1979.12.00.De André Houlbrèque.Article paru dans Jeune Marine

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SOS "Jumièges" - SOS "Lamoricière"

Élève officier de la Marine marchande en 1939, mobilisé le 23 septembre de la même année dans la Royale, je me trouvais au début de janvier 1942 embarqué en qualité de second-maître timonier, chef de quart, sur l'aviso l'"Impétueuse", joli navire de 80 mètres de long et de 8 ou 9 mètres de large.
Dans les tous premiers jours de ce mois de janvier, je me promenais un après-midi dans le port de commerce de Toulon et longeais un cargo de la compagnie Worms le "Jumièges". Je me souviens très bien de ma réflexion : « Ils en ont de la chance d'être embarqués sur un navire de commerce. Je changerais bien ma place pour la leur ».
Ce n'est pas que je me trouvais mal à bord de l'"Impétueuse", au contraire, mes camarades étaient charmants, par exemple, le second-maître de service qui se levait le premier apportait chaque matin une tasse de café à ceux qui étaient encore dans leur hamac. Un de mes timoniers était un bon camarade de l'école d'Hydro du Havre. Enfin le commandant Barnouin était en plus d'un fin manoeuvrier, un type formidable de sang-froid, de bonté et de compréhension.
Mercredi 7 janvier 1942
L'"Impétueuse" étant amarré en tableau au "Petit Rang" à Toulon, tous les caillebotis de la passerelle et des ailerons de passerelle sont à terre pour lavage au savon mou et rinçage à l'eau de mer puis à l'eau douce.
Vers 16 heures, le travail est terminé, j'hésite à ré-embarquer les caillebotis car la mise bas l'ouvrage se fait un peu avant 17 heures. Réflexion faite, je les fais remonter sur la passerelle et déposer en pagaille, afin de ne pas avoir à les transporter le lendemain matin dès la mise à l'ouvrage.
Jeudi 8 janvier 1942
5 heures du matin : je dors profondément dans ma chambre à terre à Toulon lorsque je suis réveillé par des bruits de pas dans l'escalier, une conversation et enfin des coups à ma porte. Deux membres de l'équipage me demandent de rejoindre le bord, L'"Impétueuse" appareillant à 7 heures pour répondre à un SOS.
Dès mon arrivée dans le poste, j'apprends que nous allons au secours du "Jumièges". J'appelle aussitôt mon équipe de timoniers pour essayer de résoudre le puzzle très compliqué que forment tous les caillebotis et ceci en pleine nuit et en une heure de temps environ. Nous terminons de placer les derniers caillebotis lorsque le commandant monte sur la passerelle pour l'appareillage. Ouf ! Mon honneur de chef est sauf.
En entendant le vent souffler dans les drisses et les haubans je pense à mon lit bien chaud et aux malheureux du "Jumièges". Nous traversons rapidement la baie de Toulon pendant que les filières à roulis sont installées sur le pont à l'arrière du roof passerelle et que la porte du sas donnant accès sur la plage avant est solidement étayée.
Dès que nous débouquons du cap Sicie, la violente tempête nous tombe dessus et nous commençons à rouler bord sur bord et à tanguer fortement.
Le "Jumièges" avait lancé un SOS à 0 heure alors qu'il se trouvait dans le nord de Minorque avec ses cales pleines d'eau.
De temps en temps nous recevons des avis de "mine en dérive".
Vers 10 heures 30, le "Mécanicien-Moutte", un cargo, signale qu'il est en difficulté avec une avarie de drosse non réparable et qu'il tente de se maintenir à la cape.
Vers midi
Le "Château-Yquem" de la Worms, qui se trouve dans le sud de Minorque, fait route sur la position estimée du "Jumièges" (CY1) puis (CY2).
Je me tiens tranquillement (si on peut dire) dans mon coin de passerelle à bâbord pour enregistrer les messages et je grignote du pain en attendant d'aller déjeuner en bas lorsque le commandant m'appelle ainsi que le Midship pour faire la méridienne.
