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1944.00.00.Recueil des informations de janvier à décembre

Ce recueil recense chronologiquement les données collectées sur l'année citée en référence, dans :

  • les copies de lettres à la presse1,
  • la correspondance, les notes, rapports, circulaires, accords, traités... (originaux ou duplicatas) émanant de la direction générale de la Maison, des départements maritimes et combustibles, des chantiers de constructions navales du Trait, ainsi que des succursales françaises et étrangères. Les dossiers d'où proviennent ces pièces ont été classés "tels quels" par les services qui les ont produits. Répertoriés par objet et non par date, ils couvrent – ensemble – une période allant de la fin du 19ème siècle au début des années 1960. Une notice située à la fin du présent article, reproduit le descriptif qui est fait des archives les plus significatives sur les bordereaux d'inventaire,
  • les synthèses réalisées par la Maison et notamment :
    • "Historique de la succursale de Newcastle (1848-1948)", classé en 1948
    • "Historique de la succursale de Port-Saïd, relations avec l'Égypte (1869-1948)", daté du 16 juin 1948.

A ces informations s'ajoutent celles recueillies :

  • auprès des services administratifs : état civil, tribunal de commerce...
  • dans les annuaires et les minutes notariales...
  • dans la presse, les revues professionnelles et les ouvrages d'histoire...

Du fait de la nationalisation de la Banque Worms en 1982, les témoignages relatifs au département bancaire proviennent essentiellement du secrétariat général et de la direction de Worms & Cie, d'une part, et d'autre part, d'extraits de publications externes ou d'études conduites par la Maison Worms. Ainsi :

Les documents d'où sont extraits les renseignements rassemblés dans ce recueil sont consultables à partir de ce fichier en cliquant sur leur intitulé (en bleu + soulignement).

1 : Ce corpus n'a pas fait l'objet d'un dépouillement exhaustif comme cela a été le cas pour les chronos de correspondance datant du 19ème siècle.

1944.00.A Robert Labbé.Note (sans date ni émetteur)

CopieNB : Ce document, sans date ni émetteur, est classé après le 8 septembre 1944, date de l'arrestation d'H. Worms, événement le plus récent mentionné dans le texte. Note confidentielle pour Monsieur Robert LabbéAu mois de juin 1943, M. Guérin a reçu la visite d'un inspecteur des Finances, M. de Largentaye, porteur d'une commission rogatoire du commissaire au Blocus pour rapporter à la demande des services de la "Maison Blanche" au sujet de l'activité de la Maison Worms & Cie dans la société Le Molybdène.Un rapport a été fourni par M. Carette exposant les conditions dans lesquelles, à la demande de l'État français, la Maison Worms & Cie a été amenée à prendre une participation d'environ 40% dans ladite société et à envoyer pour siéger au conseil deux administrateurs, M. Meynial et M. Pitavino.Le rapport explique que la Maison Worms à Alger est absolument étrangère à la gestion du Molybdène et ignorante des conditions dans lesquelles Worms Paris y participe, mais que, selon toute vraisemblance, s'agissant d'un intérêt minoritaire, le rôle des deux administrateurs qui le représentent au conseil ne dépasse pas celui attaché aux prérogatives de cette fonction d'ordre exclusivement administrative. La gestion commerciale du Molybdène est assurée par une direction générale qui a une activité propre et dans laquelle il ne semble pas que la Maison Worms ait à intervenir.Le rapport présenté par M. de Largentaye s'inspira de ces considérations, mais quelques mois plus tard, cet inspecteur des Finances vint prévenir M. Guérin que ses conclusions n'étaient pas retenues par le commissariat au Blocus qui, s'appuyant sur un nouveau texte ci-inclus (ordonnance du 6 octobre 1943 concernant la répression des rapports avec les ennemis et la guerre économique), entendait poursuivre l'affaire toujours prétendait-on à la demande de Washington.Effectivement, le 20 novembre 1943, M. Dhorne et M. Guérin recevaient une convocation du Blocus pour le 23 novembre 1943.Ils furent reçus par M. Bozel (Richemont) qui, tout en leur précisant que leurs personnalités n'étaient pas en cause, les informa de la décision du Blocus de placer la Maison Worms sous le contrôle d'un commissaire surveillant par application de l'ordonnance ci-dessus citée et en raison de son activité personnelle dans la société Le Molybdène. Lecture et notification furent faites d'un arrêté du 23 novembre 1943 donnant à M. Bienvenu, professeur de droit à la faculté d'Alger, les pouvoirs "de commissaire surveillant" de la Maison Worms & Cie, le mandat s'étendant à "tous établissements, succursales, filiales et participations de ladite société situés sur le territoire administré par le Comité provisoire de la libération nationale".M. Bienvenu a exercé sa fonction avec âpreté jusqu'à la fin avril 1944, époque à laquelle, ayant été nommé procureur général à la cour à Rabat, il a été remplacé par M. Franceschi agent d'affaire (ancien principal clerc de notaire à Alger).M. Bienvenu s'est attaché à fournir au Blocus un dossier sur Le Molybdène qui constituerait selon lui un acte d'accusation grave contre la Maison Worms & Cie. Il prétend y démontrer que la livraison de 25 T. de Molybdène pour l'Allemagne et 5 T. pour l'Italie n'a été faite que sur suggestion, offre et organisation d'une prétendue réquisition, que des personnalités de la Maison Worms ont participé et même conduit ces tractations avec un certain M. Acker et M. Hoffmann, secrétaire général du Molybdène à Paris. Il semble que les informations fournies à M. Bienvenu soient d'origine anglaise et surtout américaine.M. Bienvenu estime en outre que la réquisition, même subie, aurait dû demeurer sans effet et que rien n'était plus facile que de ne pas s'y soumettre. Les difficultés de la livraison du minerai le permettaient. On a, au contraire, prétend-il, tout fait pour les surmonter.Enfin, le commissaire retient la domiciliation des documents d'expédition et leur paiement chez Worms Alger.Tout le dossier de cette affaire, qui est volumineux, aurait été apporté d'Alger à Paris par un fonctionnaire du Blocus, M. Viel qui, avec M. Bozel, a dépensé beaucoup d'ardeur contre la Maison Worms.A noter que la société Le Molybdène a été aussi placée sous le contrôle d'un commissaire surveillant. En raison de la notoriété dont il jouit, M. Dolisie a été lui-même désigné pour assurer sous sa responsabilité la fonction.Un autre dossier a été constitué par M. Bienvenu pour l'affaire du Consortium maritime tunisien. Il ne semble pas qu'il s'agisse d'une affaire bien sérieuse, elle ne sera suivie par le Blocus que si l'action qu'il a ouverte en déposant une plainte en escroquerie contre M. Rougé à Tunis est suivie.La libération de la Tunisie a fait mettre sous séquestre le CMT. M. Lebrun Desoie a cru pouvoir, dans cette circonstance, créer des succursales Worms à Tunis et à Sfax. Il en a confié la direction à M. Rougé qui a accepté et en même temps, sans que le séquestre ait été prévenu, a passé avec M. Lebrun Desoie, agissant au nom de la Maison Worms, un accord donnant à bail à cette dernière le matériel et le fond de commerce du CMT moyennant une redevance annuelle de F 130.000.M. Bienvenu a retenu contre M. Rougé et la Maison Worms une tentative d'escroquerie à l'égard du séquestre du CMT et par suite à l'égard de l'État français, seul gardien des intérêts italiens du CMT, avec l'accord desquels il soutient d'ailleurs que l'opération a été menée.Il semble que la mort de M. Lebrun Desoie et l'impossibilité où on est à Alger de reconstituer les pouvoirs qui lui auraient permis d'engager la Maison Worms gênent l'action du Blocus.La plainte contre M. Rougé est à l'instruction à Tunis, un avocat à Tunis et un autre à Alger suivent l'affaire. On espère qu'elle n'aura pas de suite sérieuse.A noter que M. Lebrun Desoie a négocié l'accord Worms/ CMT, en juillet 1943, qu'il est mort le 21 août suivant, et que le commissariat au Blocus le convoquait pour cette affaire le 13 septembre 1943.Enfin, M. Bienvenu a enquêté sur les affaires suédoises. Mais il a été arrêté par la production que M. Guérin a pu faire d'une attestation de la Légation de Suède établissant, après enquête à Stockholm, que les affaires en cause étaient d'intérêt exclusivement suédois.M. Francheschi, successeur de M. Bienvenu, est beaucoup moins agressif, mais il a le souci de remplir exactement le mandat qu'il détient du Blocus, aussi est-il très assidu.Il connaît les arrestations des associés gérants de la Maison Worms et en tire deux conclusions :1° - en vertu des pouvoirs très étendus donnés au commissaire surveillant à Alger par l'arrêté du 23 novembre 1943, celui-ci doit soit se rendre à Paris pour y exercer son contrôle, soit demander la nomination d'un commissaire surveillant adjoint qui remplira sur place la mission. Il paraît à peu près certain que M. Francheschi a posé la question aux services du Blocus à Alger et à Paris.2° - Les pouvoirs des directeurs de la Maison Worms & Cie à Alger sont sans valeur puisqu'ils émanent de procuration de deux associés gérants qui, estime M. Francheschi, sont actuellement dans une situation juridique assimilable à celle d'un incapable.De ce fait, des délégations provisoires devraient être données pour la direction de la Maison Worms & Cie à Alger dans les conditions prévues par l'ordonnance du 22 août 1944 ci-incluse.M. Dhorne et M. Guérin pourraient être délégués provisoires, comme M. Carette l'est pour la Setem, mais leur désignation n'est pas certaine et même si elle est faite, elle peut être rapportée avec un préavis de quinze jours, ce qui laisse la place ouverte à tous les risques.Jusqu'à présent, M. Francheschi a été "contenu" par M. Guérin sur ce point particulier, mais si un concours pouvait être apporté aux deux directeurs d'Alger pour consolider leurs pouvoirs, il serait bon de le leur fournir.En tout cas, le régime de la délégation provisoire ne recommande pas que M. Dhorne et M. Guérin quittent, même momentanément, leurs postes.

1944.00.De (Jacques Barnaud).A Hypolite Worms.Fresnes

CopieNB : Note sans date, ni émetteur, ni destinataire, attribuée à Jacques Barnaud en raison des postes d'administrateurs occupés par l'auteur, et classée après le 16 septembre 1944, seule date indiquée dans le texte.NoteJ'ai adressé ma démission d'administrateur de la Société française de transports pétroliers le 16 septembre. J'ai aussitôt été voir Cayrol pour lui expliquer la situation. II est entendu qu'en cas de besoin, il réunirait le conseil et, selon les statuts, se ferait donner temporairement les pouvoirs du président pour remplacer ce dernier empêché. Duret doit aller le voir chaque semaine pour le tenir au courant. En fait, on ne prévoit pas de nécessité de réunir actuellement le conseil, sauf s'il y a lieu de ratifier la nomination de nouveaux administrateurs d'État ou si le gouvernement pose une question.Cayrol a été très compréhensif et affectueux.J'ai donné également ma démission d'administrateur de la Havraise à la même date. Anduze Faris a également démissionné, ses fonctions étant incompatibles avec un mandat d'administrateur. Gendre est venu me voir et j'ai eu une très longue et affectueuse conversation avec lui. II est entendu qu'en cas de besoin, Robert réunirait le conseil.J'ai également démissionné d'Air France. Le général Pujo démissionne également. J'ai eu une longue conversation avec Georges Edgar-Bonnet qui remplira temporairement les fonctions de président. Il a été parfaitement compréhensif. II se remet lentement d'un accident de cheval et compte se rendre prochainement à Londres.Nos installations sont intactes au Havre, à Bordeaux, à Bayonne, à Marseille et Toulon.On espère renflouer bientôt "Château-Larose".Révoil recommence à travailler comme consignataire avec les Services maritimes anglais.Hall est nommé à Toulon comme représentant du Ministry of War Transport.Émo et Michel Leroy sont allés passer quelques jours à Marseille.Bucquet est parti pour Alger.Robert cherche à faire partir Grédy pour Londres et Port-Saïd.Très bonnes nouvelles d'Alger, plus particulièrement des Services bancaires.Notre intention est de faire revenir bientôt Bouteloup à Paris.Bouteloup et Révoil ne conseillent pas Darredeau pour Marseille, il serait trop cassant. Ils pensent que Gada serait un excellent choix.Nitot a eu une excellente conversation avec Dieudonné qui couvre entièrement les Chantiers, Abbat a vu Cahn, le nouveau directeur des Constructions navales, son ami intime. Très bonne réaction également. Sur le plan général de l'avenir du Trait, impression très satisfaisante.Robert a vu longuement, la semaine dernière, Anduze Faris sur le plan armement, bonne orientation. Il s'occupe d'essayer d'obtenir pour nous les trois petits cargos en construction au Trait.

1944.00.De (la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire).Note (non datée)

