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1942.00.00.Recueil des informations de janvier à décembre

Ce recueil recense chronologiquement les données collectées sur l'année citée en référence, dans :

  • les copies de lettres à la presse1,
  • la correspondance, les notes, rapports, circulaires, accords, traités... (originaux ou duplicatas) émanant de la direction générale de la Maison, des départements maritimes et combustibles, des chantiers de constructions navales du Trait, ainsi que des succursales françaises et étrangères. Les dossiers d'où proviennent ces pièces ont été classés "tels quels" par les services qui les ont produits. Répertoriés par objet et non par date, ils couvrent – ensemble – une période allant de la fin du 19ème siècle au début des années 1960. Une notice située à la fin du présent article, reproduit le descriptif qui est fait des archives les plus significatives sur les bordereaux d'inventaire,
  • les synthèses réalisées par la Maison et notamment :
    • "Historique de la succursale de Newcastle (1848-1948)", classé en 1948
    • "Historique de la succursale de Port-Saïd, relations avec l'Égypte (1869-1948)", daté du 16 juin 1948.

A ces informations s'ajoutent celles recueillies :

  • auprès des services administratifs : état civil, tribunal de commerce...
  • dans les annuaires et les minutes notariales...
  • dans la presse, les revues professionnelles et les ouvrages d'histoire...

Du fait de la nationalisation de la Banque Worms en 1982, les témoignages relatifs au département bancaire proviennent essentiellement du secrétariat général et de la direction de Worms & Cie, d'une part, et d'autre part, d'extraits de publications externes ou d'études conduites par la Maison Worms. Ainsi :

Les documents d'où sont extraits les renseignements rassemblés dans ce recueil sont consultables à partir de ce fichier en cliquant sur leur intitulé (en bleu + soulignement).

1 : Ce corpus n'a pas fait l'objet d'un dépouillement exhaustif comme cela a été le cas pour les chronos de correspondance datant du 19ème siècle.

1942.00.Article sur le naufrage du Jumièges (non signé, ni daté)