Jusqu'ici je me portais bien, admirant l'étrave de notre aviso qui se frayait son chemin parmi d'énormes vagues qui passaient par-dessus la passerelle, mais lorsque j'ai vu le soleil sur l'horizon dans ma lunette de sextant, mon estomac s'est révolté. La méridienne fut quand même apportée au commandant.
En début d'après-midi le remorqueur "Obstiné" de la Royale appareille à son tour pour participer à la recherche du "Jumièges".
Vers 16 heures nous sommes obligés de réduire notre vitesse à 12 noeuds car la mer devient de plue en plus creuse.
16 heures le 8
Au même moment le paquebot "Lamoricière" prévient qu'il ne peut plus faire route sur Marseille par suite du gros temps de nord, qu'il a ses chaufferies avant engagées par l'eau et les escarbilles et qu'il allait se mettre à l'abri sous Minorque distant de 50 milles pour remettre ses chaufferies en état. Le commandant reste maître de sa manoeuvre.
Pendant ce temps le "Château-Yquem" (CY3) double le cap Bajoli par mer démontée.
Une demi-heure plus tard nous avertissons le "Château-Yquem" que nous allons peut-être être obligés de prendre la cape de l'arrière car la mer est démontée.
18 heures
Deux heures environ après son premier message, le commandant du "Lamoricière" prévient qu'il ne peut plus faire route, qu'il n'est plus maître de sa manoeuvre. Les chaufferies sont éteintes progressivement par l'eau. 4 chaudières sont éteintes et 2 sont difficiles à entretenir. Le bord vide l'eau par des moyens de fortune. Le commandant demande la présence d'un navire capable de le remorquer le cas échéant. Il estime qu'il dérive de 3 milles à l'heure dans le sud sud-est (L1).
Je me souviens alors qu'un an auparavant j'étais à bord d'un chalutier dragueur de mine de 38 mètres de long le "Ducouedic" : Parti de Casablanca pour escorter deux gros chalutiers Terreneuvas jusqu'à 30 milles au nord du Cap Saint-Vincent, le "Ducouedic" a été pris par une violente tempête d'ouest lors du retour sur Casa. Nous nous sommes alors trouvés dans la même situation que celle du "Lamoricière", et en perdition, nous avons dérivé pendant trois jours depuis Saint-Vincent jusqu'au Cap Sainte-Marie, près de Cadix, avant d'être pris en remorque par un cargo espagnol.
21 h. 30 le 8
Le "Lamoricière" nous donne sa position, (L2), indique qu'il n'aura plus de dynamo dans une demi-heure et nous demande de veiller son poste de secours.
Vers 22 h. 30
Le "Château-Yquem" se met à la cape par mer démontée à 10 milles dans le nord du Cap Bajoli (CY4).
Vers 23 h. 00
Un peu avant minuit le "Lamoricière" nous donne sa position et sa dérive de 3 milles à l'heure dans le S.E. Le commandant nous prévient qu'il est stoppé par mer très grosse, les feux bas car les chaufferies sont envahies par l'eau et qu'il demande assistance immédiate. "Milliasseau" (L3).
Vendredi 9 janvier 1942
A 00 h. 00
L'"Impétueuse" est à la cape par mer démontée puis fera route doucement vers le sud de Minorque pour se mettre à l'abri. Nous sommes mangés par la mer et nous avons quelques avaries. Nous restons à l'écoute du "Lamoricière" qui, pour ménager ses accus, nous fixe des rendez-vous dans le temps. Nous servons de relais avec les autres navires et les autorités.
03 h. 35
SOS du "Lamoricière" : Sommes à 27 milles dans le N 43 E de Caballeria que nous venons d'apercevoir (L4).
Vers 5 h. 30
Le paquebot "Gouverneur-Général-Gueydon" qui se trouve à 14 milles dans le 100 de Favoritz se dirige sur le "Lamoricière".
05 h. 00
SOS a tous de "Lamoricière" suivi de sa position.
Vers 06 h. 00
Le "Gueydon » avertit le "Lamoricière" qu'il sera près de lui à 08 h. 30.
Pendant ce temps le remorqueur "Obstiné" qui recherche toujours le "Jumièges", se dirige alors difficilement sur le "Lamoricière".
Alors l'"Impétueuse" était à la cape sous Minorque, pour réparer le plus rapidement possible les avaries causées par la violence de la tempête qui nous avait malmenés la veille.
