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1921.11.09.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Au préfet de la Seine-Inférieure
Worms & Cie
Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime
À monsieur le préfet de la Seine-Inférieure
Rouen
Monsieur le préfet,
Nous avons l’honneur de vous remettre, ci-joint, un plan concernant un projet d’appontement en ciment armé qui nous est nécessaire pour l’armement de nos bateaux et, pour la construction duquel nous sollicitons de votre bienveillance l’autorisation d’occuper temporairement le domaine public, pendant une période de cinq années renouvelable, dans les limites fixées sur le plan, en face du trou du Malaquis.
Nous vous demandons également l’autorisation d’établir en face de l’appontement des corps morts avec bouées flottantes.
Veuillez agréer, monsieur le préfet, l’assurance de notre haute considération.
P. Pon Worms & Cie
Le secrétaire général,
H. Nitot
1921.11.29.De Hypolite Worms & Cie.Lancement du "Capitaine Bonelli".Discours
Monsieur le ministre,
Messieurs,
Avec la conviction absolue d’être en communauté de sentiments avec vous tous, je me permettrai d’évoquer, dès mes premiers mots, la mémoire à jamais glorieuse du marin dont le nom a été inscrit à la poupe de l’unité qui vient de prendre, devant vous, possession de son nouvel élément.
Une voix plus éloquente et plus autorisée que la mienne, celle de Monsieur Rio, ministre de la Marine marchande, vous dira, tout à l’heure, ce qu’a été le capitaine Bonelli, quelle idée ce valeureux marin se faisait du devoir et comment, après avoir par son courage, son sang-froid et ses habiles qualités manœuvrières, pu sauver deux unités dont le commandement lui avait été successivement confié, comment dis-je, il a trouvé la mort dans un geste sublime d’abnégation.
Nous aurions vivement désiré voir sa veuve et ses deux fils honorer cette réunion de leur présence ; malheureusement, ils n’ont pu se décider à entreprendre le long voyage de Bastia au Trait.
Nous ne pouvons que le regretter, mais nous sommes heureux de voir le frère du héros, le capitaine de frégate Bonelli, être des nôtres aujourd’hui.
Je suis sur d’être l'interprète de tous en lui adressant l’expression de nos sincères remerciements.
Permettez-moi, Messieurs, de dire également combien la Maison Worms est attristée de ne pas avoir auprès d’elle, aujourd’hui, M. Louis Achard, l’ouvrier de la première heure, qui dirigeait il y a quelques mois encore, les Ateliers & Chantiers de la Seine-Maritime, et qui nous a été enlevé avant d’avoir eu la satisfaction de voir sortir ce premier navire.
Ces regrets exprimés, il m’appartient maintenant de remercier notre si sympathique ministre de la Marine marchande, qui a bien voulu laisser, pour une journée, non pas les soucis de sa lourde tâche, hélas !, car les soucis n’abandonnent jamais leur homme..., mais son labeur quotidien, pour venir présider cette cérémonie, et prouver ainsi, une fois de plus, tout l’intérêt qu’il porte aux initiatives privées dans le domaine de l’industrie maritime.
Je remercie Messieurs les membres du parlement qui ont consenti à s’éloigner pour un jour, des importants travaux qui incombent actuellement au sénat et à la chambre des députés, uniquement pour nous montrer combien, dans leur esprit, l’avenir et le relèvement de la France appauvrie dépendent de l’effort que le pays saura faire pour sa marine marchande.
Je remercie également M. Lallemand, préfet de la Seine-Inférieure, dont la bienveillante sollicitude ne fait jamais défaut à ceux dont les efforts tendent vers une plus grande prospérité de son magnifique et laborieux département.
Merci enfin à tous nos amis, qui n’ont pas hésité à venir, quelques-uns de loin, pour répondre à notre appel.
Croyez que toutes ces marques de sympathie que nous considérons comme des témoignages d’encouragement, nous sont particulièrement précieuses.
Je désire enfin, Messieurs, avant de m’asseoir, exprimer, devant vous, à tout le personnel des Ateliers & Chantiers de la Seine-Maritime, notre satisfaction et notre reconnaissance pour les efforts réalisés et les résultats obtenus par leur zèle et leur dévouement.
Leur tâche n’est point finie, et demain, plus que jamais, nos efforts à tous doivent tendre opiniâtrement et sans relâche, vers une marine de commerce plus forte et plus prospère pour le plus grand bien du pays.
C’est dans cet esprit que je me permets, Messieurs, de lever mon verre à la Marine marchande française, et à la santé de celui qui supporte avec tant de distinction et d’autorité le lourd fardeau de la diriger à une époque aussi difficile.
1921.11.29.De Jules Avril - Journal du Havre.Article
[NB : Les 10 lignes qui terminent l'article n'ont pas été scannées en raison des perforations et taches qui rendent sa restitution impossible. De même, la reconnaissance optique de caractères n'a pu être pratiquée sur la dernière colonne.]
Le Trait, 29 novembre
Créer!
Créer ! Faire jaillir la vie du néant ! Telle est bien l'œuvre réalisée au Trait par MM. Worms et Cie !
Le Trait, petit village de 300 ou 400 âmes, situé sur la rive droite de la Seine, à mi-distance de Caudebec et de Duclair, n'avait pas d'histoire, ne possédant qu'une vitalité des plus relatives. Quelques pâturages en lisière des marais bordant le fleuve et une carrière de sable approvisionnant les environs faisaient vivre, tant bien que mal, ses habitants.
Or, aujourd'hui, Le Trait est à l'orée de la prospérité. Un véritable miracle a été, en effet, accompli. Les pâturages ont cédé la place à une agglomération ouvrière. Des marais transformés sont sortis des ateliers et des chantiers de constructions navales.
La guerre
La guerre, qui a causé tant de dévastations et semé la mort sur tant de points, a autorisé ce miracle, elle a permis au Trait de se transformer, de passer de la passivité à l'activité, en un mot de vivre !
La Compagnie Worms, comme toutes les compagnies de navigation, souffrait des pertes de ses unités et du défaut de réparation. Elle s'adressa aux chantiers navals existants. Ceux-ci étaient surchargés de commandes ou avaient orienté leur activité vers les productions de guerre.
Le problème eut semblé insoluble à beaucoup. La maison Worms ne s'embarrassa point de ces difficultés. Ce qu'elle ne pouvait obtenir des autres, elle résolut de le réaliser elle-même, en créant un chantier, son chantier.
Le choix du Trait
Pour installer ce chantier, la Compagnie choisit la commune du Trait. Ce choix fut basé sur des raisons géographiques : la profondeur de la Seine à cet endroit, la proximité des deux grands ports du Havre et de Rouen, la voie ferrée qui, par Barentin, relie Caudebec - et donc le Trait - à la grande ligne Havre-Paris.
Peut-on ajouter aux raisons géographiques des raisons historiques ? La Mailleraye, située sur la rive gauche, un peu en aval, fut jadis un centre important - important pour l'époque de constructions navales. C'était au début du XVIe siècle. On ne connaissait alors que la construction en bois, et la forêt de Brotonne fournissait les matériaux nécessaires.
Faut-il rappeler que le premier navire armé par les armateurs havrais pour la pêche à Terre-Neuve fut un voilier construit à la Mailleraye ? A cela rien d'étonnant d'ailleurs, puisque M. de la Mailleraye était, à cette époque, gouverneur du Havre.
Faut-il dire aussi que La Mailleraye tenait une telle place au point de vue de la navigation que tout bâtiment passant devant cette commune inclinait son pavillon et tirait trois coups de canon auxquels répondait le château ? Ce salut fut obligatoire jusqu'à la Révolution, et son usage se perpétua jusqu'en 1830, bien qu'à titre gracieux.