CopieNB : Ce document non signé, ni daté, est classé au 8 janvier 1942, date du naufrage du "Jumièges" auquel il se rapporte. L'image de cet article, de mauvaise qualité, n'a pas été conservée.Les naufragés du "Jumièges" et du "Lamoricière"Le 12 janvier, les Français ont appris avec une douloureuse surprise le double naufrage du "Jumièges" et du "Lamoricière".Les journaux annoncent tous les jours la perte de dizaines et de dizaines de bateaux victimes des mines, des torpilles, des bombes, des obus. Mais que deux importantes unités de notre flotte de commerce aient pu, dans la même tempête, disparaître, l'un corps et biens, l'autre avec 307 vies humaines, a pu paraître inexplicable, même à des vrais marins.La commission d'enquête qui a dépouillé tous les rapports, entendu de nombreux témoins et techniciens, n'a cependant retenu aucune faute, ni même aucune négligence grave.La vraie, la profonde raison, comme on va le voir, est que les temps sont terriblement durs pour les bateaux et pour les marins de toutes les marines du monde.On sait quels sont les risques de guerre en mer.Ce qu'on sait moins c'est que les flottes de commerce, toutes plus ou moins décimées, ne connaissent plus de repos. Il faut assurer un trafic chaque jour plus intense, car la guerre dévore, elle engloutit les richesses du monde, même celle des non-belligérants.Le tonnage disponible fond à vue d'oeil et il faut naviguer en convoi pour mieux se défendre. Or dans ces troupeaux de navires, les plus rapides marchent comme les plus lents. D'autre part les routes s'allongent, car il faut naviguer en zigzags, adopter des itinéraires compliqués.Le rendement des transports se ressent considérablement de ces contraintes.Ainsi les navires n'ont plus de répit. A peine arrivés, déchargés, il faut recharger, repartir. On retarde les réparations, les carénages à l'extrême limite. D'ailleurs on manque de matériel pour réparer. On manque de mazout : on chauffe avec du charbon, et quel charbon ! De la pierraille qui laisse 35% de cendres, de quoi enterrer tous les chauffeurs à chaque traversée.Arrive la tempête.Cette tempête du 6 au 11 janvier 1942 restera probablement, pour les plus éminents météorologues, un exemple de complexité déconcertante des phénomènes qu'ils s'attachent à suivre et surtout à prévoir.Non qu'elle fût imprévisible ! Elle était annoncée dès le 6. Mais la forme, la valeur, l'évolution des dépressions barométriques qui affectèrent la Méditerranée orientale dans ces journées tragiques ne pouvaient être appréciées avec suffisamment de précision pour permettre de guider utilement le navigateur.Donc, les prévisions météorologiques étaient mauvaises le 6 au matin, sans être cependant alarmantes au point d'arrêter ou de dérouter le trafic.Le "Jumièges" appareille à 17 heures, le 6, de Toulon pour Bizerte et Tunis.C'est un cargo de 1.870 tonneaux, chargé de charbon et de ciment, ayant à bord sept officiers et vingt hommes d'équipage.C'est un vieux roulier de vingt-huit ans, mais le bureau Véritas lui a redonné la première cote en octobre 1941 et il est en bon état de coque et machines.Deux messages seulement ont été reçus : l'un à 0 h. 05, l'autre à 0 h. 31, le 7 janvier. Deux SOS avant la fin.Que s'est-il passé ?Des renseignements fournis par l'ancien capitaine du "Jumièges", il résulte que le navire gouvernait assez mal, mer de l'AR. Il est probable qu'une avarie mineure ou même l'insuffisance de pression aux chaudières, due au mauvais charbon, l'a fait venir en travers et qu'un coup de mer plus violent que les autres a défoncé les panneaux de cales et rempli celles-ci.Le seul navire en situation de lui porter secours était le "Lamoricière", qui arriva sur les lieux estimés du naufrage à 3 h. 30. Mais ne voyant rien, étant lui-même dans une situation difficile, il dut abandonner ses recherches. L'"Impétueuse" et l'"Obstiné" ne devaient rien trouver non plus, et le "Jumièges" est présumé perdu corps et biens.Le 6 janvier, à 17 heures, le "Lamoricière" appareille d'Alger avec 122 hommes d'équipage, 272 passagers et un chargement de primeurs logés en cale et dans les faux ponts.Dès le départ, on vidange quinze tonnes d'escarbilles du précédent voyage qu'on n'a pu évacuer à l'escale.À 17 h. 30, exercice d'évacuation. Le temps est mauvais déjà.Le lendemain, à 17 heures, quand le "Lamoricière" sort du canal des Baléares, la mer est grosse, avec des creux de six mètres. Le bateau roule et tangue durement.Après la recherche du "Jumièges", on constate dans les rues de chauffe que l'eau monte doucement sous le parquet. Encore ces portes de chargement qui fuient dans les soutes. Mais c'est déjà arrivé plusieurs fois ! Les pompes sont en route et les flexibles aspirent normalement.Cependant à 10 heures il y a de l'eau sous le parquet de la rue AV. Dans la rue AR, l'eau sort au roulis en abord du parquet. La pression est tombée à 12 kilos au lieu de 14.Les crépines de l'assèchement sont engorgées par les escarbilles.A 13 heures, le commandant ayant précisé sa position avec une observation du soleil, se rend compte que si le temps ne mollit pas, l'existant en charbon n'est plus suffisant pour atteindre Marseille. Vire de bord ! Il va se mettre à l'abri sous Minorque.Mais on gouverne mal mer de l'AR, et les roulis et la bande aggravent considérablement la situation des chaufferies. Bientôt il faut stopper la rue AV, où l'eau enlève les plaques de parquet. Puis les chaudières 3, 4 et 6 sont envahies à leur tour. Il ne reste que la chaudière 5 que les chauffeurs, dans l'eau jusqu'à la ceinture, à chaque coup de roulis, chargent avec la pelle à bout de bras, puis avec des madriers et tout le bois qu'on pourra porter. En vain, hélas !Les machines motrices sont stoppées depuis 16 h. 45. A 21 h. 30, il faut stopper la dynamo. A la lueur lugubre de quelques fanaux, on organise des chaînes pour épuiser l'eau, puis pour déplacer les cageots de primeurs et redresser le bateau. Tous ceux que le mal de mer n'a pas anéanti, de leurs pauvres muscles épuisés vont ainsi s'opposer à la furie des éléments pendant des heures et des heures. On mouille même une ancre flottante à minuit. Mais rien n'y fait. A 2 heures, toute chauffe arrêtée, on ferme les portes étanches.Jusque-là, le commandant Milliasseau a voulu garder sa confiance en son bateau. Il a signalé ses difficultés, il a demandé de l'assistance. A 3 h. 15, il lance son appel de détresse.Cependant le jour se lève sur une mer démontée, "fumante"  d'embruns. La gîte augmente et le bâtiment oscille maintenant entre la verticale et 35 degrés sur bâbord.A 9 h. 15, le "G.