Copie de lettre NB : Ce document, non daté, est joint à la note du 7 novembre 1944, raison pour laquelle il est classé à cette date. Note pour Messieurs Worms & Cie - DGSM "Château-Pavie" Le "Château-Pavie" assure son service d'annexe à Madagascar depuis le 14 décembre 1943 dans des conditions qui sont très satisfaisantes.Le capitaine Z. s'est acquis une notoriété exceptionnelle et il jouit dans tous les ports auprès des agents, des chargeurs et des passagers d'une très grosse réputation.Le navire transporte à chaque voyage environ 500 passagers de pont et il semble que son exploitation donne d'excellents résultats. Malheureusement, nos gérants d'Alger et M. Pignet à Madagascar se sont heurtés à une opposition très vive de la part de M. Deville, directeur des Transports maritimes et en même temps agent général des Messageries maritimes à Madagascar.Cette opposition s'est manifestée tout d'abord pour essayer d'empêcher que le "Château-Pavie" soit envoyé d'Algérie vers l'océan Indien. La décision ayant été maintenue, M. Deville a réclamé la gérance du navire pour les Messageries maritimes, en vertu d'une convention passée le 2 août 1943 entre le gouverneur général de Madagascar, le directeur des Transports maritimes et l'agent général des Messageries maritimes, c'est-à-dire M. Deville lui-même à ces deux titres, cette convention stipulant que la gérance de tous navires français mis au service de la colonie serait confiée aux Messageries maritimes. Une discussion assez longue a été engagée télégraphiquement entre Alger et Tananarive. Elle a abouti à l'arrangement suivant :La gérance technique du navire est laissée à M. Pignet, agent général de la Nochap à Tananarive par contre, la gérance commerciale et la consignation du navire dans les ports appartiennent aux Messageries maritimes. Toutefois, sous la pression personnelle de M. Dhorne et à la suite d'une explication très vive entre lui et M. Deville, venu spécialement pour cette affaire à Alger, l'agent général des Messageries maritimes a laissé à la Nochap la sous-consignation du navire dans toutes les agences de l'Île ainsi qu'à La Réunion. Il en résulte que des commissions sont allouées à la Nochap, sous-consignataire, et que toute la comptabilité recettes et dépenses passe par les mains de M. Pignet qui en rond compte à M. Deville, lequel traite directement avec le gouvernement général de l'Algérie.Nous avons donc obtenu partiellement satisfaction. M. Dhorne a tenu néanmoins à réserver la discussion du fond de la question entre les directions générales à Paris des trois armements intéressés, c'est-à-dire : MM. Worms & Cie, MM, Nochap.L'indemnité d'affrètement de base et les majorations représentent 501.925 F par mois. Seule l'indemnité de base est encaissée par M. Pignet à Tananarive pour 351.675 F. Les majorations ne sont pas payées par le gouvernement général de Madagascar ; la question reste à régler par nos agents d'Alger avec la direction des Transports maritimes dans ce port.Néanmoins, l'indemnité de base perçue par M. Pignet assure l'aisance de la trésorerie.Voici quelles sont les conditions de rémunération de la gérance : aux conditions du contrat des Messageries maritimes avec le gouvernement général de Madagascar dont vous trouverez ci-inclus la copie :- Commission sur frets de sortie : 5%.Sur cette commission 4% sont rétrocédés à l'agent général de la Nochap et 1% est conservé par l'agent général des Messageries maritimes.- Commission aux frets d'entrée : 1%à l'entrée des ports secondaires seulement cette commission est entièrement rétrocédée à l'agent général de la Nochap.M. Pichet, de son côté, reverse aux agents dans les ports : 2,50% à la sortie et 1% à l'entrée.Il reste donc net à l'agent général de la Nochap à Tananarive 1,50% sur les frets de sortie qui peut être considéré comme rémunération de la gérance technique du navire.En outre, une indemnité de gérance mensuelle de 9.900 F est entièrement conservée par les Messageries maritimes.Sur ces bases, les résultats du premier voyage effectué du 14 décembre 1943 au 7 février 1944 ont assuré les rémunérations suivantes au titre de la gérance :Nochap : F 59.197MM : F 66.084dont 1% - F 29.442 à l'agence générale des Messageries maritimes, le reste étant représenté par les commissions sur frets versées aux agences de la Havraise entre les mains des Messageries maritimes à Majunga, Diego et Tamatave.Il n'a pas encore été possible à Alger de connaître le taux de l'indemnité de nourriture accordé par le gouverneur général de Madagascar pour les passagers. Tout ce que nous savons, c'est que le gouverneur a formellement refusé d'allouer à "Château-Pavie" les taux de nourriture fixés par la direction de la Marine marchande. Les allocations à la colonie seront certainement sensiblement plus réduites, mais nous pensons qu'elles demeureront avantageuses pour les armateurs, étant donné que le capitaine du "Château-Pavie" assure la nourriture de son équipage et de ses passagers à un taux qui ressort en moyenne à 18/20 F par jour, indice certain de la prospérité de l'Île.Ajoutons, enfin, qu'actuellement une nouvelle campagne est entreprise par M. Deville pour que "Château-Pavie" soit remplacé par un autre navire appartenant aux Messageries maritimes ou susceptible d'être exploité aux conditions de la Convention du 28 octobre 1926 avec la colonie pour les services des annexes. Cette convention prévoit, en effet, au profit des Messageries maritimes.1°- une subvention journalière comprenant une partie correspondant aux frais généraux et autres frais d'armement, une partie destinée à assurer l'amortissement à raison de 11,603% l'an sur la base de la valeur admise de l'unité. Cette convention était, en septembre 1943, pour le "Maréchal-Galliéni", de 2.750 F par mois (avenant du 8 mars 1928) ;2°- une subvention au mille parcouru considérée comme prime à la navigation. Cette subvention serait de F 60 par mille (acte de transaction du 31 décembre 1935).On comprend que, dans ces conditions, l'agent général des Messageries maritimes à Madagascar cherche à se débarrasser de "Château-Pavie".

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 01

CopieNB : Note non datée, attribuée à R. Labbé et classée après le 25 septembre 1944 en raison de la référence faite à la démarche entreprise à cette date par celui-ci auprès des Affaires étrangères pour envoyer Pierre Grédy à Port-Saïd.Monsieur WormsLe projet préparé par Vignet pour l'importation des charbons après la guerre qui avait reçu le plein accord de Thiebaud et de Fanton Landon a reçu l'agrément de Blum Picard.Le Havre complètement intact - boulevard de Strasbourg chantier Colbert - usine d'agglomération.Nous recueillons dans nos bureaux la Société générale sinistrée après politesse aux Chargeurs.Exploitation forestière Bedel, Yonne et Château Vilain, en plein fonctionnement, situation satisfaisante.Bordeaux intact.Bayonne intact y compris le matériel roulant. L'usine d'agglomération retourne depuis fin août.Exploitation forestière Bordeaux. Il ne manque pas un morceau de bois. Les expéditions ont repris.Ribeyre et Delteil ont au travail au titre du déblaiement un effectif appréciable de dockers.Situation à Marseille stationnaire, mais perspectives à terme encourageantes avec les Anglais.Très bonnes nouvelles d'Alger où Bucquet est bien arrivé.Je médite la réorganisation DGSM et Marseille. Une enquête discrète a révélé que le nom de Gada était particulièrement bien vu aux Chargeurs.Je négocie avec la Marine pour obtenir, en principe, l'attribution en notre faveur des deux petits cargos en construction au Trait qui seront poursuivis. Pour le 3ème il manque à peu près tout.J'ai suggéré également que l'on essaie d'obtenir la restitution au contrôle français des caboteurs navigant en Angleterre. La chose ne paraît pas en mauvaise voie.Le Comité central renaîtrait, mais sans bureau, étant donné les nombreux absents. J. M. jouerait le rôle d'administrateur provisoire.Je dois voir au début de la semaine le nouveau directeur central, rue Royale, qui a accueilli A. d'une manière très cordiale. J'espère que nous allons pouvoir mettre quelque chose d'intéressant sur pied. Nous allons en tout cas incessamment recevoir l'autorisation de reconstruire.De Benoist va arriver dans huit jours d'Égypte. J'avais demandé au Quai de faciliter le retour de P. G. à Port-Saïd et à Londres. Le Canal que j'ai vu hier nous appuiera totalement.La situation bancaire satisfaisante, rien de particulier à signaler comme à Marseille d'ailleurs.Vu Potocki retour d'Anvers. Situation morale de la Maison intacte. Perspectives de reprise intéressantes dès réouverture du port à l'activité. Les Deppe, d'après certains bruits, ne reprendraient pas leur trafic après la guerre.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 02

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire ; plusieurs passages permettent de considérer qu'il s'agit de la note de Robert Labbé à laquelle Hypolite Worms répond le 21 octobre 1944, raison pour laquelle elle est classée avant cette date. CharbonsOrganisation professionnelle en bonne voie. Aux dernières nouvelles, la direction des Mines et Blum Picard seraient d'accord pour désigner Raspail comme commissaire chargé de gérer le Comité d'organisation.L'organisme d'importation (STIC) que vous connaissez recevrait également un accueil favorable.Du côté succursales, approvisionnements insignifiants, activité des plus réduites, mesures prises pour réduire les frais le plus possible.J'ai été au Havre le 6. Tout est intact et les gens très bien.Bedel aura fini ses carbonisations Orne et Eure pour Pâques avec gros bénéfices.L'exploitation forestière de Dufour tourne rond.Services forestiers de Bordeaux démarrent maintenant dans de bonnes conditions, notamment en ce qui concerne les poteaux de mines, le problème des transports étant résolu, tout au moins sur les mines du Centre Midi.Usine d'agglomérés de Bayonne en activité.Les nouveaux fours du Haut-Mauco seront mis à feu ces jours-ci.La Brière toujours occupée par les Allemands. L'usine à gaz de Nantes nous prendra toute la production qui est en train de sécher. Nous sommes en tout cas couverts par notre lettre d'agrément.Services maritimesD'après renseignements officiels nous aurions en service : "Caudebec" - "Château-Latour" - "Château-Pavie" - "Le-Trait" - "Normanville" - "Bidassoa" - "Léoville" - "Margaux" - "Pomerol" - "Pessac", plus "Grand-Quevilly" - "Espiguette" - "Capo Olmo" (italien saisi en Méditerranée en 1940 passé en dissidence en juin 1940). "Listrac" naviguerait également.Nous nous occupons du renflouement de "Château-Larose" et éventuellement de "La-Mailleraye" coulé à Pauillac.Révoil part dans quelques jours pour Londres avec une mission composée exclusivement d'ingénieurs, en vue de faire une enquête sur les conditions dans lesquelles nos navires sont gérés en Angleterre (tous sauf les quatre premiers de la liste).Burness est notre agent. Il l'est également pour Nochap - SFTP - Chargeurs de l'Ouest et Schiaffino.Marine militaire et Marine marchande d'accord pour poursuivre la construction des trois caboteurs du Trait.La question d'attribution est réservée pour plus tard, mais nous allons être désignés comme chef de file et chargés de suivre la construction.Je m'efforce d'obtenir, en liaison avec la SNCF le Ravitaillement, l'Agriculture, le retour à la France d'un certain nombre de caboteurs actuellement en Angleterre qui pourraient suppléer au manque de chemins de fer.La tâche n'est pas facile car A. F. est moins que dégourdi.Bonnes perspectives du côté des succursales. Nombreuses équipes de dockers employées au déblaiement à Bordeaux, au Havre et à Rouen. Dans ce dernier port, nous avons dû commencer ce matin à opérer un bateau américain.Nous nous efforçons, en liaison avec les Chargeurs, de faire rétablir le trafic à Bordeaux.Dieppe et Caen sont toujours ports militaires.Potocki a un bon espoir à Anvers dès que le port sera dégagé.Toutes récentes nouvelles de Dhorne. Il travaille à bloc depuis 1942 essentiellement avec les lignes anglaises. Il loge l'administration du Sea Transport et est obligé de refuser des consignations.Coup de cochon à la Havraise - Un Danois a été donné en gérance sur Madagascar aux Chargeurs. Le "Château-Pavie" est en gérance technique, mais en gérance commerciale aux Messageries. A. F. nous favorise à rebours.Bucquet s'occupe déjà de la question à Alger. Il éprouve certaines difficultés à rentrer.L'organisation de la DGSM selon vos plans en bonne voie. Marseille en cours de discussion, mais vous tiendrai au courant avant toute décision.Le TraitPassé trois jours la semaine dernière. A côté du Havre entièrement démoli, impression très réconfortante. Abbat et moi-même très confiants. Accueil très satisfaisant à la Marine. Première tranche de reconstruction amorcée (remise en état des bâtiments ne présageant pas du programme définitif). Nous pensons reprendre dans deux mois la construction des caboteurs et être en avril à 50% de capacité de production avec les moyens du bord.Langalerie quitte définitivement les Chantiers le 1er avril.Je vous tiendrai au courant de la visite que nous faisons demain matin avec Abbat au nouveau directeur central ainsi que des contacts avec Schneider et Lamouche au sujet de la politique de reconstruction des chantiers.René Fould, qui a été reçu par cinq ministres, accepte sans conditions la présidence de la chambre syndicale.Services bancairesMeynial vous tient au courant de ce qui s'y passe. Je noterai simplement Immobilière Haussmann - les négociations avec la Prévoyance sont au point mort. J'en ai repris d'autres avec une autre compagnie sur des bases bien plus intéressantes - réponse mercredi.Nain venu au début de la semaine m'entretenir d'une question de construction de chalands avec liaison Nelson Achard, m'a fait part de son désir de reprendre à P. D. une grosse partie de son paquet de contrôle, m'a demandé si cela nous intéresserait. D'accord avec M. B., je suis l'affaire, car certains de nos clients pourraient être intéressés, notamment CPDE avec qui Vinson fait des affaires. Cela rentrerait tout à fait dans nos vues sur le plan charbons et pourrait contribuer également à resserrer nos liens avec P. D.L'affaire de mélange de charbons avec les Mines du Nord (suite d'une conversation avec Lafitte, directeur du Comptoir du Nord et du Pas-de-Calais) paraît également prendre bonne voie avec une idée ultra confidentielle de Nain relative à l'exploitation par ses soins d'une partie du port de Gennevilliers.MaisonM. B. et moi avons été préoccupés des suites du décès de Raymond. La femme de celui-ci étant remariée et ses filles étant destinées vraisemblablement à vivre à l'étranger hors de notre contrôle, nous nous sommes demandé s'il n'y aurait pas lieu de faire jouer l'article des statuts prévoyant le rachat de la part d'un commanditaire décédé. La part de Raymond serait, dans notre esprit, reprise par ses deux frères, avec, le cas échéant, aide de la Maison. Je dois examiner avec Amiaud la question sur le plan juridique. Quel est votre sentiment ?Je n'insiste pas sur une visite de Gardanez, sans intérêt, dont vous devinez les termes.Souvenir tout particulier de Francis Fabre, Baptifaut, Nain, Thierry, et bien d'autres que j'oublie.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 03

