "Management Agreement" par la DMM et TM,4) 106.000 TJB restant affrétés coque nue au pool.Resteraient en dehors des accords :- 60.000 TJB de paquebots et troopers (de l'ancienne liste B),- 130.000 TJB de troopers, 24.500 TJB de cargos.soit, en tout, 789.000 TJB dont 574 sous contrôle français.
1944.11.10.De H. Bouteloup - Worms et Cie Marseille.Note
Copie[Annexe n°1bis à la note du 13 novembre 1944.]Worms & Cie - Marseille Marseille, le 10 novembre 1944Messieurs Worms & Cie ParisDirection 653Messieurs,Réunion au service local des TM - M. Fauveau, directeur provisoire du service local des TM, à Marseille, en attendant l'arrivée de M. Robert dont la nomination est effective, et qui doit arriver d'Alger incessamment, a rendu compte de son voyage à Paris et des décisions prises concernant le trafic français.La désignation de Sète comme port méditerranéen de réception des navires est chose effective, et vraisemblablement vers le 25 ou 30 du mois de novembre, lorsque les opérations de déminage seront terminées, le port de Sète recevra les navires de la DTM.II est actuellement prévu deux catégories de navires : les navires rapides qui effectueront leur rotation en huit jours et les navires lents en quinze jours.Dans la 1ère catégorie figurent deux paquebots : le "Sidi-Brahim" et le "Gr.-Lépine", ainsi que deux cargos, "Finistère" et "Ville-de-Djidjelli".Dans les navires lents : le "Maroc", le "Cristel", la "Marie-Louise-Leborgne", "l'Espiguette", le "Richebourg", le "Prosper-Schiaffino", l'"Albert-Leborgne, le "Gallium", le "Cap-Pinède", "Le-Trait".Ces navires amèneraient en moyenne 60.000 t. de marchandises par mois, et il n'est pas question, tout au moins pour de longs mois, de pouvoir utiliser le port de Marseille pour le trafic français.II est question de faire également remonter sur Sète quelques cargos, ainsi que le "Marrakech", le "Médie II" et le "Hoggar".Le rôle de l'armateur serait extrêmement réduit, car c'est la Société Impex qui prendrait livraison des marchandises à quai pour les marchandises importées, et pour les marchandises exportées, bien que son rôle ne soit pas encore nettement défini, il est vraisemblable qu'elle amènerait les marchandises sous palan le long du bord.Ce sont les services de la Marine marchande à Paris qui établiront les programmes de rotation des navires mais pendant une quinzaine de jours après la reprise du trafic, les navires seraient uniquement réservés pour des transports militaires.Passé ce délai, ils commenceraient à acheminer les stocks qui sont actuellement en Afrique du Nord et parmi lesquels on prévoit notamment :900t. de conserves800 t. de tapioca50.000 t. d'huile (seraient transportées en vrac par"Ville-de-Djidjelli" et "Finistère"500 t. de fromage200 t. de margarine2.000 t. de café14.000 t. de dattes100 t. de cuir600 t. de plomb.A Marseille, les Anglais doivent nous amener une cargaison de palmistes et vraisemblablement, un peu de café.Les marchandises débarquées à Sète seraient acheminées par voie de mer sur Toulon et Nice par les vapeurs "Val-de-la-Haye" et "Forfait". A Sète, un pétrolier de la Marine nationale doit amener une cargaison de 5.000 t, de mazout pour permettre le mazoutage éventuel des paquebots. Au point de vue charbon, il reste un stock de 2.000 t. laissées par les Allemands et ce stock sera complété très prochainement.Quant à l'eau, elle peut se faire aisément à tous les postes à quai.II est prévu que les navires prendraient suffisamment de vivres en Afrique du Nord pour leurs voyages aller-retour, et en ce qui concerne les équipages, il a été conseillé aux armateurs de prévoir les relèves.M. Fauveau nous a également entretenus de la situation du port de Saint-Louis du Rhône. Ce port sera débarrassé vers le 15 décembre des différents navires qui l'obstruent, f et la voie de chemin de fer ayant été rétablie, et quatre grues en état de marche, il est vraisemblable que postérieurement au 15 décembre quelques navires seront déroutés de Sète sur Port-Saint-Louis-du-Rhône.Veuillez agréer...H. Bouteloup
1944.11.13.De Hypolite Worms.Fresnes.A Robert Labbé et Raymond Meynial.Original
Copie[La 1ère partie de la note est adressée à Robert Labbé, et la seconde à Robert Labbé et Raymond Meynial.] 13 novembre 1944Mon cher RobertIl y a bien longtemps que vous ne m'avez pas envoyé une note sur l'activité de la Maison et de ses différentes activités. Dans les derniers papiers que je vous avais fait transmettre, ainsi qu'à Meynial, j'avais posé un tas de questions (je ne me rappelle du reste plus lesquelles) mais je n'ai pas eu de réponse, et depuis le rapport de Bucquet, plus rien ! Je sais que vous êtes certainement tous deux débordés de travail, mais je voudrais que vous trouviez, un soir, quelques minutes pour dicter rapidement à Melle Becker un certain nombre de choses qui m'intéressent, car vous devez penser combien les heures sont longues dans une cellule de 4 m sur 2 m 10, dont je ne sors que pour voir les avocats ou chercher mon colis de vivres hebdomadaire. J'en suis à mon 67ème jour ! Savez-vous ce que A. F. fait à Londres ? Révoil et Streichenberger en sont-ils rentrés ? Avez-vous demandé à Vignet et Émo de me faire un petit rapport sur leurs activités depuis 2 mois ?Avez-vous préparé pour l'expert le travail comptable sur les pertes du Trait prouvant les 23 millions de déficit ?Que se passe-t-il au comité des Armateurs, au syndicat central des Importateurs et à la chambre syndicale des Constructeurs ?Savez-vous ce qui se passe à Loire-Penhoët depuis le retour de [Foul] ?Avez-vous eu à convoquer un conseil de la Havraise à la suite du retour de Bucquet ?Le Havre et Marseille commencent-ils à recevoir des bateaux et quelle est l'activité de nos succursales ? Espère-t-on recevoir bientôt des charbons anglais et notre maison de Rouen va-t-elle participer au trafic qui passera certainement par ce port ? Avez-vous pris une décision en ce qui concerne la sous-direction de Marseille ? Si Gada est toujours votre candidat, il y aurait peut-être lieu de consulter Brieule à son sujet car il le connaît bien, ainsi que le milieu marseillais et pourra se rendre compte des probabilités de sa réussite là-bas.Avez-vous