-G. Gueydon" est en vue. Impossible de passer la remorque. Il essaie de filer de l'huile pour soulager le "Lamoricière", mais l'huile reste au vent, car les deux bateaux dérivent à deux ou trois noeuds.Le commandant Milliasseau voudrait attendre une accalmie avant d'autoriser l'évacuation. Mais le vent force encore et le temps presse.L'ordre d'évacuation est donné. D'abord les femmes et les enfants. Tous s'efforcent de garder courage et calme. Deux infirmières de La Croix-rouge française, Mlles Odile Horst et Georgette René, donnent l'exemple : elles prient avec les enfants du Cercle Guynemer qu'elles sont chargées de convoyer, puis elles leur font chanter la "Marseillaise" et l'hymne "Maréchal, nous voilà".A 11 h. 40, on essaie d'amener le canot 4, chargé de femmes et d'enfants, mais une lame l'engage sous le pont des embarcations et le chavire. Tous les occupants sont précipités à la mer et le canot rempli d'eau part à la dérive.Le second donne alors l'ordre de jeter à la mer tous les radeaux et engins de sauvetage et invite les passagers et l'équipage à se jeter à l'eau.La gîte du "Lamoricière" s'accroît de minute en minute, puis l'arrière s'enfonce.A 12 h. 35, le bâtiment disparaît, et avec lui le commandant Milliasseau, debout sur sa passerelle.Malgré l'état de la mer, le commandant du "G.-G. Gueydon", battant en AR pour se remonter au vent, s'efforce de prendre sous le vent à lui le plus possible de naufragés.A 12 h. 10, le "Chanzy" arrive et l'aide au sauvetage.Les naufragés, épuisés, sont hissés le long du bord que les lames balaient sur six mètres de hauteur. Ceux qui ne savent pas s'entourer des filins qu'ils accrochent, retombent et souvent disparaissent. Des marins de l'équipage du "Chanzy" et des passagers de la marine militaire se jettent à l'eau pour les sauver.A 13 h. 30, le "Gueydon", à court de charbon, doit quitter les lieux du naufrage après avoir ramassé cinquante-cinq naufragés.Le "Chanzy", l'"Obstiné" et l'"Impétueuse" poursuivent le sauvetage jusqu'à la nuit. L'"Impétueuse" fouille l'obscurité de son projecteur. Les recherches continuent même le lendemain avec le "Jean-de-Vienne" et le "Kersaint", mais il faut finalement déplorer trois cent cinq victimes.Tous rivalisèrent de courage et, suivant les termes mêmes de la commission d'enquête, « l'attitude de tout le personnel a été digne d'éloge et conforme aux traditions d'honneur et de dévouement de la marine française ».Beaucoup d'actes de dévouement ont certainement passé inaperçus ou ne pourront jamais être signalés en raison de la disparition de tous ceux qui en ont été les témoins.Relevons cependant des noms que bien des naufragés prononcent maintenant avec reconnaissance :Heurtel et Gouriou, commandants du "G.-G.-Gueydon" et du "G.-G.-Chanzy", qui ont fait preuve au cours des opérations de sauvetage des plus hautes qualités de chef et de marin.Nougaret, second capitaine du "Lamoricière", qui s'est dépensé sans compter pendant près de vingt-quatre heures sans prendre un moment de repos et s'est efforcé de maintenir le calme et l'ordre parmi les passagers.Billet, second maître du contre-torpilleur "Valmy" ; Dieval, matelot torpilleur ; Costard, matelot électricien de Bizerte, qui n'ont pas hésité à plonger dans une mer démontée pour sauver des naufragés épuisés ; Le Doriot, Marinosci, Seydou, matelots du " G.-G.-Chanzy" ; le maître Le Bloch, le second maître Horel, les quartiers maîtres Guiec, Honoré ; les matelots Lefèvre, Kalache, de la marine militaire, qui sont descendus à plusieurs reprises le long du bord pour amarrer des naufragés à bout de forces.Ce sont aussi le lieutenant de vaisseau Chopard, officier en second de l'"Impétueuse" ; l'enseigne de vaisseau Le Mouroux, encore mal remis de ses blessures du combat de Dakar ; le second maître Dewitte, le maître mécanicien Morvan, qui n'hésitèrent pas à sauter tout habillés sur un radeau pour élinguer et sauver quinze naufragés rendus de fatigue et de froid.La liste ne sera jamais complète. Il faudrait y ajouter les noms du vaillant capitaine Milliasseau, du chef mécanicien Trautmann, du maître d'équipage Franzoni, du capitaine de corvette Lancelot et de tant d'autres modestes héros qui sont restés, jusqu'à l'engloutissement final, de si nobles exemples des plus hautes vertus maritimes.Deux naufrages en deux jours par fortune de mer.Une semaine plus tard, du 15 au 21 janvier, une autre tempête balayé les côtes d'Écosse. Les marins à l'écoute ont pu compter encore 18 SOS de navires anglais, belges, grecs, norvégiens, russes, en détresse ou jetés à la côte.Oui, les temps sont durs aux marins.Vieille flotte, mauvais charbon, pas de réparations, pas de repos, mines, bombes, torpilles, tempêtes. Nos marins tiennent quand même. Il faut ravitailler le pays, garder l'Empire. "Jumièges", "Lamoricière", lourde perte pour notre flotte déjà cruellement décimée. Nouveaux deuils dans nos populations maritimes déjà si éprouvées.Nos marins tiennent quand même. Français, pensez à ceux qui sont en mer ! Ils vous donnent chaque jour une leçon d'abnégation et d'héroïsme.