Je me réveille dans mon hamac, tout surpris de ne sentir qu'un léger roulis, alors que je m'étais couché quelques heures plus tôt en pleine tourmente. Il est doux de voir la terre après la journée d'hier mais dès les réparations terminées nous allons remettre le nez dans la plume.
Vers 7 h. 30
Le "Mécanicien-Moutte" prévient qu'il rallie le mouillage de Palamos, le navire a 15° de gîte sur bâbord et qu'il essaie de consolider sa drosse.
Vers 8 h. 00
Le "Gueydon" est à 10 milles de la position du "Lamoricière", il n'a aucun contact et continue les recherches.
Le "Lamoricière" demande au "Gueydon" de le relever au gonio, qu'il est à 22 milles de Caballerio. Dépêchez-vous car situation critique. Position N 55 E à 22 milles de Caballerio (L5).
Vers 8 h. 30
Le "Château-Yquem" prévient qu'il lui est impossible de faire route et qu'il est à la cape.
Pendant ce temps l'"Obstiné" fait route sur le "Lamoricière" au gonio.
9 h. 00
Le "Gueydon" est en vue du "Lamoricière" à environ 8 milles. Mer grosse.
Vers 9 h. 15
Le "Gueydon" prévient le "Lamoricière" qu'il est à 5 milles de lui, qu'il le voit très bien, qu'il passera sous le vent du Lamoricière pour recueillir les engins de sauvetage et qu'il lui est impossible de lui donner une remorque.
9 h. 45
Le "Lamoricière" indique au "Gueydon" que le navire semble tenir pour le moment et que vu l'état de la mer, il est préférable de différer la mise à l'eau des embarcations. Il demande au "Gueydon" de se tenir au vent et de filer de l'huile pour assurer une meilleure tenue.
Vers 10 h. 00
L'avion Alger/Marseille recherche le "Jumièges".
Vers 10 h. 30
Un hydravion appareille de Berre pour rechercher le "Jumièges". Le "Djebel-Amour" est en relâche au mouillage de Rosas.
12 h. 15
Un faux renseignement d'un avion signale le "Jumièges" dans le 28 de Caballéria et à 35 milles.
L'"Impétueuse" est envoyée sur cette position.
A 13 h. 15
Le "Gueydon" signale que le "Lamoricière" a coulé à 11 h. 35 GMT (L6). L'"Obstiné" n'a pas encore rallié.
Le "Gouverneur-Général-Chanzy" participe au sauvetage par très gros temps.
Vers 14 h. 30
L'"Impétueuse" prévient qu'il sera dans une heure sur les lieux du naufrage si le temps le permet. Le "Gueydon" est obligé de quitter les lieux du naufrage pour faire de l'eau et du charbon à Barcelone. Il signale au "Chanzy" qu'il y a encore 2 embarcations à l'eau.
Vers 15 h. 30
En approchant des lieux du naufrage, nous apercevons le "Chanzy" et le remorqueur "Obstiné". Nous naviguons bientôt au milieu des débris puis des corps des victimes du naufrage.
Le corps des hommes flottait la tête en arrière, les yeux fixés vers le ciel. Par contre en général le corps des femmes était renversé c'est-à-dire que la tête était enfoncée dans l'eau et le derrière à l'air. Les hanches plus volumineuses et les ceintures de sauvetage trop descendues avaient noyé inexorablement ces pauvres femmes.
Tout à coup un veilleur de la passerelle signale un radeau par le travers tribord à 300 mètres environ. Nous venons immédiatement de 90° sur tribord et faisons route doucement sans rien voir tant la mer est creuse. Brusquement à 50 mètres devant nous, nous apercevons un radeau recouvert complètement par une quinzaine de personnes.
Le commandant manoeuvre pour accoster le radeau. Des cordages sont lancés, un officier et un second-maître sautent dans le radeau pour aider les naufragés les plus fatigués à monter à bord en leur passant une ceinture sous les bras.