déjà vu des Anglais, businessmen je veux dire ? Il me semble difficile qu'un certain nombre ne soit déjà venu, ne serait-ce qu'en uniforme. Savez-vous si [Leathers] accompagnait Churchill le 11 novembre ?Dunkerque est-il libéré et a-t-on des nouvelles de Melle Etcheverry ?En ce qui concerne Anvers, dont la libération est proche, sinon chose faite, et qui va devenir immédiatement le grand port d'importation, peut-on compter sur le retour immédiat de Potocki, bien qu'il soit mobilisé, car il y aura urgence pour nous à prendre position si nous devons rouvrir notre succursale, qui du reste, en principe, n'a jamais été fermée ? Et, à ce propos là, je pense que ce devra être un port à inclure dans les lignes à reprendre avec nos tous premiers bateaux disponibles.Qui y a-t-il comme fonctionnaires anciens ou nouveaux à la Marine marchande autour d'A. F. [Coureaud] est-il toujours là ? Connaissez-vous des officiers de Marine qui ont trouvé grâce auprès de la Marine militaire ?Je compte sur vous pour contribuer à ma distraction.Bien amicalementH. WormsPour Robert Labbé et Raymond MeynialEn toute franchise je n'aime pas du tout la note préparée par le ministère des Finances au sujet de l'extension essentielle dans la métropole des pouvoirs du commissaire d'Alger et je me propose de préparer durant ce week-end un mémorandum pour vous faire part de mes observations et pour vous dire comment je concevais qu'elle devait être établie lorsque hier, en fin d'audience chez le juge, Me Poignard, qui étant parti, est revenu, quelques instants après, pour dire que le service du Blocus, d'abord, et le ministère de la Production, d'autre part, s'étaient absolument opposés à l'extension dans la métropole de l'arrêté d'Alger.Dans ces conditions, je m'abstiens de tout commentaire détaillé maintenant, espérant être de retour bientôt au bureau et vous en parler longuement pour le cas où la remise d'une note redeviendrait nécessaire, un jour ou l'autre.HW
1944.11.13.De Raymond Meynial.Note et annexes
CopiesNB : A la note ci après de Raymond Meynial et qui constitue l'annexe n°5 d'une note datée du 2 janvier 1945, sont joints les documents suivants :- Annexe n°1 - Courrier à Karl Acker, Paris, en date du 1er février 1941 (voir PDF),- Annexe n°2 - Courrier à M. Blondel, président du Comité d'organisation des mines et minerais, Paris, en date du 1er février 1941 (voir PDF),- Annexe n°3 - Courrier à M. Blondel, président du Comité d'organisation des mines et minerais, Paris, en date du 15 mars 1941 (voir PDF),- Annexe n°4 - Courrier à Karl Acker, délégué du groupe Otto Wolff, Paris, en date du 15 mai 1941 (voir PDF),- Annexe n°5 - Courrier à M. Blondel, président du Comité d'organisation des mines et minerais, Paris, en date du 15 mai 1941 (voir PDF),- Annexe n°6 - Courrier de F. Blondel reçu le 21 mai 1941 (voir PDF),- Annexe n°7 - Courrier au Comité d'organisation des minerais et métaux bruts, Paris, en date du 29 juillet 1941 (voir page PDF),- Annexe n°8 - Courrier de F. Blondel en date du 17 octobre 1941 (voir PDF),- Annexe n°9 - Courrier de F. Blondel (non daté - voir PDF),- Annexe n°10 - Courrier de F. Blondel au directeur des Communications, de la Production industrielle et du Travail, Rabat, (non daté - voir page PDF).Toutes ces correspondances sont citées, à leurs dates respectives, dans le recueil de l'année 1941.Note déposée par M. Meynial à l'appui de sa dépositionParticipation Worms dans la société Le MolybdèneI. Comment la Maison a pris ces participations ?Au début de l'année 1940 un rapport de la Légation française à Berne avisait le gouvernement français que, d'après les renseignements qui lui étaient donnés, un groupe allemand était en train de négocier l'achat d'un paquet important de titres d'une société française exploitant au Maroc une mine de molybdène : la société "Le Molybdène". L'information ajoutait qu'il semblait important de ne pas laisser échapper ce paquet qui se trouvait entre des mains suisses et qu'il y aurait lieu de rechercher un groupe français en mesure de faire une offre contrebalançant celle des Allemands.Le ministère de l'Armement s'adressait à la Maison Worms, lui demandant de se porter acheteur de ce paquet d'actions et M. Le Roy Ladurie, au nom de la Maison, accepta d'investir une somme de l'ordre d'environ 8.000.000 de francs dans l'acquisition de ces actions. Il y a lieu de remarquer que cet investissement sortait du cadre habituel des opérations traitées par la Maison et que cette transaction ne fut conclue que pour déférer au désir du gouvernement français. M. Eugène Guernier, président de la société, fut alors appelé à la présidence du conseil qui le mit au courant des différentes démarches faites et l'informa de ce que la Maison Worms devenait l'un des gros actionnaires du Molybdène (on peut obtenir le témoignage de M. Guernier sur ce point).II. Notre participation dans le MolybdèneLe Molybdène est une société au capital de 18.500.000 francs divisé en 185.000 actions de cent francs, dont les actionnaires principaux sont :1. le Bureau de recherches et de participations minières, organisme officiel de la Résidence générale du Maroc, pour 1.500.000 francs soit 15.000 titres,2. la société Falta qui détient 50.000 actions dont 10.000 à vote plural,3. un groupe représenté par Vernes et Cie vraisemblablement pour le compte des Établissements Bertolus à Bellegarde, détenant environ 10.000 actions.Le reste des actions est détenu en majeure partie par des actionnaires suisses et nord-africains.La société Falta est au capital de 8.500.000 francs divisé en 185.000 actions de 100 francs.Elle est contrôlée par une société suisse appelée Metalla, au capital de francs suisses 1.000.000, divisé en 50.000 actions de 20 francs.C'est par l'intermédiaire de la société Metalla que la Maison Worms détient un paquet d'actions important du Molybdène.La part de la maison Worms dans la société Le Molybdène est la suivante :1/ elle détient 29.000 actions Metalla sur 50.000,2/ Metalla détient 50.000 actions Falta sur 85.000,3/ Falta détient 59.140 actions Le Molybdène sur 185.000.Mais, comme 10.000 de ces actions ont un droit de vote plural, Falta exprime à l'assemblée