Travaux préparatoires
C'est à la fin de l'année 1916, que la Compagnie Worms fit l'acquisition des terrains s'étageant sur une longueur de 3 kilomètres entre la lisière de la forêt du Trait et la rive de la Seine.
Il fallut tout d'abord consolider les terrains marécageux longeant le fleuve. Des matériaux de toutes sortes furent amenés à cet effet et permirent de donner une base solide aux ateliers qui fonctionnent aujourd'hui.
Transformer le sol pour construire des ateliers ne suffisait pas. Il était nécessaire de s'assurer la main-d'œuvre. Et pour se procurer des ouvriers, il fallait songer à leur logement.
Une société immobilière fut fondée. Et chacun résolu à atteindre le but poursuivi, se mit à l'ouvrage. Constructeurs des chantiers et créateurs de la cité ouvrière rivalisèrent de zèle. Œuvre immense, œuvre presque surhumaine, étant donné les difficultés économiques de l'heure ! Toutes les entraves ont été brisées, l'œuvre est réalisée !
Les Ateliers
Conduit par M. Nitot, secrétaire général, j'ai visité les vastes ateliers dont je vais donner ci-dessous une rapide description.
Magasin général, salle à tracer et modelage
Quittant l'immeuble de la direction et suivant une ligne parallèle à la Seine, nous passons devant le garage et le dépôt d'essence et nous arrivons à une première construction en ciment armé. Cette construction, longue de 115 mètres sur 22 mètres, est divisée en trois parties : le magasin général, la salle à tracer et le modelage.
Dans le magasin général sont rangés tous les objets nécessaires à l'ameublement des bateaux, depuis les objets, de métal jusqu'à la verrerie et la porcelaine.
Puis c'est l'immense salle à tracer avec son parquet destiné au tracé des formes et à la confection des gabarits.
Cette salle est consacrée, en outre, aux cours professionnels sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Enfin, c'est l'atelier de modelage, avec son outillage perfectionné : machines à bois, scies, raboteuses. Là travaillent de véritables techniciens chargés de faire les modèles en bois de toutes les pièces destinées à la fonderie. Et chacun sait combien ces modèles doivent être exécutés avec précision, notamment pour les pièces de machines.
Petit ajustage et forges
Poursuivant notre route, nous trouvons sur le même alignement, un bâtiment de 120 mètres de long sur 18 mètres de large, construit lui aussi en ciment armé. Ce bâtiment est divisé en deux parties, l'une consacrée au petit ajustage, l'autre aux forges.
Dans l'atelier de petit ajustage sont installés des tours de toutes dimensions, des raboteuses, des meules.
Dans l'atelier des forges, nous voyons, outre les forges, des pilons de toutes forces et une machine à fabriquer les rivets.
Parc à tôles
Entre les deux bâtiments que nous venons de visiter et une série d'autres bâtiments, construits parallèlement à ceux-ci et dont nous nous entretiendrons par la suite, se trouve le parc à tôles. L'intérêt de ce parc se concentre sur son portique, desservant le parc dans les trois sens, sens longitudinal grâce à un chemin de roulement, sens transversal grâce à la mobilité de la grue, et sens giratoire grâce au mouvement de rotation complet de la grue.
Grand ajustage et chaudronnerie
Au-delà du parc à tôle et sur une ligne formant angle aigu avec celle des deux bâtiments décrits plus haut, s'élève une construction longue de [...] mètres et large de 35 mètres, [...].
L'atelier de grand ajustage offre une nef principale et deux nefs de bas-côtés. Dans les deux petites nefs sont installés les tours, au-dessus desquels circule un pont roulant d'une force de 5 tonnes. Dans la nef centrale, où l'on procède au montage des grandes machines (actuellement, 4 machines sont en cours de montage), fonctionnent les raboteuses et les grands tours pour les "arbres". Au faîte de cette nef sont placés deux ponts roulants, l'un d'une force de 30 tonnes, l'autre d'une force de 50 tonnes. Ces deux ponts représentent un poids total de 100 tonnes supporté, sans fatigue apparente, par des colonnes de ciment armé.
Passons dans la chaudronnerie où nous retrouvons les trois nefs et des ponts tournants semblables à ceux que nous venons de voir. Là, des chaudières sont en cours de construction. Notre attention est attirée par la machine à cintrer des tôles de 25 millimètres d'épaisseur. L'opération se fait à froid par coups de piston successifs. Les tôles doivent passer deux fois à la presse. Leur cintrage s'effectue en 84 heures.
Puis nous assistons au cintrage des fonds de chaudières. Ce cintrage se fait à chaud. Les fonds retirés de la machine sont placés sur un "marbre de four" où ils sont réchauffés ; et les forgerons leur donnent, à coups de marteau, la courbure désirée.
Enfin, nous voyons fonctionner la machine à percer les tubes de chaudières.
Station hydraulique et pneumatique
Revenant sur nos pas, nous nous dirigeons vers une suite de bâtiments construits sur une ligne parallèle au parc à tôles. Le premier de ces bâtiments est la station hydraulique et pneumatique.
La force hydraulique, réclamée par les machines à tomber les bords et à cisailler les profilés, par les grosses presses à cintrer les tôles des chaudières et par les grosses riveuses de chaudronnerie, est fournie par un accumulateur hydraulique donnant 110 kilo par centimètre carré. Cet accumulateur est alimenté par deux pompes actionnées par un moteur électrique de 100 HP chacune.
La force pneumatique, réclamée par le rivetage, le matage et le burinage à bord, et par les pilons de la forge, est obtenue par deux machines pneumatiques de 30 mètres cubes à la pression de 7 kilo par centimètre carré. Notons qu'il existe une troisième machine de secours.
Atelier de tuyauterie
Poursuivant notre visite, nous pénétrons dans l'atelier de tuyauterie. Les Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime reçoivent les tuyaux bruts. Ces tuyaux sont remplis de sable avant de passer dans les foyers, afin que la chauffe ne réduise point leur diamètre, lorsqu'on leur donne la forme voulue ; et l'on sait quelles formes plus capricieuses les unes que les autres doivent avoir les tuyaux à bord des navires.
Atelier des Coques
Quittant l'atelier de tuyauterie, nous entrons dans l'atelier des coques. Cet atelier, de 200 m. de long sur 40 m. de large, est divisé, en plusieurs parties, suivant que les opérations doivent être effectuées à chaud ou à froid.
A l'entrée, sont installées cisailles et poinçonneuses.
A gauche, se trouve le four à membrures. Plus loin, nous assistons au "cramponnage" d'une membrure.
Puis, voici les fraiseuses, qui donnent aux trous faits par les poinçonneuses la forme nécessaire pour l'adaptation adéquate des rivets. Nous voyons encore fonctionner les raboteuses de tôles, la "guillotine hydraulique" qui sectionne les barres.
Notons aussi une machine destinée à amincir la bordure des tôles, afin que l'accouplage ne présente point une double épaisseur, mais une seule. Il est à remarquer que, grâce à cette façon de procéder, on arrive à gagner un poids de 15 à 20 tonnes sur un navire. C'est là un résultat qui n'est point négligeable.
A l'extrémité de l'atelier des coques est placée une grande machine non encore en fonction, mais qui est très remarquable à cause des multiples opérations qu'elle effectuera : courbure, amincissement, sectionnement, rabotage.
Menuiserie, affûtage et scierie
A l'extrémité est des Chantiers est édifiée la menuiserie, bâtiment de 80 mètres de longueur sur 40 de largeur, où est réuni l'outillage le plus moderne. Citons, notamment, une machine à quatre faces, actuellement en cours de montage, pouvant en même temps raboter, faire les moulures, etc.