1942.00.De Pierre Abbat.Publications, mémoires, conférences

Etudes, mémoires, articles, conférences et publications diverses de monsieur Pierre Abbat 1922 Cours de Mécanique à l’Ecole Technique de Brest 1922 Notice sur les moteurs Diesel des sous-marins ex-allemands (Direction des C.N. Brest) 1923 Le Périscope (Centre d’Etudes de la Marine à Toulon) 1924 Le sous-marin (Cours professé à l’Ecole de Na­vigation sous-marin de Toulon, comprenant 850 pages dactylographiées) 1925 Les sous-marins du Programme Naval, Conférence d’information faite aux officiers du Port de Toulon (Lettre de félicitations du Ministre) 1926 La recherche scientifique dans la Marine (Conférence faite à la Direction des C.N. de Toulon) non publié 1928 Les navires pétroliers (mémoire présenté à la Session de Juin 1928 de l’Association Technique Maritime et Aéronautique) 1928 Aperçu sur l’histoire de la construction et de la navigation sous-marine (Introduction à la brochure publiée par le Salon Nautique) 1928 Le transport des huiles de pétrole, navires à citernes (Sciences et industrie - numéro hors-série 1930) 1928 Visions d’Outre Rhin (Relations de voyage (Journal du Trait) 1931 L’exploitation et l’amortissement des pétroles Y a-t-il trop de pétroliers ? (Journal de la Marine Marchande Mai 1931) 1931 La Structure des navires et les systèmes de construction (Journal de la Marine Marchande - Novembre 1932) 1932 Coup d’œil sur le Proche Orient (Relations de voyage - non publié) 1932 Le pétrolier moderne (Journal de la Marine Marchande - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1931) 1933 Les Nouvelles Formes de Carène (Journal de la Marine Marchan­de - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1932) 1933 Le Navire de recherches océanographiques "Président Théodore Tissier" (La Pêche Maritime Novembre 1933 - numéro excep­tionnel) 1934 Le Reich vu par la portière (Relations de voyage -Journal de la Marine de Commerce du havre) 1934 Dragues d’hier et d’aujourd’hui (Journal de la Marine Mar­chande - numéro spécial les Nouveautés Techniques en 1933) 1935 La rampe d’échouage pour hydravions, trait d’union entre le navire de mer et le navire de l’air (Journal de la Marine Marchande - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1934) 1936 Le pétrolier à moteur "Shéhérazade" (Journal de la Marine Marchande 30 Janvier 1936) 1936 Le complexe de locomotion, les organes de propulsion et de direction, leurs actions individuelles, simultanées et mutuelles dans le champ hydrodynamique du navire (jour­nal de la Marine Marchande - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1935) 1936 Réflexions sur la cavitation des hélices. Contributions aux études de lancement (mémoires présentés à la Session de Juin 1936 de l’As­sociation Technique Maritime et Aéro­nautique) 1937 Les pertes par évaporation dans les réservoirs de stockage de produits pétrolifères (Mémoire présenté au 2e Congrès Mondial du Pétrole Paris Juin 1937) 1937 Les Grandes Etapes de la Technique Navale (Journal de la Marine Marchande 18 Février 1937) 1937 La machine à vapeur dans la conjoncture actuelle (Journal de la Marine Marchande - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1936) 1938 Les possibilités de l’acier inoxydable (Journal de la Marine Marchande - numéro spécial Les Nouveautés Techniques en 1937) 1939 Etude sur les corporations de construction navale - Les Calfats de Marseille (mémoire présenté à l’Académie de Marine) 1940 L’esprit social de guerre - Causerie faite le 8 Avril 1940 au R.C.R. 1940 Retour d’Exode - Causerie faite le 17 Août 1940 aux apprentis et au personnel des A.C.S.M. 1940 L’apprentissage - Causerie faite le 11 Octobre 1940 aux apprentis et au personnel des A.C.S.M. 1940 Connaissance et Conscience - Causerie faite le 14 Octobre 1941 aux apprentis et au personnel des A.C.S.M. 1941 Fragments d'Histoire Régionale - Conférence faite le 6 Mars 1941 aux apprentis du Cours Complémentaire 1940-41 Allocution à l’occasion de l’Arbre de Noël de l’Ecole Ménagère le 27 Décembre 1940 et le 27 Décembre 1941 1942 Les Problèmes Sociaux dans l’Industrie, Conférences faites le 15 Avril 1942 aux élèves de la Classe de Philosophie de l’Institut de la Tour à Paris