du Molybdène 95.000 voix sur 215.000.On voit donc que notre maison possède seulement, et cela par l'intermédiaire de deux sociétés, 32% des actions et 44% des voix, c'est dire que, juridiquement, elle n'a pas le contrôle de la société.Si l'on calcule le rapport des capitaux investis, on s'aperçoit qu'en fait la Maison Worms ne possède que 10,75% des actions de la société Le Molybdène.III. Administration du MolybdèneLe conseil d'administration est composé comme suit :- Monsieur E.L. Guernier, président directeur général (nationalité française),- Monsieur Paul Geneux, administrateur (de nationalité suisse)- Monsieur Henri Simon, administrateur (de nationalité française)- Monsieur Charles van der Weid, administrateur (de nationalité suisse),- Monsieur Charles Wyatt, administrateur (de nationalité suisse),- Bureau de recherches et de participations minières du protectorat de la République française au Maroc (ERPH) représenté par M. Friedel, inspecteur général des Mines et directeur de l'École nationale des Mines, administrateur, (de nationalité française),- Monsieur Jean Marie Vinson, administrateur (de nationalité française),- Monsieur Raymond Meynial, administrateur (de nationalité française),- Monsieur Martial Pitavino, administrateur (de nationalité française),- Monsieur Jacques Sigriest (nationalité française) représentant des Établissements Bertolus.On verra dans la composition du conseil que l'intervention de la Maison Worms s'est manifestée dans le courant de l'année 1940 par la nomination de trois membres sur les dix qui composent le conseil : MM. Meynial, Vinson et Pitavino.II y a lieu de remarquer d'autre part que le bureau BRPM, organe officiel de la Résidence du Maroc, est représenté dans le conseil par M. Friedel, inspecteur général des Mines et directeur de l'École nationale des Mines.D'autre part, il y a lieu de noter que l'avis du BRPM est d'un très grand poids en raison :- de sa personnalité officielle et de sa représentation au conseil,- du fait qu'il a accordé des subventions de recherches à la société,- et enfin des contrôles permanents qu'il exerçait sur la direction au Maroc.Ceci étant exposé, les négociations intervenues depuis le mois de novembre 1940 entre Messieurs Guernier, président du Molybdène, et les représentants de la Maison Otto Wolf et de la Maison Krupp, sont les suivantes :En novembre 1940, Monsieur Guernier, président du Molybdène, reçut la visite de Monsieur Acker, ingénieur allemand des Mines, représentant la maison Otto Wolf, de Cologne, spécialisée dans le commerce des minerais, Monsieur Acker se disait d'autre part :a) régulièrement mandaté par le gouvernement allemand,b) ami de Monsieur Blondel, directeur du Comité d'organisation des mines et minerais qu'il rencontrait souvent à travers le monde dans les congrès internationaux de géologie.Monsieur Acker manifesta un pressant désir d'acheter du minerai de molybdénite. Dès cette première visite, le président Guernier signala à Monsieur Acker, d'une part que la production de la société était engagée et, d'autre part, que l'exploitation était sous réquisition du gouvernement marocain. Dans ces conditions, il paraissait impossible d'envisager une livraison. Monsieur Acker multiplia ses visites, tant à Monsieur Meynial qu'au siège de la société. Monsieur Meynial, ainsi que le secrétaire général, Monsieur Hoffmann, répondirent toujours dans le même sens, le but de cette réponse était principalement de retarder la livraison de minerai car, dès le début, il apparut que, si le gouvernement allemand voulait exiger de la Commission d'armistice la livraison de la totalité du métal produit à la mine, rien ne pourrait l'empêcher d'arriver à ses fins. Il fallait donc essayer, en jouant de l'inertie administrative, de retarder au maximum et de diminuer dans la plus grande mesure les livraisons exigées.En février (1er février 1941), à la requête de Monsieur Acker, notre secrétaire général saisit Monsieur Blondel, directeur au Comité d'organisation, du fait que nous n'étions pas maîtres de notre production et confirma la chose à Monsieur Acker (annexes 1 et 2).Le 15 mars, une autre firme allemande, la Maison Possehl, de Lübeck, demandait une offre. Même réponse de notre part ainsi qu'à d'autres maisons qui nous firent une demande similaire, notamment la firme Julius Muller, à Ulm, et la Erz und Metallhandels Ag. Nous devons signaler également les visites réitérées d'un délégué de l'Électrochimie de Nüremberg, l'une des plus grandes firmes allemandes de ferro-alliages, dont les exigences ont également pu être éludées sous le prétexte que notre production était réquisitionnée. Il faut remarquer à ce sujet que les pourparlers avec Monsieur Acker, qui ont traîné pendant près de deux ans, ont servi d'excuse à la société pour décliner les avances des autres maisons allemandes ci-dessus mentionnées.La société tenait le Comité d'organisation au courant, verbalement ou par écrit, de ces différentes visites ; nous pouvons citer notamment une lettre du 15 mars 1941 (annexe n°3) informant Monsieur Blondel de la visite de Monsieur Stiepel, de la Possehl mbh de Lübeck.Le 14 mai 1941, Monsieur Acker se fit particulièrement pressant et menaça les dirigeants de sanctions devant les tergiversations de la société. Monsieur Guernier rendit alors visite à Monsieur Blondel. Celui-ci considéra que nous avions gagné un temps suffisant, que nous ne pouvions plus, sans courir de graves dangers, résister par nous-mêmes aux exigences de Monsieur Acker, et que le moment était venu de lui faire une offre. En donnant son accord pour que la société fasse cette offre pour une quantité limitée, Monsieur Blondel pensait obtenir un nouveau délai, tout en évitant le coup de force. Monsieur Blondel donna donc l'ordre à Monsieur Guernier de faire une offre marchande normale mais d'y ajouter la réserve formelle de l'accord du gouvernement français : c'est ce qui devait permettre de retarder encore la décision définitive.Monsieur Friedel, inspecteur général des Mines et directeur de l'École nationale des mines, représentant du BRPM, au sein du conseil du Molybdène, se trouvait par hasard présent à l'entretien dans le bureau