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse aux questions posées à celui-ci par Hypolite Worms dans ses notes du 21 octobre 1944, et donc classée après cette date. La procuration que vous m'avez signée au mois de septembre n'était pas destinée, comme celle que vous avez faite en son temps à M. J. B., à me donner tous vos pouvoirs de gérant. Elle était uniquement destinée, comme celle que vous aviez signée à Londres à fin 1939, à permettre toutes modifications utiles des statuts de la Maison. Cette pièce a permis, comme vous l'aurez constaté par la note que je vous ai fait parvenir avant-hier, de modifier les statuts de la Maison, de manière à me donner ainsi qu'à Meynial les pouvoirs de gérant. Ceux-ci sont donc absolument indépendants de vous. Il n'y a pas de pouvoir général de votre part restant en circulation. Aucune difficulté ne peut être envisagée de ce côté.J'ai eu une longue conversation avec Amiaud au sujet des intérêts de R. L. Il reconnaît parfaitement l'inopportunité et l'impossibilité d'agir quant au fond. Il conseille formellement néanmoins de réserver nos droits, de faire jouer l'article de rachat à toutes fins utiles en insistant sur le fait qu'il s'agit du premier cas d'application d'un article nouveau inséré en 1940 dans nos statuts, la décision quant au fond ne pouvant être abordée que lorsque les communications avec les USA seront reprises.Seriez-vous d'accord pour faire cette réserve de principe auprès des intéressés (Mme Vve Leroy en tant que tutrice, M. Paul Leroy en tant que subrogé tuteur) parce que seule la loi française est applicable en l'espèce.La gérance de la Maison ayant été arrêtée au mois de septembre sans réintroduction de M. M. G., n'y aurait-il pas lieu de ma part d'intervenir officieusement auprès de ce dernier, de manière à mettre un terme de principe à la situation provisoire dans laquelle il se trouvait en ce qui concerne sa part de gérance. Vous le lui avez, à l'époque, précisé et il compte que ses intérêts matériels ne devraient pas souffrir des mesures d'exception prises à son égard. Cette situation d'exception ayant pris officiellement et légalement fin à la suite d'une ordonnance gouvernementale récente, et pour éviter toute équivoque regrettable, n'y aurait-il pas lieu de lui indiquer que pour la période octobre 1940 - octobre 1944, la Maison tiendra ses engagements et qu'à partir de cette dernière date, la situation redevient claire, sa retraite provisoire étant devenue définitive.Chantiers - Ci-dessous les renseignements que vous m'avez demandés.1941 - 6 juillet - 11 juillet - 22 juillet - 12 août - 31 août1942 - 25 mars - 24 août (bombardements importants)1943 - 4 août - 11 septembre (bombardements importants)1944 - mitraillage du 8 février ; bombardement du 13 juillet ; bombardements du 19 au 30 août.Nous avons décidé une première tranche de reconstruction ayant pour objet la réparation des ateliers essentiels seulement endommagés (coques, forge, outillage, salle à tracer, etc.) ainsi que la construction de baraquements indispensables qui, quel que soit le plan de reconstruction général, devront être édifiés (sous station électrique, station hydro-pneumatique, montage de bord, gréement).Grosses difficultés d'approvisionnement pour des travaux à faire. Nous rencontrons un concours important auprès de Moisant Laurent Savey.État d'esprit satisfaisant malgré quelques incertitudes bien compréhensibles après ces quatre années d'embêtements.Question salaire résolue d'une manière satisfaisante.Langalerie définitivement parti le 31 octobre.J'espère reprendre le travail sur les navires d'ici trois mois.L'accord de la Marine sur les caboteurs dont nous serons chef de file avec attribution définitive ultérieure quand se posera la question des répartitions, est en bonne voie.Révoil est parti ce matin pour Londres. Nous aurons ainsi des détails sur nos affaires du dehors, toute correspondance commerciale étant jusqu'ici prohibée et les nouvelles reçues de Burness se résumant à des formules de politesse.Organisation commune d'importation est en bonne voie. Nous allons essayer d'être le leader du financement.Les perspectives d'importation sont toujours des plus réduites, mais il y aura probablement assez rapidement quelque chose à faire au Havre, le garage de Graville étant le seul bassin intact du port.Grédy a eu hier une conversation sympathique avec le baron de Benoist. Je vois celui-ci demain et Georges Edgar Bonnet lundi. J'espère pouvoir aboutir à un résultat positif, mais ce n'est pas facile, car l'atmosphère semble incertaine à l'égard de ceux qui ne sont pas restés en permanence où ils étaient. Ceci étant, les nouvelles rares de là-bas, peu précises, sont satisfaisantes.Bucquet est de retour d'Alger. Marche très satisfaisante de la succursale charbons. Il n'est pas question d'envoyer du monde d'ici pour les dépanner. La situation d'ordre général, que vous connaissiez, persistant, il n'est pas question, sous peine d'ennuis graves, d'avoir des relations directes avec Alger. Il faut gagner du temps.La succursale bancaire marche également très bien. Je vous adresserai d'ici quelques jours une note détaillée spéciale sur le voyage de Bucquet.Il nous reste 12 navires sur 24, en y comprenant le "Larose" en bon état et facilement renflouable.Situation Havraise plus médiocre. "Ville-d'Oran" et "Majunga" fatigués. "Bourbonnais" dépôt ship of return.SFTP - très bonne situation - "Bourgogne" - "Limousin" -"Touraine" - "Saintonges" - "Franche-Comté" - semblent être en état relativement satisfaisant d'entretien.Situation générale dure à remonter - Marine marchande écran entre nous et nos agents extérieurs.Suis d'accord avec Francis Fabre pour maintenant remonter nettement le courant.A. F. parti hier matin pour Londres. Ramènera-t-il quelque chose pour les caboteurs.Nous voudrions également pouvoir obtenir pour la France un certain nombre de navires pour reprendre les relations avec l'Afrique du Nord et l'Afrique occidentale.Le Havre et Rouen ont repris les manutentions et consignations dans des conditions intéressantes. Espoir de voir bientôt Caen rouvert au trafic civil. Rien à envisager à Bordeaux avant deux mois, comme à Bayonne, par carence en ce qui concerne le dégagement des accès de ces deux ports.Rien de particulier du côté de la charte-partie complètement maintenue à Alger, cependant attaquée ici sur certains points, notamment l'article 11 et les 10% lignes régulières. Marchegay ne semble pas trop pessimiste.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 04

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse à la note d'Hypolite Worms datée du 13 novembre 1944 et donc classée après cette date.Bien reçu votre note du 13. Vous n'aviez rien reçu car je vous préparais un envoi massif que vous trouverez ci-joint. Il répond à la plupart de vos questions.Str[eichenberger]. Rentré il y a quelques jours. Meynial vous transmet directement sa note succincte. Révoil nous rapportera vers le 25 le principal.Je prépare le travail pour l'expert en ce qui concerne Le Trait.Comité des Armateurs. Situation stationnaire. Les chefs de maison se réunissant tous les 15 jours. Nous discutons demain la démarche à faire auprès du ministre pour provoquer l'envoi à Londres d'une mission d'armateurs. Tous mes renseignements montrent qu'un tel déplacement devrait aboutir à des résultats.Syndicat central des importateurs. Vignet toujours président. Réélection en février. Vignet doit voir Blum Picard vendredi sur le plan professionnel.Chambre syndicale. René Fould a repris la présidence. Il vous transmet son bon souvenir. Il vient de partir pour l'Amérique à un congrès des chambres de commerce !Je n'ai pas encore de précisions sur la situation Loire Penhost. René Fould va reprendre Penhoet. Colomb reste grand chef de la Loire. Nous devons déjeuner ensemble la semaine prochaine.Sous direction Marseille. J'attends le retour de Révoil pour régler définitivement la question. Hésitation pour la formule Gada ; celui-ci est d'ailleurs en prison au Mans depuis trois mois. Sinon du côté Chargeurs et Marseillais, cela irait bien.Pratiquement pas d'Anglais à Paris. J'ai cependant rencontré chez des amis un ancien importateur de bananes envoyé en mission à la chambre de commerce et qui s'occupe entre autres des questions de Marine marchande. Nous devons déjeuner ensemble.Dunkerque n'est pas libérée. Melle Etcheverry a été évacuée et est actuellement à Paris.J'ai pris pour Anvers certaines mesures. Envoi en mission de Coré dès que nous aurons l'autorisation. Vaste démarchage pour faire connaître notre présence dans ce port à l'ensemble de notre clientèle. Je doute que nous puissions y faire toucher nos premiers bateaux disponibles, ceux-ci devant surtout aller en Méditerranée. Dois-je, à cet égard, accentuer mon effort sur la Méditerranée ou essayer, dès que possibilité de trafic, rétablir des lignes Bordeaux-Anvers.Je n'ai pas eu de nouvelles en ce qui concerne les officiers de marine subsistants, sauf celles de Vuillaume. Je vous donnerai des détails ultérieurement.Vous voudrez bien me donner votre opinion sur la note ci-jointe que je dois remettre au service du Blocus au ministère des Finances, en plein accord avec nos divers conseils juridiques, pour essayer de barrer un commissaire éventuel. Voulez-vous me la retourner rapidement avec vos observations.J'ai décidé d'acheter à Marseille l'immeuble Laurenzi, boulevard des Dames, pour y transférer après la guerre la succursale maritime (remploi de la vente d'Alger).Mes conversations avec Nain sur la reprise d'un paquet CCMT évoluent favorablement. La CPDE nous accompagnera peut-être. On attend la venue des Anglais.Moraux est venu me voir et vous envoie son meilleur souvenir.Moisant Laurent et Savey marchent à plein.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 05

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse aux questions posées à celui-ci par Hypolite Worms dans sa note du 18 novembre 1944, et donc classée après cette date. Rien de particulier à signaler sur le plan Chantiers. Bon état d'esprit. Travaux de reconstruction amorcés. Nous avons reçu ordre de continuer les trois petits cargos dont nous sommes chef de file. L'on va remettre à l'étude, dans les jours à venir, le plan de démarrage. Les deux CGA y sont d'ores et déjà inclus.Quant aux charbons, néant. Aux dernières nouvelles, les Américains nous ont demandé d'être chef de file pour des manutentions de charbons.Le Havre et Rouen en pleine prospérité. Dans le courant de décembre, ligne Alger-Sète avec "Le-Trait", "Margaux", "Normanville" plus "Espiguette". J'envoie en permanence chez Nicoulet la quasi-totalité de l'échelon DSM de Marseille ; Bouteloup est encore à Marseille pour quelque temps en vue de suivre le renflouement du "Château-Larose". L'administration est impossible, mais je compte triompher de son inertie.Nombreuses visites officielles cette semaine. Chez Anduze pour parler des équipages et chez le ministre pour une prise de contact générale. Excellente impression réciproque. Apaisement formel sur la nationalisation. Désir de voir prospérer l'armement libre. Acceptation sans enthousiasme du 10% lignes régulières et du 20% navires perdus. Désir de voir l'article 11 s'intégrer dans un plan général de reconstruction de la flotte. Accord pour que les armateurs aillent en délégation officielle à Londres en janvier voir leurs collègues. Je dois en être. Liaison toujours étroite avec Francis F. qui désire que nous poursuivions ensemble l'étude de la reconstruction sur le plan armement libre.Les armateurs vont faire des propositions pour la gérance des 50 Liberty. Nous allons examiner les conditions de leur gérance. Je compte être candidat pour toutes nos compagnies.Par le canal Potocki, amorce de reprise de conversations avec Cockerill, mais il faut qu'ils viennent à Paris.Reçu hier un télégramme de Möller faisant suite à un précédent non arrivé. Semblent entièrement d'accord sur le contrat proposé sous réserve de la clause d'annulation si le premier bateau n'est pas commencé le 31 mars 1946. J'attends le télégramme manquant pour en parler à Coureau, mais j'estime qu'il n'y a pas là une objection insurmontable, on pourra certainement jeter du lest.Bien noté vos idées pour Grédy. J'étais de mon côté arrivé à des conclusions à peu près analogues à la suite d'entretiens très cordiaux avec de Benoist. La pilule sera peut être amère pour l'intéressé, mais les compensations faciles à trouver et le nouveau travail intéressant. Je pense d'ailleurs, étant donné les résultats de Port-Saïd et les difficultés que nous aurons certainement à les rapatrier, que nous pourrions peut-être remployer une partie appréciable sur place en montant avec des Égyptiens et des Grecs de Londres certaines lignes de cabotage en Méditerranée orientale, avec affaires d'acconage en Palestine, Turquie, Grèce, Italie du sud. Qu'en dites-vous ?Vu ce matin Pierre L. D. à propos SFTP. Accueil réfrigérant, détendu ultérieurement sur un plan personnel.Bien noté les observations en ce qui concerne la note Blocus. L'opinion des avocats est fort intéressante, mais il faut tenir compte également de l'esprit de la boutique. Il faut user de tous les moyens pour éviter l'intrusion de l'homme d'Alger et cette tâche est pleine d'embûches.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 06

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse aux questions posées à celui-ci par Hypolite Worms dans sa note du 26 novembre 1944, et donc classée après cette date. SFTP - Meynial et moi avions estimé nécessaire de faire une démarche préliminaire auprès de Pierre L. D., d'accord avec Cayrol, mais à titre privé, c'est à dire pour sonder ses intentions avant d'en saisir officiellement nos commissaires du gouvernement. Il n'aime pas la Maison. Il ne m'a pas caché qu'il n'avait pas l'intention de recommencer à faire des affaires avec elle et, bien qu'appréciant la démarche, m'a prié d'attendre qu'il ait réfléchi à la question. Il a rejoint son unité militaire.J'ai cru bon de lui préciser le véritable aspect des choses regardant la Maison et ai eu le sentiment d'une détente appréciable en fin de conversation.Noté vos observations en ce qui concerne le déplacement à Londres. Je précise qu'il ne s'agit que de voir les armateurs britanniques. J'estime pour ma part qu'étant donné le crédit remarquable de la Maison au point de vue maritime en Angleterre, il n'y a qu'avantage à s'y manifester. Tout le monde connaît le rang de la Maison dans ce domaine et si on n'y tentait pas une reprise de contact, ce serait plaider coupable. Au surplus, ayant eu des conversations sur ce point avec certaines personnalités très importantes (notamment monde judiciaire), je pense qu'un tel déplacement serait un argument de poids en votre faveur. Tout l'Armement est très anxieux que je me joigne à eux. Voulez-vous y réfléchir à nouveau, car, bien entendu, je ne ferai rien sans être entièrement d'accord avec vous.Vu ces jours derniers Dhorne couvert d'éloges par le MOWT. Le représentant du MOWT du Havre et celui de l'Amérique, tous deux couvrant toute la Normandie, ne tarissent pas d'éloges sur la Maison qu'ils connaissent déjà sous toutes ses coutures. J'ai eu de plus hier une longue conversation avec M. Henderson, président de la chambre de commerce britannique, auquel m'a présenté un de mes amis anglais, à qui j'ai parlé de vous et rappelé vos services de la guerre. Le crédit de la Maison est de premier ordre à son égard et il m'a prié de ne pas hésiter à recourir à lui chaque fois que j'en aurais besoin. Ceci est donc fort encourageant et mérite probablement qu'on en tienne compte pour la décision susvisée.Nos succursales travaillent très bien au Havre et à Rouen. J'espère enfin, d'accord avec Canu, pouvoir faire nommer Abbat membre de la chambre de commerce de Rouen à la place de Fonquernie. Tout cela semble, à mon sens, très satisfaisant.Rien de particulier à signaler sur le plan général depuis ma dernière note.Ci-joint copie du télégramme Möller. Il est impossible de répondre à ce télégramme vieux de trois mois, les communications étant, à l'heure actuelle, complètement interrompues. Il n'y a donc aucun danger pour nous vis-à-vis de ce contrat. J'ai eu l'occasion de m'en entretenir complètement avec Coureau il y a 15 jours. Je compte le revoir la semaine qui vient pour faire plus complètement avec lui le tour de la question. Je préciserai bien entendu en lui remettant le dernier télégramme reçu que nous n'y répondrons, lorsque ce sera possible, que couverts par l'administration actuelle. Le sentiment de Coureau est que cela ne devrait pas faire de difficulté.L'affaire Grédy est en voie de règlement. Son retour définitif en Égypte est, d'après mes derniers renseignements, impossible, mais il ne devrait pas y avoir de difficulté à ce qu'il puisse s'y rendre le moment venu pour une durée limitée. J'envisage, comme vous l'aviez suggéré, de le fixer définitivement à Paris avec la double mission de suivre d'ici les affaires de Port-Saïd et d'assurer la grande mission de liaison avec les armements étrangers que nous avions pensé confier autrefois à Lebrun Desoie. Cette tâche lui sourit.Acfield resterait comme directeur de Worms en Égypte et nous lui enverrions un jeune adjoint français, peut-être Reumaux d'Alger.D'après une lettre de Burness, Port-Saïd a en compte à Londres 165.000 £ considérées comme capital indispensable à la marche de la succursale, le surplus des bénéfices étant bloqué en Égypte.Acfield a été nommé consul de Belgique et de Hollande et représentant du Comité néerlandais d'armateurs, toujours présidé par Hudig.Bien noté vos observations sur mon idée Méditerranée orientale. Nous avons d'ailleurs le temps d'y repenser.Blocus - Bien noté vos observations sur la rédaction de la note. Sa remise ne paraît plus urgente à la suite de la déposition de Viel chez le juge. C'est par le Molybdène que nous ferons sauter notre homme d'Alger qui, d'ailleurs, d'après les renseignements que m'a fournis Dhorne, est extrêmement discret. Le climat que j'ai créé au Blocus nous est entièrement favorable. Je n'ai pas l'intention de bouger pour le moment mais, le cas échéant, modifierai mon papier comme vous le suggérez. 