1942.00.De Simone Tournier - Worms et Cie.A M. Ladoy.Note (non datée)

NB : Cette note non datée est classée après le 14 novembre 1942, en raison de la référence faite à la date de naissance de Nicholas Clive Worms, information la plus récente donnée dans le texte.Simone Tournier45, boulevard Haussmann ParisTél. Opéra 62-50Renseignements demandés par Monsieur Ladoy- Worms Hypolite, né le 26 mai 1889 à Paris VIIIeFils de Lucien Worms et de Virginie HouckeNationalité française- Madame Hypolite Worms, née Dolly Morgan le 14 septembre 1890 à Cardiff (Pays de Galles)Père : Lewis MorganMère : Mary WilliamsNationalité : anglaise, française par mariage, mariée à Monsieur Hypolite Worms le 10 février 1912 sous le régime de la séparation de biens.- Enfant : Marguerite Viviane WormsNée le 9 octobre 1912De nationalité anglaise par son mariage avec Robert Clive le 20 avril 1936- Petits-enfants : de nationalité anglaisePénélope - 1938Jennefer - 1939Nicolas - 1942Adresse actuelle : 4, avenue Émile Deschanel dans un immeuble leur appartenant, acheté en 1920 au prix de F 3.500.000, (adresse antérieure : 47, avenue Hoche)

1942.00.Eastern Provinces.Organigramme (non daté)

CopieNB : Ce document [non daté] est joint à la note de G. G. Beckett, datée du 13 mai 1942. 

1942.01.13.De l'ingénieur en chef des Mines.Rabat.Au Molybdène.Azegour

Copie de lettreProtectoratde la République française au MarocGouvernement chérifienDivision des mines et de la géologieL'ingénieur en chef des Mines, chef de la division des mines et de la géologie,à Monsieur le directeur de lasociété Le Molybdène,AzegourMonsieur le directeur,Le département des Affaires étrangères à Vichy prescrit l'expédition de 25 tonnes de minerai de molybdène sur la France.Je vous prie de trouver ci-joint l'ampliation de la licence établie à cet effet, et vous serais obligé d'en assurer l'exécution dès que possible et de bien vouloir me tenir au courant de cette expédition.Jacques Bondon