Ces naufragés ont eu de la chance car c'est un miracle qui a permis au veilleur d'apercevoir pendant une fraction de seconde le radeau sur une crête de lame alors que nous roulions bord sur bord. Nous avons repris les recherches jusqu'à la tombée de la nuit. En descendant de la passerelle, je suis allé voir les rescapés installés dans le poste milieu. Ils étaient en train de boire un grog bien chaud. Nous avions recueilli 14 hommes et une femme qui elle était installée à l'infirmerie.
Tout à coup un membre de l'équipage du "Lamoricière" s'effondre. L'infirmier essaye de le ranimer mais en vain. Le malheureux est mort d'une hémorragie interne due probablement à un choc car en se refroidissant une plaque rosé rectangulaire est apparue sur sa peau dans la région du coeur.
En regagnant le poste des seconds-maîtres, je trouve à table 2 ou 3 rescapés. Le spectacle des noyés et la mort du malheureux garçon m'ont coupé l'appétit. L'un des rescapés nous promet de nous envoyer une barrique de Mascara dès son retour en Algérie. Cette promesse sera tenue. Je me souviens que l'infirmier nous a raconté que la naufragée avait lavé son linge une heure après sa venue à bord. Je revois encore son air admiratif pour nous déclarer : « C'est une femme qui a des couilles au cul ».
Nous avons été nous mettre à l'abri de la côte pour la nuit, en attendant de reprendre les recherches le lendemain.

Samedi 10 janvier 1942
Cette nouvelle sortie de recherche m'était complètement sortie de l'esprit mais par hasard en 1961 j'ai lu un livre de Jean Merrien : « Les drames de la mer » dans lequel j'ai appris que notre passagère rescapée avait raconté, dans un livre anonyme "Naufragée", son drame et son séjour à bord de l'Impétueuse. J'ai écrit aux Editions H. Lardanchet de Lyon et j'ai reçu ce livre imprimé en septembre 1946.
Nous sommes donc repartis sur les lieux du naufrage. La tempête de la veille s'est essoufflée et la mer reste houleuse et grise. Notre brave aviso continue à rouler mais d'une façon raisonnable. Nos rescapés vont bien en général et sortent un peu à l'air libre. Ils paraissent heureux mais notre passagère cache son anxiété car son mari était à l'eau avec elle au moment du naufrage.
Nous consultons les listes des rescapés fournies par le Gueydon et le Chanzy, mais nous ne trouvons pas le nom du mari et nous sommes malheureux pour elle. Nous ne trouvons pas non plus le nom d'un de nos timoniers âgé de 20 ans qui devait revenir de permission d'Algérie et qui normalement devait se trouver à bord du Lamoricière. A notre demande, le rescapé au Mascara qui déjeune avec nous, nous confirme qu'il a vu un jeune matelot portant le ruban de notre aviso sur son béret. Notre timonier portait une brassière de sauvetage peu avant le naufrage. Hélas nous ne devions jamais le revoir. Pauvres parents. Nous retournons à l'abri de Minorque dans la nuit.
Dimanche 11 janvier 1942 :.._...
Au matin, nous débarquons nos rescapés car ils doivent rentrer à Marseille à bord du croiseur de 7.000 Tonnes le "Jean de Vienne". Notre malheureux « Impétueuse » avec ses 630 Tonnes ne fait pas le
poids mais nos rescapés, qui s'étaient bien intégrés à l'équipage, regrettent l'ambiance du bord. Une vedette du "Jean de Vienne" vient chercher nos passagers.
D'après son livre, notre passagère en regardant notre Impétueuse'de la vedette a senti les larmes monter à ses yeux et a trouvé notre aviso très gracieux. Par contre la masse imposante du croiseur a du la rassurer.
Notre « pacha » en rentrant du "Jean de Vienne" nous déclare que vu du pont du croiseur, l'Impétueuse faisait vraiment petit et pourtant il a bien résisté à la violente tempête. Bien sûr, nous avions des avaries dans la machine, sur les ponts et en particulier la porte du sas déformée par les paquets de mer. Dès le retour du commandant, nous appareillons pour rentrer à Toulon.
En débouquant du canal formé par Minorque et Majorque, nous sommes accueillis par un coup de chien du tonnerre. Nous sommes bousculés dans tous les sens. Au bout d'une heure environ, le commandant prévient le "Jean de Vienne" que nous allons faire demi-tour à cause du très gros temps.
