117 résultats
1893.08.29.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.29 août (soir) 1893MM. Worms Josse & CieParisMessieurs,La lettre particulière que vous m'avez adressée en date d'hier ne me surprend nullement, ne faisant que me signaler un des incidents, un des effets, une des conséquences de toute une série d'intrigues et de vilenies que le meilleur de mon temps et de mes facultés est employé à démêler et à déjouer.Comme préambule et avant d'entrer dans le vif de la question pour ce qui concerne le "Ganges", permettez-moi de vous affirmer deux choses :1. En l'état de mes relations personnelles avec M. Estrine, qui, depuis quinze ans, ont toujours été empreintes de la plus grande cordialité comme elles l'avaient été avec son excellent père, il est impossible que, de son propre mouvement, il ait vu de mauvais oeil mon entrée dans votre maison ou ait formulé des plaintes ou même des doutes à mon sujet. Au contraire, il a été des premiers et des plus chauds à me féliciter et à se féliciter de ma nomination qui allait donner plus de fréquence et d'intimité à nos rapports. Rien dans son attitude, naturellement un peu froide, n'a jamais témoigné (notre sieur Goudchaux a peut-être pu s'en rendre compte lors de notre visite) de la moindre réticence, mauvaise volonté ou arrière-pensée vis-à-vis de moi. Or, je le tiens pour aussi droit, franc et loyal que l'était son père.2. Nous avons ici, je le dis à regret mais non à la légère, un homme qui a été, qui est encore dans une certaine mesure et qui continuera à essayer d'être le mauvais génie de votre maison de Marseille. Il en a été, de fait et de notoriété publique, le vrai chef pendant quelques années et jusqu'à mon arrivée, qui l'a considérablement gêné, tout en gardant vis-à-vis de moi les dehors de la plus extrême politesse, de la plus plate soumission, tout en m'accablant des protestations hypocrites du dévouement le plus absolu, il est décidé - j'en ai maintes preuves qu'il serait trop long de détailler ici - à rendre ma tâche aussi ardue que possible, à mettre toutes les entraves imaginables à l'oeuvre de réforme et de retour à la régularité et à l'honnêteté que j'ai entreprise et que je mènerai à bout, vous pouvez en être convaincus. Cet homme, ce mauvais génie, vous l'avez nommé, c'est M. Guittet. Ce qui l'a surtout horripilé et désorienté, c'est le renvoi de ses deux créatures et... complices, Buchalet - Martial et leur remplacement par des hommes d'une honnêteté éprouvée.M. Guittet avait pendant l'après-midi du 22, dans son propre bureau, qui est également celui de M. Bousquet, assisté aux entretiens et discussions qui avaient eu lieu au sujet de cette combinaison mais n'avait pas soulevé la moindre objection ou fait la moindre observation.Le lendemain matin, vers 9 heures et demi, il vint dans mon cabinet, les mains sur la tête, me disant que le "Ganges" était arrivé et que le charbonnage n'en était pas encore commencé, qu'on parlait de le renvoyer à l'après-midi, que le mécanicien était fort mécontent, et que lui, Guittet, ne serait pas étonné si nous recevions une lettre de protestation du capitaine.Désireux avant tout de ne pas donner prise à la moindre critique de la part de la P. & O., je priais M. Guittet de téléphoner à M. Bousquet et de s'entendre avec lui sur la meilleure marche à suivre. Malheureusement, au lieu de s'adresser à M. Bousquet comme venant de moi, M. Guittet crut mieux faire en lui intimant purement et simplement, sur un ton cassant, l'ordre de modifier ses plans et de commencer sans aucun retard. M. Bousquet, fort du but poursuivi et des mesures prises pour y arriver, n'obtempéra pas immédiatement aux injonctions de M. Guittet. Du reste, il était près de 10 heures et il aurait eu beaucoup de peine à recruter des hommes, même mauvais. Il se rendit au bureau où, ainsi que l'avait prévu M. Guittet avec tant de sagacité, nous recevions en même temps une lettre du capitaine demandant pourquoi le charbonnage n'était pas commencé.M. Bousquet partit séance tenante pour le bureau de M. Estrine, où il fut très bien reçu. Après l'exposé des raisons qui l'avait fait agir, M. Estrine lui donna raison, reconnaissant que dans la crise que nous traversions, il était trop juste que, livrant le charbon avec une grosse perte, nous fassions de notre mieux pour restreindre les frais le plus possible.L'embarquement fut donc commencé à 1 heure, et à 6 heures, c'est-à-dire après cinq heures de travail, nous avions mis à bord 200 tonnes, c'est-à-dire plus de la moitié de la quantité totale. Car, entre-temps, le mécanicien avait déclaré que ce n'était pas 400 tonnes mais de 360 à 380 qu'il demandait.Jusque-là, l'événement justifiait donc les prévisions de M. Bousquet puisque, après avoir embarqué 200 tonnes en cinq heures, il lui restait sept heures pour en embarquer 160 à 180 et encore avait-il deux heures de marge car il pouvait au besoin travailler jusqu'à 5 heures, heure fixée pour le départ du bateau.Mais il avait compté sans son hôte ! À 7 heures du soir, M. Guittet était à bord du "Ganges", conversant avec le mécanicien avec lequel, comme avec tous ceux de la P. & O., il est au mieux, et, contrairement à tout précédent (cela ne lui était, paraît-il, jamais arrivé), il y resta toute la nuit sans s'éloigner un instant.A peine le travail avait-il repris à 8 heures que le mécanicien, s'approchant des contremaîtres, leur demanda à quelle heure ils pensaient finir. Vers 8 heures, lui répondirent-ils. Il se mit alors à ricaner, en disant : « Je parie que vous ne terminerez pas avant 6 ou 7 heures du matin ! ».À 10 heures du soir, le travail marchait son plein, d'une façon très satisfaisante, lorsqu'un phénomène se produisit. Le bateau donnait tout à coup une forte gîte à bâbord - côté de la mer. Jusque-là, on avait comme d'usage embarqué par deux mains, l'une alimentant les soutes de tribord, traversant le bateau dans toute sa largeur, l'autre alimentant les soutes de bâbord. M. Guittet va aussitôt, de la part du mécanicien, donner l'ordre de mettre les deux mains à embarquer sur tribord pour redresser le bateau. Cette manoeuvre doublait presque la durée de l'opération, mais les contremaîtres ne s'en inquiétèrent pas au début, pensant que, comme d'habitude, il s'agirait de forcer pendant un quart d'heure au plus le chargement à tribord pour rétablir l'équilibre.Il n'en fut rien. On fit fermer les [trous ...] à bâbord. On obligea nos contremaîtres à continuer à embarquer par tribord pendant toute la nuit, et lorsque le dernier couffin fut vidé, malgré les 130 tonnes chargées d'un seul bord, le bateau ne s'était pas redressé ! L'importance de la manutention était presque doublée, les mains travaillaient sur le même bord, s'enchevêtraient, se contrecarraient, se nuisaient mutuellement. Le travail s'en est ressenti au point qu'au lieu d'être terminé à 3 heures du matin, comme il pouvait et devait l'être, il a duré jusqu'à 6 heures et demi, et le bateau, redressé comme par enchantement au moment de l'appareillage, partit à 7 heures au lieu de 5 heures. C'est M. Guittet qui, pendant toute la nuit, avait donné les ordres au contremaître et remontait sur le pont pour rire avec le mécanicien.À peine arrivé au bureau, le 24 au matin, je vis entrer M. Guittet qui, l'air tout contrit, me raconta que, malgré tous les efforts, on avait été obligé de retarder le départ d'un bateau de la P. & O., que c'était extrêmement fâcheux et qu'il craignait de sérieux ennuis avec la compagnie.Je me rendis immédiatement auprès de M. Estrine, qui me reçut le plus aimablement du monde. Je lui fis toutes mes excuses pour ce qui s'était passé et que je n'attribuais qu'à un malentendu et à une erreur de calcul, lui donnant ma parole d'honneur que, sous aucun prétexte et au prix de n'importe quel sacrifice, pareil incident ne se renouvellerait plus. Il me dit qu'il comprenait parfaitement la chose, que, du reste, en matière de charbon, il ne se mêlait de rien et n'était qu'une "boîte aux lettres" (ce sont ses propres expressions), se contentant de faire suivre les communications qui passaient par son entremise et qu'il était certain que nous mettrions toujours tout en oeuvre pour donner pleine et entière satisfaction à la compagnie. Là-dessus, nous nous quittâmes en nous serrant cordialement la main.L'après-midi, je fis une enquête très complète sur ce qui s'était passé pendant la nuit et j'en ai les dépositions par écrit. Il en résulte pour moi de la façon la