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 07

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse à la note d'Hypolite Worms du 14 décembre 1944 et donc classée après cette date. Bien reçu votre note du 14 en réponse à la mienne du 12.Alger - Meynial s'occupe du commissaire et vous écrit lui-même à cet égard.Le Trait - L'idée de lier la reconstruction des chantiers à un programme formel Marine marchande fait son chemin, en particulier à la suite de conversations que j'ai eues avec Coureau. Celui-ci vient de saisir les chantiers de la question, sans obliger l'ensemble de ceux-ci à prendre globalement position. En un mot, chacun pourra prendre la décision qui lui semblera souhaitable.Ceci vient à la suite d'une conférence interministérielle tenue lundi dernier où étaient convoqués les armateurs, et les chantiers, mais ceux-ci n'étaient représentés que par le Comité d'organisation, alors qu'à mon sens, c'était les chantiers eux-mêmes, c'est-à-dire la chambre syndicale, qui auraient dû participer à cette discussion, étant donné la nature financière et commerciale des problèmes traités.Nous avons mercredi matin une réunion où on doit aborder la question et j'ai l'intention de préciser celle touchant, à mon sens, la délimitation devant exister entre les attributions du Comité et celles de la chambre syndicale. Il y a, ceci étant, tout intérêt à marcher dons cette voie. Abbat est entièrement d'accord, étant remarqué que nous pourrions nous engager à long terme pour environ 60% de notre capacité totale, les 40% restant étant affectés à la construction de petits navires militaires dont les caractéristiques se marieraient étroitement avec celles des navires marchands. Il y a incontestablement là une grave décision à prendre et nous sommes ici tous d'accord contre Nitot dans une certaine mesure, car il y a intérêt à obtenir sur le plan de la Marine marchande des commandes substantielles et formelles. Bien entendu, la Marine militaire, et ceci est indispensable, devra être partie à l'accord.Le voyage d'Abbat en Amérique n'est pas encore fixé. Quant à sa date, je ne pense pas qu'il doive précéder son voyage en Angleterre pour lequel la demande d'autorisation est lancée.Gratifications - Je verrai à Londres les résultats définitifs de Port-Saïd pendant les quatre dernières années et y rencontrerai peut-être Acfield qui doit venir en Angleterre à ce moment-là. Je ne réglerai, bien entendu son cas qu'après accord avec vous.Havraise - Bien noté vos observations. Je présiderai l'assemblée.Grédy - Service consignations - Grédy a bien pris son service en mains. Je n'abandonne pas l'idée de l'envoyer en Angleterre, mais je voudrais ne pas trop tarabuster A. F. pour le moment, étant donné que nous allons en janvier être deux à avoir des ordres de mission de sa part.J'ai, bien entendu, noté parmi les principaux à voir à Londres nos amis grecs ?J'en viens à la question la plus importante, Chargeurs, Messageries, Havraise, Port-Saïd. Il n'a jamais été dans mon esprit de lier les affaires de la Maison et celles de la Havraise. Bucquet seul parle au nom de cette société et notamment, pour la question relative au "Château-Pavie", je n'en ai jamais parlé ni à Francis Fabre, ni à Saboulin, laissant Bucquet, le jour où nous aurons tous les éléments en mains, discuter la question.Ceci étant, je crois que vous ne voyez pas exactement la manière dont se présente l'affaire de Bordeaux. Ce n'est pas une question Messageries, mais une demande personnelle de Francis Fabre liée à votre demande du début de l'année de nous donner son agence à Rouen. Il n'a pas souvenir que vous lui ayez parlé de l'agence Messageries. Je ne pouvais donc pas subordonner la question de Bordeaux contre Port-Saïd, puisque les Messageries étaient entièrement en dehors du circuit. J'ai néanmoins, mais ultérieurement, raccroché une compensation sur Rouen où, en fait, l'agence des Messageries équivaut sensiblement celle de Bordeaux qui était en réalité un verre aux trois quarts vide, son trafic principal étant représenté par la ligne Marseille -ports du Nord et cette succursale n'ayant en 1939 reçu que deux bateaux des Messageries. J'ai la promesse formelle de Saboulin d'avoir Rouen à une époque où les affaires ayant sensiblement repris, les modifications d'agences n'apparaîtront pas au ministère comme des questions capitales.Ceci étant, comme je vous en ai rendu compte, Glénat lui-même a amorcé avec moi la question de Port-Saïd, avec même une allusion à Alger. J'ai mis sur la question Grédy qui est un ami d'Egypte de Glénat et qui doit déjeuner demain avec lui et Dhorne. Il faut aller là dedans à pas feutrés. Je crois que notre méthode est la bonne et il n'est, bien entendu, pas question de lier les affaires de Port-Saïd avec celles de la Havraise qui sont une question totalement différente. Nous avons d'ailleurs l'intention avec Bucquet de pousser plus avant cette question dans la semaine à venir."Ville-de-Majunga" doit à son prochain voyage être remis sur Madagascar."Condé" devait aborder ces jours-ci."Château-Larose" toujours en panne par suite de divergences entre les T. M. et la construction navale au sujet du contrat de renflouement en régie ou "no cure no pay".SFTP. On a trouvé un moteur Sulzer libre qui doit être mis sur le "Dauphiné". Duret vient d'aller à Marseille pour étudier la question.Le prochain conseil est repoussé jusqu'au début du mois prochain, mais on ne pourra pas le reculer indéfiniment. Il faudra, à ce moment-là, prendre une décision pour le représentant de la Maison.Nous avons reçu un nouveau télégramme de Möller du 8 décembre, de Stockholm, donnant son accord sur toutes nos contre-propositions, sauf un amendement à la clause de résiliation suggérant ou l'annulation de cette clause, ou le maintien de la date du 31 mars mais avec une cale pour bateau moyen, ou la date du 30 juin avec une grande cale, plus les réserves habituelles pour risques de guerre, force majeure, approvisionnement de matériaux, etc.J'ai déjà eu de longues conversations avec Coureau à cet égard. A. F. semble d'accord sur la formule grande cale, mais voudrait, et je partage son sentiment, une date d'annulation limite au cas où les chantiers totalement détruits par la guerre ne pourraient pas construire avant des mois ou des années. Ce sont en effet les premières années qui seront intéressantes et comme vous-même l'aviez dit à l'époque, nous ne pouvons pas prendre un risque illimité dans le temps qui couvrirait la période la plus intéressante de la reconstruction de la marine marchande. J'attends sa réponse qui doit me couvrir gouvernementalement parlant.Le ministre vient de créer par un texte rédigé il y a un certain temps à Alger une commission consultative réunissant des fonctionnaires, des armateurs et du personnel. La liste habituelle des armateurs avait été présentée couvrant les différentes catégories de navigation et j'avais été mis en queue éventuellement pour le cabotage. Je viens d'apprendre que la Résistance ne veut ni de Vieljeux, ni de Capelle, ni de Desprez, mais me réclame à corps et à cris.Ci-inclus un résumé fait par Grédy d'une conférence à laquelle nous avons assisté. M. Black et son collègue, Ropner, déjeunent avec nous dans 8 jours - deux notes que Révoil m'a remises avant son départ et une lettre de Mc Ewen que je vous transmets en original en vous demandant de bien vouloir me la retourner.Nous avons également reçu de Cardiff le procès-verbal d'une réunion de la Fédération des exportateurs tenue en octobre, sans intérêt autre que la mention d'une demande que les exportations de charbons allemands soient réservées aux exportateurs britanniques. Ceci corrobore nos déductions du début de l'année.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 08

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse à la note d'Hypolite Worms du 17 décembre 1944 et donc classée après cette date.Bien reçu votre note du 17. Je partirai donc à Londres avec votre plein accord. Les papiers sont d'ailleurs en ordre. Marchegay bien entendu est du voyage et nous devons déjeuner notariiment avec la British Chamber of Shipping.Avez-vous des suggestions à me faire sur les points à traiter autres que emploi des Liberty ships, constructions à l'étranger, utilisation par les alliés de la flotte suédoise.Le départ d'Hauzeur pour Anvers qui aura lieu dans les premiers jours de janvier ne concerne pas la direction de la succursale, Potocki la surveillant assez régulièrement et notre fondé de pouvoirs n'en étant jamais parti. Nous avons 1% dans le trafic du port et avons déjà reçu un navire en consignation.J'ai omis de vous signaler que nous avions reçu l'ordre de terminer "L'Africaine". Nous avons pris l'engagement de la finir avant la fin de l'année, ce qui paraît largement compatible avec les moyens au chantier puisqu'il s'agit essentiellement de changer des appareils abîmés lors du départ des Allemands et de procéder à des travaux de finition.

1944.00.De (Robert Labbé).A (Hypolite Worms).Fresnes.Note (non datée) 09

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse à la note d'Hypolite Worms du 21 décembre 1944 et donc classée après cette date. Le Trait - Bien noté votre accord à ma politique. Les événements vont se précipiter. Ayant vu à plusieurs reprises, depuis 15 jours, Courau à propos du contrat Möller, je me suis longuement entretenu avec lui de ce qu'il envisage. Il nous demande en effet de nous engager à obtenir à terme prix de revient et délais comparables à ceux de la concurrence internationale. Ceci n'est réalisable que si le salaire moyen de notre main d'œuvre, nos facultés de reconstruction, notre équipement, les délais de livraison de nos fournisseurs et sous-traitants, toutes choses qui ne dépendent pas de nous, sont comparables à ce qui prévaut dans les autres pays.De plus, on ne saurait comparer, quelles que soient les modalités de notre reconstruction, nos charges financières à celles des chantiers étrangers. Ceux-ci ont continué à travailler normalement depuis 1939, ont entretenu leur matériel, voire même l'ont développé, et ont pu faire des réserves ou des provisions.Courau a reconnu l'exactitude de mon point de vue.Il ne saurait d'autre part être question de signer un accord avec la Marine marchande seule. Je ne veux pas abandonner la Marine militaire, d'autant plus que de tous les chantiers français, nous sommes probablement, étant donné le nombre de nos cales, le chantier qui peut le plus facilement faire à la fois les deux sortes de constructions.J'ai ajouté que la nature des unités que nous construirions pour la Marine militaire ne nécessiterait pas d'aménagement spécial du chantier et qu'il n'y avait donc qu'avantage à nous permettre de marier les deux sortes de constructions, celles de la Marine marchande étant surtout à base de travaux de coque et celles de la Marine militaire étant surtout à base d'appareillage électrique ou de monteurs bord.Tout en étant entièrement acquis à l'idée d'un engagement des chantiers à l'égard de la Marine marchande, ce qui équivaudrait d'ailleurs à la passation de commandes fermes de notre fraction du programme quinquennal, je mets comme condition de principe un accord tripartite Worms, Marine marchande, Marine militaire.N'ayant pas assisté à la réunion du COCN de mercredi matin où était présentée par Bourgès la position actuelle de la Marine, notamment celle de Courau, je me suis borné à faire faire par Nitot une déclaration de principe sur notre position. Mais, le lendemain, ayant été appelé par Lamouche au téléphone, j'ai eu avec lui une longue conversation qui a fait ressortir l'exactitude de nos vues. Je ne vois, pour ma part, que des avantages à poursuivre sur le plan général une politique analogue à celle de la Méditerranée, d'autant plus que de Tarde, rencontré pas moi quelques jours auparavant, m'avait confirmé notre identité de conception.Nous avons en conclusion considéré avec Lamouche que :1°- il était nécessaire de sortir rapidement un projet pour le gouvernement,2°- que la discussion à l'écart de la chambre syndicale risquait de faire apparaître des compromis nègre blanc,3°- que, dans ces conditions, nous allions poursuivre ensemble, comme cela avait été prévu, la mise au point d'un projet propre que nous soumettrons à la chambre syndicale.A ce moment-là, ou nous réaliserons l'accord des chantiers ou nous ne le réaliserons pas et, dans cette dernière hypothèse, nous envisagerons de voler de nos propres ailes.Abbat est entièrement d'accord avec moi sur ces conceptions. Nitot au début était plus réticent, parce que spéculant volontiers sur d'importantes commandes de la Marine militaire. Je ne crois pas que cette conception soit satisfaisante, car, comme Lamouche, j'estime qu'il se passera plusieurs années avant que l'on puisse tirer l'expérience de la guerre en ce qui concerne les unités militaires.Bien entendu, pour "L'Africaine", il y avait une erreur matérielle, il faut lire fin 45.Abbat vient de passer 8 jours à la Gironde où ses contacts ont été excellents avec des techniciens de grande classe. Leurs vues dans tous les domaines et les nôtres concordent exactement. Ceci me donne donc un sûr apaisement quant à la consistance de nos projets de reconstruction.Möller - J'ai l'accord de principe d'A. F. sur une réponse favorable, toutes nos demandes ayant été acceptées par Möller (1/3 de la capacité, option de ramener le contrat à 7 ans prix en régie). Il ne restait à régler que la date de résiliation A. F. est d'accord sur le 30 juin 1946 pour l'une des 3 grandes cales, sur mon observation que la petite cale ne nous intéressait pas alors que nous devions contractuellement nous voir attribuer le premier navire.Nous avons ajouté une deuxième date de résiliation pour éviter, en cas de destruction complète du chantier par faits de guerre, d'être tenus indéfiniment au cours d'une période où étant donné la construction rapide des autres pays, un contrat de sept ans deviendrait un handicap. Nous prévoyons donc une clause de résiliation sans réserve si la première quille sur une des grandes cales n'est pas posée dans un délai de six mois après la conclusion de l'armistice dans l'ouest de l'Europe.Ceci me paraît correspondre entièrement à vos conceptions.J'ajoute que j'ai précisé à A. F. que je n'expédierai le télégramme qu'ayant en mains la lettre de l'administration calquée sur celle du mois de juillet et nous couvrant ainsi entièrement. J'accepte d'avoir d'abord une lettre de sa part qui serait échangée sous quelques jours contre une lettre du ministre lui-même.Port-Saïd - Bien noté vos opinions sur Acfield. Ceci était dans mes projets, à moins que Grédy ne puisse se rendre à Londres, mais je préfère ne pas exagérer pour le mornent du côté d'A. F. qui se montre généreux pour nous en ordres de mission. Je vous répondrai ultérieurement sur la question Savon.Chargeurs Réunis - Messageries Maritimes. Les négociations sont en plein développement. Du côté Chargeurs à Rouen, nous aurions des bateaux US Line qui doivent régulièrement venir au début de l'année prochaine pour les besoins civils, les Chargeurs ayant l'agence générale pour la France de cette compagnie. Sur le plan manutentions, l'agence semble donc nettement à notre avantage.Ayant envoyé, il y a quelques jours, Grédy prendre contact avec Glénat, lui-même lui a confirmé les points suivants : - transfert entendu pour Rouen sous réserve de choisir le moment le plus opportun - succession assurée à Alger de Coudray qui va probablement passer la main très rapidement. C'est là une question de mise au point. Dhorne va enquêter dès son retour à Alger au début du mois sur la date de fermeture de Coudray - succession assurée pour Port-Saïd. Glénat estime que son agence dans ce port et Suez lui coûtent horriblement cher. Grédy rédige une note sur ce trafic que je vous transmettrai. Il est précisé que ces négociations ne doivent en aucune manière être liées aux affaires de la Havraise. Glénat a simplement précisé que leur heureux déroulement réaliserait un certain climat entre les deux maisons. Il est difficile que nous l'évitions.Fenez - Je parlerai de la question avec Nelson et vous tiendrai au courant.Armement - Les réunions de la Commission consultative se sont déroulées dans une excellente atmosphère sous la présidence d'un de mes amis de l'Inspection qui préside très bien. A. F. a été excellent, connaissant parfaitement toutes les questions traitées et ayant été dans l'ensemble très ferme. La liste proposée comportait comme titulaires, en dehors de Marchegay, Francis Fabre, Cartel, Cappella, Vieljeux et Desprez, et comme suppléants Moindron et moi-même au titre du cabotage. Vous connaissez les noms qui ont été barrés. L'on m'a précisé qu'on avait particulièrement tenu à faire monter le mien au rang de titulaire.Pour le voyage à Londres, il y a Marchegay, Francis Fabre, Vieljeux, Martel, Perrachon, CapeIle, Moindron et moi. Nous sommes invités à déjeuner par la Chamber of Shipping. Nous parlerons trafic en général pour l'après-guerre. Il existe un accord international courant jusqu'à six mois après la fin de la guerre avec le Japon interdisant des modifications de lignes. - Présence de la France au Comité du pool - Gérance des Liberty et règlement de leur sort ultérieur - Constructions à l'étranger - Position d'ensemble à prendre vis-à-vis des intérêts maritimes ou des constructions navales allemands et italiens.Je n'ai pas eu de renseignements particuliers sur le départ de Cangardel. Cela se place, me semble-t-il, sur un terrain supérieur. Je demanderai des renseignements complémentaires que je vous transmettrai. Il n'y a encore rien de prévu aux Messageries contractuelles.Gardanez est venu me voir l'autre jour me rappeler que vous lui aviez promis de rentrer à la Havraise comme administrateur. J'ai fait l'imbécile. J'ai appris entre temps par A. F. qu'il était venu le voir, lui avait parlé d'une rentrée éventuelle à la Havraise, et lui avait demandé son sentiment sur les affaires de notre Maison et leur avenir.Services maritimes - Suite à mes indications sur Anvers, j'ai conclu un accord de principe avec Auberger pour effectuer au départ d'Anvers une liaison étroite entre toutes les compagnies rhénanes dépendant de son groupe, le cas échéant, pour le trafic allant jusqu'à Bâle. Il conserverait son bureau d'Anvers pour s'occuper de toutes les questions d'ordre fluvial pour lesquelles nous ne sommes pas compétents. Nous nous occuperions de toute la partie commerciale du trafic, conservant en outre nos propres affaires, consignations, transit, réexpéditions, etc.Je crois que cela peut être intéressant car Anvers suppléera vraisemblablement pendant un certain temps Dunkerque inutilisable. J'examine quelle est la possibilité d'étendre peut-être cet accord à Marseille. Émo doit aller en janvier passer 15 jours chez Révoil pour étudier avec lui la réorganisation intérieure complète de la succursale. Il examinera ce problème en même temps.Conformément à votre désir, nous avons été larges lors du calcul des gratifications de fin d'année. Nous avons en particulier pour Dhorne et Guérin et leurs principaux collaborateurs eu un geste spécial très important qui les a touchés particulièrement. Dhorne notamment m'a prié de vous en exprimer sa gratitude profonde.Bien noté vos instructions en ce qui nous concerne Meynial et moi.J'ai l'intention de procéder en fin d'année sur 1943 à une distribution tenant compte des résultats que nous avions arrêtés il y a six mois avec M. Barnaud et se rapprochant à peu de chose près de ce qui avait été fait les deux années précédentes. Je pense que vous serez d'accord avec moi. Ceci n'anticipe naturellement pas sur les résultats de 1944 qui ne seront guère brillants étant donné les circonstances.Dès que j'aurai votre accord, je vous enverrai le document personnel que vous m'avez demandé.L'assemblée de la Havraise s'est tenue sous ma présidence, il y a 8 jours, de la manière la plus satisfaisante, aucun actionnaire n'ayant demandé la parole.Pour votre amusement personnel, je vous signale un petit incident qui s'est déroulé pendant la séance de vendredi de la Commission consultative de la Marine marchande. Comme on parlait des soldes des officiers des paquebots Méditerranée, Marchegay a fait remarquer qu'il n'y avait pas de représentants des compagnies intéressées. Il a cité parmi celles-ci la Compagnie Fabre. Le président est alors intervenu et s'adressent à Francis Fabre lui a dit : "Mais c'est bien vous la compagnie Fabre". Francis est monté immédiatement sur ses grands chevaux et a déclaré, parmi les sourires amusés de l'auditoire, qu'il ignorait absolument cette compagnie avec laquelle il n'avait aucun rapport autre que la similitude du nom.Votre ami l'amiral A. a fait indirectement demander de vos nouvelles. Il pense beaucoup à vous.