1942.01.19.De l'avocat de l'enseigne de vaisseau Éve, commandant le Cérons

Copie de lettreNB.19/01/1942Commandant,Messieurs,Au risque d'allonger de quelques instants, cette audience, je voudrais, en saluant le premier Tribunal maritime de la 3ème région et, singulièrement, son président, vous dire mon émotion de me retrouver dans cette enceinte où, pendant des mois, hélas il y a bien longtemps, j'ai siégé comme juge permanent, ainsi qu'on disait alors.A cette époque, c'était le "conseil de guerre", mot dur aux oreilles et cependant, combien familial et bienveillant. C'était avant tout un conseil de famille et dans cette salle des délibérations où vous allez vous retirer tout à l'heure, j'ai vécu parfois des minutes émouvantes.Je sais qu'il n'y a rien de changé, que l'esprit est resté le même - de justice, certes, mais toujours bienveillant et familial. C'est sur cette bienveillance que je compte. Non point pour l'enseigne de vaisseau Éve qui, lui, n'attend rien que de votre justice mais pour moi, son modeste défenseur, sans talent ni éloquence, mais confiant cependant parce que sa cause est bonne et qu'il sait que l'artifice de la parole n'a d'influence sur vous qu'autant qu'elle sert la vérité.Je sais bien qu'à un moment, dont il semble que nous nous éloignons chaque jour davantage, depuis que le pays prend connaissance des pages écrites par sa Marine, au cours de la plus malheureuse des guerres, pages dont une au moins a été écrite par l'officier qui comparaît devant vous, je sais bien, dis-je, qu'à une époque courait un bobard (excusez ce mot vilain) qui confondait avec une simple formalité la comparution, devant ses pairs, d'un officier de marine ayant à répondre de la perte de son navire. Cette rumeur prouve une grande ignorance psychologique, une complète méconnaissance de votre indépendance. Elle ignore aussi que les navires le mieux commandés peuvent se perdre et que si, nombreux sont dans la Marine française, les commandants malheureux qui sont acquittés, voire félicités, c'est tout à l'éloge du corps.Elle me laisse de glace car je ne crains point qu'elle provoque un effet contraire : vous connaissant, je sais que bruits et échos du dehors ne peuvent que venir mourir à vos pieds, impuissants à affaiblir la rigidité de votre conscience et à troubler la sérénité de votre justice.C'est dans cet état d'esprit que je me présente devant vous pour assister l'enseigne de vaisseau Éve.L'homme, vous le connaissez. L'acte d'accusation et l'interrogatoire du président vous ont appris de qui il s'agissait. Il me paraît utile cependant de souligner que, s'il est né, par hasard, à Port-Saïd, il est d'origine dinardaise et malouine tant par son père que par sa mère. Rude et bonne race. A l'origine de la guerre, M. Éve a trois enfants. Au moment des incidents tragiques de Veules-les-Roses, il en a quatre. C'est le petit quatrième, vagissant encore en juin 1940, et parce qu'il est le quatrième, qui délivre son père de captivité.Tous ceux qui connaissent Éve vous diront du bien de lui ; que c'est un bon père de famille, d'une famille qui peut déjà être qualifiée de nombreuse. Dans ce chapitre, il a fait - pardon, Messieurs, je veux dire - il fait son devoir, comme ailleurs.Vous avez entendu les témoins et notamment M. Hypolite Worms, le "patron" dans le sens réel du mot, le "père" aimé et respecté de la Maison qui porte son nom, venu tout exprès de Paris pour vous dire ce qu'il pense de son capitaine Éve.Tout se résume en ceci : homme net, loyal, consciencieux, doux, ne composant jamais avec le mensonge. La netteté avec laquelle il vous a sans cesse répondu vous en fournit une preuve.Vous avez entendu ses chefs militaires, notamment mon camarade Combescure, ses pairs, parler de lui avec la déférence qu'impose l'estime en laquelle ils l'ont. Je remercie M. le commissaire du gouvernement d'avoir exprimé le même avis explicitement.Quant au marin, Éve n'est pas seulement de la race qui en fournit tant, et de telle qualité t il n'est pas seulement breton, il appartient encore à une famille qui, de père en fils, s'est toujours consacrée au métier de la mer. Son père est capitaine au long cours, son grand père paternel l'est aussi et son aïeul fut