plus claire et la plus précise que, pour faire une facétie et dérouter les combinaisons de M. Bousquet, M. Guittet et le mécanicien du "Ganges" se sont entendus, ont fait remplir le walter ballast et la petite chaudière du bateau en vidant les mêmes récipients à tribord, de façon à donner une bande permanente au vapeur.En résumé :Je crois que vous pouvez être tout à fait rassurés au sujet des sentiments et des dispositions de M. Estrine à mon endroit. S'il a parlé à sa compagnie de "new manager" et de "new shipping clerk" c'est uniquement à l'instigation du capitaine du "Ganges" qui ne faisait que répéter le dire du mécanicien, lequel le tenait de M. Guittet.Pour l'incident en question, tout se borne à un excès de zèle et de désir de bien faire d'un côté, contre lequel j'ai prémuni M. Bousquet en lui faisant comprendre qu'il y avait des cas où il fallait savoir faire la part de l'opportunisme, et de l'autre côté, à un mauvais vouloir systématique qui ne recule devant rien, ni la ruse ni la trahison ni même la calomnie pour arriver à ses fins.J'aurais bien d'autres révélations d'un ordre autrement grave à vous faire mais, pour le moment, je m'abstiens, me réservant de vous mettre au courant de bien des choses lorsque j'aurais l'occasion de le faire de vive voix.M. Guittet est la plaie de la maison mais, pour diverses considérations que vous saisissez, nous ne pouvons pas nous en débarrasser ou rompre ouvertement en visière avec lui. Ma tactique est donc, non de l'attaquer en face, mais de le circonvenir et d'arriver peu à peu, avec de la patience et de l'adresse, à le museler et à le réduire à l'impuissance. Au point de vue de l'action malfaisante qu'il peut avoir, ne vous inquiétez pas, j'y arriverai. Mais il faut du temps, de la patience et une certaine diplomatie. Ma tâche est un peu rude mais il vaut mieux avoir les yeux ouverts que de marcher en aveugle, et, à moins de circonstances que je ne prévois pas, je parviendrai à triompher de cette hostilité sourde et peu scrupuleuse contre laquelle je dois me tenir continuellement en garde.Inutile de vous affirmer que tout ce que je vous en dis n'est pas le résultat de simples impressions, mais que je puis le corroborer par des témoignages et des preuves, me réservant de le faire à notre première rencontre.Excusez la longueur de cette lettre mais je n'ai pas eu le temps d'être bref. Je ne vous aurais du reste pas ennuyés de toutes ces tristes histoires si vous ne m'y aviez invité et s'il n'avait pas été nécessaire d'entrer dans quelques détails pour que vous vous rendiez bien compte de la portée de l'incident du "Ganges".Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod
1893.08.31.A A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalWorms Josse & CieAncienne maisonHypte Worms & Cie45, boulevard HaussmannParis, le 31 août 1893M. A. E. MonodMarseilleNous recevons votre lettre du 29 et, malgré notre surcharge de besogne, a tel point que c'est à peine si depuis quelques semaines nous avons assez de temps pour toutes les exigences du courant, nous ne voulons pas laisser partir le courrier sans qu'il vous porte nos remerciements pour les explications si complètes et si satisfaisantes que vous nous avez adressées.Nous n'avons pas un mot à redire à la manière dont vous appréciez la personne en question, ni à la manière dont vous entendez manuvrer avec elle. Nous nous doutions bien qu'elle vous donnerait de la tablature, mais nous sommes convaincus que vous en viendrez à bout et si ce peut être une satisfaction pour vous de savoir que vous avez notre confiance et notre approbation absolue, c'est un encouragement dans votre tâche difficile que nous vous envoyons de grand cur.M. Goudchaux s'excuse de ne pas vous écrire cette lettre de sa propre main et ajoute que, si vous croyez utile qu'il vienne parler 24 heures à Marseille, il le fera bien volontiers mais pas tout de suite ! Il faudra attendre que nous soyons un peu sortis de nos difficultés actuelles.Recevez, Monsieur, nos bien cordiales salutations.Worms Josse & Cie
1893.08.31.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.31 août 1893M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Comme suite à ma lettre confidentielle d'hier, j'ai la très grande satisfaction de vous informer qu'ayant eu l'occasion aujourd'hui d'aller rendre visite à M. Estrine au sujet des deux bateaux de la Cie P. & O. attendus, notre entrevue a été plus cordiale et plus amicale que jamais. Nous avons eu une longue et intime conversation au cours de laquelle M. Estrine m'a, de son propre mouvement, parlé d'une foule de choses en confidence. Il a pris l'initiative de remettre sur le tapis le petit incident du "Ganges" et m'a dit en substance ceci : « Ne m'occupant jamais de la question charbon et ne sachant trop comment expliquer à ma compagnie que, pour la première fois, il y a eu une légère difficulté entre votre maison et un de nos [bords], j'ai émis l'opinion que c'était sans doute dû aux tâtonnements de débuts, inhérents à un changement de direction et de personnel. Mais, je reconnais parfaitement qu'il y a eu simple erreur ou malentendu et j'ai donné à ma compagnie l'assurance qu'il ne surviendrait plus aucune anicroche dans l'avenir. Je viens du reste de recevoir d'elle une lettre qui clôt l'incident. »Au cours de l'entretien, et toujours sans provocation directe de ma part, M. Estrine m'a dit : « M. Fraissinet était sans conteste un excellent garçon mais, entre nous soit dit, ce n'était pas lui qui était le chef de la maison, c'était M. Guittet. Celui-ci paraît aujourd'hui un peu gêné et vexé d'être obligé de renoncer au rôle prépondérant auquel il s'était habitué. »Ceci pour bien vous mettre au courant du ton et de l'esprit de notre conversation, pendant laquelle M. Estrine a évoqué maints souvenirs du passé, entre autres celui de son père qui m'aimait beaucoup et que, de mon côté, je vénérais et admirais très sincèrement. C'est en effet un des hommes les plus droits et les meilleurs que j'ai connus.Vous pouvez donc être plus que jamais rassurés sur le véritable caractère de mes relations avec l'agent de la P. & O.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod
1893.09.01.A A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalWorms Josse & CieAncienne maisonHypte Worms & Cie45, boulevard HaussmannParis, le 1er septembre 1893M. A. E. MonodMarseilleNous n'avons qu'un instant pour vous accuser réception de votre lettre d'hier et vous exprimer notre satisfaction que vous ayez eu avec M. [Estrine] l'entrevue que vous nous rapportez.Tout cela est parfait et nous terminons par nos cordiales salutations.Worms Josse & Cie
1893.09.01.De L. Pauvé.Marseille.A Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalMarseille, le 1er septembre 1893Monsieur le directeurMonsieur,J'ai l'honneur de vous informer qu'hier matin, à 11 heures, me trouvant à mon poste d'observation, je fis la remarque du va-et-vient de Coste et de ses collègues au restaurant buvette, situé près de leurs bureaux.Je descendis dans ce restaurant et voici ce que j'entendis. Coste avait l'air très surexcité : « Figurez-vous, disait-il, tout en buvant son Pernod, j'avais demandé un congé qui m'était accordé et je viens de voir l'inspecteur qui m'a dit qu'avant 5 ou 6 jours, je ne pourrai partir. Que diront ma femme et ma belle-mère quand je leur dirai ce fâcheux résultat ?Oh ! Que je voudrais être un petit valet chez moi plutôt qu'un grand maître chez les autres !Mais depuis ce mélange de charbons, je crois être espionné car sans cela on m'aurait laissé partir.Buvons encore un Pernod, dit-il à ses amis, et puis je verrai ce que je ferai demain."Je n'insiste pas davantage, Monsieur le directeur, car s'il fallait vous écrire tout ce qu'il a dit, ce serait trop long.Je fus chargé ce matin de prendre des renseignements au sujet de la maladie de sa belle-mère et j'ai vu sa femme et sa belle-mère en train de servir des clients et lui sur le seuil de sa porte, habillé, prêt à sortir.Je suppose, Monsieur le directeur, que se voyant surveillé et se sentant fautif, il a pris pour prétexte la maladie d'un des siens pour se soustraire à cette surveillance. Maintenant, Monsieur, à vous d'apprécier les choses à leur juste valeur.Je suis avec respect, Monsieur le directeur, votre bien dévoué serviteur.L. Pauvé