de Monsieur Blondel.C'est ainsi que le président fut amené à adresser à Monsieur Acker, le 15 mai 1941, une offre de 25 tonnes (annexe n°4). Dans cette lettre, le président signalait à nouveau que la protection de la société était toujours soumise à la réquisition du gouvernement du Maroc, que celle-ci ne pouvait être levée que par le Comité d'organisation des minerais et métaux bruts et terminait par les réserves expresses suivantes : « Il est formellement convenu que la présente offre ne saurait comporter aucun engagement de notre part tant que le Comité d'organisation des minerais et métaux ne nous aura pas signifié l'autorisation formelle de livrer la quantité proposée et donné son accord complet sur le prix indiqué ».Mais cette offre fut faite à un prix qui n'avait pas obtenu l'accord du Comité d'organisation. C'est ce qui explique que Monsieur Blondel - à qui par lettre du 15 mai 1941 (annexe n°5) la société avait envoyé copie de l'offre remise à Monsieur Acker - protesta contre celle-ci indiquant notamment (annexe n°6) : « Je vous signale qu'en fournissant des conditions aussi précises vous avez outrepassé mes instructions ; en particulier, je ne peux accepter les offres de prix que vous avez faites et, en ce qui me concerne, cette question doit être réservée ».De la lettre de Monsieur Blondel, il ressort qu'il a bien donné des instructions pour qu'une offre soit faite mais qu'il réservait son accord sur le prix. Cette offre devenait donc nulle, conformément aux réserves exprimées dans la lettre du 15 mai 1941 (annexe n°4). Le gouvernement français et le gouvernement marocain avaient par conséquent toutes possibilités pour retarder ou empêcher la livraison demandée et on peut s'étonner qu'ils aient - comme on le verra peu après - procédé à cette livraison sans même consulter la société.Le conseil ayant été mis au courant de ces différentes négociations, il lui apparut dès le début que, malgré toute notre bonne volonté, il serait probablement impossible d'empêcher qu'une partie au moins de la production de notre mine ne soit réservée aux autorités d'occupation. Aussi, le conseil décida-t-il d'arrêter la production de molybdénite et de consacrer l'activité de la société à l'exploitation d'un gisement cuprifère, trouvé dans son périmètre.Par cette manuvre, nous atteignions le double objectif suivant :a) Être en mesure de répondre aux autorités allemandes que nous avions arrêté l'exploitation du molybdène.(Il est très important de noter à ce sujet que, pendant la période d'activité sur le gisement du molybdène, nous avions produit 70 tonnes de molybdénite dont nous avons toujours caché l'existence aux Allemands.)b) Produire un métal très utile à l'économie nord-africaine, puisque celle-ci manque totalement de cuivre qu'elle consomme pour sa viticulture en quantité considérable.Nous étions par ailleurs convaincus que le gouvernement marocain et le gouvernement algérien nous donneraient tout leur appui pour expliquer aux autorités d'occupation les raisons de notre changement de production. Celui-ci en effet risquait d'être interprété par les Allemands comme un acte de sabotage.Le 24 mai 1941, à la suite de ces décisions, nous demandions à notre Comité d'organisation l'autorisation de vendre un premier lot de 500 tonnes de chalcopyrite à 25% de cuivre pour la fabrication des sulfates de cuivre destinés à l'économie nord-africaine. La réaction des autorités allemandes ne se fit pas attendre : nous fûmes convoqués à la Commission d'armistice franco-allemande en même temps que le délégué français à cette Commission, Monsieur Jean Raty, et un délégué du ministère de la Production industrielle. Les autorités d'occupation, nous reprochaient violemment de ne pas les avoir consultées avant de prendre la décision de changer notre production. La société, comme cela avait été convenu, se retrancha derrière les demandes extrêmement pressantes qui nous auraient été faites par les gouvernements d'Afrique du Nord en vue de la fourniture de minerai de cuivre pour leurs besoins viticoles. Les délégués allemands, parmi lesquels figurait un représentant de la Maison Krupp, ne pouvant répondre valablement à notre objection, suggérèrent alors la construction d'une usine de traitement pour permettre de laver simultanément du minerai de cuivre et du molybdénite. Comme nous opposions le manque de main-d'uvre, les autorités d'occupation proposèrent de mettre à notre disposition des prisonniers russes, ce que nous refusâmes. Nous sommes restés inébranlables sur notre position.Le conseil fut tenu au courant de ces divers incidents mais il fut décidé de ne pas les mentionner au procès-verbal. Cependant des notes de conseil détaillées et confidentielles envoyées au BRPM, par Monsieur Friedel peuvent en témoigner.Toutes ces négociations avaient demandé du temps ; ce ne fut donc que le 29 juillet 1941 qu'à la suite de nouvelles démarches de Monsieur Acker, Monsieur Guernier saisit Monsieur Blondel des pressions subies par notre secrétaire général, Monsieur Hoffmann, pour qu'il insistât auprès du Comité d'organisation afin d'obtenir plus rapidement la livraison des 25 tonnes. Monsieur Guernier répondit à Monsieur Acker : "Je suis dans la dépendance totale de mon Comité d'organisation. Je ne puis pas autoriser mon secrétaire général à faire une démarche collective avec vous auprès de mon Comité sans avoir au préalable obtenu son autorisation. Je téléphonerai donc à mon Comité d'organisation et ne manquerai pas de vous faire connaître le résultat de ma démarche" (annexe n°7). Monsieur Guernier demanda alors au Comité d'organisation de vouloir bien lui préciser l'attitude qu'il devait prendre. Monsieur Blondel répondit à cette lettre (annexe n°8) qu'il ne lui était pas possible de donner des instructions tant que l'administration française n'aurait pas été saisie d'une demande des autorités compétentes.A partir de cette date, la société Le Molybdène n'a plus été tenue au courant de quoi que ce soit, pas même des circonstances de la livraison et, chaque fois que nous demandions des nouvelles au Comité d'organisation, il nous était répondu que la chose ne nous regardait plus et que tout se