1944.00.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original 01 (non daté)

CopieNB : Notes non datées, classées au 21 octobre 1944, dans la mesure où Hypolite Worms y complète les observations qu'il a apportées à cette date à la note de Robert Labbé et y développe ses préoccupations du moment. Pour R. Labbé - R. MeynialJe suis en principe d'accord avec la suggestion que j'ai trouvée dans la note de Robert au sujet du rachat éventuel de part de commandite de Raymond L. par ses 2 frères, mais ce n'est certainement pas maintenant qu'il faut le faire. J'estime qu'il faudra attendre la fin de la guerre. En effet nous ne pourrons mener à bien l'opération qu'après nous être mis d'accord avec les solicitors ou tuteurs des enfants de Raymond L., et autant que possible à l'amiable, ce qui me paraît difficile à l'heure actuelle. Faire jouer purement et simplement les clauses de nos statuts maintenant serait une erreur car étant donné la situation de notre pays, les représentants des héritiers (qui sont étrangers) pourraient, s'ils voulaient contester l'opération, nous accuser de l'avoir faite en période suspecte.Il n'y a du reste pas d'urgence. La seule chose à vérifier c'est de voir si la procuration que Raymond L. avait donnée à son frère Michel reste valable du fait de son décès.HavraiseL'attribution du bateau danois en gérance sur Madagascar aux Chargeurs est en effet une chose curieuse. Je pense qu'A. F. a peur de son ombre, c'est pourquoi il n'a pas osé la donner à la Havraise, mais, en même temps, il n'a pas voulu la donner aux M.M. ; aussi il a trouvé cette solution bâtarde.----------Avez-vous eu des nouvelles directes de nos succursales anglaises, de Burness ou de Samuel ? Ne serait-ce que par cartes postales ouvertes ? Je sais que ma femme en a eu une de Thompson disant qu'il allait bien.Et d'Amérique ! Savez-vous si Georges D. va venir bientôt ?----------Combien la mission de Révoil va-t-elle durer de temps ? Vous lui ferez faire un rapport pour m'en envoyer copie.----------Il sera bon que Raymond, dans quelques jours, aille voir [Jahan]. Les amitiés qu'on fait en prison sont solides et je suis sûr que nos liens avec la banque de P. [...] seront très intimes dans l'avenir. Ce n'est pas seulement Jahan qui a été mis en liberté provisoire mais les trois autres aussi.----------Notre client, Gosselin (de [Frozet Gosselin] ?) est ici.----------On ne m'a jamais dit quelles modifications avaient été apportées à notre acte de société avec le pouvoir que j'avais signé au commissariat de police en faveur de Robert, modifications rendues nécessaires par le fait de votre entrée à tous deux comme associés. Voulez-vous avoir l'obligeance de m'envoyer une note me donnant quelques précisions, en particulier sur les transferts de parts de capital ou de pourcentages de gérance, et sur les autres articles importants qui ont pu être modifiés.Je crois qu'il serait désirable que vous fassiez une petite note très courte mais très nette et très précise pour indiquer les raisons de mon arrestation et de mon inculpation, l'inanité des reproches faits à la Maison : commerce avec l'ennemi, construction du sous-marin, relations avec la Commerzbank ; cette note conclurait en prouvant que la Maison W est de toutes les affaires françaises - comme banquiers aussi bien que comme industriels - celle qui a le moins travaillé avec les Allemands et ce qu'elle a fait l'a été sur les ordres du gouvernement. Développer en particulier en détail l'histoire des sous-marins qui est le point principal d'inculpation et celui qui a été le plus radiodiffusé et publié dans les journaux. Copie de cette note pourrait être remise à ceux de nos amis qui viennent de l'étranger ou qui y vont aussi bien, à Georges Doriot ou Dick de la [Roquère], qui s'en serviront à toutes fins utiles en Angleterre ou en Amérique qu'à Bucquet pour Alger ou qu'à Grédy s'il peut aller à Londres d'abord, en Égypte ensuite. Elle serait remise aussi à nos directeurs de province pour leur donner des éléments leur permettant de défendre la Maison vis-à-vis soit des Français, soit des étrangers qu'ils peuvent rencontrer, ceci afin de retourner l'opinion et de rendre à la Maison sa virginité dans les pays anglo-saxons. Or je précise que c'est l'affaire des sous-marins qui est à la base de toute l'animosité des Anglais à notre égard. Il est du reste assez vraisemblable que les Anglais doivent se figurer que ce n'est pas un mais 10 sous-marins que nous avons construits pour les Allemands. Il faudrait, après l'avoir établie, soumettre cette note à Me Lénard.

1944.00.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original 02 (non daté)

OriginalNB : Note simplement datée "vendredi" et classée au 3 novembre 1944 dans la mesure où les propos d'Hypolite Worms à l'égard de M. Goudchaux suivent ceux qu'il a exposés dans sa note du mardi 31 octobre 1944.VendrediM. G.Réflexion faite, il me semble que le mieux serait que Robert lui dise verbalement que le règlement de son compte se fera à mon retour au bureau, conformément à la promesse que je lui ai faite.Nain ( ?) - CCMTJe n'ai jamais répondu à votre note au sujet de la démarche faite auprès de vous par Nain, qui voudrait que la majorité de la CCMT passe en des mains françaises. Bien que je ne pense pas qu'il y ait intérêt à ce que nous prenions, nous-mêmes, le contrôle de son affaire (c'est du reste un gros morceau), il faut le mettre en confiance et lui faire comprendre que nous désirons suivre la chose avec lui. Du reste cette affaire ne pourra être utilement discutée que lorsque les Anglais viendront à Paris.A ce propos, savez-vous si beaucoup d'hommes d'affaires anglais viennent à Paris, et connaissez-vous, dans votre entourage, des Français qui pensent aller à Londres, plus particulièrement nos confrères, importateurs de charbons ou armateurs ?CorrespondanceAvez-vous depuis mon arrestation reçu des lettres personnellement adressées à moi au bureau ? Ma femme me signale que pas une seule lettre n'est venue pour moi à mon domicile depuis 2 mois.Seule une carte de Thompson est arrivée, et dessus, au crayon, la mention « destinataire arrêté », ce qui me fait croire que rien n'est autorisé à me parvenir. J'ai signalé la chose à [Guernet], le secrétaire de Lénard, qui doit faire une enquête à la poste, mais je voudrais savoir ce qui se passe pour le bureau.------------J'attends avec impatience le rapport de Bucquet et, plus tard, ceux de Révoil et de Streichenberger.------------Avez-vous des nouvelles de Coquelin que j'avais vu à Drancy il y a maintenant 6 semaines et dont je n'ai pas entendu parler ici, ce qui me fait penser qu'il n'a pas été inculpé.------------Duchemin a été libéré hier matin et comme Frossard et le 3ème larron sont déjà partis depuis quelques jours, tous les inculpés de l'affaire "Francolor" sont maintenant en liberté provisoire. Peyrecave m'a dit qu'il pensait que sa liberté provisoire, à lui, interviendrait la semaine prochaine.

1944.00.De Hypolite Worms.Fresnes.A Raymond Meynial et Robert Labbé.Original 03 (non daté)

OriginalNB : Note non datée, classée au 13 novembre 1944 dans la mesure où la demande formulée par Hypolite Worms est similaire à celle exprimée dans sa note du même jour.J'aimerais que Vignet et Émo me préparent, chacun de son côté, un petit rapport sur l'activité de leurs départements depuis mon arrestation, tant en ce qui concerne le courant que sur leur préparation de l'avenir.Les notes de Robert m'ont déjà indiqué les faits principaux mais il me serait agréable de connaître le détail des opérations ne serait-ce que pour me tenir au courant et m'éviter un trop gros travail à mon retour.

1944.00.De Hypolite Worms.Note (non datée)