Tous les meubles nécessaires à l'aménagement des bateaux et des maisons ouvrières sont fabriqués et vernis dans cette menuiserie, en avant de laquelle se trouvent l'atelier d'affûtage des scies, le magasin de séchage des bois, la scierie mécanique, et l'atelier de charpente.
Station centrale électrique
[...] Déjà, tous les appareils de ces cales sont arrivés.
La station centrale électrique comprend trois groupes de 500 kw chacun pour la force motrice et deux groupes de 30 kw pour l'éclairage. Des câbles de force et de lumière, indépendants les uns des autres, répartissent l'électricité dans les divers ateliers.
A titre d'indication, disons que l'atelier des Coques exige une force de 450 HP ; la grosse chaudronnerie, 480 ; l'outillage et la forge, 70 ; le grand ajustage, 800 ; les grues et les treuils, 850 ; le portique du parc à tôles, 80 ; la scierie, 50 ; la menuiserie, 50 ; la station pneumatique et hydraulique, 500.
Les Chantiers
Les chantiers proprement dits comprennent six cales de construction. Ces cales sont de deux types.
Les deux premières cales ont 170 mètres de longueur, dont le radier en ciment armé de 8 mètres et un mètre de profondeur établi sur des pieux. Elles peuvent porter 50 tonnes par mètre. On peut y construire des navires de 17.000 tonnes.
Les quatre autres cales ont 135 mètres de longueur et 80 centimètres de profondeur. Elles peuvent porter 30 tonnes par mètre et permettent de lancer des navires de 9.000 tonnes.
En avant des cales se trouve un radier de 60 mètres de long sur 8 mètres de large.
Ces cales sont desservies par quatre grues Titan. Trois d'entre elles peuvent soulever 4 tonnes à 24 mètres de flèche et 35 mètres d'altitude et 8 tonnes à 12 mètres ; la dernière, 3 tonnes à 17 mètres de flèche et 25 mètres d'altitude.
Elles possèdent, en outre, 4 treuils électriques dont la force varie entre 3 et 5 tonnes.
Ces six cales sont toutes occupées ; deux par des bateaux, genre "Listrac", pour la Compagnie Worms ; et quatre par les cargos charbonniers commandés par la Marine marchande. Notons que la commande de l'État comporte deux autres charbonniers, dont l'un remplacera sur cale le "Capitaine-Bonelli", lancé aujourd'hui. Les autres cargos seront lancés de 3 mois en 3 mois.
Le "Capitaine-Bonelli"
Le vapeur charbonnier "Capitaine-Bonelli", construit pour la Marine marchande aux ateliers et chantiers de la Seine-Maritime a les caractéristiques suivantes :
Longueur : 95 mètres. Largeur : 14 mètres. Creux : 7 mètres. Port en lourd : 4.700 tonnes. Tirant d'eau : 6 m. 10. Vitesse : 10 nœuds.
Ce cargo, qui possède une quille plate et deux quilles de roulis et dont les côtés présentent une ligne perpendiculaire, a deux cales à l'avant et une cale à l'arrière. Sa machinerie occupe la partie centrale, avec sa chambre de chauffe et sa chambre des machines. Il est à remarquer que les machines sont déjà placées et en état de marche. Le navire est complètement terminé, et, dès ses essais effectués, pourra naviguer.
[Suite impossible à restaurer en raison des détériorations subies par le journal.]
1921.11.29.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Lancement du "Capitaine Bonelli".Menu
1921.11.30.De Ch. Pinchon - journal Havre-Eclair.Article
Coupure de presseVapeur charbonnier construit chez MM. Worms et Cie
Aux Ateliers et Chantiers d e la Seine-Maritime au Trait
La promenade en automobile du Havre, à Duclair est, certes une des plus pittoresques qui se puissent faire dans les environs de notre ville.
La route dite "du bas", qui depuis Mayville à la sortie d'Harfleur suit la Seine jusqu'à Duclair en traversant le Becquet et Caudebec, est en effet charmante. La vue y est magnifique et les pentes boisées ou verdoyantes, ainsi que les hautes plaines crayeuses qui la bordent sur la gauche pendant une bonne partie du parcours, sont des attraits auxquels les touristes épris de la belle nature ne sauraient résister.
Mais, un conseil en passant, choisir un temps bien clair que nul brouillard ne vient obscurcir et s'assurer d'un taxi confortable, ne faisant pas courir le risque de prolonger la promenade de quelques kilomètres de footing.
C'est malheureusement ce qui nous est arrivé hier matin, par un froid frisant le zéro centigrade et il s'en est fallu de peu que nous n'abandonnions le projet que nous avions formé d'assister au lancement du premier vapeur construit par les ateliers de la Seine-Maritime dans les chantiers du Trait.
Le Trait, un petit point sur les cartes départementales, était un de ces petits bourgs que seul le voisinage de Jumièges et de ses ruines sauvait de l'oubli, quand il y a quatre ans environ, la maison Worms ayant décidé de fonder un chantier naval, choisit le territoire de ce village en bordure de la Seine et en y créant un établissement industriel important, donna le jour à un petit bourg ayant aujourd'hui les allures de cité balnéaire, avec ses petits pavillons adossés à la côte, dans un cite charmant.
Plus de trois cents familles ouvrières y logent, ayant là une habitation confortable, de construction toute moderne, dans un milieu des plus riants. La commune a ainsi vu sa population passer de 400 à 3.000 habitants.
Les Chantiers navals
En quelques mois, là où naguère on ne voyait qu'une plaine parfois marécageuse, des cales de construction se sont dressées, accompagnées des vastes ateliers indispensables à une aussi importante industrie que celle envisagée et l'on se mit à la besogne. Le premier témoignage de cette activité née soudain dans ce coin abandonné, nous était donné hier midi par la mise à l'eau du premier vapeur construit dans ces chantiers.
Le "Capitaine-Bonelli"
Le vapeur charbonnier "Capitaine-Bonelli", qui fait partie d'une importante commande passée aux Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime pour le compte de la Marine marchande de l'État, a été, à l'exception de sa machine, entièrement construit aux chantiers du Trait et c'est complètement armé et prêt à prendre la mer qu'il a été lancé hier matin.
Nous avons ainsi pu, avant l'heure fixée pour la délicate et intéressante opération du lancement, visiter ses complets aménagements.
Donnons d'abord ses caractéristiques : longueur, 95 mètres ; largeur, 14 mètres ; creux, 7 mètres ; port en lourd, 4.700 tonnes ; tirant d'eau, 6 m. 10 ; vitesse, dix nœuds.
Ce cargo est à quille plate et doté de deux quilles de roulis. Ses cales, une à l'avant et l'autre à l'arrière, sont ainsi à parois exactement perpendiculaires au fond. Toute la machinerie occupe le centre du navire. A l'avant, le poste de l'équipage, le magasin, la lampisterie, le puits aux chaînes ; sur le gaillard, les appareils de manœuvre.
Dans la partie centrale, le poste de commandement ; au-dessous, les appartements du capitaine avec salon et chambre, puis l'appartement du second capitaine.
En arrière du château, la cuisine, l'office, le carré des officiers, la salle de bains, etc.
Sur le pont arrière, le servo-moteur et la cambuse.
À noter que ce navire a été doté des appareils les plus modernes pour assurer la sécurité de la navigation. Près de la barre, au-dessus du salon du capitaine, un appareil spécial fixé à la cloison signale l'extinction fortuite des feux de position. Le compas éclairé à l'électricité, possède un double éclairage à pétrole et la TSF est installée à bord.
