Monographies

Historiques sur des thèmes particuliers

Hypolite Worms

Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime

  • "Le Trait, Berceau de 200 navires, que sont-ils devenus ?", Maurice Quemin, 1987
  • "Le Trait, Berceau de 200 navires, que sont-ils devenus ? - Complément -", Maurice Quemin, 1993
  • "Histoire du chantier naval du Trait (1917-1972)", Paul Bonmartel, 1997

Compagnies maritimes

Assurance

  • "Centenaire de la compagnie d'assurances La Préservatrice (1861-1961)", Pierre Tisné Éditeur, Paris, 1961
  • "Histoire de La Populaire", Gustave Corneau et Roger Duval-Fleury, Paris, 1982

Famille Labbé

  • "Le destin de Worms & Cie, Grandeur et chute d'une société de personnes", Antoine Labbé, Mémoires d'entrepreneurs, Félix Torres Éditeur, 2010

La publication récente de cet ouvrage et la personnalité de son auteur appellent le commentaire suivant.
Le père d'Antoine Labbé, Robert Labbé, a été associé gérant entre 1945 et 1974 ; sa grand-mère paternelle, Marie Goudchaux, a été commanditaire, avant d'être contrainte par la loi portant statut des juifs, en 1940, de léguer ses parts à ses deux fils (Léon et Robert Labbé) ; son trisaïeul, Henri Goudchaux, a été le successeur d'Hypolite Worms, fondateur de la Maison. Cette filiation apporte  a priori du crédit aux propos de l'auteur, qui a « d'abord voulu livrer un témoignage personnel ».
Désireux de « faire entrevoir les pages exceptionnelles d'une aventure entrepreneuriale qui aura marqué l'histoire économique et politique » de la France, Antoine Labbé entend délivrer un message : à la « grandeur » que connut la Maison au cours de la période historique, a succédé la « chute » à l'époque contemporaine. Aussi l'important est-il d'identifier des causes, de désigner des responsables. Cette enquête, dont la rigueur pâtit d'un grand nombre de défauts formels (coquilles, noms propres mal orthographiés, dates erronées, liens de parenté inexacts, anachronismes, omissions...) s'organise autour de quatre thèmes :

  1. Rôle des familles fondatrices Worms et Goudchaux.
  2. Rôle de la Maison durant la Seconde Guerre mondiale.
  3. Rôle de Robert Labbé.
  4. Rôle de Nicholas Clive Worms.

1. L'histoire économique et celle de l'entreprise s'imposent à l'auteur en ce qu'elles illustrent la puissance du processus d'expansion de la société au XIXe siècle, processus (initié par Hypolite Worms, d'abord, et amplifié par Henri Goudchaux, après lui) qui s'est traduit, à partir des années 1910, par une rivalité entre les deux familles héritières dans le choix de la personne la mieux à même de diriger la Maison. Or, ce chef fut Hypolite Worms (petit-fils homonyme du fondateur) et non Michel Goudchaux (fils d'Henri Goudchaux), puis, Raymond Meynial, et non Robert Labbé. Choix judicieux, du reste, comme l'attestent le fort développement capitalistique et l'accroissement vigoureux des activités de la Maison sous la conduite de ces deux hommes.

2. Deuxième point auquel Antoine Labbé, né en 1951, attache une importance singulière : l'occupation allemande entre 1940 et 1944 à laquelle Hypolite Worms et ses principaux collaborateurs sont « soupçonnés » d'avoir apporté un soutien actif et, conjointement, la réactivation du complot synarchique dont « l'équipe Worms » est présentée comme le fer de lance.
Antoine Labbé croit à l'existence de la synarchie. « La puissance occulte (rappelons-nous la synarchie !) et secrète d'autrefois », écrit-il au sujet de la Maison, page 101. De même, s'il se pose la question : « Worms a-t-il collaboré entre 1940 et 1944 ? » (p. 43), il avance sa réponse à travers une série d'allégations, dont aucune ne résiste à une confrontation avec les sources, qu'elles soient conservées aux Archives nationales, ou accessibles sur ce site internet.
Du reste, les historiens et journalistes, cités par Antoine Labbé, ne s'y sont pas trompés. Ainsi Olivier Dard, dans La synarchie, le mythe du complot permanent, écrit-il : « L'inanité du prétendu complot de la synarchie est indiscutable » (p. 104). Ou encore, Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, dans Les Patrons sous l'occupation, qui, à l'interrogation : « Pourquoi Worms ? » répondent : « Sans doute parce qu'il n'y avait pas de meilleur "diable" présentable à l'opinion que ce grand patron anglophile [dont l'épouse Gwladys Lewis-Morgan était Galloise] et supposé juif et sa banque d'affaires à la fois très connue et aux activités discrètes » (p. 677).
Manipulation de l'opinion, rumeurs propagées par les partisans de Laval, attaques de la presse collaborationniste (notamment dans l'Œuvre jusqu'en septembre 1944), ce sont là des faits établis qui ne sont pas pris en compte par Antoine Labbé, des faits pourtant lourds de conséquences, puisqu'Hypolite Worms et Gabriel Le Roy Ladurie ont été accusés d'atteinte à la sûreté extérieure de l'État, et ont été, pour ce motif, incarcérés entre le 7 septembre 1944 et le 21 janvier 1945. L'instruction a duré des mois au cours desquels la Maison et ses filiales ont été soumises à maintes perquisitions, expertises et commissions rogatoires. Le 24 octobre 1946, la cour de justice de la Seine a décidé de lever les charges contre Hypolite Worms et Gabriel Le Roy Ladurie ; le 10 février 1947, la Commission d'épuration a rendu un non-lieu et l'affaire a été classée.