un marin. Du côté de sa mère, l'atavisme est le même, les trois dernières générations, au moins, appartiennent à l'inscription maritime et, si on pouvait remonter plus haut, il est vraisemblable qu'on retrouverait encore des marins. Il est né en Égypte mais a fait ses études dans les Côtes du Nord, de sorte que les vacances le conduisent à Dinard où il est en contact avec les plus grandes marées du monde. Il sait ce qu'est une marée et je crois devoir le souligner particulièrement.M. Hypolite Worms vous a fait connaître l'appréciation des chefs de M. Éve : malheureusement, son carnet a été perdu avec bien d'autres, au moment de l'exode, de si triste mémoire.Vous avez entendu M. le capitaine de vaisseau Combescure apprécier son ancien subordonné, en tant que marin et manœuvrier et vous avez remarqué ce qualificatif de "fin manœuvrier", si enviable. J'aurais donc mauvaise grâce à insister : l'enseigne de vaisseau Éve est un marin qui a fait ses preuves et qui a su acquérir une réputation bien assise.Je passe au militaire.Sans doute, Éve aurait le droit, sans qu'il y ait faute de sa part, d'être un militaire incomplet. Ce n'est pas, en effet, au cours des 36 mois de service accomplis, en définitive, en qualité de timonier breveté qu'il a pu se préparer utilement au commandement d'un bateau de guerre : les règlements de l'époque ne lui permettaient pas de faire davantage et c'est pourquoi, s'il paraît s'y être pris un peu tard pour tenter de devenir officier de réserve, ce n'est qu'une apparence. Car, en fait, il a tenté l'aventure dès que le réalisateur génial qu'est l'amiral de la Flotte a pu mettre à la portée des réservistes, quand il était directeur du cabinet du ministre, les commodités qu'avait tant désirées la clairvoyance de quelques-uns des chefs de la Marine, le regretté amiral Merveilleux du Vignaux en tête. L'aventure est tentée, dis-je, en 1937 et tous ceux qui connaissent le peu de goût des marins pour les examens comprendront que c'est par esprit de devoir qu'Éve a réalisé cet effort à l'âge de 38 ans. Il fut reçu et c'est avec le bagage volontairement acquis que l'enseigne de vaisseau de 1ère classe Éve est allé au combat. Nous avons eu l'occasion de voir déjà comment il s'y est comporté mais j'y reviendrai tout à l'heure et, je ne le cache pas, Messieurs, avec complaisance.Qu'il me suffise de souligner, pour le moment, que, si cet officier a prouvé qu'il avait un bon bagage d'éducation et d'instruction militaire, il a montré qu'il possédait le cœur d'un guerrier dont la bravoure n'a eu d'égale que son sens de l'humanité.Voici arrivé le moment d'examiner les faits de la cause, d'abord et rapidement ce qui s'est passé dans les semaines qui ont précédé le 12 juin, ensuite et plus longuement, les événements de cette journée.L'hiver et le printemps sont passés en patrouille, dans l'Atlantique et la Manche ; vie dure physiquement ... moralement aussi car monotone lamentablement. Il faut patience et énergie pour tenir en haleine des équipages qui, pendant neuf mois, bourlinguent et se morfondent dans les mêmes parages sans jamais pouvoir accomplir un véritable acte de guerre. Et cependant, le commandant du P. 21 vous dira, avec le commandant Combescure, que s'il a trouvé, au début, quelques esprits d'une discipline douteuse, sa tâche a été facile par la suite. Mais, qu'à partir du 24 mai, son équipage est transformé. A la fatigue qui lui est imposée, fatigue dont vous aurez tout à l'heure la mesure, il répond par un allant sans faiblesse et un zèle de bon aloi. On comprend, dès ce moment, qu'est possible le fait d'armes de Veules-les-Roses. En rendant hommage à cet équipage, on fait justice à son commandant.A cette date du 24 mai, le P.21 quitte Cherbourg pour Dunkerque, en convoi commandé par la "Nantaise". En passant devant Calais, il essuie le feu d'une batterie à laquelle répondent immédiatement les deux pièces de 100 m/m tribord.Le 25, au jour, le convoi est à Dunkerque ; le surlendemain, l'aviation allemande pilonnant incessamment la ville, les deux pièces de 37 m/m et les six mitrailleuses de "Cérons" prennent une large part à la défense.Le 28, il quitte Dunkerque avec 400 militaires de tous grades qu'il débarque le 30 