Les embarcations de sauvetage consistent en deux chaloupes spécialement gréées, plus un canot de service et un youyou.
Les lignes générales comme la silhouette du bâtiment sont des plus harmonieuses.
Le Lancement
Cette "première" aux chantiers du Trait était une opération qui, comme bien on pense, devait revêtir un caractère de véritable solennité.
MM. Worms et Cie voulurent en faire une manifestation toute à la gloire de la marine et de la construction navale françaises.
M. Rio, sous-secrétaire d'État, sollicité, voulut bien accepter de présider les opérations du lancement. Un grand nombre de parlementaires et de personnalités du monde maritime, commercial et industriel tinrent à y assister.
Un train spécial avait été organisé au départ de Paris et le sous-secrétaire d'État ainsi que de nombreux invités y avaient pris place.
Malgré un léger accident de machine, il n'arriva qu'avec trois quarts d'heure de retard et la cérémonie put se dérouler ainsi que le programme l'avait prévu, tout au moins dans ses grandes lignes.
A sa descente du train, sur les chantiers mêmes, M. Rio fut reçu par MM. Worms, Goudchaux, Majoux, le haut personnel de l'entreprise et les personnalités présentes.
Le sous-secrétaire d'État gagne aussitôt une plate-forme où les personnalités se groupent à ses côtés.
Pendant ces dernières minutes, les "tins" qui maintiennent le nouveau cargo sur la cale sont enlevés et il ne reste plus que la clé dont un filin seul, venant aboutir sur l'estrade, maintient encore l'équilibre.
D'un coup net, d'une hachette d'argent, M. Rio coupe ce dernier fil qui retient le "Capitaine-Bonelli" sur son "ber".
La clé tombe, le bâtiment tressaille, mais M. Vince, le distingué ingénieur en chef qui dirige les opérations, a voulu un départ en beauté. Pendant deux minutes qui paraissent égaler un siècle, le glissement se fait insensiblement, millimètre par millimètre, puis les derniers tins, laissés intentionnellement, vers le centre de la quille, culbutent, l'allure, s'accélère et majestueux le "Capitaine-Bonelli", dont le grand pavois claque au vent, glisse vers la Seine, pendant que des vivats et de vigoureux applaudissements éclatent.
Les câbles de retenue se déroulent, entraînant les caissons soigneusement alourdis, le cargo vire de lui-même, le nez vers l'aval, la sirène salue de son cri strident le premier contact avec l'onde. Le "Capitaine-Bonelli" prend le chenal et par ses propres moyens vogue vers Le Havre où il devait arriver dans la soirée, si le brouillard ne l'avait obligé à mouiller en Seine.
L'opération du lancement terminée, M. Rio, et les personnes qui l'accompagnent, se rendent ensuite dans un vaste réfectoire aménagé pour les ouvriers, mais qui, pour la circonstance, a reçu une somptueuse et brillante décoration.
D'immenses tables, décorées avec infiniment de goût, des corbeilles de fleurs et des guirlandes de feuillages délicats.
M. Rio préside, ayant à sa droite M. H. Worms, et à sa gauche, M. Lallemand, préfet de la Seine-inférieure. A leurs côtés, nous avons noté la présence en outre de MM. Goudchaux et Majoux, de nombreuses personnalités parmi lesquelles :
MM. Louis Brindeau, Quesnel, Lemery, Noullens, sénateurs ; Anquetil, Lavoinne, Maillard. Nibelle, Thoumyre, Guernier, Ajam, députés.
MM. le vice-amiral Didelot ; capitaine de vaisseau Durand-Viel, chef de cabinet militaire du ministre de la Marine ; Patard, directeur général des poudres ; Haarbleicher, ingénieur en chef du G. M. ; Le Roux, sous-directeur des chemins de fer de l'État ; Commandant Bonelli.
MM. les présidents des chambres de commerce : Du Pasquier, du Havre ;, Delmont, de Rouen ;, Hutter, de Dunkerque ;, Vasse, de Fécamp ; MM. Kircheer, ingénieur des ponts et chaussées ; Bassot, industriel ; Leparmentier, administrateur de l'Inscription maritime ; Kopp, président de la Société industrielle de Rouen.
MM. directeur des Établissements Schneider au Havre ; Dupont, directeur des Docks-Entrepôts ; Léon Pamard, administrateur de la Compagnie péninsulaire ; Max Robert, secrétaire général des Transports maritimes ; Gustine, secrétaire général de l'Association des grands ports ; Savigny, agent principal des Chargeurs réunis ; Siegel. Constructeur ; Haas, ingénieur en chef des Chantiers de la Loire ; Drome, directeur des Chantiers navals français, Fenaux, ingénieur en chef des Chantiers A.-Normand ; de Berthe, ingénieur en chef du bureau Veritas ; Félix, ingénieur en chef de la Société provençale de constructions navales ; Ardidi, président de la Chambre de commerce italienne de Paris ; Ward, inspecteur du Lloyd Register ; Chachuat, secrétaire de la Fédération des navigateurs ; Vallet, sous-chef du pilotage de la Seine ; Damaye, de la Compagnie des abeilles, Andrade, directeur de la Compagnie auxiliaire de navigation ; Arnaudtizon, président du conseil d'arrondissement du Havre ; Corbeaux, inférieur en chef du port du Havre; Direz, ingénieur principal, chef de l'exploitation des chemins de fer ; Le Bourhis, ingénieur des ponts et chaussées ; Polack, ingénieur principal des chemins de fer ; Augustin-Normand, constructeur ; Raverat, industriel ; Fabiani, président de la Fédération des capitaines au cabotage.
MM. Nitot, secrétaire général ; Serret, directeur de la maison Worms, au Havre ; les ingénieurs en chef, ingénieurs et chefs de service des Ateliers et Chantiers de la Seine-maritime, etc., etc.
Les Discours
M. H. Worms
M. H. Worms, au nom de la société des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime, souhaite tout d'abord la bienvenue à M; Rio, sous-secrétaire d'État, qui a bien voulu accepter l'invitation qui lui était faite de venir présider cette cérémonie.
M. Rio a ainsi témoigné une fois de plus l'intérèt qu'il porte aux constructions navales en France. À maintes reprises, d'ailleurs, il a fait accepter par le gouvernement d'utiles mesures et on ne saurait trop lui en être reconnaissant.
M. Worms salue également M. Lallemand, préfet, et le remercie de la sollicitude qu'il apporte dans l'examen de tout ce qui concerne la prospérité de l'industrie du département et aussi le concours toujours acquis d'avance pour la réalisation des œuvres sociales.
L'orateur rend hommage au regretté capitaine Bonelli, dont l'héroïque attitude lui a valu de si glorieuses citations, il regrette l'absence de Mme Bonelli, excusée par le trop long voyage nécessaire, et salue M. le commandant Bonelli, frère de l'héroïque capitaine, et lui-même un des héros de Dixmude.
M. Worms remercie également M. Noullens, ancien ambassadeur, les parlementaires présents, les personnalités administratives, commerciales et industrielles, dont la présence prouve l'attention avec laquelle ils suivent le développement industriel de notre pays, et tous ceux qui ont bien voulu assister à la cérémonie.
M. Lallemand
Au moment où vient d'avoir lieu l'émouvante cérémonie du lancement du "Capitaine-Bonelli", sa pensée, dit-il, va par-delà le rivage, vers le "Paris" qui ramène le chef du gouvernement des États-Unis où il est allé porter la parole de la France. Il croit être l'interprète de tous en adressant au "Paris" et à son illustre passager, les meilleurs vœux de bonne traversée. Sa pensée se porte aussi vers le jour radieux de juillet dernier alors que passait en Seine le président de la République, salué et acclamé par tous les riverains. A l'heure où les Français ont tant besoin de se sentir frères, pareil moment lui paraît favorable pouf réunir les cœurs en un toast à M. le président de la République française.