1893.09.02.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.2 septembre 1893M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Deux lignes seulement pour vous exprimer ma très vive et profonde reconnaissance pour les termes de votre lettre particulière du 31 août et pour l'encouragement si précieux que vous voulez bien me donner. Vous avez compris combien j'en avais besoin et je vous en sais un gré infini.La visite de notre sieur Goudchaux, surtout au milieu des occupations qui l'accablent, ne me paraît pas bien nécessaire pour le moment du moins. Car il me semble que pour la poursuite et le succès de la tactique que nous avons adoptée, il est essentiel qu'on ne puisse se douter en aucune façon de l'opinion réelle que nous avons de lui et de la communication que je vous en ai faite. Il faut, d'autre part (pardonnez cette présomption apparente mais dont vous comprendrez certainement la véritable portée) à m'affirmer et à m'imposer par moi-même. Au point où nous en sommes, une apparition rapide de notre chef pourrait éveiller des soupçons et faire croire à un appel de ma part, autrement dit, à un aveu d'impuissance et de faiblesse, dont on s'empresserait de tâcher ensuite de tirer parti.Il n'en est pas moins vrai que je note avec gratitude votre si gracieuse proposition et que je m'empresserai de vous la rappeler, le cas échéant.Bien qu'extrêmement surchargé par la besogne courante et impérative et que je sois en conséquence peu libre de mes mouvements, j'ai pensé que ce serait une bonne chose à divers points de vue qu'au moyen de visites de politesse, je me mette en rapports personnels avec les commandants, à l'occasion, ou les chefs mécaniciens des principales compagnies que nous fournissons : P. & O., Hall, Bibby, etc. Je compte donc me rendre à leurs bords, au fur et à mesure de leur arrivée dans le port, à commencer par le 'Malacca', de la P. & O., attendu.Je pense que vous estimerez comme moi que cette mesure ne pourra que resserrer les liens qui nous unissent à ces grandes compagnies et importants clients.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées et l'assurance de mon entier dévouement.A. Monod
1893.09.04.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.4 septembre 1893M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Nous avons l'honneur de vous confirmer notre particulière du 26 courant, croisée avec la vôtre du 16 courant, au sujet de laquelle nous ne pouvons que vous renouveler nos remerciements les plus vifs et les mieux sentis.L'objet de la présente (peut-être oiseuse car vous êtes aussi au courant que nous des nouvelles) est de vous demander s'il y aurait ici à faire au point de vue du charbonnage de la flotte russe [plusieurs mots illisibles] à Toulon vers le milieu du mois prochain, et si dans [plusieurs mots illisibles] aboutissant [plusieurs mots illisibles] cette fourniture.Nous profitons de l'occasion pour vous signaler qu'avec un peu de peine, car le secret était bien gardé, nous avons fini par découvrir quel est l'armateur de Marseille qui traite les deux bateaux de 4 500 tonnes dans nous vous avons entretenus. Il s'agit du fameux [Niolle ou Violle] (naguère petit employé sans le sou), un digne émule de quelqu'un que nous connaissons, du propriétaire du 'Guillaume Tell', qui roule aujourd'hui carrosse grâce à la bienfaisante "[Trident ou Erident Luire'] qui s'est ruinée.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod
1893.09.21.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.21 septembre 1893M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Flotte russe. Nous prenons très bonne note des observations au sujet de cette affaire que nous porte votre lettre officielle d'hier et allons préparer une lettre pour l'ambassadeur dans le sens indiqué par vous. Nous vous l'enverrons par le courrier de demain.Nous sommes en effet d'avis qu'il ne faut rien négliger pour arriver à nos fins ou du moins pour y tâcher. Mais nous vous dirons que d'après ce que nous avons appris hier, M. Romano, qui paraît très appuyé par le consul, et M. de Tourvielle, qui se dit très appuyé par deux hautes influences auprès de l'ambassadeur et de l'amiral, viennent de se mettre d'accord pour faire campagne en commun. Si, comme ils le croient, ils traitent pour la fourniture générale, ils s'adresseront à nous pour les charbons. C'est du moins leur promesse formelle.Mais encore faudrait-il que nous soyons en mesure de fournir et nous avouons que la nouvelle reçue aujourd'hui de Cardiff que le premier vapeur, en exécution de notre ordre, ne pourra pas partir avant le 8 octobre, c'est-à-dire nous arriver avant le 20 octobre, nous coupe bras et jambes. À ce moment, il y aura longtemps que nous n'aurons plus un kilo de charbon, si Cardiff ne trouve pas moyen de nous faire un envoi anticipé. Nous avons eu à charbonner entre hier et aujourd'hui 5 bateaux, tous contractants dont [mots illisibles] et le 'Lancashire', qui doit nous enlever 1.000 tonnes, est attendu demain.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. MonodNe soyez pas surpris que nous abusions de la correspondance particulière. Cela tient à ce que notre copie de lettres ordinaires est un peu à la disposition de tous, et il est difficile qu'il en soit autrement, tandis qu'il y a certains sujets, même ayant trait aux affaires courantes, pour lesquels il vaut mieux éviter la moindre chance d'indiscrétion au dehors.
1893.10.01.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.1er octobre 1893M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Vous aurez compris par notre correspondance officielle d'hier pourquoi et comment nous avons été amenés à vous proposer de dédoubler par catégories de sujets nos lettres quotidiennes.Depuis quelque temps, nous nous apercevons que des indiscrétions sont commises, que des étrangers (que cela ne concerne en aucune façon et qui sont en position d'en tirer parti à notre préjudice) sont tenus très exactement et très promptement au courant de divers détails ayant directement et intimement trait aux affaires et projets de la maison, que le copie de lettres réservé spécialement à notre correspondance avec vous est constamment entre les mains de tel ou tel employé de la maison ne pouvant en tirer aucun renseignement utile au point de vue des fonctions dont il est chargé. C'est surtout depuis qu'il est question de démarches à faire en vue de fournitures à faire à l'escadre russe et de renouvellement de contrats que la curiosité paraît excitée.Il ne nous est pas possible de tenir enfermé notre copie de lettres ordinaires qui contient les articles de comptabilité et certains avis d'affrètement ou autres que divers services peuvent avoir l'occasion de compulser. C'est ce qui nous a donné l'idée de copier dans un registre spécial, qui ne sortira pas de nos mains, tout ce qui constitue l'essence même de nos communications réciproques. Si vous estimez que nous sommes dans le vrai, nous pensons que vous agirez comme nous, que vous voudrez bien écrire sur des feuillets à part, pour être classés séparément, suivant les sujets que vous aurez à traiter.Comme nous avons pris à tâche de vous renseigner sur toutes choses, il faut que nous vous mettions au courant d'un bruit qui court depuis quelques jours dans certains milieux et d'après lequel M. Guittet prendrait ses dispositions pour nous quitter et s'associer avec M. Masson. Nous commençons par vous déclarer que nous ne croyons pas à l'exécution de ce projet, et cela pour plusieurs raisons, dont la principale est que, d'après nos renseignements personnels, puisés à bonne source, M. Masson, qui a un petit avoir, qui en a mangé une partie cette année et n'a aucune envie de le compromettre davantage, paraît plutôt disposé à abandonner la partie qu'à étendre ses affaires et à soutenir une lutte où il finirait forcément par succomber. Il continuera sans doute pendant quelque temps à servir sa très petite clientèle, mais cela nous surprendrait fort qu'il songeât à se développer de façon à pouvoir offrir une situation sortable à un homme de l'appétit de M. Guittet. Il doit se rendre compte en effet que quel que soit l'appoint que lui apporterait celui-ci, grâce aux connaissances, à l'expérience, aux renseignements qu'il emporterait de chez nous, il lui serait fort malaisé d'en tirer un parti suffisamment avantageux, étant donné la situation exceptionnelle de notre maison et la façon dont se traitent les "coaling contracts". Tout au plus pourrait-il essayer de nous faire quelque concurrence vis-à-vis de la clientèle industrielle, et encore, ne pourra-t-il jamais réussir dans