CopieNB : Note non datée, classée après le 26 septembre 1944, date la plus récente mentionnée dans le texte. J'ai été arrêté pour la première fois le jeudi 7 septembre à 9 h. du matin par deux inspecteurs de la police judiciaire, qui avaient pour mission de m'amener au commissariat de police le plus rapproché de mon domicile. Ces inspecteurs ne connaissaient pas le commissariat, c'est moi qui leur ai indiqué la rue Amélie. Arrivés là, les deux inspecteurs ont demandé une pièce où ils m'ont interrogé sur mon identité qu'ils ont notée et m'ont demandé, après avoir tiré des papiers de leur poche, si je connaissais un certain nombre de personnes dont ils m'ont lu la liste. D'abord, quelques-unes (comme René Dommange, député du 7ème, Verge, etc.) que je ne connaissais pas, puis, Le Roy Ladurie, Barnaud, Lehideux, Bichelonne. Ils m'ont également, à deux reprises, demandé qui je connaissais au ministère de la Production industrielle ; j'ai répondu par la négative. Cette formalité a duré dix minutes. Après quoi, me laissant dans la pièce, ils sont partis téléphoner et, revenus quelques minutes après, ils m'ont fait descendre dans le poste de police où le gardien-chef a commencé à vider mes poches, pris mes papiers, montre, bretelles, lacets de souliers, etc., mais, immédiatement après, sur un ordre venu d'en haut, m'ont tout rendu.Une heure plus tard, on m'a fait remonter et j'ai été interrogé de nouveau ; cette fois par le secrétaire du commissaire de police : identité, ma situation, ce que je gagnais, pourquoi j'avais été arrêté (!) et m'a demandé si j'appartenais à un parti politique. Ramené ensuite au poste, on a recommencé la fouille, enlevé mes bretelles, lacets, etc. Mais, de nouveau, sur une intervention du commissaire provoquée par ma femme, qui était venue dans l'intervalle, tout me fut rendu et je restais au poste. A noter que d'autres arrestations opérées ce jour-là et les jours suivants je n'ai pas remarqué qu'elles étaient l'objet de fouille, sauf dans le cas d'un détenu de droit commun, accusé d'avoir essayé d'étrangler sa petite amie et qui a été mis au cachot.Je suis resté ainsi sur un banc jusqu'au lendemain, vendredi 8 (juillet), à 16 heures. A ce moment, le commissaire de police, que je n'avais pas encore vu, me fit appeler pour me dire que j'étais libre, qu'il venait de recevoir des instructions de me libérer immédiatement. Je suis donc rentré chez moi, accompagné de Robert Labbé, qui venait justement me voir au commissariat.Le même jour, à 22 heures, au moment où j'allais me coucher, deux autres inspecteurs de la police judiciaire sont arrivés chez moi pour m'arrêter de nouveau ; d'autres ordres supérieurs, dirent-ils, ayant été donnés depuis ma libération, quatre heures plus tôt. Malgré mes protestations et celles de ma femme, ils m'amenèrent de nouveau, cette fois-ci à pied, rue Amélie, au moment où le panier à salade venait prendre une partie des personnes arrêtées au dépôt. Après quelques minutes, les inspecteurs revinrent me dire que j'étais maintenu en état d'arrestation et je m'installais dans le poste avec quelques personnes dont certaines disaient ouvertement avoir été agents de la Gestapo.Je suis resté au poste de la rue Amélie jusqu'au mardi 12 septembre, couchant la nuit sur une table en bois qui, en temps normal, doit servir de réfectoire. Rien de spécial à signaler, si ce n'est que dans la nuit du 9 au 10 (ou du 10 au 11, je n'en ai pas le souvenir précis), vers les minuit ou 2 heures du matin, un agent fit à très haute voix, en criant même très fort, une tirade contre les banquiers (car il avait certainement la fiche de mon interrogatoire par le secrétaire du commissaire, entre les mains) qui gagnaient des millions pendant que le peuple crevait de faim ; il me nomma à plusieurs reprises, suggéra qu'on me fasse passer tout de suite devant eux pour être interrogés, qu'il fallait me fusiller tout de suite, ou mieux, me pendre par le menton, etc. Cela dura au moins un quart d'heure. Toutes les personnes présentes dans le poste, qui avaient été arrêtées au cours des trois derniers jours, l'entendirent naturellement et le commentèrent le lendemain avec moi. J'ai bien crû, cette nuit-là, ma dernière heure arrivée. Sur le moment, pendant cette scène, j'ai pensé qu'on allait me pendre, me faire subir toutes sortes de sévices, pour raconter ensuite que j'avais essayé de m'évader. J'ai vraiment vécu une nuit d'épouvante. A part cet incident dû à un énergumène peut-être pris de boisson, je dois reconnaître que plusieurs des agents et brigadiers ont été parfaitement humains, permettant que ma femme m'apporte mes repas deux fois par jour et que beaucoup de gens viennent me voir pendant les cinq jours que j'ai passés au commissariat. Tous les jours on nous annonçait que nous partions le soir pour le dépôt, mais rien ne vint.Le mardi 12 septembre, à 11 h. 30, deux inspecteurs de la police judiciaire vinrent me chercher pour m'amener à Drancy (il y avait déjà dans la voiture une femme qu'on amenait également). Arrivé à Drancy, après avoir passé par le bureau de la direction, on me fit rentrer dans le bureau du chef de camp, où je restais une demi-heure. A ce moment-là, le chef de camp vint dire aux inspecteurs que contrordre était donné en ce qui me concerne et qu'on devait m'amener à Fresnes. Nous repartons, les deux inspecteurs et moi, et, comme la voiture s'arrêtait à la police judiciaire, sur une question posée par moi, les inspecteurs dirent qu'ils venaient prendre des ordres. On me fit descendre de voiture et on me mit dans un petit bureau où plusieurs inspecteurs lisaient le journal ou parlaient entre eux. Va et vient continuel qui dura de 1 h. à 5 h. de l'après-midi, lorsque deux nouveaux inspecteurs, sur un ordre reçu, me demandèrent de les suivre et me dirent qu'ils avaient ordre de me ramener à Drancy.Après avoir passé dans les bureaux de la direction, on me mit dans une chambrée de dix personnes, dans l'aile où se trouvaient toute une série de personnalités marquantes : Taittinger, Romanozzi, Coquelin, Ripert, des Finances, Hericault, Jean Berthelot, Sacha Guitry, général Herbillon, Paul Chack, etc.Séjour de deux jours à Drancy.Le jeudi 14 septembre, à 17 h., le haut-parleur m'appelait en bas avec tous mes bagages. Je trouvais trois inspecteurs de la police judiciaire, dont le chef était le même qui m'avait pris rue Amélie pour m'amener à Drancy deux jours plus tôt, et me dirent avoir l'ordre de m'amener à Fresnes. Arrivé là à 19 h., après les formalités d'écrou et de fouille, on me mit dans une cellule provisoire pour la nuit. Puis, je fus transféré, le lendemain matin dans une autre cellule où se trouvaient déjà deux détenus : un vendeur des Trois-Quartiers, membre du PPF et un mécanicien, membre du RNP. J'étais, bien que prévenu seulement, comme les autres au secret.Du jeudi 14 au mardi 19, séjour sans histoire. J'apprends simplement que Le Roy Ladurie est arrivé le vendredi 15 dans une cellule voisine.Le mardi 19, nous sommes, Gabriel et moi, appelés en bas, où trois inspecteurs des délégations judiciaires nous amènent en voiture, menottes aux mains, à la préfecture de police, où un commissaire, Monsieur Peres [ou Pérès] m'interroge pendant quelques minutes et me dit que j'allais être inculpé par le juge d'instruction Thirion de commerce avec l'ennemi - article 75 - et qu'il m'avait fait venir avec Le Roy Ladurie, suivant commission rogatoire, pour perquisitionner au bureau, à mon domicile et chez Gabriel. Matinée passée au bureau : perquisition ; à mon domicile, passage rapide et perquisition faite d'une façon, du reste, parfaitement correcte. Retour à la préfecture où j'attends Gabriel et le soir retour à Fresnes.Samedi 23Je suis extrait ainsi que Gabriel, et amené quai des Orfèvres pour interrogatoire d'identité et inculpation définitive - article 75 - et mise, par le juge d'instruction lui-même, sous mandat de dépôt, régularisant ainsi une situation anormale, puisque, en fait, j'étais arrêté depuis quinze jours par une autorité autre que celle du juge d'instruction, qui avait reçu ordre de m'inculper.Dans une note suivante, je décrirai ce qu'est le "martyre de l'extraction", lorsqu'on vous prend à Fresnes à 7 h. du matin pour vous interroger au Palais et vous ramener le soir à Fresnes.Mardi 26Je suis extrait seul pour premier interrogatoire du juge d'instruction sur le fond. Interrogatoire de 3 h. ½ en présence de mes deux avocats.

1944.00.De Robert Labbé.A Jacques Barnaud.Note (non datée)

CopieNB : Note non datée, sans émetteur ni destinataire, attribuée à Robert Labbé ; réponse à la note de Jacques Barnaud du 18 novembre 1944 et donc classée après cette date. Bien reçu votre mot du 18. Je ne pensais pas qu'un circuit existât, sinon je vous aurais écrit plus tôt.Je me suis tenu au courant auprès de votre femme, bien entendu, de tout ce qui se passait. Elle doit vous donner certains renseignements plus particuliers à cet égard.Bucquet est revenu d'Alger. Situation magnifique là-bas pour la succursale qui marche dans des conditions ahurissantes comme résultats. Très nombreuses consignations anglaises nouvelles, bon espoir pour l'avenir, mais les profits nous seront repris au titre de bénéfices de guerre.Dhorne, fatigué, essaie de venir voir sa mère presque mourante, peut tenir encore un an. Je prendrai en fin d'année de très larges dispositions à son égard comme pour Guérin.Vu Guillet de passage la semaine dernière, vieilli et assez largement déballé. Nantes est toujours bloqué. Amabilité coutumière.Situation Havraise malheureusement médiocre. "Ville-d'Oran", "Ville-de-Majunga" très fatigués, "Bourbonnais" désarmé à Freetown; "Condé" coulé et incendié dans le port de Nice, en cours de renflouement.Mon projet pour un trafic Bayonne-Le Havre ne marche pas, étant donné le maintien de nids de résistance allemande sur la côte, mais nous devons récupérer plusieurs navires à mettre en service en décembre sur Alger-Sète. J'installerai la DSM dans ces conditions à Sète au lieu de Marseille. Bouteloup est encore à Marseille pour quelque temps pour suivre le renflouement du "Château-Larose" classé N°1 dans le port. Il remontera ensuite prendre ses fonctions telles que nous les avions prévues.Nous avons récupéré 10 bateaux à flot. "Larose" est facilement renflouable. "Lussac" à Saint-Malo l'est peut être également. Je serai fixé bientôt.Le Havre et Rouen maritime travaillent d'une manière ahurissante. Je n'insiste pas.Bordeaux doit réexpédier 80.000 tonnes de minerai de fer à quai et dès que le port sera dégagé, mon optimisme sera confirmé.J'avais chargé Potocki de voir Cockerill. Il n'y a plus de petits bateaux, tous partis, mais possibilités intéressantes.Il doit leur en reparler la semaine prochaine et demander que quelqu'un vienne s'en entretenir avec moi.Reçu hier un télégramme de Möller. Il manque le précédent. J'ai l'impression qu'ils sont d'accord, mais ne voudraient pas que subsiste la clause résolutoire de la date limite du 31 mars 1946. J'attends d'avoir le télégramme précédent pour en reparler à Coureau, qui est toujours fort intéressé par ce contrat.Révoil toujours à Londres. Pas de nouvelles directes de son voyage.Difficultés quasi insurmontables pour envoyer Grédy à Port-Saïd, bien qu'excellentes dispositions du baron de Benoist.M. W. a phosphoré de son côté sur la question. Il arrive à une conclusion sensiblement voisine de la mienne que je compte mettre à exécution. Consolider Acfield. Utiliser Grédy pendant les mois à venir en l'envoyant à Londres reprendre contact avec tous les armements et faire une nouvelle moisson. Le renvoyer ensuite pour court séjour en attendant que les choses se tassent.Je pense, étant donné les résultats exceptionnels qui pourraient avoir été obtenus et que nous ne pourrons pas sortir, essayer de monter une vaste combinaison avec les Égyptiens et peut-être nos amis grecs de Londres pour supplanter les Italiens et autres armements dans la Méditerranée orientale, mais ceci est un travail de longue haleine.J'ai fait mon trou sans aucune difficulté au Comité central où avec Francis F. nous sommes les deux leaders. Je pense aller avec lui, sauf imprévu (?) en délégation officielle à Londres en janvier.Anduze moyen, le ministre remarquable. Démarche collective cette semaine avec impression réciproque excellente. Pas de difficulté appréciable du côté de la charte, sauf le jeu de l'article 11 qu'ils voudraient voir appliquer à l'intérieur d'un plan général. Nous allons examiner ce dernier avec Francis de manière à amener pour l'armement libre, lequel se dissocie de plus en plus complètement des subventionnés, un plan financier autonome.Charbons sans histoire. J'en suis à la période des restrictions draconiennes car les perspectives, même pour l'année prochaine, au point de vue trafic sont médiocres.Chantiers en bonne voie de reprise malgré difficulté pour les matériaux. Bon état d'esprit.SFTP a retrouvé sept tankers. Premier contact avec Pierre L. D. a été des plus frais, mais j'ai déployé toute ma séduction personnelle.Je cherche toujours quelqu'un pour les Services maritimes de Marseille.J'espère que je couperai ici au contrôleur surveillant, mais ce sera tangent. Mais je crois qu'il faut tout faire pour défendre les intérêts de la Maison.Aux dernières nouvelles, Japy a peu près intégralement intact avec 85 millions en caisse sur place.Je trime dur. Tous nos collaborateurs ont été magnifiques. Les résultats obtenus depuis deux mois compensent largement des efforts entrepris et des difficultés du passé.R. L.

1944.00.De Worms et Cie.Historique (non daté)

Copie de noteNB : Historique non daté, classé après le 14 septembre 1944 en raison de la référence faite à la démission de Jacques Barnaud, événement le plus récent cité dans le texte.Historique de la Maison Worms & CieLe fondateur de la Maison est Monsieur Hypolite Worms, grand-père de l'actuel Monsieur Hypolite Worms.M. Hypolite Worms, né au début du 19e siècle, possédait déjà en 1848 une longue expérience commerciale acquise à Rouen dans le commerce des tissus, puis à Paris dans le commerce de banque qu'il avait exercé comme associé des frères Goudchaux. Il est rappelé que l'un de ces associés, M. Michel Goudchaux, directeur de la maison de Paris, fut nommé ministre des Finances de la République en 1848 et qu'il procéda, à cette occasion, à la dissolution de cette maison, dont M. Hypolite Worms fut nommé liquidateur.Création des Services charbonsL'origine de la Maison Worms sous sa forme actuelle remonte à 1848 ; époque à laquelle M. Hypolite Worms entreprit l'importation des charbons anglais. II ouvrit à cet effet une succursale à Newcastle à la fin de l'année 1848 et une succursale à Cardiff en 1851. Ses exportations d'Angleterre acquirent rapidement une grande extension. Elles s'étendirent aux régions du Havre, de Rouen, de Bordeaux, de Marseille et de la Méditerranée. M. Hypolite Worms devint en particulier le fournisseur de la Marine et eut à faire face aux besoins des armées et de la Marine pendant la guerre de Crimée.En 1869, quelques mois avant l'ouverture du Canal, il décida de créer un dépôt de charbon à Port-Saïd et à Suez pour les besoins de la navigation et de créer dans ces deux villes une succursale pour assister les navires appelés à transiter par le Canal. Cette maison devint rapidement et resta la plus grosse maison de fournitures de soute et de consignation du canal de Suez et contribua ainsi à maintenir la position de la France en ce point si important du monde.Création des Services maritimesDès que la navigation à hélices commença à entrer dans la voie des réalisations pratiques, M. H. Worms s'intéressa à ce mode de transport dont il ne tarda pas à envisager l'emploi pour son commerce de charbons. En 1854, il décida de faire construire quelques unités. Devenant ainsi armateur, il fut amené à se préoccuper de la création de services de navigation pour assurer la meilleure utilisation de ses navires. Vers la fin de l'année 1855, il prit une participation dans une compagnie franco-anglaise de navigation et conclut un accord avec ladite société pour l'exploitation de services de navigation entre Grimsby et le continent, en particulier avec la France.Le 1er janvier 1856, il ouvrit une succursale à Grimsby. La même année, il organisait d'ailleurs des transports indépendants, entre Cardiff et Bordeaux par un navire affrété.Pour assurer plus aisément la bonne exploitation de ses navires, il ouvrit une succursale à Bordeaux le 1er janvier 1857.Au début de l'année 1858, il entreprit l'exploitation d'un service de navigation entre Bordeaux-Le Havre et Cronstadt. En février 1859, il décida d'organiser en outre entre bordeaux-Le Havre et Hambourg un autre service qui ne tarda pas à devenir régulier et à prendre un grand développement.Société Worms & CieDevant l'extension prise par sa Maison, M. Hypolite Worms avait appelé auprès de lui pour le seconder, M. Henri Josse, directeur de sa maison de Grimsby. II décida de le prendre comme associé et constitua avec lui, à dater du 1er janvier 1874, sous la raison sociale "Hypolite Worms & Cie" une société en nom collectif dont ils étaient les deux seuls associés.M. Hypolite Worms décéda le 8 juillet 1877. La société continua entre son associé survivant et les héritiers et représentants de M. Hypolite Worms. Elle n'a cessé d'exister depuis, après plusieurs prorogations et quelques modifications de ses statuts. La raison sociale est devenue par la suite "Worms, Josse et Cie", en 1881, puis "Worms & Cie" en 1896.En 1881, un autre des plus étroits collaborateurs de M. H. Worms, M. Henri Goudchaux, devenait à son tour associé en nom collectif et gérant de la société et allait en être l'animateur jusqu'à son décès, survenu le 25 avril 1916.Son fils, M. Michel Goudchaux entré dans la société le 2 mai 1904 comme fondé de pouvoir général, devint à son tour associé en nom collectif et gérant le 1er janvier 1911.A la même date, M. Hypolite Worms, petit-fils du fondateur de la Maison, entrait dans la société comme associé et devenait également gérant le 1er janvier 1916. II en a été depuis le principal associé et l'animateur.M. Jacques Barnaud, directeur général de la société depuis 1928, devint associé-gérant le 1er janvier 1930.M. Michel Goudchaux résigna ses fonctions de gérant le 15 octobre 1940 et répartit entre ses différents enfants sa part d'associé dans la Maison le 28 octobre 1940.M. Robert Labbé a été nommé associé-gérant et M. Meynial gérant statutaire le 13 septembre 1944.M. Barnaud a résigné ses fonctions de gérant le 14 septembre 1944.La Maison comprend uniquement comme associés - en dehors de M. Barnaud - des descendants de M. Hypolite Worms, fondateur, et de M. Henri Goudchaux.Ateliers et Chantiers de la Seine-MaritimeEn 1917, à l'instigation des Pouvoirs publics, la Maison Worms & Cie décida de créer des chantiers de constructions navales. Elle les établit au Trait (Seine inférieure) sous le nom "Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime".Le premier navire, le s/s "Capitaine-Bonelli" fut lancé en 1921 pour compte de l'État.Services bancairesCréés en 1928, ces Services furent placés en 1936 sous la direction de M. Gabriel Le Roy Ladurie, qui était à la Maison Worms & Cie depuis l'année 1929.