M. le préfet lève son verre à M. Millerand et de chaleureux applaudissements éclatent.
M. Louis Brindeau
Au nom de ses collègues parlementaires, le sénateur de la Seine-Inférieure remercie MM. Worms et Cie et les félicite d'avoir une fois de plus fait preuve d'initiative et d'activité.
M. Brindeau rappelle la prospérité de jadis du port de La Maïlleraye, où l'on construisait aussi. Juste de l'autre côté de l'eau, de fins et élégants long-courriers. Aujourd'hui on voit renaître avec une intensité plus grande, cette intéressante industrie. C'est avec fierté que les Normands ont vu choisir cet endroit pour y établir de nouveaux chantiers.
M. Brindeau donne l'assurance à MM. Worms et Cie qu'ils trouveront toujours auprès des parlementaires du département l'appui le plus absolu lorsqu'ils auront en vue le développement de la Marine marchande et des constructions navales.
Notre concours, dit-il, vous sera toujours acquis, soit sous forme d'encouragements directs, soit par mesures douanières et nous sommes disposés, à chaque fois que l'occasion s'en présentera, à aider M. le ministre de la Marine marchande à provoquer des discussions dont pourraient sortir des résultats appréciables.
M. Noulens
M. Noulens rend hommage au magnifique effort que viennent de fournir les ateliers et chantiers de la Seine-Maritime.
Le travail organisé, la continuation dans l'effort ont permis à MM. Worms et Cie d'avoir une flotte qui sur toutes les mers fait flotter notre pavillon et concurrence avec avantage les maisons étrangères.
De plus, la société Worms a créé des cités, des jardins ouvriers, un hôpital, un cinéma, mettant à la disposition de ses ouvriers, à côté des institutions utiles, d'agréables passe-temps, et il souhaite que cet exemple soit suivi.
M. Fabiani
Au nom de la Fédération des capitaines au cabotage, M. Fabiani remercie MM. Worms de leur invitation et M. Rio de l'intérêt qu'il porte aux gens de mer. Il remercie la société Worms et M. Rio d'avoir, en donnant son nom au nouveau navire, rendu hommage à la mémoire de leur camarade le capitaine Bonelli.
M. Fabiani adresse un souvenir ému à la veuve et à l'orphelin et salue le commandant Bonelli, qui par sa brillante conduite à lui aussi bien travaillé pour la gloire de la marine française.
M. Le sous-secrétaire d'État
M. Rio, sous-secrétaire d'État, clôt la série des discours.
C'est spontanément et avec grand plaisir qu'il a accepté l'invitation de MM. Worms et Cie.
La compagnie Worms fait un trafic très difficile mais aussi très intéressant, en exploitant de petits bateaux sur de nombreuses lignes, avec de nombreuses escales.
Dès l'armistice, la compagnie Worms a repris possession de son influence dans le port d'Hambourg et nous voyons ses navires aller jusque dans la Baltique, à Memel et à Riga.
Elle n'attend plus que la pacification pour pousser ses lignes jusqu'aux extrêmes limites de la mer Baltique.
Rien de surprenant qu'elle ait tenté un essai de manifester son activité dans un autre domaine !
De gros problèmes se posent dans le domaine des constructions navales. Il faut songer à assurer la sécurité de l'avenir. Il faut absolument que nos constructeurs puissent concurrencer les fabriques étrangères. Il faut leur assurer des commandes et il remercie M. Brindeau de l'offre qu'il lui a faite de l'aider à combattre les difficultés.
Mais on liquide la flotte d'État, les chantiers ne peuvent plus recevoir de commandes que de l'armement libre.
Les pertes cependant pendant la guerre ont été formidables ; l'État est presque à bout d'efforts et il faudra que l'armement libre, d'accord avec l'État, recherche une solution, notamment en construisant des paquebots dont nous manquons et sauver d'une crise imminente les constructions mécaniques.
M. Rio, parlant ensuite des logements, garderies et diverses institutions créées par la société, félicite grandement les dirigeants de cette œuvre démocratique.
Un orateur lui a demandé de parler du capitaine Bonelli.
Pour parler de Bonelli, dit-il, je n'ai qu'à parler des marins en général.
Nous avons voulu donner aux bâtiments des noms de capitaines, de mécaniciens, de matelots et de mousses, c'est que nous les réunissons tous dans une même pensée.
Bonelli est mort pendant la guerre, comme en paix, à son banc de quart.
Bonelli est un symbole, le plus fier entre tous puisqu'il a attiré l'attention de ses chefs. Il n'a pas manqué à son devoir puisqu'il a remonté le moral de ceux qui n'avaient pas l'âme aussi bien trempée.
Bonelli reste le symbole de la haute vertu maritime.
Ces paroles sont saluées d'applaudissements, puis M. Rio termine en levant son verre à la prospérité de l'établissement et boit à la Marine française.
Visite des Chantiers
Le discours de M. Rio terminé et applaudi, l'assistance quitte la salle du banquet et sous la direction du haut personnel des chantiers, visite les différents ateliers et dépendances.
Cette visite est faite très hâtivement vu l'heure tardive. Nous aurons prochainement l'occasion de la faire plus en détail pour nos lecteurs un jour prochain.
A 15 h. 15, la visite est terminée, M. Rio et les personnes de sa suite reprennent place dans le train spécial qui les a amenés et quelques minutes après, celui-ci quitte le chantier se dirigeant vers Rouen et Paris ou il doit arriver vers 20 heures.
Ch. Pinchon
1921.11.30.De R. Marcireau - La Journée industrielle.Article
Coupure de presse
Mercredi 30 novembre.Le lancement du "Capitaine-Bonelli" aux nouveaux chantiers du TraitC'est le premier cargo construit par la société Worms & CieDe notre envoyé spécial, Le Trait, 29 novembre 1921
La société Worms et Cie, qui, jusqu'en 1918, s'était exclusivement consacrée, au Havre, à l'armement et à l'importation des charbons, résolut, un peu avant l'armistice, d'accroître son activité industrielle et d'aborder également le domaine proprement dit des constructions navales. Dans ce but, elle a créé, dans la petite commune du Trait, près de Rouen, un ensemble d'installations, dont l'édification s'est poursuivie sans relâche jusqu'à leur complet achèvement, et qui, avec les dépendances, couvrent une superficie de 24 hectares. C'est dans ces nouveaux établissements qu'elle a construit le "Capitaine-Bonelli", au lancement duquel elle a procédé aujourd'hui avec un plein succès, sous la présidence de M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande.Le "Capitaine-Bonelli", qui porte le nom d'un marin mort vaillamment pendant la guerre, est un grand cargo charbonnier de 4.700 tonnes de port en lourd. C'est la première unité construite par les chantiers du Trait et ses caractéristiques sont les suivantes : longueur, 95 mètres ; largeur, 14 mètres ; creux, 7 mètres ; tirant d'eau, 6 m 10 ; vitesse, 10 nuds.Le "Capitaine-Bonelli" a été lancé complètement achevé, toutes chaudières allumées, ses trois mâts coquettement décorés de pavillons et d'oriflammes multicolores. Il a, dès aujourd'hui, et par ses propres moyens, gagné le Havre, où il va procéder très prochainement à ses essais.