cet ordre d'idées beaucoup mieux que maintenant, car vous serez toujours infiniment mieux placés que lui pour les achats et les affrètements.Par conséquent, nous ne croyons pas que la chose se fasse et nous en sommes à nous demander si nous devons nous en réjouir ou le regretter ! Nous opinerions assez volontiers pour la dernière hypothèse, car si d'un côté, nous estimons que M. Guittet pourrait nous faire un certain tort, d'un autre côté, ce tort serait bien limité dans les conditions où il se produirait et serait sans doute largement compensé par la solution toute trouvée de la situation que vous connaissez, solution qu'il serait très difficile et très dangereux de provoquer nous-mêmes. Quant aux services que rend M. Guittet par la nature de ses fonctions spéciales, vous n'auriez aucune préoccupation à avoir au cas de l'éventualité de sa démission, car ne voulant pas nous trouver, à un moment donné, à la merci de "l'homme indispensable", nous avons dès longtemps pris nos précautions et dispositions pour qu'il puisse du jour au lendemain être très avantageusement remplacé à tous les points de vue.Il faut être, en effet, paré à tout événement, si comme nous le disons plus haut, nous ne croyons pas que le projet dont le bruit a couru se réalise, nous ne serions pas du tout étonnés qu'il en eût été question. D'abord, il n'y a pas de fumée sans feu et puis, nous étions préparés à la chose par une impression déjà ancienne qu'une communauté d'intérêts occulte existe depuis fort longtemps entre M. Masson et M. Guittet. Il serait trop long de vous développer les faits nombreux sur lesquels elle se base. Ce qui est certain, c'est une très grande intimité unie M. Viard (gérant de la maison Masson), M. Violle (dont vous connaissez la rapide et extraordinaire fortune) et M. Guittet. Enfin, ce dernier, à la suite des habitudes prises, n'est certes plus homme à se contenter de ses appointements. Or, le 'Casuel' devient trop limité depuis qu'il se sent bridé, surveillé et contrôlé (dans les bornes du possible), depuis qu'il est privé de la complicité de ses créatures, depuis que les choses se passent avec ordre, méthode et honnêteté, en un mot, depuis qu'il n'est plus le maître absolu.Aussi, paraît-il fort désorienté, découragé et désireux de trouver un champ plus vaste à son ambition.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod1er octobre 1893MM. Worms Josse & CieSuite.Et à ses appétits. Nous ne serions donc pas surpris qu'il cherchât une autre situation. Ce qui nous surprendrait serait qu'il la trouvât, car il est très connu sur place.Du reste, sur ce sujet comme sur maints autres, il nous paraîtrait extrêmement utile que nous puissions conférer avec vous et, si vous n'y faites pas objection, nous comptons profiter de notre prochain voyage, qui doit en tout cas nous amener à Lyon et à Genève pour pousser jusqu'à Paris, ce qui entraînera une très petite perte de temps et très peu de frais grâce aux avantages des billets circulaires. Voici donc quel serait notre projet.Partir pour Toulon le 11 courant. Nos affaires faites, nous poursuivrions sur Cannes, où nous aurons à prendre une décision au sujet de notre dépôt et de notre représentant. Nous croyons que nous aurons tout intérêt à supprimer ce dépôt dont les frais ne sont pas en rapport avec l'importance ; les ventes, pour le premier semestre, n'ayant atteint que 500 tonnes, et à ne conserver qu'un représentant, M. [Sue] ou un autre qui ne sera payé qu'à la commission sur les affaires faites par son entremise. Nous profiterons de notre séjour sur le littoral pour nous occuper de nos affaires de transit et pour visiter les directeurs des diverses usines à gaz de façon à obtenir leur appui auprès de leurs administrations respectives.Toulon, avec laquelle nous avons un contrat jusqu'en avril prochain mais qui désirerait le renouveler maintenant, Cannes, Draguignan, Antibes et Menton dépendant de la Compagnie genevoise, que nous verrons plus tard à Genève, Saint-Raphaël et Fréjus, que nous fournissons actuellement sans contrat, Grasse, avec laquelle notre contrat va jusqu'en 1896, etc. À Nice et à Monaco, il n'y aura rien à faire en charbon à gaz, les usines étant liées pour plusieurs années encore. Mais, peut-être y aura-t-il moyen de poser des jalons de même qu'à Grasse pour des ventes ultérieures en charbon à vapeur.Nous n'aurons, au cours de cette première tournée, à traiter ferme la question de prix avec aucune usine. Nous pensons pouvoir être rentré à Marseille le 17 ou le 18 et en repartir presque aussitôt directement pour Paris où nous prendrons vos instructions si vous êtes déjà en mesure de nous les donner en vue des contrats à renouveler ou à solliciter. De Paris, nous nous rendrions à Genève où nous aurons [de bons] aboutissant auprès de la Compagnie genevoise, de là à Lyon [MM. Vautier et Piatou], puis retour à Marseille, après avoir fait, s'il nous reste assez de temps un crochet par Tarascon pour visiter les principales usines à gaz, fabriques, etc., maisons de commerce de l'Hérault et de l'Aude. Tout le voyage ne nous prendra pas plus d'un mois et nous serons certainement rentrés le 10 ou 11 novembre, après avoir tenté tout au moins de faire de bonne besogne.Nous ne vous parlons même pas de la sécurité absolue avec laquelle nous confierons notre intérim à M. Lefebvre, car vous le connaissez mieux encore que nous et savez par conséquent à quoi vous en tenir.Nous vous serions obligés de nous dire si ce plan a votre approbation ou si vous désirez qu'il soit modifié.Il eut sans doute été préférable de retarder notre voyage cette année à cause de l'état de perturbation du marché. Mais, d'après ce qui nous revient de divers côtés, les compagnies, entre autres M. Vautier qui a déjà reçu des propositions, sont désireuses de ne pas laisser arriver le dernier moment avant d'avoir assuré leurs besoins pour l'an prochain.Peut-être, du reste y verra-t-on un peu plus clair vers la fin du mois, et, dans le cas contraire, nous pourrons toujours offrir un modus vivendi temporaire si les prix du moment le comportent.Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations très distinguées.PPon Worms Josse & CieA. MonodCette date suppose, bien entendu, le prolongement dans la région du sud-est, car si nous y renonçons, nous serons de retour bien plus tôt.Nous sommes très persécutés ici pour le renouvellement de nos contrats industriels, la Grand-Combe étant toute prête à traiter pour 1894. Nous ne réussissons à faire prendre patience à nos clients qu'en leur disant que nous nous préparons à aller vous consulter et prendre vos instructions que, dès notre retour, nous les fixerons.
1893.10.06.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.[6] octobre 1893(soir)M. Worms Josse & CieParisMessieurs,M. [Bergeon] a été énormément aimable et gracieux. Dès réception de notre lettre, il s'est donné la peine de venir en personne à Marseille pour nous donner confidentiellement les renseignements les plus complets sur l'affaire du "Prudent" qui nous avait été si fort ému et qui nous émeut encore bien qu'à un point de vue différent maintenant que nous savons à quoi nous en tenir.Au mois de mai dernier, M. Depeaux, par l'intermédiaire de son représentant à Marseille, M. Vigne, avait obtenu de certains propriétaires d'usines à gaz de la région, notamment de M. Vautier, pour Aix, de M. Piatou, pour Toulon, etc., des commandes, à titre d'essai, de charbon "Wearmouth" vendu à raison de 20,55 F le wagon, Marseille.Le charbon devait être livré avant la fin de l'année, sans délai de livraison plus déterminé.Telle est l'origine du chargement du "Prudent".La commande pour l'usine d'Aix avait été dans le principe de 200 à 300 tonnes seulement, mais en présence du retard qu'ont éprouvé nos propres livraisons et du défaut de nouvelles, du départ de l'United Service, M. Bergeon, se voyant à la veille de manquer totalement de charbon, a accepté l'offre qui lui a été faite par M. Vigne d'augmenter de quelques centaines de tonnes la quantité vendue. En effet M. Depeaux a affrété un bateau très supérieur à ses besoins réels et M. Bergeron nous a affirmé qu'il devait être fort embarrassé des 500 à 600 tonnes qui restent sur quai, et qui, paraît-il, ne sont pas encore vendus.Malheureusement, et c'est là le plus fâcheux côté de la question, M. Bergeon, qui a déjà fait des essais sur les premiers wagons qui lui sont arrivés, nous a déclaré que le "Wearmouth" serait excellent et son pouvoir éclairant très supérieur à tout ce qu'il avait reçu depuis longtemps tant en Lambton qu'en New Pelton. Il nous a demandé de nous mettre en mesure de lui en livrer, car, d'après lui, il nous en demandera souvent.Or, d'après les renseignements que nous avons, M. Depeaux aurait le monopole de la vente pour la France des produits de cette mine. Si cela est exact, ce serait une grande chance pour lui et un gros atout qu'il aurait dans son jeu.Nous avons causé longuement avec M. Bergeon du renouvellement de nos contrats avec M. Vautier. Pour ce qui concerne Aix, il est d'avis que, si nous demandons une augmentation supérieure à 1., nous n'aurons aucune chance d'aboutir, mais qu'à 1. peut-être réussirons-nous, bien que, d'après ce qu'il nous a dit, M. Depeaux fait des pieds et des mains pour accaparer M. Vautier.Nous écrivons donc à ce dernier dans le sens indiqué, tout en laissant la porte ouverte à la discussion s'il y a lieu.Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations très distinguées.P.Pon Worms Josse & CieA. Monod