passait directement avec le gouvernement marocain. Le ministère des Finances a maintes fois protesté auprès de la société, s'étonnant de ce que, à la suite des accords passés entre les trois gouvernements français, allemands et marocains, la livraison des 25 tonnes n'ait pas été effectuée. La mine étant sous réquisition, nous répondions à chaque intervention que nous pensions que des ordres directs avaient été donnés à la mine sans que nous ayons à en connaître.C'est d'ailleurs la même procédure qui fut suivie pour une livraison, projetée de 5 tonnes de molybdène à l'Italie. Le 17 octobre 1941, sans nous avoir jamais consultés ni tenus au courant d'aucune discussion, Monsieur Blondel nous transmettait "pour information" copie d'une lettre de lui-même au directeur de la Production industrielle de Rabat lui faisant savoir que le gouvernement français, d'accord avec la Commission d'armistice franco-italienne, avait décidé de fournir à l'Italie 5 tonnes de minerai de molybdénite et que le fournisseur désigné était la société Le Molybdène (annexes n°9 et 10). Cette livraison n'a jamais été effectuée.En résumé :Sur une demande directe des autorités allemandes au début de novembre 1940, la société Le Molybdène a fait l'impossible pour retarder les livraisons qu'elle devait effectuer.Lorsqu'elle n'a plus été en mesure de traîner davantage, elle a repassé la négociation au Comité d'organisation et aux gouvernements français et marocains et, depuis cette date, elle n'a plus été tenue au courant de la marche de cette affaire, sauf à titre occasionnel, par les indications que venait donner Monsieur Acker et les interventions verbales du ministère des Finances.La négociation ayant été entièrement conduite par le gouvernement français ainsi qu'on peut le retrouver dans les documents de la Commission d'armistice - a fait, d'après ce que nous eu avons su, l'objet de marchandages à ladite Commission pour obtenir en échange des livraisons de molybdénite, les autorisations :a) de transporter en France les produits africains,b) de livrer certains d'entre eux aux États-Unis, à charge par ceux-ci de ravitailler l'Afrique du Nord, notamment en pétrole.Ce fut donc une question très complexe dont s'occupèrent en particulier les Affaires étrangères, la Marine et les Finances. Mais l'essentiel est que le gouvernement français n'a accepté cette livraison qu'en contre-partie d'avantages substantiels pour le ravitaillement de la France et de l'Afrique du Nord et que, de ce fait, la décision fut un acte gouvernemental que la société était incapable d'accepter ou de discuter.La volonté de résistance de la société s'est d'autre part manifestée :1. par la dissimulation de la production réelle de molybdène, ce qui a permis d'en sauver plus de 70 tonnes ;2. par la décision, dès novembre 1940, de cesser toute production de molybdène pour concentrer son effort vers celle du cuivre dont la société n'avait aucune expérience, mais nécessaire à la viticulture nord-africaine.II y a enfin lieu de remarquer que la Maison Worms n'est intervenue qu'une fois, lorsqu'elle a consenti à la société des avances de l'ordre de F 3.000.000 :a) pour lui permettre de ne pas réaliser ses stocks de molybdène,b) pour faciliter le passage de l'exploitation du molybdène au cuivre.Sans ces avances, la société aurait par elle-même été incapable de transformer son exploitation.13/11/44
1944.11.13.De Worms et Cie.Note
CopieNB : A cette note, reproduite en pages 10 à 25, sont jointes les annexes :n°1, datée du 13 octobre 1944,n°1bis, datée du 10 novembre 1944,n°2, datée du 7 novembre 1944,n°3, datée du 27 octobre 1944.13/11/44Passage en revue des principales questions depuis le 15/9/44I - Services maritimesA. - Reprise de l'activité dans les succursales1 - Marseille. Réorganisation de la succursale.Au cours d'un voyage à Marseille, M. Émo a jeté les bases de la future réorganisation qui doit placer toute la partie "shipping" sous le contrôle de la direction générale des Services maritimes. La question des Chargeurs réunis se greffe sur ce problème et le choix d'un homme ayant la confiance de cet armement a son importance pour le maintien de l'agence.Un sondage fait auprès du boulevard Malesherbes montra qu'éventuellement, M. Gada serait vu très favorablement.Cette question de l'agence des Chargeurs réunis fera l'objet d'un paragraphe spécial.Malgré les destructions, le port de Marseille connaît une activité considérable et principalement le port de la Joliette, où opèrent constamment 6 à 8 bateaux en pointe.Au cours d'un exposé fait récemment à l'Association des grands ports, le président de la Chambre de commerce de Marseille a indiqué que les quais n'ont été abîmés par l'éclatement des mines que dans leur superstructure et que leur réparation sera facile. Un grand nombre de grues sont réparables et seront réparées avant six mois.Manutentions - Les manutentions sont aux mains des Américains, c'est-à-dire de la WSA et sont confiées aux entreprises locales sur la base d'un prix à la tonne. Il en est de même pour les fournitures de soutes. En ce qui concerne les consignations, qui sont entre les mains de la MOWT, les Anglais sont moins entiers et consentent à faire travailler les maisons françaises.A Toulon, M. Locker avait choisi la Maison pour opérer toutes les consignations anglaises et du personnel avait été envoyé sur place pour étoffer les services qu'auraient dirigé M. Hull. Malheureusement, l'abandon de Toulon par les Américains, qui s'est produit dans l'intervalle, rend ces dispositions inutiles. Toutefois, M. Hull reste le correspondant de M. Locker. Quelques difficultés avaient surgi, de ce fait, avec la Maison Imbert et Phelippeau.Renflouement de "Château-Larose" - M. Bouteloup, dont le rôle se termine à la DSM restera cependant à Marseille le temps nécessaire pour mettre en train le renflouement de cette unité, qui est au premier plan des préoccupations actuelles.Les renflouements font l'objet d'une politique précise de la part des départements et services intéressés au problème et elle est suivie, à la fois, par l'Amirauté, la direction des Ports maritimes aux Travaux publics et par le secrétaire général de la