Le banquet
Après le lancement, MM. Worms, Majoux et Goudchaux avaient convié leurs invités à un grand banquet de plus de 200 couverts, servi dans l'une des salles de réfectoire des chantiers du Trait. Un très grand nombre de personnalités du monde industriel étaient présentes ; citons MM. Ziegel, administrateur-délégué des Chantiers navals français ; Dhôme, directeur de cette société ; Mercier et Petin, membres du Comité des forges de France ; Macau, administrateur-délégué de la Société normande d'électricité ; de Beaumarchais, administrateur des Chantiers et Ateliers de la Gironde, etc. Nous avons également remarqué la présence de MM. Noulens et Brindeau, sénateurs ; Thoumyre, Anquetil, Lavoinne, Maillard et Nibelle, députés. Des allocutions fréquemment applaudies ont été prononcées par MM. Rio, Worms, Lallemand, préfet de la Seine-Inférieure ; Brindeau et Noulens, sénateurs.
Les nouveaux chantiers
Les nouveaux chantiers du Trait comprennent essentiellement :1° Un atelier des coques et des forges, desservi par 2 ponts roulants de 5 tonnes ;2° Un atelier de grosse chaudronnerie et de grand ajustage pour la construction des machines et des chaudières et desservi chacun par un pont roulant de 50 tonnes, un de 30 tonnes et deux de 5 tonnes.3° Une scierie et un vaste atelier pour tout ce qui concerne le travail du bois ;4° Une salle consacrée aux études techniques, au service photographique, au tracé des formes et à la confection des gabarits, complétant un ensemble dont l'outillage a été adapté aux derniers progrès de la technique industrielle moderne ;5° Huit cales de construction, munies de grues Titan et se divisant en trois groupes : deux cales de 170 mètres, convenant à des navires de 17.000 tonnes de déplacement ; quatre cales de 135 mètres, pouvant lancer des navires de 9.000 tonnes ; deux cales de 135 mètres, convenant à des navires de 2.800 tonnes.A l'heure actuelle, les établissements du Trait sont en complète activité : six navires sont déjà sur cales et le programme naval total à réaliser en 'comprend vingt. Le prochain lancement aura lieu en janvier 1922.Les chantiers sont desservis par un embranchement particulier se greffant sur la ligne de Barentin à Caudebec et des ramifications du réseau permettant d'amener jusque dans les ateliers les wagons chargés de pièces lourdes.
La cité ouvrière
La main-d'uvre utilisée dans les établissements du Trait s'est accrue avec une grande rapidité et la population de la commune a passé de 380 habitants à 3.000 environ.Pour résoudre le problème du logement, une société immobilière a été fondée par la société Worms et Cie et de nombreuses maisons ouvrières ont été édifiées. Leur nombre atteint, actuellement, près de 200 et elles sont divisées en plus de 300 logements. Des avantages, au point de vue du nombre de pièces et du prix, sont accordés aux familles nombreuses. En outre, chaque maison est accompagnée d'un jardin, ce qui donne à l'ensemble de la cité, répartie sur une longueur de 3 kilomètres, dans un site du reste, ravissant, un aspect de gaieté et d'hospitalité.L'eau est fournie par deux puits artésiens dont l'un a été foré à 133 mètres de profondeur et l'autre à plus de 150 mètres. La cité du Trait a été dotée d'un cinéma, d'une école ménagère, d'un dispensaire où des consultations sont données aux mères de famille.Lorsque l'effectif ouvrier des ateliers et chantiers sera au complet, la population de la commune du Trait atteindra de 10.000 à 12.000 habitants.
R. Marcireau
1921.11.30.Du journal Le Petit Havre.Article
Coupure de presseNB : La mauvaise qualité de conservation du texte imprimé à l'intérieur du journal n'a pas permis de pratiquer la reconnaissance optique des caractères. Au TraitInauguration des Ateliers et Chantiers de la Seine-MaritimeC'est sous un ciel ouaté de brume épaisse qui masquait à la vue les rives de la Seine, au milieu d'un décor d'arbres poudrés a frimas, que s'est effectués hier, solennellement, l'inauguration des splendides établissements de construction navale que la maison Worms a fait édifier sur le territoire de la commune du Trait.Ce que sont ces établissements, quelle noble et généreuse pensée a présidé à leur création, quelle est l'importance de leur agencement, quelle heureuse conception a dirigé l'installation des cales et des divers ateliers, quelle habile et gracieuse disposition a été adoptée pour le bien être familial des ouvriers ; voilà autant de points extrêmement intéressants que nous ne saurions traduire comme il convient à l'heure tardive où nous écrivons ces lignes, mais sur lesquels nous nous réservons de revenir en détail quelque jour proche.Retenons seulement que sur les huit cales en construction que comporte le chantier, six étaient occupés hier matin par des navires en cours de construction et que l'un d'eux, le cargo charbonnier "Capitaine-Bonelli", construit pour le compte de la Marine marchande, allait être mis à l'eau en présence de M. Rio, sous-secrétaire d'État à la marine marchande.Pour la circonstance, un train spécial venu de Paris avait amené deux cent vingt personnalités du monde parlementaire, des grandes maisons commerciales et des principaux établissements industriels, ainsi que diverses notabilités de la marine et des services administratifs.MM. Worms, Goudchaux et Majoux, associés de la maison Worms, faisaient les honneurs du chantier à leurs invités.A la descente du train, nous trouvons aux cotés de M Rio : [voir liste en page ]Tout le haut personnel de la maison Worms est présent, notamment MM. Nitot, secrétaire général des Chantiers du Trait ; Serret, directeur générai au Havre ; Frémont, directeur des combustibles, et fait les honneurs du chantier aux invités auxquels étais venu se mêler en masse compacte tous tes habitants des villages voisins.Dès la descente du train les notabilités traversent le vaste chantier et vont prendre place sur une spacieuse tribune dressée derrière les cales.Le cargo "Capitaine-Bonelli"Sur la cale du milieu, se dresse la masse imposante du "Capitaine-Bonelli", le superbe cargo que l'on va lancer.Au-dessus de son pont, sa cheminée noire, blanche et jaune s'empanache de fumée, car le navire est complètement achevé, ses machines sont sous pression et dès qu'il aura pris possession de la Seine, il descendra - si la brume veut bien le permettre - vers Le Havre où auront lieu ses essais officiels.De proue en poupe, les séries de pavillons parent le navire de leurs vives couleurs.Le bâtiment est à la fois très imposant par sa masse et fort élégant par la finesse de ses lignes. Ses caractéristiques sont les suivantes : longueur, 95 mètres ; largeur, 14 mètres ; creux, 7 mètres ; port eu lourd, 4.700 tonnes ; tirant d'eau, 6 m 10 ; vitesse, 10 nuds.Ce cargo, qui possède une quille plate et deux quilles de roulis et dont les côtés présentent une ligne perpendiculaire, a deux cales à l'avant et une cale à l'arrière, desservie par deux larges panneaux. Ce qui frappe en effet l'attention, lorsqu'on l'examine, c'est l'étendue de ces panneaux. Avec l'outillage mécanique d'un port charbonnier comme Cardiff, ils permettront de charger le navire en cinq ou six heures. Avec l'outillage du Havre et de Rouen, le déchargement pourrait être fait en un jour et demi. Ces cales peuvent de même recevoir les colis les plus encombrants et son pont admettre une importante pontée.La machinerie occupe la partie centrale, arec sa chambre de chauffe et sa chambre des machines. Au-dessus se trouvent les logements des officiers, bien meublés et lambrissés de chêne clair, avec au centre un spacieux salon paré d'une cheminée de marbre et de tentures élégantes. Un cabinet de toilette, une salle de bains, un office, complètent ces aménagements. La passerelle et le poste de commandement sont au-dessus.En arrière de ces appartements, entourant la chambre d'aération de la machinerie, sont répartis : la cuisine, les chambres des officiers, le carré, la salle de bains et les w.-c.La cambuse, le compartiment du servo-moteur et le poste de commandement des cabestans se trouvent à l'arrière ; le poste de l'équipage est à l'avant. Plus tard, le navire sera doté de la télégraphie sans fil.Les installations pour la manuvre du gouvernail, du guindeau, pour la ventilation, le chauffage et I'éclairage des locaux sont des plus perfectionnés.C'est un type réellement remarquable de bâtiment dont la réalisation fait grand honneur aux ingénieurs et au personnel des chantiers.[Suite des colonnes impossible à O.C.riser.]