1944.00.De Worms et Cie.Liste des signatures (non datée)

CopieNB : Ce document est classé après le 13 septembre 1944 et avant le 1er janvier 1945 en raison du fait que Robert Labbé et Raymond Meynial, nommés gérants le 13 septembre 1944, y figurent en cette qualité, et que certains membres du personnel des Services bancaires occupent des postes inférieurs à ceux de la liste du 1er janvier 1945.

1944.00.De Worms et Cie.Note (non datée)

CopieNB : Note non datée, classée après le 23 septembre 1944 en raison de la référence faite à l'inculpation d'Hypolite Worms et de Gabriel Le Roy Ladurie, événement le plus récent cité dans le texte.NoteMonsieur Hypolite Worms, chef de la Maison Worms & Cie, a été arrêté le 7 septembre 1944 et inculpé le 23 d'atteinte à la sûreté extérieure de l'État, sous forme de commerce avec l'ennemi.Monsieur Gabriel Le Roy Ladurie, directeur des services bancaires de la Maison Worms & Cie, a fait l'objet de la même inculpation.La gravité exceptionnelle de cette accusation nécessite la mise au point suivante afférente à la période juin 1940-août 1944.Chantiers du TraitLa Maison Worms dans ses chantiers du Trait (Ateliers et Chantiers de la Seine maritime) consacrait surtout ses activité à la construction des navires de guerre.Cet important établissement qui, à l'ouverture des hostilités, comportait 8 cales de construction et employait 1.100 ouvriers en environ, avait, en juin 1940, pour le compte de la Marine militaire :1. en constructionLes sous-marins- "La-Favorite"- "L'Africaine"- "Armide"- "Andromaque"Les pétroliers d'escadre- "Charente"- "Mayenne"- "Baïse"2. en commande4 sous-marins : Q 219 à 222.Soit, au total, 8 sous-marins et 3 pétroliers d'escadre.Toutes ces unités construites pour le compte de la Marine nationale ou commandée par elle furent déclarées prises de guerre par les autorités allemandes, en application de la convention de La Haie.Si ces navires en construction n'étaient point détruits au 25 juin 1940, la faute en incombe exclusivement aux autorités militaires françaises. En effet, la direction des Chantiers du Trait s'était préoccupée immédiatement de la destruction des sous-marins en construction et avait demandé dans ce but des instructions et des explosifs au général commandant la région de Rouen. Celui-ci avait constamment refusé instructions et explosifs, notamment malgré une dernière demande d'instructions formulée le 9 juin 1940, jour même de l'évacuation des Chantiers.Les autorités allemandes, qui avaient occupé Le Trait, décidèrent la continuation des constructions en cours. Mais les Chantiers refusèrent d'exécuter tout travail et demandèrent des ordres formels de l'amirauté française.Celle-ci cependant obtenait des autorités allemandes par un accord négocié au sein de la commission d'armistice de Wiesbaden qu'un certain nombre des navires saisis dans les ports ou les chantiers français fussent restitués à la France, par dérogation aux dispositions de la convention de La Haie, les autres au contraire étant livrés à l'Allemagne ou achevés pour son compte.C'est ainsi que fut abandonnée au Trait la construction de deux des quatre sous-marins sur cale et résiliée la commande des quatre sous-marins non encore commencés.Par contre, la construction des deux pétroliers d'escadre, "Mayenne" et "Baïse", put être continuée pour le compte de l'amirauté française.Seuls demeurèrent prises de guerre les sous-marins "La-Favorite" et "L'Africaine" et le pétrolier d'escadre "Charente"."La-Favorite" devait être livrée à l'amirauté française fin 1940. Elle n'a été livrée aux autorités allemandes que le 24 novembre 1942, soit avec deux ans de retard."L'Africaine" devait être livrée à l'amirauté française en juin 1941. Elle n'a jamais été livrée aux autorités allemandes qui l'ont fait sauter avant leur départ en août 1944.Le pétrolier d'escadre "Charente" devait être livré à l'amirauté française dans le courant de 1941 ; il ne fut livré aux autorités allemandes que le 15 septembre 1943, soit avec un retard de plus de deux ans et un séjour sur cale de quatre ans.Malgré la présence d'un commissaire allemand au siège social et celle de nombreux officiers de Marine dans les Chantiers eux-mêmes, qui ne cessèrent d'exercer une pression et des menaces de tous ordres, allant même jusqu'à arrêter pendant plus de deux mois le secrétaire général et le secrétaire de la direction en accusant les Chantiers de sabotage, grâce aussi à la résistance constante apportée par le personnel et les ingénieurs, du fait également des durs bombardements acceptés avec beaucoup d'héroïsme, les Chantiers purent ainsi retarder considérablement la livraison d'un sous-marin et d'un pétrolier et empêcher définitivement la livraison d'un second sous-marin.Ce résultat apparaît d'ailleurs comme d'autant plus dérisoire que "La Favorite" - il importe de le souligner - a été livrée sans tubes lance-torpilles orientables, avec un seul de ses quatre tubes lance-torpilles d'étrave, constituant ainsi, aux dires de tous les techniciens de l'amirauté française, un engin sans valeur militaire quelconque pour l'Allemagne.Seuls, parmi les chantiers français, ceux du Trait n'ont enfin jamais effectué de réparations et de transformations de navires. Ils sont d'ailleurs considérés par le Comité d'organisation de la construction navale ainsi que par les fonctionnaires des services des Constructions navales au ministère de la Marine comme ayant été parmi les chantiers les plus résistants.Sur le plan financier, leur bilan de quatre années d'occupation se solde pour eux par plus de trente millions de pertes et un montant de dommages de guerre dépassant 250 millions.Services maritimesLa Maison Worms n'avait plus depuis le 1er septembre 1939 la disposition de sa flotte, réquisitionnée par le gouvernement français ; cet état de choses subsiste à l'heure actuelle. Tous ses navires encore à flot naviguent soit sous contrôle britannique, soit pour le compte des alliés.Ses succursales françaises sont en sommeil depuis juin 1940, sauf celle de Marseille qui put travailler jusqu'en novembre 1942 en dehors de toute ingérence allemande.Services charbonsLa Maison Worms, importatrice de charbons étrangers, a, depuis juin 1940, vendu ou distribué à sa clientèle uniquement les faibles tonnages de charbon français mis à sa disposition par les Répartiteurs. Ses exploitations de forêts et de tourbières lui ont permis d'éviter le chômage de son personnel et sa déportation en Allemagne. Elle a dû céder aux autorités allemandes sur réquisition de celles-ci un tonnage insignifiant de sa production de charbon de bois.BanqueLa Maison Worms, qui a été l'objet de pressions nombreuses de la part des services allemands, a pu jusqu'au bout éviter toute cession de titres ou participation quelconque à des Allemands. Elle n'a jamais constitué de société ou de syndicat avec des entreprises allemandes. Elle a pu obtenir le même résultat en ce qui concerne ses filiales ou les sociétés contrôlées par elle. C'est ainsi que des pressions très violentes ont été exercées en vue d'obtenir des cessions de participations notamment dans les sociétés suivantes :Franconed (filiale hollandaise)Société de Produits chimiques de Terres raresFournier-FerrierSociété des Mines de Montmins (tungstène)Chantiers des Œillets (molybdène)Ces cessions ont toutes été refusées avec persévérance et succès.Les relations de la Maison Worms se sont bornées, malgré la présence chez elle d'un commissaire allemand, à l'ouverture de crédits documentaires ou de comptes de dépôts, au paiement de lettres de crédit, à l'escompte de factures, etc. que toutes les banques françaises durent accepter.Un chiffre suffira à illustrer l'importance minime de ces opérations. Le montant du chiffre d'affaires avec des ressortissants allemands passés par l'intermédiaire de la Banque de France n'atteint pas 1 ½% du chiffre d'affaires total des opérations de même ordre traitées par les banques de la place de Paris. Sur l'ensemble des opérations traitées en France, cette proportion est encore beaucoup plus faible.Il est donc possible d'affirmer que, dans toutes les branches de son activité, la Maison Worms, placée dans une position particulièrement difficile par suite de la présence d'un commissaire allemand dans ses chantiers, n'a cessé d'opposer pendant quatre ans une résistance tenace et efficace à toutes les exigences de l'ennemi : elle a toujours fait preuve du patriotisme le plus désintéressé et le plus scrupuleux, n'ayant travaillé pour les autorités allemandes qu'au Trait et sur les ordres formels du gouvernement français, n'ayant point hésité à mettre en sommeil au prix des plus lourds sacrifices ses départements maritimes et charbonniers.

1944.00.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Historique (non daté).1940-1944