1893.10.17.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.17 octobre 1893(soir)M. Worms Josse & CieParisMessieurs,Excusez-moi si je vous écris très brièvement, mais à la suite d'une nuit extrêmement fatigante, au cours de laquelle je suis rentré à Marseille, voyageant debout dans un couloir de compartiment de chemins de fer, je me trouve un peu débordé par les détails du travail que je veux mettre à jour avant une nouvelle absence.Je vous confirme ma dépêche d'hier soir, de Toulon, vous informant qu'il n'y avait rien à faire pour la "City of [Cruro]". J'ai été indignement joué par le vice-consul auquel je n'ai pas caché ma manière de penser du moment que, le parti pris, il était résolu à laisser gaspiller les fonds de son gouvernement, pourvu qu'il en tirât quelques profits, le moins qu'il pût faire était de m'avertir immédiatement et de m'économiser du temps et de l'argent. Le matin même où il me donnait rendez-vous pour le soir, il savait qu'il n'aurait pas autre chose à me dire que ce qu'il m'a dit en effet, c'est-à-dire que les fournitures étaient définitivement données, que pour ce qui concerne le charbon, la marine russe aurait sans doute à payer deux ou trois francs de plus par tonne que si elle avait traité avec nous, mais que c'était une bagatelle, qui, du reste, rendait tout plus commode.J'étais et suis indigné en même temps que navré d'avoir si mal réussi et d'avoir compromis inutilement la dignité, sinon de votre maison qui est au-dessus de cela, du moins de la personnalité de celui qui, dans la circonstance, la représentait.Avant de quitter Toulon, j'ai vu M. Romano, l'un des trois fournisseurs attitrés, et il m'a promis ses ordres, dont il nous a donné le premier aujourd'hui pour 400 tonnes.D'après ce que je vous ai dit de la façon dont j'ai été reçu, et que je vous développerai verbalement, vous comprendrez qu'il ne m'ait pas été possible de faire quoi que ce soit en vue du charbonnage à Port-Saïd de celui des bateaux de l'escadre qui doit se rendre dans l'Extrême-Orient. Heureusement que M. [Brown] est d'une autre composition que le vice-consul de Toulon et je suis sûr que la maison de Port-Saïd s'entendra facilement avec lui.J'ai reçu ici votre lettre personnelle d'hier et je vous prie d'agréer mes remerciements les plus sentis pour ce que vous voulez bien me dire au sujet de votre conviction que, malgré l'insuccès, j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour réussir. Ce témoignage si délicat de votre part a été un adoucissement aux impressions pleines d'amertume que j'ai rapportées de Toulon et je vous en sais un gré infini.Je vous remercie également très sincèrement de votre gracieuse invitation pour dimanche. Ce sera un grand honneur et un grand plaisir pour moi de me joindre à vous, à Mlles Goudchaux, marraines de la "Thérèse-et-Marie", et à vos amis dans la charmante excursion dont vous me parlez.Au moment où j'ai reçu votre lettre, j'allais précisément vous écrire que très préoccupé du silence persistant de M. Vautier, je croyais sage de lui faire une première visite au moins, le plus tôt possible, quitte à m'arrêter de nouveau à Lyon, puisque je dois en tout cas y repasser à mon retour de Paris.Mon plan est donc de partir demain ou après-demain pour Lyon, et de là poursuivre à Paris, où je pourrais vous communiquer les impressions que m'aura produites mon entretien avec M. Vautier.Si vous avez quelque chose à me communiquer, veuillez adresser chez mon frère, M. L. Monod, 5, rue [Gala], Lyon.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod
1893.10.28.De Worms Josse et Cie Bordeaux.Original
Document originalWorms Josse & CieBordeauxCopie d'un article du journal « La Voie ferrée » du 28 octobre 1893Ruinés !! Nous sommes ruinés ! Les grands magasins nous dévorent.Vous avez tous lu cette plainte douloureuse imprimée sur calicot au-dessus de la boutique d'un tailleur facétieux. Le même s'écriait avec un accent de lassitude découragée : « Enfin, j'ai fait faillite ! »Le public en riait, sachant à quoi s'en tenir sur la sincérité de ces boniments de réclame.Un écho de la même grosse caisse nous arrive aujourd'hui du Havre. « Nous sommes ruinés, Messieurs, complètement ruinés si les chemins de fer se mettent à transporter des vins du midi à 28 F la tonne. Ruiné le grand cabotage, ruinés le commerce et les industries qui s'y rattachent, ruinés aussi les ouvriers du port, et ruinés encore vous autres, marins et mécaniciens, éléments indispensables à la défense du pays. »Tel est le résumé de la pétition qui se signe au Havre et que la Chambre de commerce de cette ville recommande à la bienveillante attention de M. le ministre des Travaux publics. C'est fort triste, et ce d'autant plus triste que les instigateurs du mouvement sont Messieurs Worms Josse & Cie qui, s'ils ne transportent plus de vin de Cette [Sète] au Havre à plus de 28 F la tonne, vont être contraints de se faire inscrire au bureau de bienfaisance.Vraiment ! MM. Worms Josse & Cie, les plus grands marchands de charbons anglais, les pourvoyeurs des trois-quarts des navires qui passent à Port-Saïd et Suez, les armateurs de ces nombreux steamers qui vont au sud, au nord, dans la Baltique, à Hambourg, à Cadix et à Marseille, MM. Worms Josse & Cie qui, de ce chef, toucheront en 29 ans, peut-être quatre, peut-être six millions de francs sur le budget à titre de primes ? Comment ! Ils sont si bas dans leurs affaires qu'il leur faut - c'est une question de vie ou de mort - le fret des vins du Midi à plus de 28 FF ? Il paraît.Ne leur dites pas que c'est là, pour une aussi petite traversée, un fret excessif, qu'on va souvent pour moins d'un bord à l'autre de l'Atlantique, et qu'après tout, ce n'est ni aux viticulteurs ni aux marchands de vins ni au public à leur assurer des revenus. Ruinés, vous répéteront-ils, nous sommes ruinés, si le ministre homologue ce détestable tarif.Ruinés, MM. Worms Josse & Cie ?Pauvres gens !!
1893.11.04.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.4 novembre 1893(soir)MM. Worms Josse & CieParisMessieurs,Rentré ce matin, un peu fatigué et horriblement enrhumé, je vous demanderai la permission de n'ajouter que quelques lignes particulières aux avis officiels de la Maison.Menus. J'ai pris bonne note de la communication téléphonique que M. Meyer a bien voulu me faire à Lyon. Il est urgent que nous prenions à temps nos mesures pour couper l'herbe sous les pieds de nos concurrents présents et futurs, je vais y travailler. Malheureusement, nous ne pouvons pas songer à traiter au-dessus de 20/ et même à ce prix, aurons-nous beaucoup de peine à obtenir des contrats de deux ans. Or, pour qu'à 20/, il nous reste une petite marge, il faudrait que le coût ne dépassât pas 6/ et le fret 8/. Si vous êtes d'avis d'en courir la chance, en raison des considérations que vous avez, nous marcherons. Peut-être réussirons-nous mieux avec un mélange composé de 75 à 80% de menus et 20 à 25% de mottes demi-grosses, avec lequel nous pourrions lutter plus avantageusement avec le tout-venant Grand-Combe, tout en le vendant au même prix de 22/. Pour bien me rendre compte de la chose, et comme prix de revient et comme qualité, je fais écrire à Cardiff pour demander que le prochain bateau nous apporte une cale de 300 à 400 tonnes d'un semblable mélange. En attendant, j'ai déjà eu une conversation avec notre placeur, qui va tâter le terrain auprès des