Je me souviens très bien de la réponse : « Temps maniable, vous pouvez continuer ». Je me souviens également de ma réflexion : « On voit bien qu'il regarde ça du haut de sa passerelle à 20 ou à 25 mètres au dessus de l'eau ».
Nous, nous apercevons la mer à hauteur de passerelle et les embruns passent au dessus de nos têtes. Nous , continuons à être mangés par la mer.
Au bour d'une heure, le "Jean de Vienne" nous avertit que la mer grossit de plus en plus et nous conseille de nous mettre à l'abri. (Remords ou inquiétude à notre égard) ? Nous passons une bonne nuit au sud de Minorque.
Lundi 12 janvier 1942 :
Dès le lever du jour, nous appareillons pour Toulon par mer encore assez grosse mais plus maniable. Un seul souvenir au cours de cette traversée, le commandant demande au midship et à moi même de faire une droite de soleil dans l'après-midi : la droite passait juste sur Marseille et le (Hv-He) était de 13 milles.
Mardi 13 janvier 1942 :
Nous étions plus riches d'une expérience vécue. Nous avions sauvé 15 personnes mais des centaines étaient mortes dont notre malheureux timonier. Pour moi personnellement, je me suis promis de ne jamais envier quelqu'un, en pensant aux marins du Jumièges que j'avais vus bien vivants quelques jours avant leur mort. On devait retrouver des épaves du Jumièges et je crois un ou deux corps sur la côte Tunisienne. Des cousins qui étaient à Grasse, à l'époque, m'ont bien fait rire en me faisant lire dans un journal du coin, un article intitulé « Ceux de l'Impétueuse ». Nous étions, parait-il, des types formidables sur une coquille de noix.
« Coquille de noix » dans la tempête : je suis d'accord.
« Des types formidables » ? C'est peut-être à voir car nous avions eu surtout beaucoup de chance de nous en sortir dans cette mer démontée et d'apercevoir ce radeau. Mais je me pose toujours la question : D'autres naufragés nous ont-ils aperçus qui n'ont pas été secourus ?
Explication technique sur le naufrage du "Lamoricière" ?
D'après ce que j'ai entendu, à l'époque, le Lamoricière était un vieux paquebot. A l'origine, ses chaudières marchaient au charbon. Le mazout ayant détrôné le charbon, les portes-lones de soutage furent condamnées et soudées. Après l'armistice de 1940, le mazout devint plus rare et les chaudières furent remises au charbon et les porte-lones remises en service.
Lors de sa dernière escale à Alger, les escarbilles sorties des chaudières en service, pendant le séjour au port, sont entassées, prêtes à être rejetées à la mer dès la sortie du port.
Mais la tempête a assailli le Lamoricière dès le passage des digues et l'opération escarbille n'a
probablement pas été menée à bonne fin rapidement. L'eau embarque dans les les soutes par les porte-lones
insuffisamment étanches. Cette eau entraîne les escarbilles et le charbon dans les fonds du navire. Lorsque
les pompes d'assèchement sont mises en action, elles aspirent, malgré les crépines, l'eau et les escarbilles.
Au bout de quelques temps, les escarbilles forment un bouchon dur comme du ciment dans les tuyautages
d'aspiration.
Dès ce moment le sort en était jeté avec l'accroissement de la tempête.
Un an auparavant, à bord du "Ducouedic", j'avais vécu ce même enchaînement des faits. L'eau embarque dans les soutes par le pont submergé. L'aspiration ne fonctionne plus. L'eau atteint les chaudières. La pression tombe. Trois jours de dérive.
Heureusement pour nous, la tempête s'est calmée le 3eme jour et un cargo nous a pris en remorque, jusqu'à Cadix. Dans ce port, j'ai vu des tuyautages bouchés sur 2 mètres environ par un agglomérat de poussier et d'escarbilles. Ces tuyaux ont été débouchés en usine car il était impossible de le faire par les moyens du bord. Tel est mon point de vue sur la question. Ce point de vue est-il correct ? Dieu seul le sait.

André Houlbrèque

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