CopieNB : Note non datée, classée après le 23 septembre 1944 dans la mesure où sa conclusion se réfère à l'accusation portée contre la Maison Worms d'avoir livré du matériel de guerre à l'Allemagne, laquelle constitue l'un des deux chefs d'inculpation prononcés contre Hypolite Worms et Gabriel Le Roy Ladurie, le 23 septembre 1944.Notesur l'activité des chantiers du Trait depuis le 25 juin 19401° Au 25 juin 1940, date de l'Armistice franco-allemand, les Chantiers du Trait avaient, pour compte de l'amirauté française :a) en constructionles sous-marins "La-Favorite", "L'Africaine" et "Amide",les ravitailleurs d'escadre "Charente", "Mayenne" et "Baïse",b) en commandequatre sous-marins n°Q 219 à 222.2°- Aux termes des contrats passés avec le ministère de la Marine français, les navires en construction et approvisionnements constitués sont, au fur et à mesure du règlement des acomptes, transférés en toute propriété à l'amirauté française. Il suffit à cet égard de confronter par exemple les articles 12 et 15 du contrat des sous-marins "La-Favorite" et "L'Africaine", qui constituent d'ailleurs des clauses de style. Les navires en construction étaient, par conséquent, au 25 juin 1940, la propriété de la Marine de guerre française. Ils ont donc été considérés par les autorités allemandes, et ce par application de la convention de La Haye comme prises de guerre.3° - Si ces navires en construction n'étaient point détruits au 25 juin 1940, la faute en incombe exclusivement aux autorités militaires françaises. En effet, devant l'avance des armées allemandes, la direction des chantiers au Trait s'est préoccupée de détruire les sous-marins, dont l'un, "La-Favorite", était à la veille du lancement.Fin mai et début juin 1940, la direction des chantiers a vainement sollicité du général commandant la 3ème région militaire, des instructions et des explosifs, pour éviter que ces unités ne tombent aux mains de l'ennemi. Ce général a constamment refusé toutes instructions et moyens de destruction.Le 9 juin 1940, jour de l'évacuation des Chantiers, la direction a fait porter une lettre au même officier qui a répondu par une même fin de non recevoir. Le résultat est que l'armistice a été signé et les Chantiers du Trait occupés par les autorités allemandes sans que la moindre destruction ait pu être opérée.4°- Les autorités allemandes ont alors décidé la continuation des constructions en cours aux Chantiers du Trait. La direction des Chantiers a refusé de reprendre ces constructions, arguant de ce qu'il s'agissait de navires appartenant à l'amirauté française et que, seul, le propriétaire, maître de l'œuvre, pouvait lui donner l'ordre de la poursuivre.Toutes précisions seront données plus loin sur la lutte alors entreprise par les Chantiers du Trait. II échet pour le moment d'indiquer qu'à la suite de négociations diverses, l'ensemble des commandes passées par l'amirauté française aux Chantiers du Trait a fait l'objet, par suite d'un accord franco-allemand, des décisions suivantes :a) l'amirauté française a résilié, le 9 octobre 1940, la commande de "L'Armide" et "L'Andromaque" et, le 23 février 1943, la commande des quatre sous-marins Q. 219 à 222.b) L'amirauté française a obtenu que put être continuée l'exécution, pour la France, des ravitailleurs d'escadre "Mayenne" et "Baïse".Sont donc demeurées prises de guerre au profit de l'Allemagne : les sous-marins "Favorite", "Africaine" et le ravitailleur d'escadre "Charente", tous trois en construction, ou sur le point d'être achevés.5°- La politique constante des Chantiers Worms a alors été de retarder au maximum la livraison des prises de guerre à l'Allemagne, et ce en en freinant systématiquement la production.Le sous-marin "La-Favorite" devait être lancé, au profit de l'amirauté française fin juin 1940, et sa livraison avec tous les appareils de bord devait être effectuée fin 1940.Il n'a en fait été livré à l'amirauté allemande que le 24 novembre 1942, soit avec un retard de plus de deux ans.Le sous-marin "L'Africaine" devait être livré à l'amirauté française - eu égard à son degré d'avancement, au mois de juin 1940, - dans le courant de juin 1941.Il n'a jamais été livré aux autorités allemandes.Le ravitailleur pétrolier "Charente" devait être livré courant 1941 à l'amirauté française.II n'a été livré à l'amirauté allemande que le 15 septembre 1943 - soit après quatre ans de séjour aux chantiers.Comment les Chantiers Worms ont réussi ce tour de force d'atermoiement et de sabotage, il échet maintenant de le préciser.Sous-marin "La-Favorite""La-Favorite" qui était, en juin 1940, à la veille de son achèvement total, a été visitée, comme prise de guerre, par de nombreuses missions militaires allemandes.L'amirauté allemande, par lettre du 2 septembre 1940, confirmait aux Chantiers du Trait l'ordre verbal, déjà donné, d'achever la construction de "La-Favorite" (pièce n°2).La direction refusait verbalement d'entreprendre ce travail qui ne pouvait, disait-elle, lui être ordonné que par l'amirauté française. Cette position, prise dès le 17 septembre, était confirmée à l'amirauté allemande par lettre de la direction générale en date du 21 septembre 1940 (pièce n°3).Le 27 septembre 1940, les Chantiers du Trait saisissaient l'amiral de la flotte, ministre de la Marine à Vichy, des prétentions allemandes et de l'attitude adoptée, - rappelant au ministère de la Marine :a) que le sous-marin était la propriété de l'État français,b) que sa construction était interdite par l'art. 1er de la loi du 20 juillet 1940 sur la construction du matériel de guerre, que si Ie gouvernement français donnait l'ordre d'achever cette construction pour le gouvernement allemand, cet achèvement ne saurait être entrepris par la direction des Chantiers qu'en dégageant toute sa responsabilité, cet achèvement pouvant provoquer chez le personnel "des réflexes échappant à notre contrôle et sur lesquels nous pensons inutile d'insister." (pièce n°4)Le 29 septembre, l'amirauté française faisait connaître aux Chantiers que des instructions lui seraient notifiées plus tard (pièce n°5).Devant l'attitude ainsi prise par la Maison Worms, l'amirauté allemande mettait en demeure les Chantiers, par lettre du 4 octobre 1940, d'avoir à reprendre immédiatement le travail, en ajoutant que "s'il survenait que, du coté de la direction des chantiers, tout ne soit pas mis en oeuvre pour assurer la continuation des constructions, je me verrais, à regret, dans l'obligation de placer les Chantiers qui se seraient mis dans ce cas sous la direction d'un commissaire allemand" (pièce n°6).Le 5 octobre 1940, l'amirauté française faisait tenir aux Chantiers Worms l'ordre de déférer aux réclamations allemandes. Cet ordre était transmis par l'intermédiaire du ministère de la Production industrielle (service des commandes allemandes) et la Chambre syndicale des constructeurs de navires. II est ainsi conçu : "Dans ces conditions, et vu les instructions dont il vous a été donné lecture, je vous confirme que la continuation des bâtiments de guerre visés doit être effectuée en attendant l'arrivée des ordres définitifs qui ont été annoncés dans la lettre adressée aux Chantiers Worms le 29 septembre 1940 par l'amiral de la flotte, secrétaire d'état à la Marine" (pièce n°7).Ces instructions furent confirmées directement aux Chantiers par l'amirauté française, 3ème bureau, le 12 novembre 1940 (pièce n°8) qui délivrait en outre, le 28 novembre 1940, aux Chantiers Worms, une licence confidentielle dérogatoire à l'interdiction de fabriquer du matériel de guerre (pièce n°9).Enfin, le 3 octobre 1941, l'amirauté française notifiait aux Chantiers Worms qu'en vertu d'un accord franco-allemand, les autorités allemandes assumaient à dater du 26 juin 1940, la maîtrise de l'œuvre pour la poursuite de la construction des bâtiments "La-Favorite", 'L'Africaine" et "Charente" (pièce n°10) cependant que le 9 octobre 1941, une licence définitive était remise aux Chantiers, portant dérogation définitive pour le sous-marin "Favorite", à l'interdiction de construire du matériel de guerre.II ressort ainsi à l'évidence de cette correspondance :a) que les sous-marins "Favorite" et "Africaine", tout de même que le ravitailleur "Charente", étaient, au mois de juin 1940, la propriété de l'amirauté française,b) que ces différents navires étaient considérés comme prises de guerre par les autorités allemandes, en plein accord avec les autorités françaises,c) que la construction de ces navires n'a été reprise que sur l'ordre formel donné par l'amirauté française aux Chantiers Worms.En présence de cet ordre, que pouvaient faire et qu'ont fait les Chantiers Worms ?Ils pouvaient refuser de construire - ce qui eut automatiquement amené les Allemands à prendre la direction effective des Chantiers, et à pousser la construction avec l'ardeur et la brutalité qui leur est connue.Il faut d'ailleurs souligner que la nomination d'un commissaire aux Chantiers avait été annoncée à la Maison Worms par l'autorité allemande dès le 4 octobre 1940, et qu'enfin, la Maison Worms, elle-même propriétaire des Chantiers, a été effectivement placée, dès le 25 octobre 1940, sous mandat d'un commissaire-gérant allemand qui, dessaisissant les propriétaires de l'affaire, était le maître absolu de la Maison Worms, et par conséquent, des Chantiers.La résistance était, par conséquent, inutile.Elle n'eut abouti qu'à hâter la construction des navires, et à entraîner des dommages certains pour le personnel et le matériel.La Maison Worms pouvait, au contraire, feindre de s'incliner et saboter la production.C'est ce qui a été fait, avec un plein succès, et malgré les risques courus - risques qui ont notamment revêtu la forme à titre de sanctions pour sabotage, de l'arrestation, pendant deux mois, du secrétaire général - Monsieur Roy - et du secrétaire de la direction des Chantiers du Trait - M. Bonnet.Le sabotage est d'ailleurs illustré par ce fait que l'arrestation de ces deux fonctionnaires a été effectuée quelques jours avant le lancement de "La-Favorite" et que leur libération n'est intervenue qu'au moment de la réception définitive de ce sous-marin.Ce sabotage qui est par ailleurs démontré par la comparaison des dates normales et effectives de livraison, a naturellement entraîné, pour la Maison Worms, des pertes d'exploitation considérables, qui ne peuvent à l'heure actuelle, être chiffrées mais qui sont incontestables, puisque le même personnel a été employé sur "La-Favorite" pendant 27 mois au lieu de six !Enfin, "La-Favorite", prise de guerre, livrée, malgré les efforts de la Maison Worms et sur l'ordre de l'amirauté française à l'amirauté allemande, était dépourvue de toute valeur militaire - puisque, d'une part, les tubes lance-torpilles orientables avaient été supprimés et que, d'autre part, sur les quatre tubes lance-torpilles fixes d'étrave, un seul a été livré en état de fonctionner."La-Favorite" ne présentait donc aucun intérêt militaire. Enfin - et surtout, puisqu'il s'agit d'une accusation portée contre la Maison Worms, l'achèvement de ce navire et sa livraison n'incombent qu'à l'amirauté française, propriétaire du navire.La Maison Worms a fait son plein et entier devoir en sabotant une production à un point tel qu'un navire, qui eut dû être normalement, et sans zèle aucun, livré fin 1940, n'a été livré aux Allemands que deux ans plus tard, le 24 novembre 1940.Sous-marin "L'Africaine"Le sous-marin "L'Africaine" était en chantier lors de l'armistice. Il eut pu et dû être livré à l'amirauté française en juin 1941.Malgré les ordres donnés par l'amirauté française - ordres donnés dans les mêmes conditions que pour "La-Favorite", il n'a jamais été livré à l'Allemagne.Pour éviter cette livraison, la Maison Worms a multiplié les dérobades et les tergiversations.Ayant reçu l'ordre de l'amirauté allemande d'achever cette unité, le 24 octobre 1940 (pièce n°11) elle a saisi l'amirauté française le 30 octobre 1940, aux fins d'instructions (pièce n°12).Le 26 novembre 1940, l'amirauté française lui donnait l'ordre d'achever ce navire au profit de l'Allemagne - tout comme "La-Favorite" (pièce n°13).Les Chantiers Worms ne s'inclinant pas, l'amirauté allemande revenait à la charge le 22 décembre 1940 (pièce n°14).La Maison Worms, le 28 décembre 1940, s'abritait derrière une absence de licence régulière pour retarder cette remise en chantier (pièce n°15) - ce qui permettait à l'amirauté française de porter l'affaire devant la Commission de Wiesbaden tout en en avisant les Chantiers du Trait (pièce n°16).Le 4 mars 1941, la construction de "L'Africaine" n'était toujours pas entreprise - ce qui provoquait la protestation de l'amirauté allemande, et une mise en demeure formelle adressée aux Chantiers du Trait (pièce n°17).La Maison Worms ne s'inclinait toujours pas et ne reprenait toujours pas la construction de "L'Africaine", sous le prétexte que des négociations franco-allemandes étaient en cours à Wiesbaden.Le 9 octobre 1941, le ministère de la Production industrielle, motif pris de l'accord franco-allemand du 16 septembre 1941 relatif aux constructions navales en zone occupée, notifiait aux Chantiers du Trait d'avoir à reprendre, pour le compte allemand, la construction de "L'Africaine", et lui délivrait la licence correspondante.La Maison Worms, cette fois, ne pouvait plus s'abriter derrière de prétendues négociations internationales pour retarder encore la mise en route de "L'Africaine".Cependant, et sous des prétextes divers d'ordre technique, elle ne reprenait pas le travail - qui ne fut repris, sous de nouvelles menaces allemandes, que le 16 février 1942.La politique de sabotage de la production s'est alors fait jour à nouveau, et a permis de retarder la production à un point tel qu'en septembre 1944, les troupes canadiennes pouvaient pénétrer aux Chantiers du Trait sans que "L'Africaine" ait été livrée aux Allemands.Ravitailleur "Charente"Ce ravitailleur, eu égard à son degré d'avancement, devait être livré à l'amirauté française courant 1941.La Maison Worms a, là encore, appliqué sa même politique d'atermoiement.Ayant reçu l'ordre de l'amirauté française, par application des accords de Wiesbaden, d'achever, au profit de l'Allemagne la construction de ce pétrolier, le 3 octobre 1941, elle a dû reprendre le travail - mais en freinant la production de telle manière qu'il n'a été effectivement livré que le 19 septembre 1943.Commandes allemandesEn dehors de ces navires qui - propriété de l'État français, ont été livrés par lui à l'Allemagne la Maison Worms a dû recevoir, pour compte de l'amirauté allemande, certaines commandes.Il faut souligner que ces commandes n'ont été ni sollicitées, ni négociées, par les Chantiers du Trait.Une première commande de quatre chalands non automoteurs a été passée et imposée par l'amirauté allemande, sous menace de réquisition des Chantiers.Sur ces quatre péniches, une seule a été livrée, le [...].Les Chantiers du Trait ont également reçu l'ordre de construire trois petits cargos de 1.150 tonnes chacun.Cette commande n'a été ni sollicitée ni négociée, ni même acceptée par les Chantiers Worms.Elle s'intègre dans une commande générale imposée par l'amirauté allemande à la Chambre syndicale des constructeurs de navires, et répartie par cette dernière entre les différents chantiers navals.Ces trois cargos, de 1.150 tonnes qui ne présentent aucune valeur militaire, ont été commandés le 22 octobre 1940.La Maison Worms a alors poursuivi un double objet :a) s'approvisionner au maximum,b) produire au minimum, en vue de conserver pour la fin de la guerre des unités qui, construites aux frais de l'Allemagne, mais non livrées à cette dernière, pourraient être mises à la disposition de l'économie française.Cette politique avait pleinement atteint son but, puisque, lors de la libération du Trait, en septembre 1944, ces trois petits navires étaient sur cale et qu'aucun d'eux n'avait été livré à l'Allemagne.ConclusionsL'accusation portée contre la Maison Worms d'avoir livré du matériel de guerre à l'Allemagne en vue de faciliter au Reich la poursuite des hostilités, ne supporte donc pas l'examen, puisque :- les livraisons de sous-marins effectuées l'ont été non point par la Maison Worms mais par les autorités françaises,- qu'elles portaient sur du matériel appartenant à l'État français qui était considéré comme prises de guerre,- et qu'effectuées malgré tous les efforts en sens contraire de la Maison Worms, ces livraisons, qui ne portaient que sur du matériel dépourvu de toute utilité militaire n'eussent pu être définitivement évitées - la Maison Worms étant sous la coupe d'un commissaire allemand depuis octobre 1940.

1944.00.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Note (non datée)

CopieNB : Ce document est classé en septembre 1944, indication la plus récente donnée dans le texte.[Voir le PDF : tableaux des résultats de 1941 à 1943, des résultats d'exploitation détaillés des exercices 1941, 1942 et 1943 ; tableaux (synthétiques et détaillés) du compte de pertes et profits de l'exercice 1941, idem pour le compte de pertes et profits de l'exercice 1943 ainsi que pour le compte de pertes et profits de l'exercice 1941.]Déficit des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime sous l'occupation allemandeL'exploitation des Chantiers sous le régime de l'occupation allemande se solde, pour les 3 exercices allant du 1er octobre 1940 au 31 décembre 1943, par un total de pertes de F 23.053.766.70, d'après relevés ci-joints :Exercice au 30 septembre 1941Perte4.153.570.12Exercice au 31 décembre 1942 (15 mois)Perte12.218.897.69Exercice au 31 décembre 1943Perte6.681.298.8923.053.766.70Encore ces résultats ne comprennent-ils qu'une partie des charges imputables aux exercices considérés :La provision pour renouvellement du stock de départ devrait d'après les indices atteindre au 31 décembre 1943 : 8.043.610.17alors qu'il n'a été constitué qu'une provision de : 5.127.713.35soit une insuffisance de2.915.896.82Le fonds de renouvellement de l'outillage et du matériel nouveau devrait d'après les indices atteindre au 31 décembre 1943 : 1.675.670.00alors qu'il ne s'élève effectivement qu'à : 444.865.00soit une insuffisance de1.230.805.0027.200.468.52Il n'a été inscrit aucune provision pour dommages de guerre.Cependant l'estimation de ces dommages subis au 31 décembre 1943 atteignait l'ordre de 100.000.000, et une provision (1) calculée à 30% de cette estimation représenterait une charge de : 30.000.000.0057.200.468.52Les pertes n'ont pas encore été déterminées pour l'exploitation depuis le 31 décembre 1943.Les dommages subis du fait des opérations de guerre en 1944 sont considérables ; les chantiers ont été totalement détruits. Leur reconstruction en l'état ancien est estimée, sur la base des prix pratiqués en septembre 1944, à 258.000.000.Une provision (2) calculée à 30% de cette estimation représenteraitdonc une charge de : 77.400.000soit à ajouter : 47.400.000à la provision (1) ci-dessus calculée dans le décompteau 31 décembre 1943 : 30.000.000D'ores et déjà, on peut conclure que le bilan de quatre années d'occupation se solde pour nos Chantiers du Trait par plus de trente millions de pertes et par un montant de dommages de guerre dépassant 250 millions.

1944.00.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Note (sans date ni destinataire)

Copie  NB : Note sans date ni destinataire, classée au 24 octobre 1944 dans la mesure où l'auteur, qui pourrait être Pierre Abbat, se réfère à sa déposition devant le juge Thirion effectuée à cette date.NoteAu cours de l'entretien d'hier, Monsieur l'expert Bernard m'ayant posé plusieurs questions au sujet de mes relations avec les Allemands, et des trois ou quatre d'entre eux que j'ai eu l'occasion de rencontrer pendant l'occupation, je crois peut-être utile de relater ici une anecdote qui montre mon état d'esprit et mon attitude à leur égard. Je n'ai pas eu la possibilité de raconter cet incident à Monsieur Thirion au cours de l'instruction.Lorsqu'en 1943 [1942 ?], après trois ans de travail saboté, ne pouvant plus tenir, il fallut lancer le sous-marin "La-Favorite", l'amiral commandant la Marine allemande qui, si j'ai bonne mémoire, s'appelait Kinsell, fit téléphoner par son chef d'état-major à M. Nitot, directeur général des Chantiers du Trait, pour dire à peu près ceci :L'amiral Kinsell a l'intention de se rendre au Trait pour assister au lancement du sous-marin. II pense y trouver Monsieur Worms et désire connaître ce qui a été prévu comme cérémonie pour le lancement de ce bateau.Il est, en effet, d'un usage constant, dans les Chantiers de constructions navales, qu'un lancement de navire est un jour de fête pour tous les ouvriers. Les portes du Chantier sont ouvertes au public et les dirigeants ont l'habitude de donner une réception aux autorités, la cérémonie étant généralement précédée ou suivie, suivant l'heure du lancement, d'un déjeuner.M. Nitot ayant transmis à Monsieur Worms ce message, celui-ci fit, quelques heures plus tard, répondre à l'amiral Kinsell, par la même voie, que dans les circonstances pénibles que la France traversait à ce moment-là, le lancement d'un navire pour compte allemand ne pouvait pas être considéré comme un jour de fête et qu'il n'y aurait aucune cérémonie de quelque sorte que ce soit, et que Monsieur Worms n'assisterait même pas au lancement du navire.