usines.Bergeon. J'ai correspondu téléphoniquement avec lui. Malheureusement, il est si satisfait du charbon du "Prudent" qu'il a traité pour tout le solde de ce vapeur. Je dois aller un de ces jours à Aix pour en causer avec M. Bergeon qui a une grande influence sur son administration et nous veut du bien et, en attendant que nous puissions passer avec elle un contrat définitif, j'espère arriver à m'entendre avec lui pour des affaires suivies. Mais il ne pourra se prononcer qu'après avoir essayé à fond le charbon de l'United Service. Si nous pouvions lui offrir du Londonderry, surtout si nous étions seuls à pouvoir en offrir, je crois que cela marcherait tout seul.M. Vautier a-t-il répondu à Bordeaux ? Et si oui, dans quel sens ? Il y aurait intérêt pour moi à le savoir, en vue de mes négociations. Comme le chargement de l'United Service a été juste suffisant pour l'exécution de nos ordres et que notre stock de charbon à gaz qu'il nous faut forcément entretenir pour les demandes courantes qui nous sont faites, est complètement épuisé, j'ai obtenu de M. Bergeon de nous laisser prendre, sur le solde du "Prudent", une centaine de tonnes qui nous reviendront, droits de douane payés et rendues à notre enclos, à environ 20,50 F. Ce ne sera pas une mauvaise affaire car nos ventes partielles de l'enclos sont toujours effectuées au-dessus de ce prix et nos derniers charbons livrés étaient très éventés tandis que nous les remplaçons par une qualité fraîche et très appréciée.À propos de charbon à gaz, j'ai eu la satisfaction d'apprendre à Cette [Sète] que nos dernières livraisons de Boldon, non seulement n'ont donné lieu à aucune réclamation, mais encore ont été particulièrement estimées. M. Aubert, à Genève, m'a aussi fait l'éloge de ce charbon.Sète. J'ai été enchanté de mon voyage à Sète où j'ai eu un long entretien avec M. Nègre, que je crois pouvoir dire vous être définitivement acquis et attaché. Il est tout prêt à renouveler son contrat pour l'année prochaine et doit venir pour cela prochainement à Marseille. Je crois que nous terminerons dans de bonnes conditions. J'ai trouvé en M. Nègre un homme très comme il faut, très droit, très coulant, c'est un de mes coreligionnaires, neveu de M. Siegfried, ancien ministre et nous nous sommes trouvés une quantité de relations communes de familles et d'amitiés.Greffulhe. Quelques jours avant mon départ de Paris, vous m'avez montré, au sujet de M. Greffulhe, une lettre qui devait donner lieu à une interpellation de ma part vis-à-vis de lui lors de son prochain passage à Marseille. J'avoue que, dans la multiplicité de mes préoccupations, j'en ai un peu perdu de vue le détail et je vous serais fort obligé de bien vouloir me l'envoyer en communication.A. Fraissinet. La fameuse circulaire est enfin lancée sur place et je vous en envoie un exemplaire.Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de mon entier dévouement.A. Monod
1893.11.06.A A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalWorms Josse & CieAncienne maisonHypte Worms & Cie 45, boulevard HaussmannParis, le 6 novembre 1893M. A. E. MonodMarseilleCher Monsieur,Nous répondons en même temps à la lettre spéciale de votre maison et à votre particulière par laquelle nous avons le regret d'apprendre que vous n'êtes pas encore sorti de votre rhume ; espérons que vous ne tarderez pas à vous débarrasser de cet hôte incommode et ennuyeux.Buenos Aires. Voyez si vous pouvez travailler ponctuellement avec cette maison. Si oui, nous en serons enchantés et pour elle et pour vous.Compagnie Nederland. Vous lui avez fourni 50 tonnes à 20. Malgré la perte qui résultera pour nous de cette vente, nous sommes contents que la compagnie se soit adressée à nous et non à Savon. Est-ce que votre facture sera réglée localement ?Nous ne savons pas trop si les vapeurs de cette ligne passent toujours par Marseille d'une façon régulière. Dans l'affirmative, nous serions curieux de savoir quels sont les arrangements pour le charbon.Compagnie franco-canadienne. Un de nos correspondants nous demande des renseignements sur cette compagnie que nous ne connaissons pas du tout, bien que son siège soit ici. Comme M. Cyprien Fabre lui a loué son vapeur "Olbia", il nous paraît infiniment probable qu'il doit être édifié sur son compte et vous nous obligeriez en lui demandant, de notre part, son opinion confidentielle.Consignations. La maison de Cardiff vous a obtenu la consignation du "Carmarth" de M. Édouard Handcock et elle nous demande à quel prix vous facturerez le charbon.Nous sommes dans un grand embarras pour répondre [...] il vous est impossible de descendre au-dessous de 24/ sans perdre. Il est d'autre part fort probable que vos concurrents cotent des prix inférieurs. Dans ces conditions, nous indiquons à Cardiff que votre prix courant est de 24/ mais que, comme vous avez la consignation du bateau, vous vous contenterez de 23/ et nous verrons bien ce que M. Handcock dira.Adrien Fraissinet. Merci pour la circulaire que nous garderons si vous n'avez pas besoin de la rendre à W. P.En voyant la nouvelle maison à l'uvre, il ne vous sera pas impossible, probablement, de savoir avec qui elle travaille à Zanzibar, ce qui est le point essentiel pour nous.En tout cas, nous proposons que votre prédécesseur se consacre aux importations de produits, non aux opérations de charbon, attendu que nous avons assez de concurrence sur les bras pour ne pas avoir encore la sienne.Greffulhe. C'est sur votre conversation avec M. Rostand que vous devez interpeller M. Greffulhe. Nous n'avons pas reçu de ce dernier de lettres postérieures au 14 octobre.Cette [Sète]. Nous avons eu le plaisir de voir d'ici l'année dernière Monsieur Nègre, que nous n'avons pu juger à fond dans les quelques instants qu'a duré notre entretien, mais il nous a fait une assez bonne impression.Aix. Toutes les bonnes dispositions de M. Bergeon ne l'empêchent pas d'acheter ailleurs. Mais, tout considéré, nous aimons encore mieux que le solde du chargement du "Prudent" ait pris le chemin de l'usine d'Aix et ne serve pas à nous déloger d'autres usines où il n'est pas encore connu.En ce qui concerne votre achat de 100 tonnes sur ce solde, nous ne pouvons que constater que vous êtes entrés dans les vues que nous vous avions indiquées à cet égard et que vous aviez d'abord combattues.Notre lettre de samedi vous a renseignés sur l'état des négociations entre la maison de Bordeaux et M. Vautier.Nous faisons notre projet de ce que vous nous dîtes concernant le charbon et il n'est pas impossible que nous fassions quelque chose avec cette mine l'année prochaine, pourvu que nous obtenions d'elle des conditions favorables et telles que vous et nous les souhaitons.Menus. Nous notons vos avis et nous ne pouvons qu'attendre d'une part le résultat de l'essai que vous allez faire, de l'autre les impressions que votre placeur rapportera de ses visites à la clientèle.Recevez, Cher Monsieur, nos cordiales salutations.Worms Josse & Cie
1893.11.07.A Gaston Thomson. Paris.Extrait
Retranscription7 novembre 1893M. Gaston Thomson, député, ParisMonsieur le député,Ainsi que vous avez bien voulu nous y autoriser, nous avons l'honneur de signaler à votre attention les conditions défectueuses du fonctionnement du service sanitaire à Alger.Quand nous avons il y a deux ans créé un dépôt de charbon et une maison dans ce port, c'est parce que nous prévoyons le développement qu'il était appelé à prendre comme port de relâche et de ravitaillement pour les navires à vapeur faisant la navigation de la Méditerranée. Nos efforts depuis cette époque ont tendu à y attirer ceux de nos clients anglais et autres qui avaient jusque là l'habitude de faire escale soit à Malte, soit à Gibraltar, de leur démontrer la supériorité d'Alger sur ces deux points : nous croyons déjà avoir obtenu des résultats dont les autorités locales pourraient probablement témoigner... succès qui tend à s'accentuer tous les jours et qui nous permet d'espérer dans un avenir très rapproché pour le port d'Alger une position prédominante parmi les stations charbonnières du monde.Ce rang ne peut être conquis et conserver qu'à la condition pour les navires relâchant à Alger d'y trouver à tous les points de vue toutes les facilités qui leur sont offertes ailleurs. Or il est actuellement un point faible dans l'organisation du port d'Alger... Notre maison nous entretient presque chaque jour de navires retardés pendant des heures du fait du service de la santé...