1921.12.01.Coupure de presse (origine non précisée)
Coupure de presseLe lancement d'un nouveau cargoRouen, 30 novembre. Hier, a eu lieu, aux Ateliers et Chantiers de la Seine, le lancement du cargo "Capitaine-Bonelli", en présence de M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande, et de nombreuses personnalités.Le "Capitaine-Bonelli" est un navire de 95 mètres de longueur, 14 mètres de largeur et de 4.700 tonnes ; sa vitesse est de 10 nuds. Il est aménagé pour le transport du charbon. C'est le premier navire d'une série de six commandes par l'État.
1921.12.02.Du journal La Vigie de Dieppe.Article
Coupure de presseLancement d'un cargo tout armé aux ateliers et chantiers WormsMardi dernier, aux chantiers de construction admirablement installés par la maison Worms au Trait, entre Duclair et Caudebec, sur la rive droite de la Seine, large de 300 mètres à cet endroit, il a été procédé au lancement du cargo "Capitaine-Bonelli", entièrement armé et gréé.Le vapeur charbonnier "Capitaine-Bonelli", qui fait parti d'une importante commande passée aux Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime pour le compte de la Marine marchande de l'État, a été, à l'exception de sa machine, entièrement construit aux chantiers du Trait.Lorsque les autorités et les invités de MM. Worms, Goudchaux et Majoux, directeurs associés, descendent vers 12 h. 15 du train spécial qui vient de les amener, ils aperçoivent parmi les 5 cargos en construction, la silhouette élégante du "Capitaine-Bonelli", qui se détache dans le brouillard trop épais de cette froide journée hivernale.Le cargo, dont les essais de machine ont eu lieu sur cale, a été reçu la veille par la Marine marchande. Son équipage est à bord, la cheminée fume, les chaudières sont sous pression et les appareils électriques fonctionnent en plein.Le cortège fait le tour du bâtiment, qui, fraîchement peint et orné du grand pavois, dresse fièrement sa masse imposante, que prolongent vers un ciel gris deux mâts élancés, reliés par une longue antenne de télégraphie sans fil.Le cargo mesure 95 m de long, 14 m de large, 7 m de creux. Son port en lourd est de 4.700 tonnes, son tirant d'eau de 6 m 10 et sa vitesse de 10 nuds.Tout est prêt pour le lancement ; les autorités montent sur l'estrade élevée devant l'étrave du cargo.Il est midi 33, lorsque M. Rio, sous-secrétaire d'État, saisissant une élégante hachette que lui offre M. Worms tranche le dernier filin qui retient le "Capitaine-Bonelli". Le navire glisse imperceptiblement sur ses glissières et pendant 2 minutes qui semblent bien longues, on a l'impression qu'il reste immobile. Mais les techniciens rassurent les profanes : le suif est gelé, il travaille lentement mais sûrement. Le navire part !... Il est parti ! Accélérant sa vitesse, il descend vers la Seine, sifflant lui-même en son honneur. Il est 12 h. 36, lorsqu'il entre majestueusement dans le fleuve, large de 300 mètres à cet endroit.Virant assez court, le cargo met le cap sur Caudebec. Il remplit aussitôt ses ballasts et file immédiatement vers Le Havre. Bien droit, superbe d'allure, il disparaît bientôt.Chacun félicite M. Majoux, le sympathique directeur des établissements du Trait, qui a dirigé personnellement les travaux, et MM. Vence, ingénieur en chef ; Scherens, ingénieur dessinateur et Watt qui furent ses collaborateurs dévoués.Le plein succès de ce premier lancement, particulièrement hardi, doit les récompenser de leur bel effort, et c'est avec joie qu'ils reçoivent des compliments de tous.Parmi les notabilités qui entouraient M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande, citons MM. Noullens, sénateur, ancien ministre ; Brindeau et Quesnel, sénateurs de la Seine-Inférieure ; Guenrer, député, président de la commission de la marine marchande ; Ajam, député, ancien sous-secrétaire d'État à la Marine marchande ; Anquetil, Lavoinne, Maillard, Nibelle, Thoumyre, députés de la Seine-Inférieure ; Lallemand, préfet de la Seine-Inférieure, Hippolyte Worms, armateur ; Majoux et Goudchaux, directeurs associés de la maison Worms ; Domer, directeur de la maison de Dieppe ; Rimbert, maire de Dieppe, Coche, ancien maire, Maurice Thoumyre, président de la Chambre de commerce, etc.
1921.12.03.Du Journal des charbonnages.Article
Coupure de presseMardi 29 novembre 1921, dans les chantiers de la société Worms et Cie, créés depuis la guerre avec traité, a été lancé le premier bateau construit.C'est un cargo-charbonnier de 4.700 T. de port en lourd, le "Capitaine-Bonelli". Il a été lancé complètement achevé, les chaudières allumées, et, sitôt l'opération, d'ailleurs parfaitement réussie, il s'est dirigé sur Le Havre par ses propres moyens.
1921.12.03.Du journal L'Impartial de Dieppe.Article
Coupure de presseAux Établissements de construction navale de la Maison WormsMardi dernier, pour la première fois en France, a été lancé un cargo entièrement aménagé et prêt à prendre Immédiatement le large. L'honneur de cette belle opération revient à la maison Worms, qui réalisa ce tour de force à l'occasion de la mise à l'eau de la première unité construite dans ses chantiers du Trait. Et le cargo Capitaine-Bonelli, avait à peine pris contacts avec l'éliminent liquide qu'il mettait la route pour descendre la Seine et gagner la Havre.La cérémonie du lancement et la visite des établissements du Trait eurent lieu sous la présidence de M. Rio, sous-secrétaire d'Etat de la Marine marchande.Plus de deux cents invités, autorités et notabilités, avaient répondu à l'invitation de participer à cette grande manifestation sur les rives de la Seine et qui eut un plein succès ; tous furent reçus très aimablement. MM. Worms, Goudchaux et Majoux, associés de la Maison Worms, faisaient les honneurs du chantier à leurs invités.Parmi les notabilités qui entouraient M. Rio, sous-secrétaire d'État à la marine marchande, citons MM. Noullens, sénateur, ancien ministre ; Briodeau et Quesnel, sénateurs de la Seine-Inférieure ; Guernier, député, président de la commission de la marine marchande ; Ajam, député, ancien sous-secrétaire d'État à la Marine marchande ; Anquetil, Lavoinne, Maillard, Nibelle, Robert Thoumyrn, députés de la Seine-Inférieure ; Lallemand, préfet de la Seine-Inférieure ; Domer, directeur de la maison Worms de Dieppe ; F. Rimbert, maire de Dieppe, Coche, ancien maire, Maurice Thoumyre, président de la Chambre de commerce ; Marcheix, ingénieur du port de Dieppe ; Guérin, commandant de la flotte Dieppe-Newhaven, etc.