Marine marchande qui forme à Paris une commission centrale.Celle-ci a pris comme principe d'accorder la priorité aux navires dont le renflouement permettrait de dégager les accès des ports et des bassins et ensuite aux unités les plus immédiatement exploitables.Toutefois, les commissions locales qui, dans les ports à caractère commercial prédominant sont dirigées par le directeur du port et, dans les ports à caractère militaire, par l'ingénieur des constructions navales, ont la plus large initiative.C'est dans ces conditions que notre "Château-Larose" a été repoussé par la commission locale en troisième urgence, après le "San-Pedro", de la Transat et le "Djebel-Amour", de la Compagnie mixte.Cependant, une action est menée auprès de la place Fontenoy pour essayer de faire modifier cet ordre d'urgence avec l'appui du représentant des TM à Marseille ; M. Fauveau, convaincu de l'avantage que représenterait le renflouement immédiat de "Château-Larose", dont la facilité de relevage ne retarderait que fort peu le travail sur les autres navires, il apparaît, ainsi, que M. Bouteloup ait une action à exercer sur place pour suivre l'affaire et la faire aboutir dans un sens favorable, tout en restant dans l'ombre des TM jusqu'au moment où reprendra la gérance, "Château-Latour" - A effectué plusieurs touchées à Marseille, venant de Corse et d'Afrique du Nord.2 - BordeauxCe port est à peu près intact mais 45 navires sont échoués en Gironde et les Allemands tiennent toujours Pauillac et Royan.M. Fischer, aujourd'hui directeur des ports maritimes aux Travaux publics, a montré dans un exposé à l'Association des grands ports que le principal obstacle à la reprise de l'activité du port de Bordeaux était l'absence de bateaux de servitude pour le "déminage" de l'estuaire et surtout pour le dragage. Nous ne possédons plus aucune drague.Manutentions - Les minerais importés par les Allemands ont été déclarés prises de guerre. Ils sont envoyés aux Hauts Fourneaux et la succursale opère la manutention du lot entreposé sur ses terre-pleins, soit 80.000 tonnes, pour le compte de "Ferimport" à qui ils ont été cédés par les Domaines.3 - Le Havre - RouenOnt une grosse activité de manutention. Delteil a commencé heureusement en déchargeant le premier navire anglais et en l'opérant dans les délais requis. Le tonnage manutentionné par nous s'élève à 7.000 t. pour la deuxième quinzaine d'octobre. Le travail s'effectue sur la base d'un prix à la tonne, actuellement à l'étude [il est question de F 195].La main d'uvre donne un rendement maximum, le travail s'effectue de jour et de nuit sans interruption, malgré des tentatives de freinage, au début, de la part des syndicats à tendance politique.À Rouen, M. Canu, qui est membre du Comité local de libération exerce une action heureuse.M. Émo est allé voir cette succursale et épauler l'action de Belteil en ce qui concerne la politique d'accord entre les manutentionnaires.Au Havre, où les bureaux sont à peu près intacts, la situation se présente de la même façon, à la différence que là, le travail est exécuté en régie [qui réserverait 82% pour les frais généraux, bénéfices et charges sociales]. Nos intérêts sont défendus énergiquement par Darredeau, qui a dû s'opposer à des manuvres d'autres armements, dont la Transat, qui voulait que la part des manutentions soit proportionnelle, non pas aux tonnages manutentionnés au cours d'une période de référence déterminée mais au "standing" des armements. A ce compte, la Transat se serait mise naturellement au premier rang, avec un coefficient léonin, tandis que, statistiques en mains, notre chiffre de tonnage manutentionné avant la guerre dépassait nettement le sien.Actuellement, la Maison du Havre contrôle l'embauche de plus de 400 dockers.Une grave question se pose cependant en ce qui concerne les salaires. Ceux des dockers sont très élevés et il s'ensuit un décalage dans le traitement des autres ouvriers. C'est ainsi que Mahuzier éprouve la plus grande peine à recruter et à garder ses contremaîtres et ouvriers de chantiers, attirés par les hauts prix des dockers.Etant donnée notre chance relative, nous avons accepté d'abriter dans nos bureaux des collègues moins heureux, dont le service de surveillance de la Marine et la Société de consignation franco-britannique.En revanche, notre atelier sera transféré dans un local, que nous avons loué et où il fonctionnera très prochainement.4 - AnversLa libération d'Anvers et sa situation intacte vont donner à ce port une grosse importance ; des démarches sont commencées pour envoyer Coré sur place afin d'examiner la situation et le parti qu'on peut en tirer, cependant qu'on examine la possibilité de développer le nombre de nos représentations dans ce port. Il profitera de ce voyage pour reprendre contact avec Cockrill et voir si ce chantier reste disposé à nous fournir du tonnage.5 - BrestToutes nos installations dans ce port sont détruites. Nous sommes à la recherche d'un local pour y réinstaller notre succursale.6 - DieppeLes autorités alliées effectuent tout le travail au moyen de la main d'uvre militaire et refusent le concours des entreprises locales. Mais la situation a évolué depuis la libération d'Anvers, où va se porter le gros de l'effort allié.7 - CaenSelon un rapport de Rognerud, de grosses difficultés de main d'uvre demeurent pour une reprise d'activité. Il convient de noter également la volonté d'hégémonie affirmée par la Maison Lamy et qui apparaît dans l'attitude même de M. Guillin, dans une de ces premières réunions d'information dont rend compte notre directeur.8 - BoulogneRochard, désigné pour la direction de cette succursale a trouvé un local pour y réinstaller notre succursale que nous allons prochainement réouvrir.B - Caboteurs à 1.100 tonnesLa continuation, pour le compte de la Marine, des bateaux de 1.100 tonnes que construisait Le Trait ayant été décidée, nous avons posé notre candidature pour être désignés comme armateur chef de file chargé de suivre avec les Chantiers les études des modifications et des nouvelles spécifications nécessaires pour adapter ces navires à la navigation au cabotage et de mettre au point avec eux le marché définitif.Le