1893.11.07.A Worms Josse et Cie Le Havre.Extrait
RetranscriptionWorms Josse & Cie Le HavreRéorganisation des Services maritimes.1 - Il est incontestable que si l'on ne peut pas gagner du temps sur les manutentions à Hambourg et ailleurs avec les installations perfectionnées de nos derniers vapeurs, le but que vous aviez eu en les adaptant serait manqué. Ce qui se fait actuellement ne constitue la limite extrême à laquelle on peut et doit arriver avec une volonté bien arrêtée et des efforts soutenus.Dès lors vous pouvez très bien essayer ceux des itinéraires nouveaux qui paraissent très serrés sauf à leur donner un peu plus d'élasticité si l'expérience en démontre la nécessité.En ce qui concerne l'organisation des réexpéditions entre Le Havre, Rouen et Paris, nous ne méconnaissons pas qu'il y a quelque chose dans nos objections dont il ne nous paraît cependant assez facile de disposer et voici comment à notre avis vous pourriez vous y prendre.À Rouen, qu'est-ce qui vous empêcheraient au lieu d'ouvrir un bureau à vous, de vous entendre avec une maison de la place ? (Vis-à-vis de laquelle pas d'engagement d'une durée déterminée à prendre).De même à Paris, ne suffirait-il pas d'un accord avec une bonne maison de roulage qui, sous l'oeil de nos agents de la cité Rougemont dont le nom seul apparaîtrait, assurerait toutes les manutentions en se conformant aux ordres qui lui seraient donnés et qui au départ opérerait la répartition des marchandises entre les divers services fluviaux.Ce système n'est pas l'idéal, mais il aurait du moins l'avantage de vous permettre de réaliser les améliorations que vous recherchez sans nécessiter les frais et les difficultés d'une organisation directe à laquelle les événements pourront vous obliger à mettre fin au bout d'un court laps de temps. Par contre, si l'essai tenté réussit, rien ne serait plus facile que de changer votre fusil d'épaule et de prendre vos dispositions pour travailler vous-même à Rouen comme à Paris si vous y trouvez votre avantage.2 & 3 - Il est bien entendu que le principe même de l'escale à Tonnay-Charente doit rester en suspens jusqu'après achèvement de l'étude à laquelle M. D[...] va procéder. En ce qui concerne Anvers nous venons de lire la correspondance ancienne qui régit l'exploitation de cette ligne en commun avec M. Deppe et nous croyons qu'il est en effet indispensable de se mettre d'accord avec lui pour modifier les conditions dans lesquelles sont effectués ses départs et les vôtres. C'est un des inconvénients du système actuel, mais nous n'y pouvons que faire.Lorsque vous parlez du trafic Anvers - Hambourg, vous paraissez perdre de vue que le taux des frets entre ces deux ports sera fatalement toujours bas et que dès lors, il n'y a pas là pour vous une source de profits dont il faille faire état en vue d'un service nouveau.4 - Résumé. Si le service est réorganisé sur les bases que voici, il faudra cinq vapeurs pour les itinéraires 2 et 3, 1 vapeur pour l'itinéraire 4, 2 vapeurs pour l'itinéraire 6, soit 8 en tout pour desservir toutes nos escales actuelles et éventuellement Tonnay-Charente, tout en faisant plus de départs à dates fixes qu'actuellement.En ajoutant... le bateau qui entrerait en ligne en remplacement de ceux arrêtés pour les réparations, il resterait trois unités sans affectation spéciale. Ce serait grand dommage de les laisser complètement improductifs jusqu'à ce que le développement du trafic permette de les reprendre sur nos lignes. Peut-être serait-ce le moment de repenser à la ligne Rouen Pasages dont il a déjà été question. À défaut, il y aura toujours la ressource de faire les affrètements au voyage... Quoi qu'il advienne à cet égard, il doit être bien entendu que notre objectif doit être d'occuper nous-mêmes nos bateaux et que c'est à cela que doivent tendre tous nos efforts.Nous vous approuvons d'essayer de chiffrer les résultats probables des nouveaux itinéraires. Mais il ne saurait en être autrement vu l'impossibilité presque absolue de prévoir dans quelles proportions le trafic se développera par suite de l'accroissement du nombre des voyages.
1893.11.07.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.7 novembre 1893MM. Worms Josse & CieParisMessieurs,Greffulhe. Un hasard curieux et que je qualifierai de providentiel nous met à même d'être définitivement et irrévocablement fixé sur le compte de M. Greffulhe et sur la valeur de ses déclarations.Il y a quelques instants en ouvrant le courrier du matin, j'ai passé le canif dans une enveloppe qui ne nous était pas destinée mais je ne m'en suis aperçu qu'à la lecture de la lettre qu'elle contenait et dont je vous envoie sous ce pli la copie textuelle, celle au jaune que j'ai essayé de faire tirer n'étant pas lisible.Vous y verrez que les pourparlers dont m'avait parlé M. Rostand à Paris, ont abouti et que le Comptoir national d'escompte se prépare à délivrer à M. A. Fraissinet des lettres de crédit documentaire jusqu'à concurrence de 200 [...] en faveur de M. Henri Greffulhe.Par suite d'une bévue d'employé au Comptoir, la lettre ne portant aucune indication personnelle, était adressée M. A. F., agent de la maison W. J. & Cie, 19, rue de la République. Il est donc tout naturel que se trouvant dans notre courrier, elle ait été ouverte et c'est ce qui nous a permis d'avoir une preuve tangible de la trahison, de la mauvaise foi, de l'impudeur de M. Greffulhe.C'est à vous qu'il appartiendra de déterminer quelle suite les circonstances et le soin bien entendu de vos intérêts vous engageront à donner à cet incident, et comme je serai avant tout désireux de ne rien compromettre par rapport à vos intentions, je vous serai obligé de bien vouloir me les faire connaître avant la prochaine entrevue que je dois avoir avec M. Greffulhe. Celui-ci prétextera peut-être que M. A. Fraissinet a agi vis-à-vis du Comptoir à son insu et sans s'être assuré son assentiment mais vous admettrez avec moi qu'il aura de la peine à se maintenir sur ce terrain.Pourriez-vous m'envoyer copie de la lettre que vous a adressée M. Greffulhe en date du 6 mai et à laquelle il se réfère dans celle du 15 septembre ? Je tiendrais, s'il y a lieu, à édifier le Comptoir d'escompte sur le compte de son nouvel accrédité.Corvettes américaines. L'affaire est en bonne voie. L'ingénieur de la flotte, qui se trouve à bord, a passé une partie de la matinée sur nos chantiers à examiner nos charbons. Il en a paru satisfait. Bien que la qualité des derniers chargements reçus soit inférieure à ce que Cardiff a l'habitude de nous expédier. Et nous avons bon espoir de recevoir l'ordre demain. Nous avons été obligés de faire le prix de 23/ mais il sera net de tous frais accessoires.Contrats. M. Auguste Bazin, prédécesseur de M. Savon, comme gérant de la société M. Bazin & Cie, m'a dit hier soir qu'à sa connaissance de nombreux contrats de charbonnage à Marseille et Port-Saïd avaient déjà été conclus sur 1894 à des prix extrêmement bas. Vous êtes sans doute beaucoup mieux au courant que lui, car, bien que toujours administrateur de la société, il ne s'en occupe plus guère. Aussi, ne vous transmets-je son renseignement que pour ce qu'il vaut.Veuillez agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. Monod7 novembre 1893 (après-midi)J'ai bien reçu votre particulière d'hier et y répondrai en détails demain. En attendant, je tiens à vous remercier très sincèrement du souci que vous prenez de ma santé. Malheureusement, ma toux ne fait qu'augmenter et je dois aller ce soir me faire examiner et ausculter pour savoir au juste à quoi m'en tenir.Je n'avais pas perdu de vue ma conversation avec M. Rostand au sujet de M. Greffulhe mais je ne sais pourquoi je m'étais figuré que vous m'aviez en outre communiqué quelque lettre ou document relatif au même Monsieur.