1921.12.08.Du Journal de la Marine marchande.Article
Coupure de presseLes nouveaux chantiers Worms, au TraitNous avons brièvement rendu compte dans notre dernier numéro du lancement du "Capitaine-Bonelli", auquel assistait notre rédacteur en chef, le 29 novembre dernier.On se rappelle que ce magnifique charbonnier fait partie d'une commande de huit vapeurs à exécuter pour le compte de la Marine marchande et dont les caractéristiques sont les suivantes : longueur, 95 mètres ; largeur, 14 mètres ; creux, 7 mètres ; port en lourd, 4.700 tonnes ; vitesse, 10 nuds, la machine et la chaudière occupant la partie centrale du bâtiment.La cérémonie prenait un attrait tout particulier du fait qu'il s'agissait, non plus d'une simple coque, mais d'un bâtiment complètement gréé et équipé, possédant son équipage à bord et qui put, sitôt mis à flot, rallier Le Havre, son port d'attache, en vue d'y procéder immédiatement à ses essais.C'est en 1916 que la Maison Worms et Cie, fortement éprouvée par les pertes que la guerre sous-marine a infligées à sa flotte, songea, en vue de la reconstitution de celle-ci et devant l'encombrement des chantiers de construction, à se créer une nouvelle branche d'activité.Les Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime virent grand. Outre les huit cales de lancement dont deux atteignent 1,70 m de longueur et un atelier des coques de 8.000 m2 de superficie, les Chantiers comprendront des ateliers complets pour la construction des chaudières et des machines, mesurant chacun 100 mètres de longueur et 35 mètres de largeur, une grosse forge pour la confection de l'outillage, une scierie, ainsi qu'une menuiserie dotée des procédés de fabrication les plus modernes, afin qu'il puisse être pourvu, sans aucune difficulté, à tous les travaux d'emménagement des navires.Ce programme fut réalisé en utilisant tous les procédés de la technique moderne et il se poursuit sans relâche, malgré toutes les difficultés de main-d'uvre et d'approvisionnement des matériaux, englobant au surplus l'édification d'une cité ouvrière pour plus de 400 ménages.Au fur et à mesure que les ateliers sont achevés, l'outillage le plus perfectionné y est mis en place. Cet outillage est capable de répondre à toutes les exigences de la fabrication : poinçonneuses, cisailles, fraiseuses, four à membrures de l'atelier des coques, tours et raboteuses de toutes dimensions dans l'atelier de grand ajustage, machines à cintrer et à former dans celui de chaudronnerie ; groupes électriques de 1.500 kwt, pompes hydrauliques refoulant dans des accumulateurs capables de donner une pression de 110 kilos par cm2, compresseurs d'air, tout cela en vue de fournir dans tous les endroits du chantier l'énergie nécessaire ; grues Titan auprès des cales, de 35 mètres d'altitude, pouvant soulever 4 tonnes à 24 mètres de flèche ; portique roulant à triple mouvement pour le classement des matériaux sur un parc à tôles de 360 mètres de longueur.Les grands ateliers sont d'ailleurs desservis par 4 ponts-roulants, deux de 50 tonnes, deux de 30 tonnes, tandis que 4 autres de 5 tonnes assurent les transports de matériaux dans les nefs latérales.Les différents ateliers qui s'étendent, au bord de la Seine, sur plus de 25 hectares, donnent l'impression qu'ils représentent une productivité de plus de 50.000 tonnes de navires par an.Au moment de la visite ministérielle, quatre machines étaient déjà en cours de montage dans l'atelier d'ajustage, deux autres en pleine fabrication ; dans l'atelier suivant, dix chaudières apparaissaient en bonne voie d'achèvement. Sur cale, outre le "Capitaine-Bonelli" qui vient d'être lancé, cinq autres navires sont en cours de construction, parmi lesquels deux sont destinés à la Maison Worms et Cie, les trois autres faisant partie du programme de 8 cargos charbonniers à effectuer pour la Marine marchande, dont nous parlions plus haut.Il serait du reste possible de mettre en chantier des unités bien plus considérables, atteignant jusqu'à 16.000 tonnes de déplacement. On pourrait donc construire au Trait des paquebots et des cargos mixtes.Souhaitons que nous fêtions prochainement la mise sur cale d'une de ces unités.
1921.12.17.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Au préfet de la Seine-Inférieure
Worms & Cie
Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime
Le Trait
À monsieur le préfet de la Seine-Inférieure
Rouen
Monsieur le préfet,
Nous avons l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance le renouvellement pour une durée de cinq années, à compter du 1er janvier 1922, des autorisations suivantes accordées jusqu’au 31 décembre 1921 par arrêté préfectoral en date du 19 mai 1917 :
1° Faculté d’occuper un terrain domanial situé entre les km 301,050 et 301,421, dans la commune du Trait,
2° Autorisation de déblayer, remblayer et faire tous les travaux nécessaires pour l’installation de six cales de construction de navires.
3° Autorisation de démonter une partie de la digue, en aval, pour y continuer l’établissement des cales ci-dessus.
Veuillez agréer, monsieur le préfet, l’assurance de notre haute considération.
Le Trait, le 17 décembre 1921
P. Pon Worms & Cie
Le secrétaire général,
H. Nitot
1921.12.27.Des ACSM.Premier acte additionnel au marché passé le 20 octobre 1919
Premier acte additionnel au marché passé le 20 octobre 1919 entre le ministre de la reconstitution industrielle et Ies Ateliers et Chantiers de la Seine Maritime pour la fourniture de 8 navires charbonniers à vapeur, en acier de 4.700 tonnes de portée en lourd.
Article 1er
Le marché est modifié comme suit, en ce qui concerne seulement le sixième cargo.
Article II
Le constructeur pourra, avec l'autorisation du bureau veritas, substituer des fers en U aux fers à boudin primitivement prévus.
Article III
L'administration livrera au constructeur environ 918 tonnes de tôles et 240 tonnes de profilés.
En vue d’éviter les corrections de prix prévues à l'article 12 du marché, le prix des matériaux livrés sera calculé à raison de 500 Frs par tonne, base indiquée au dit marché.
Toutefois l’emploi des tôles fournies par l’administration devant conduire à un déchet supérieur à la moyenne un rabais de 90 Frs par tonne sera appliqué au prix des tôles indiqués ci-dessus.
En définitive les tôles seront comptées à 410 Frs par tonne, les profilés à 500 Frs par tonne.
Le montant de ces cessions sera retenu sur le paiement du deuxième, ou s'il y a lieu du troisième terme du marché.
Article IV
Les frais de transport depuis la gare de Clopée (près Caen) jusqu'aux chantiers du Constructeur restent à la charge de ce dernier, toutefois en raison du déchet dans l’emploi des tôles, le cinquième des frais de transport de ces tôles sera remboursé au constructeur, sur présentation d’une facture ou deux exemplaires, dont une sur timbre, accompagnée des pièces justificatives.
Article V
En raison des frais supplémentaires entraînés par l’emploi de matériaux différents de ceux prévus primitivement, il sera alloué au constructeur une somme forfaitaire de 16.000 Frs qui sera payée en même temps que le troisième terme du marché.
Article VI
Aucun autre changement n’est apporté aux clauses et stipulations du marché.
Article VII
Le présent acte additionnel ne sera pas imprimé, il sera timbré et enregistré par les soins et aux frais du fournisseur.
P. le ministre des travaux publics et par autorisation
Le directeur du service des charbons
Lu et approuvé
Paris, le 22 mars 1922
Signé : Ader
Le Trait, le 27 décembre 1921
P. Pon Worms et Cie
Le secrétaire général
Signé : H. Nitot
Enregistré à Duclair le 16 mars 1922
F° : 44 case : 9
Reçu : six francs
signé : B. de la Bastide
PCC
L’officier d’administration chargé de la comptabilité de la direction des constructions navals
Signé : illisible