Comité central, consulté par la place Fontenoy, a répondu dans le sens voulu après avoir consulté, pour la forme, d'autres constructeurs pouvant être éventuellement intéressés par ces constructions. La consultation avait été limitée à Legrand. Nous pensons donc recevoir bientôt avis de cette désignation, étape obligatoire avant l'attribution définitive.C - Reprise de navires caboteurs au pool interalliéUne démarche a été faite auprès de la Marine marchande pour essayer d'obtenir la déréquisition d'un certain tonnage caboteur dont l'exploitation directe au bénéfice de la métropole présente un élément vital de reprise économique.Les perspectives d'une telle opération demeurent jusqu'ici peu favorable et M. Chardon, qui assume les fonctions de directeur des Transports maritimes n'avait pas caché le peu d'espoir qu'il nourrissait à ce sujet, ce tonnage étant exploité à plein par les Anglais.Ce fonctionnaire, ancien chef de trafic de la Transat devait, en revanche, nous interroger pour des opérations de transit.Ce ne sont pas, en effet, les possibilités de trafic qui manquent, en dépit des mauvaises conditions portuaires.La note ci-jointe (annexe n°1) avait été établie à l'intention de l'administration pour montrer quelles étaient les possibilités immédiates d'application de caboteurs sur le trafic français.Le Comité du cuir, qui est entré en contact avec nous signale, de son côté, l'urgence de l'importation d'Angleterre d'extraits tannants de Québracho pour sauver les 40.000 tonnes de cuir entreposées en France, qui menacent de pourrir avant trois ou quatre mois s'ils ne sont pas traités à temps.Par ailleurs, Nelson et Lamy cherchent la possibilité d'utiliser quelques chalutiers libres des ports bretons pour le transport des cognacs sur l'Angleterre, avec retour de petits tonnages de charbon.Enfin, aux dernières nouvelles et selon les renseignements encore officieux, les démarches faites par l'administration recevraient un commencement de satisfaction.Six navires, dont "Margaux" et "Normanville" seraient déréquisitionnés par les autorités militaires interalliées et remis sous la gérance directe des TM, venant augmenter, par conséquent, les bateaux de la liste B. Ces six bateaux feront partie d'une flotte de 25 unités."Margaux" naviguerait entre l'Algérie et le port de Sète. Les transports prévus porteraient surtout sur ce que l'Afrique du Nord peut exporter, en liaison avec les besoins militaires, à l'exclusion toutefois des vins et des agrumes.Un certain nombre de navires-citernes figurent parmi ces 25 bateaux en vue de transporter des huiles en vrac. [En revanche, on signale l'échec complet de la mission M. et AF à Londres pour essayer d'obtenir la participation française à l'exploitation maritime du pool.]"Lussac" - Cette unité a été signalée coulée à Saint-Malo. L'ingénieur directeur du port nous aurait écrit pour demander nos intentions en ce qui concerne le relevage de l'épave. "Les Abeilles" se sont proposées de faire faire un rapport par leur représentant local.Nous avons décidé sans plus attendre d'envoyer Coré sur place pour procéder à toute enquête et mesures conservatrices s'il y a lieu.AssurancesL'État a décidé de rester son propre assureur jusqu'à la fin de 1944, de sorte que l'on n'a pas à se préoccuper du retour sous gérance des unités exploitées directement par les TM, c'est-à-dire ceux de la liste B.Mais la question sera à étudier pour 1945. A la Marine marchande, c'est Courau qui s'occupera des assurances. Voir annexe n°1 bis, lettre de Marseille du 10 novembre.D - Questions diversesSyndicatsLa corporation de la Marine marchande étant dissoute, le personnel des succursales est, dans certaines régions, pressé de regagner les anciens syndicats et l'action de la CGT se fait particulièrement sentir.A Marseille, presque tout le personnel a adhéré à des syndicats locaux, affiliés à la CGT.L'ancien syndicat professionnel Worms & Cie est cependant, d'après les textes légaux, reconstitué en fait sous réserve de l'épuration éventuelle des anciens dirigeants par les commissions prévues à cet effet.Vincent étant l'ancien vice-président est tout à fait partisan de ramener tout le personnel Worms au syndicat professionnel mais, étant plus ou moins bloqué au Havre, a demandé à Decaix de faire une tournée auprès des succursales éloignées pour tâter l'opinion et essayer d'éviter des prises de position trop hâtives comme cela a été fait à Marseille.II part à Bordeaux et Bayonne et rentrera ensuite par Le Havre et Rouen, d'accord avec la DGSM et avec la direction générale des services charbons. [Bayonne semble avoir pris une position régionale qui réserve toutefois l'affiliation au syndicat professionnel Worms.]Lorsque l'ensemble des collaborateurs aura donné son adhésion, comme il est probable, à la reconstitution de leur Syndicat professionnel, il est à prévoir qu'à Marseille, nombre d'employés réviseront leur attitude pour ne pas faire cavalier seul.SalairesPersonnel sédentaire - Les augmentations légales ont été appliquées mais abondées pour les salaires au-dessus de 60.000 francs, afin de respecter les hiérarchies, comme l'autorisait une circulaire du ministre du Travail. La formule utilisée a consisté à majorer tous les salaires de 20% avec application du minimum légal lorsque la majoration aboutissait à un chiffre inférieur.Personnel navigant - La question est encore à l'étude car l'application des barèmes minima d'augmentation appliquée en dehors de la métropole et dont le bénéfice doit être étendu à cette dernière soulève des critiques de la part de certains armements.Les CR, entre autres, s'opposent à un système qui, à leur avis, tend à l'institution d'un salaire national pour les officiers. En réalité, les amateurs auraient toujours la possibilité d'aménager des échelons hiérarchiques à l'intérieur du barème mais certains voudraient, dans certains cas, pouvoir descendre au-dessous des minima prévus, tandis que d'autres considèrent que ce serait impossible.Dépôts d'équipages - En vue de la relève d'équipages, la Marine marchande voudrait appliquer sur le territoire métropolitain la formule des dépôts où seraient mêlés les cadres des compagnies, avec