3. Autre idée force soutenue par le livre d'Antoine Labbé : réparer l'injustice faite à la mémoire de son père dont la contribution à l'essor du Groupe n'est pas suffisamment mise en valeur par l'historiographie de la Maison.
Pour autant, on peut s'étonner que cette entreprise de revalorisation se fasse au détriment des autres responsables de la société. En effet, Robert Labbé, qui est devenu gérant en septembre 1944, à la faveur de l'éloignement provisoire d'Hypolite Worms et de Jacques Barnaud (lequel renonça à ses fonctions de gérant de septembre 1944 à janvier 1949, date de son non-lieu) est montré comme le seul auteur de décisions que l'organisation même de la gérance de la Maison imposait de prendre collégialement. Ainsi, par exemple, dans le cas de la transformation, en 1957, des deux départements historiques de la Maison, le négoce de combustibles et l'exploitation des services maritimes, en une filiale dénommée Worms CMC, dont l'existence n'est attribuée qu'à la seule volonté de son PDG, Robert Labbé.
C'est oublier que le professionnel du secteur maritime n'était autre qu'Hypolite Worms lui-même - qui, sa vie durant, s'est défini comme un armateur - et que Robert Labbé n'avait le profil ni du banquier (contrairement à Raymond Meynial), ni de l'industriel. S'il est vrai qu'au moment où Worms CMC a été créée, la conjoncture s'annonçait de plus en plus contraire, force est de constater que Robert Labbé a mené une politique de reconversion qui a entraîné le retrait de la Maison de ses activités d'origine.

4. À l'inverse du message d'Antoine Labbé sur l'œuvre de son père, les remarques concernant l'action de Nicholas Clive Worms paraissent pour la plupart empreintes de partialité. Entouré des autres gérants, dont Antoine Labbé lui-même de 1991 à 1998, Nicholas Clive Worms est désigné comme l'ultime décideur du Groupe. Bien que de manière contournée, ce soit à lui qu'est imputée la suppression du statut protecteur de la commandite, dans les faits, ce désir fut exprimé à plusieurs reprises par les actionnaires les plus importants des filiales cotées en bourse.
Il s'agissait aussi de mettre en adéquation le mode de gestion d'un Groupe fort de 12 000 actionnaires, et où le noyau familial, éclaté en de nombreuses branches, sans affectio societatis (Goudchaux), était lui-même très minoritaire.
De surcroit, aucune distribution de dividendes ne permettait de compenser le poids grandissant de l'impôt sur le capital (IGF, puis ISF).
Finalement, qu'il s'agisse de « grandeur » ou de « chute », ce livre, soucieux d'évaluer les responsabilités des uns et des autres, ne prend, à aucun moment, en compte les bouleversements - parfois tragiques - de l'économie française, dans ses rapports avec le monde et à travers le temps. 