1893.11.09.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.9 novembre 1893Worms Josse & CieParisMessieurs,En vous confirmant notre lettre spéciale d'hier, nous nous empressons d'accuser réception de votre particulière du même jour.Greffulhe. Nous prenons très bonne note de tout ce que vous nous dites au sujet de ce Monsieur, ainsi que de votre échange de correspondance avec lui.Nous savons maintenant exactement quelle attitude nous aurons à prendre vis-à-vis de lui lors de notre entrevue d'après-demain, à moins que vos avis ne la modifient d'ici là. Dès que vous serez et nous aurez définitivement fixé sur vos intentions, nous nous occuperons, s'il y a lieu, très sérieusement et très activement de rechercher l'homme qu'il faudra pour le mandat que vous aurez à lui confier. Cet homme, nous l'aurions, croyons-nous, en Monsieur [Guldener], dans nous vous avons déjà parlé, mais nous comprenons l'importance qu'il y aurait à ne pas perdre de temps et à faire si possible embarquer votre délégué par le courrier du 12 décembre. Dans le cas, cependant, où cette solution serait reconnue impraticable, nous pourrions faire télégraphier à M. [Guldener] pour qu'il hâtât son voyage de façon à pouvoir retourner à Zanzibar en janvier.Menus. Nous avons terminé la tournée des industriels étant ou pouvant devenir nos clients et nous n'avons été que confirmés dans l'opinion que pour plus d'une année ou au-dessus de 20/, il n'y aura rien à faire absolument. Grâce à quelques concessions que nous avons obtenues de notre nouveau camionneur, le prix de 20/ rendu à l'usine, représente aussi exactement que possible le prix de revient, en calculant le charbon à 6/ et le fret à 8F50. Il y aurait même une toute petite marge en notre faveur. C'est à vous seuls qu'il appartient de décider s'il vous convient de traiter dans ces conditions, qui offrent certainement un certain aléa et nous vous serions obligés de nous fixer dès demain par dépêche ou par téléphone. (Nous avons maintenant un appareil avec lequel nous pourrons, espérons-le, nous entendre.) Car nous n'aurons pas un instant à perdre pour nous mettre en campagne, en effet, le bruit se répand déjà en ville de la très prochaine installation sur place d'une succursale de la maison Watts Ward & Cie, dirigée par leur ancien représentant dans la maison [Villiote Letertre], M. Normann. Nous avons, pour ce qui nous concerne, conservé, sur vos recommandations, la discrétion la plus complète à ce sujet. Aussi est-on venu nous faire part de la chose comme d'une nouvelle.Forest. Sous le sceau du plus grand secret et notre promesse formelle de ne pas divulguer que nous tenons le renseignement de lui, le capitaine du "Forest" nous a communiqué une dépêche qu'il a reçue hier soir de ses armateurs, en ces termes : « Coal Savon Frères 19/6. Morel ». Or, comme le capitaine sait que son collègue du "Lavernock", charbonnant au même prix, a obtenu pour sa part, et en dehors de la commission d'usage au mécanicien, une remise de 25 centimes, il en exigera certainement autant.Messageries maritimes. Vous savez que pour nos transbordements du Havre pour Hambourg, nous utilisons jusqu'au Havre la compagnie des Messageries maritimes. Mais, comme ces bateaux sont généralement boudés pour cette destination, elle nous traite comme le commun du vulgaire et nous refuse constamment la marchandise, soi-disant faute de place mais en réalité pour sauvegarder les intérêts de quelques clients privilégiés tels que Fournier Frères dont on accepte tout jusqu'au dernier moment. Comme la plupart de nos envois sont destinés aux bateaux de la Compagnie hambourgeoise-américaine, dont nous sommes les agents, et qui partent à dates fixes, nous nous trouvons parfois dans un embarras extrême et fort ennuyés. Or, comme nos expéditions ne dépassent pas une moyenne de 20 à 30 tonnes par mois, la compagnie des Messageries ne ferait pas un bien grand effort en nous en garantissant l'acceptation régulière comme elle fait, nous le répétons, pour d'autres. Nous irions bien voir M. [Lagrège] à ce sujet, mais, tel que nous le connaissons, nous craindrions un refus qui rendrait plus difficile et plus délicate une intervention de l'administration centrale de Paris. Aussi, avons-nous voulu vous consulter, avant de rien faire, ayant l'impression que dans les relations où vous êtes vis-à-vis de ces Messieurs à Paris, ils ne pourront pas refuser à votre sollicitation de recommander à leur agent de nous traiter en clients privilégiés.Adam Brothers. Pour votre gouverne et à titre de renseignement, on nous a signifié au requis de mines de [Sériphos et de Spiliazeza], dont le siège est à Paris, une saisie arrêt sur le fret de l'["Ardoc], à Cette [Sète], en vertu d'un jugement du Tribunal de commerce de la Seine, datant de 1884 et condamnant MM. Adam Bros. au paiement d'une somme de 36 549 F en principal. La saisie n'a pas porté, le fret étant payable à Newcastle. Nous nous demandons pourquoi les créanciers saisissants ne se sont pas attaqués au bateau au lieu du fret !Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations très distinguées.P.Pon Worms Josse & CieA. Monod
1893.11.11.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.11 novembre 1893MM. Worms Josse & CieParisMessieurs,Deux mots seulement en attendant mes communications par téléphone et correspondance de demain pour vous envoyer copie du télégramme que je viens de vous envoyer, qui résume mon impression à la suite de ma première entrevue avec M. Greffulhe, qui a passé plus d'une heure dans mon cabinet. Il doit revenir demain et m'apporter un engagement écrit plus formel encore que les précédents.J'ai eu ce matin une longue conversation avec le directeur du Comptoir d'escompte, dont pas un mot ne me permet de mettre en doute les affirmations de M. Greffulhe, dont l'intérêt est du reste notre principale garantie.Devant encore voir M. Fraissinet, avant la bourse, je ne puis que vous prier d'agréer, Messieurs, mes salutations très distinguées.A. MonodJe tousse toujours beaucoup et devais aller aujourd'hui me faire cautériser la gorge mais le temps m'a manqué.
1893.11.11.De Worms Josse et Cie Marseille.Télégramme
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.LocatorParisPremière conversation Greffulhe laisse bonne impression. Affirme lettres crédit ouvertes sans autorisation et même contre son ordre formel. Seront renvoyées par notre intermédiaire comme non utilisables. Devons nous revoir demain matin. Vous téléphonerons ensuite.Worms11 novembre 1893
1893.11.13.De A. E. Monod - Worms Josse et Cie Marseille
NB : La copie image de ce document de très mauvaise qualité n'a pas été conservée.13 novembre 1893MM. Worms Josse & CieParisMessieurs,Comme suite à notre correspondance de ce jour par "Rapide", nous venons vous informer qu'il nous a été demandé aujourd'hui par Budd si nous étions en mesure de faire des propositions pour charbonner par contrat en 1894 les vapeurs de MM. Morgan qui sont à sa consignation et ont remplacé ceux de la compagnie [Treedy (Trident)] entre Marseille et Odessa. Le service est fait actuellement par deux bateaux l'["Inchborva"] et l'["Orienda"], auxquels viendra peut-être s'en ajouter bientôt un troisième le ["Prudain"], dont MM. Morgan traitent en ce moment l'achat.L'importance des livraisons serait environ de 2.000 tonnes par bateau. Jusqu'ici, la fourniture était faite par Masson, ancien fournisseur de la [Trident Line], mais il paraît être en froid avec Budd qui paraîtrait disposé à employer son influence sur l'armateur pour nous faire avoir l'affaire.Nous avons répondu à Budd en le remerciant que nous n'étions pas encore en position de lui coter un prix, mais nous vous signalons la chose afin que, dans le cas où vous le jugeriez opportun, vous puissiez en aviser MM. Burness, et faire faire par ceux-ci quelques démarches auprès de MM. Morgan. M. Viard (de Masson) est parti hier pour Londres pour tâcher de s'entendre avec ces armateurs et d'autres.M. Parker (de Watson & Parker) est également parti pour Londres.L'armateur du ["Carmarth"] est tellement effrayé du prix que lui a fait Savon qu'il se méfie et a télégraphié à son capitaine de s'entourer de toutes les garanties (peseurs publics et autres) pour assurer l'embarquement du poids exact vendu.Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations très distinguées.A. MonodAvez-vous entendu parler de la mahonne brevetée de M. J. Paul de Londres pour embarquement de charbon ? Cet inventeur nous a écrit en nous envoyant des prospectus et coupures de journaux qui, si les dires en sont exacts, offre un réel intérêt.Connaissez-vous l'opinion de gens compétents en Angleterre et notamment de MM. Burness sur ce nouvel engin ?
1893.11.15.A Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalWorms Josse & CieAncienne maisonHypte Worms & Cie45, boulevard HaussmannParis, le 15 novembre 1893MM. Worms Josse & CieMarseilleNous répondons à votre particulière du 13 courant (soir).Nous approuvons tout à fait la réponse que vous avez faite à Budd concernant la fourniture des vapeurs Morgan et nous ne voyons pas grande utilité, du moins quant à présent, à mentionner l'affaire a Burness, étant donné que nous ne sommes pas encore prêts à marcher pour les contrats de 1894.Nous ne savons pas trop pourquoi mais il nous semble improbable que nous gagnerons grand-chose à la brouille survenue entre Masson et Budd. Même si ce dernier voulait nous faire avoir les ordres qu'il peut influencer, nous ne croyons pas que nous trouvions en lui les relations agréables et sûres que nous aimons à entretenir avec les maisons qui travaillent pour ou avec nous.Nous avions écrit a Cardiff à propos du "[Carmarthe]"de telle façon que notre Maison ne pouvait manquer de mettre l'armateur en garde contre les fournisseurs qui vendent à 18/6. C'est ce qui est arrivé et bien entendu nous sommes enchantés d'y avoir réussi.Nous ne connaissons l'appareil de M. Paul que par les réclames que l'inventeur se fait faire dans certains journaux anglais, probablement à beaux deniers comptant.Comme nous n'avons pas entendu dire que l'engin dont il s'agit aît été introduit jusqu'à présent dans aucun dépôt, nous en concluons que son mérite, s'il existe réellement, est loin d'être reconnu.Recevez, Messieurs, nos sincères salutations.MM. Worms Josse & Cie
1893.11.16.A Worms Josse et Cie Marseille.Original
Document originalWorms Josse & CieAncienne maisonHypte Worms & Cie45, boulevard HaussmannParis, le 16 novembre 1893MM. Worms Josse & CieMarseilleNous répondons à votre lettre spéciale d'hier.Compagnie Fraissinet. Nous espérons un peu pouvoir demain vous envoyer une proposition pour Las Palmas, mais il est probable que nous nous en tiendrons à ce dépôt et négligerons les autres.Déplacements. Nous avions bien noté les projets d'absence de M. Monod auquel nous souhaitons bonne réussite auprès des clients qu'il va visiter.Recevez, Messieurs, nos sincères salutations.MM. Worms Josse & Cie