la possibilité d'affecter les officiers à tel ou tel embarquement, sans tenir compte de leur origine.Les armateurs s'opposent à une telle conception et hormis le cas de réquisition, n'acceptent pas que leur soit imposé l'embarquement de personnel, officiers ou marins, non désignés par eux.Ils envisageraient à cet effet d'affecter tous leurs officiers à leurs cadres de réserve pour renforcer les liens de droit.La question est à l'étude car elle pose le problème de la révision des pourcentages autorisés en fonction de l'importance des navires sous contrôle, dont le nombre a d'ailleurs augmenté pour certains, à la suite de la Libération.Organisation de la Marine marchande - Ci-joint tableau donnant la nomenclature des services et leurs principaux titulaires (annexe n°2).Chargeurs Réunis - Accords généraux et agence à Marseille - Ci-joint compte-rendu d'une conversation de M. Labbé avec M. Francis Fabre (annexe n°3) qui a eu pour épilogue une lettre officielle des Chargeurs réunis posant le principe du maintien de leur agence à Marseille, avec désignation d'un délégué de leur direction.Occasion est prise, en outre, de revenir sur les conditions d'agence à appliquer pour les navires exploités par le pool interallié et de demander à la succursale de Marseille son accord sur de nouvelles conditions.Celles-ci consisteraient en une commission forfaitaire, ramenée à 500 francs par escale et justifiée dans l'esprit des Chargeurs par le fait que pour ces bateaux, l'armateur, par l'intermédiaire des consignataires, ne toucheraient qu'une guinée par jour d'escale.La question est naturellement à voir de plus près et nous nous efforçons de nous renseigner sur les conditions acceptées par Dhorne dans les ports où nous sommes représentés par les Chargeurs.Là encore, on a l'impression que le boulevard Malesherbes fait de l'économie comme pour les "commissions de touchées" dont le dossier est toujours pendant, en dépit de la contre-proposition que M. Dupré avait faite officieusement mais que ses principaux ne nous ont jamais notifiée officiellement.Situation de la flotte à l'heure actuelleSelon des renseignements qui devront encore être recoupés :A - Navires naviguant actuellement pour le compte du pool et du gouvernement français1° Navires sous réquisition britannique (navires saisis en 1940) : "Léoville", "Pessac" (est signalé ces jours-ci à Caen)2° Navires à la disposition du gouvernement provisoire, exploités par les TM (navires Algérie) : "Château-Pavie", "Caudebec", "Le-Trait", "Château-Latour".3° Navires affrétés en "Gross Time Charter" et sous gérance Worms (navires saisis en 1940) : "Margaux", "Pomerol".4° Navires sous réquisition britannique et donnés en "Management Agreement (navires saisis en 1940) : "Bidassoa" , "Normanville".Toutefois, Caen signale l'arrivée de "Bidassoa" dans ce port avec une cargaison de charbons et capitaine anglais. Le navire est géré par la British Steam Navigation Cy depuis 1941.B - Navires sous réquisition allemande"Mérignac", "Château-Palmer".C - Navires échoués ou sabordés"Château-Larose" à Marseille, "Lussac" à Saint-Malo, "La-MaiIleraye" à Bordeaux.D - Navires perdus ou présumés perdus1) "Barsac", "Cérons" en 1940 (réquisition Marine nationale)2) "Listrac", "Médoc", "Sauternes" (disparus pendant réquisition britannique)3) "Jumièges", "Château-Yquem" (affrètement TM)4) "Pontet-Canet", (échoué en mars 1943 sous réquisition allemande sur les côtes de Tunisie)"Fronsac" (perdu en mai 1943, sous réquisition allemande, près de l'Île de Léros).E - Situation de Port-SaïdUne personne de Port-Saïd - amie des Acfield et de passage à Paris - vient de nous apporter des nouvelles d'Égypte, qu'elle a quitté fin juillet dernier. Elles complètent d'autres informations données par M. Georges Savon, qui était également à Paris ces jours derniers.Toutes ces nouvelles sont excellentes. Nos succursales poursuivent leur activité sans aucun ennui et leurs relations avec les autorités britanniques et égyptiennes sont, en tous points, très satisfaisantes. Elles travaillent à plein, dans tous les domaines et les résultats, aux dires mêmes de M. Acfield, seraient, paraît-il, brillants.Les fournitures de soutes se maintiennent assez bien : 20.000 tonnes mensuellement pour l'ensemble des firmes de Port-Saïd. Les manutentions de marchandises portent sur des tonnages records - elles laissent, de ce fait, ces bénéfices considérables bien que les tarifs imposés soient figés à des taux très raisonnables.Nos Ateliers travaillent à plein rendement. Ils ont été chargés du montage des chalands et remorqueurs envoyés en Égypte pour le déchargement des marchandises. Ils effectuent, en outre, de nombreuses réparations pour compte du Ministry of Shipping et de l'amirauté britannique.M. Acfield a été victime, en 1943, d'un grave accident d'automobile sur la route Port-Saïd/Suez. Il aurait eu une fracture de la hanche mais serait maintenant complètement rétabli. Durant huit semaines, il fut soigné à l'hôpital de la Compagnie du canal à Ismaïlia et son intérim assuré par M. Watts, anciennement chef du Shipping au bureau de Port-Saïd.M. Georges Savon est maintenant chef du service des Transports maritimes français en Égypte. C'est en cette qualité qu'il vient de venir en mission à Paris et à Londres. Il se déclare très satisfait de la marche des affaires de sa société en Égypte : il a pourtant perdu l'agence du Lloyd à Port-Saïd.La Maison Savon représentait le Lloyd sur le Canal depuis plus de 50 ans. C'était pour elle une référence de tout premier ordre et une source de bénéfices réguliers et importants. Les nouveaux agents seraient Cory Brothers.Le HU continue à fonctionner sur le Canal, tout comme autrefois, et sans incidents.Les navires américains transitant le Canal sont consignés à leurs agents respectifs et, en particulier, à l'English Coaling Coy, consignataires de la Isthmian Steamship Coy, et aux British Coaling Depots, agents de l'American Export Line. Nous avons reçu quelques navires pour compte de l'American President Line (Dollar Line). Aucune agence américaine ne s'est encore installée sur le canal de Suez.Nous n'avons encore eu aucun rapport direct avec Port-Saïd.