Articles ou chapitres de livres ou de magazines consacrés à la Maison Worms

  • "Les Documents de l'Agence indépendante d'informations internationales", publiés par Roger Mennevée, numéros de janvier, février, mars, mai, juin, août, décembre 1948, février, mars, mai, juin, juillet, novembre, décembre 1949, mars 1950, octobre, décembre 1950, mars 1951, janvier, avril, juin, décembre 1952, août 1953, mars 1959, mars 1963, février 1964, mars, avril 1965, janvier 1967
  • Chapitre intitulé "Worms, quartier général de la Synarchie ? Quand une banque d'affaires se mêle de politique", dans "Les patrons sous l'Occupation. II", par Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Éditions Odile Jacob, 1995, Édition revue et augmentée, Opus, 1997
  • Article intitulé "Quand Worms était armateur", publié dans le numéro d'octobre 2006 de la revue "Navires et Marine marchande"

Livres contenant de nombreuses références à la Maison Worms

Acteurs/témoins

  • "Le Temps des Illusions, souvenirs (juillet 1940-avril 1942)", Henri Du Moulin de Labarthète, À l'enseigne du cheval ailé, 1946
  • "Cinquante mois d'armistice Vichy - 2 juillet 1940-26 août 1944 - Journal d'un témoin", Pierre Nicolle, Éditions André Bonne, Paris 1947
  • "Le Drame de Vichy", Yves Bouthillier, Librairie Plon, 1950
  • "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident (10 mai-10 juillet 1940)", Benoist-Méchin, Robert Laffont, 1956
  • "Fragments de Mémoires, 1940-1941", Pierre Drieu La Rochelle, Gallimard, 1982
  • "De la défaite au désastre", Jacques Benoist-Méchin, Albin Michel, 1984

Historiens et journalistes

  • "Le Destin de Marcel Déat", Claude Varennes, Éditions Janmaray, 1948
  • "Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945", Henry Rousso, Éditions Ramsay, 1980
  • "Une Éminence grise - Jean Jardin - 1904-1976", Pierre Assouline, Éditions Balland, 1986
  • "La Synarchie, Le mythe du complot permanent", Olivier Dard, Perrin, 1998
  • "Histoire de la Collaboration, suivi des dictionnaires des acteurs, partis et journaux", Dominique Venner, Pygmalion Gérard Watelet, 2000
  • "Vichy, 1940-1944", Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Perrin, 2004
  • "Les Hommes de Pétain", Philippe Valode, Nouveau Monde, 2011

Condensant (sans bien les assimiler) les mémoires et travaux qui ont précédé sa présentation des « synarques », Philippe Valode dresse de la Maison Worms un portrait inexact tant en ce qui concerne son organisation que les fonctions et le statut des hommes qui y ont travaillé (Jacques Barnaud, Gabriel Le Roy Ladurie...), et de ceux qui n'en ont jamais fait partie. Les preuves manquent à l'appui de nombre d'affirmations - ainsi, au sujet des relations d'Hypolite Worms avec certains membres du gouvernement Darlan - et l'emploi d'un vocabulaire allusif et de certaines tournures de phrases laissent planer un doute accréditant indirectement la rumeur et les « on-dit ».
La constitution du « super-ministère » par Darlan est simplement annoncée ou assénée. En dehors du désintérêt de Pétain pour les questions économiques, aucune mise en perspective ne vient étayer le sous-titre - pourtant percutant - « L'Économie et la Finance rassemblées dans une seule main », à savoir celle de Darlan (pourquoi lui ? dans quels buts ?). La situation matérielle de la France au lendemain de l'armistice est passée sous silence comme les impératifs particuliers qu'imposent l'occupation du territoire et la satisfaction des exigences de l'Allemagne face à la nécessité de défendre l'intérêt général (comment faire vivre l'économie nationale - du moins ce qu'il en reste - en tenant compte des injonctions de l'occupant ?)
Selon Philippe Valode, la constitution du ministère de l'Économie nationale et des Finances apporte la preuve de l'influence et des menées synarchistes. Les synarques étant animés par une volonté de concentrer pouvoirs et richesses entre leurs mains, la création du « super-ministère » ne peut manquer d'être leur fait. Tandis que les historiens ont documenté et analysé l'atomisation de la pensée politique vichyssiste entre une myriade de factions, de groupes et groupuscules, aux intérêts tantôt convergents, tantôt opposés, l'auteur constate, simplement, que « le gouvernement de Vichy est agité par deux courants plutôt contradictoires » : les néolibéraux et les synarques.
Dans les deux cas, l'exposé consiste en une énumération de noms de « patrons, d'économistes, de hauts fonctionnaires, d'intellectuels... ». Le néolibéralisme tient presque exclusivement dans une présentation hâtive de la pensée économique de Louis Rougier, tout entière contenue dans deux brèves citations.
Quant à la synarchie (objet du chapitre), elle est abordée par messages subliminaux : la synarchie équivaut au rassemblement de l'économie et de la finance dans une seule main, et les synarques sont assimilés à des experts.