1944.11.16.De Hypolite Worms.Au juge Georges Thirion.Interrogatoire

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Interrogatoire de Monsieur Worms

L'an mil neuf cent quarante quatre, le 16 novembre, devant nous, Georges Thirion, juge d'instruction à la Cour de justice de la Seine, assisté de Lombard, greffier, a été amené :
Monsieur Worms Hypolite, déjà entendu, assisté de Maîtres Poignard et Lenard, ses conseils.
Il déclare :
Lorsque la Maison Worms a acquis au début de l'année 1940 une participation dans la société Metalla, je me trouvais en mission à Londres. A mon retour de Londres en juillet [août] 1940, M. Le Roy Ladurie m'a rendu compte de l'opération que j'ai approuvée. Il m'a expliqué que les Allemands avaient manifesté l'intention de mettre la main sur un paquet d'actions de la société Metalla et que c'était à la demande du ministère de l'Armement qu'il s'en était porté acquéreur. Par le fait de cette acquisition, la Maison Worms détient 32% des actions du Molybdène puis indirectement par l'intermédiaire des sociétés Metalla et Falta. Par suite de l'existence d'actions à vote plural, elle a 44% des voix, mais ses intérêts en capitaux se trouvent être seulement de 10.75%.
La Maison n'a jamais exercé aucun pouvoir de gestion dans la société Le Molybdène qui a toujours à sa tête M. Guernier, son président fondateur que je n'ai jamais rencontré. Je ne connais pas non plus son secrétaire général, M. Hoffmann. Ma Maison est cependant représentée au conseil d'administration par trois administrateurs sur dix, qui représentent le pourcentage de ses intérêts. Je dois préciser que ma Maison possède une filiale chargée des exploitations minières, la Setem, société dirigée par des ingénieurs désignés par nous. Si la Maison Worms avait voulu jouer un rôle quelconque dans la gestion de la société Le Molybdène, elle aurait désigné comme administrateurs ses ingénieurs de la Setem alors qu'elle est représentée au conseil du Molybdène par trois représentants de ses services bancaires, ce qui montre bien qu'elle ne considérait Le Molybdène simplement que comme une participation financière d'actionnaires et ce, d'autant plus que le bureau minier du Maroc qui contrôle la totalité des exploitations minières marocaines étant représenté au conseil par Monsieur Friedel, il nous paraissait normal de laisser la gestion de cette société à ses animateurs d'origine et au gouvernement chérifien.
Je n'ai connu la livraison de 25 tonnes de molybdène que par les échos qui me parvenaient de la lutte menée par le conseil d'administration du Molybdène contre les exigences allemandes. C'est ainsi que j'ai su :
1 - que, pour mieux résister à la pression allemande, le conseil avait décidé d'abandonner la production du molybdène au profit d'une exploitation de cuivre et que j'ai accepté de fournir comme banquier de la société Le Molybdène les moyens financiers (3.000.000 de francs environ) qui lui faisaient défaut pour réaliser ce changement d'exploitation.
2 - que les 25 tonnes n'ont été délivrées qu'en 1943 et sur l'intervention directe des gouvernements français et marocain.
Je comprends donc mal que la prestation imposée à une société où ma maison ne joue que le rôle d'actionnaire, puisse m'être reprochée sur le plan du commerce avec l'ennemi.
Je tiens d'ailleurs à vous signaler l'étonnante différence de traitement dont ma maison a fait et fait encore l'objet en territoire britannique et français.
Occupant la première place des maisons maritimes, au canal de Suez, ma Maison même sous le gouvernement de Vichy n'a jamais été considérée comme suspecte par le gouvernement britannique qui l'a utilisée à son plein rendement pendant toute la guerre à ses fins propres, sans porter atteinte à son indépendance et sans aucune mesure de contrôle. Je constate au contraire que l'incident du Molybdène dont M Vieille, dans sa déposition ne parle qu'avec prudence, a cependant suffi pour faire placer sous mandat d'un commissaire séquestre ma succursale d'Alger et ses divers actifs. Je vous signale d'ailleurs que le commissaire gérant du Molybdène au Maroc est précisément le directeur de la société Le Molybdène, ce qui prouve bien que pour les autorités nord-africaines, la direction du Molybdène est radicalement étrangère à la Maison Worms.
Je tiens donc à protester contre le fait de mettre à ma charge la responsabilité d'une gestion à laquelle je ne participe pas.
Lecture faite, persiste et signe.


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