mai à Cherbourg.Le rapport laconique de son commandant est heureusement complété par la citation collective que demande et obtient, pour le navire, le capitaine de vaisseau Combescure.De Cherbourg, le patrouilleur 21 repart le 1er juin pour convoyer trois vapeurs jusqu'à Douvres où il arrive le 3 et d'où il repart le 4 avec la "Diligente" pour Cherbourg encore. Il y est le 5.Il appareille le 8 pour Le Havre avec des munitions pour Marine Havre, cuirassé "Paris" et "Brazza".Le 9 au soir, il ne lui reste que les munitions de cet aviso quand, à la tombée du jour, il sort du Havre avec environ 500 personnes des services publics et leurs archives.En rade, il remet à "Brazza" ce qui lui appartient et, avec "Pessac", fait route pour Cherbourg. Dans la journée il a lutté contre tous les raids d'avions effectués au Havre.A la première heure du 10, "Cérons" est à Cherbourg où il débarque les évacués ; il appareille dans l'après-midi pour retourner au Havre, toujours avec "Pessac".Le 11, dans le port, il continue de lutter contre l'aviation.Et nous voici, à la veille de la journée de Veules-les-Roses.Si j'ai cru devoir, Messieurs, vous rappeler tous ces mouvements du navire, pendant cette période qui précède la journée tragique, c'est pour souligner dans quel état de fatigue devait se trouver l'équipage et singulièrement le commandant, à l'origine d'une nuit qui devait être passée sans sommeil, précisément avant le combat qui allait s'engager le lendemain matin.Et si, contrairement à ma confiante attente, vous étiez tentés de reprocher à l'enseigne de vaisseau Éve, l'oubli de telle précaution qui vient spontanément à l'esprit dans la tranquillité du bureau, voire sur une passerelle où un marin normal, dans un état physique normal, se trouverait dans des conditions normales, vous voudrez bien vous souvenir que, le 12 juin au matin, M. Éve avait derrière lui 14 nuits sur 18 passées en partie debout, en partie étendu sur le canapé de la chambre de veille, quatre, par conséquent, dans sa couchette.Vous voudrez bien vous souvenir qu'ainsi que l'a souligné M. le commissaire du gouvernement, son état-major était réduit à un officier, l'enseigne de vaisseau de 2ème classe Grouselle, officier en second, et pour cause !Vous voudrez bien vous souvenir que si des quarts de navigation peuvent être assurés par les deux officiers mariniers, chefs de quart, il n'en est pas de même pour la veille en temps de guerre, veille incessante avec tout ce qu'elle comporte de soucis et de responsabilité quand le navire est en pleines opérations, veille de jour comme de nuit contre les sous-marins, les vedettes, les mines, les avions. Elle exige la présence permanente de l'un des deux seuls officiers du bord et, en réalité, le commandant doit être presque toujours là.Vous vous souviendrez enfin que l'homme, fût-il le plus robuste, a ses forces limitées. Celles que la nature a imposées à M. Éve sont d'ailleurs fort honorables.Cette considération qui a son prix, me conduit à une autre qui me semble importante.L'éloquent réquisitoire que nous venons d'entendre plein de bienveillance, vous demande cependant de séparer deux points de vue qui, à mon sens, doivent être confondus.M. le commissaire du gouvernement voudrait examiner, en effet, les actes du marin, en faisant abstraction momentanément, de toutes les contingences. Il ne considérerait qu'ensuite les soucis d'ordre militaire et l'attitude de l'officier au combat. Sans doute, et avec une générosité certaine, il retiendra comme circonstances atténuantes de la faute commise, si faute il y a, ces soucis qu'il ne néglige pas, cette attitude à laquelle il rend hommage. Il n'en émet pas moins le vœu que vous jugiez deux hommes, le marin d'abord, le combattant ensuite, et chacun d'eux sans, ou à peu près sans lien avec l'autre ; il vous appartiendrait de voir ensuite si les actes de celui-ci rachètent les décisions de celui-là.Je crois au contraire, Messieurs, que chaque geste du commandant du navire en opérations de guerre, doit être examiné en fonction, non seulement de la situation générale, de la mission à remplir mais aussi des circonstances particulières correspondant à l'heure où il a lieu. Écarter cette règle serait dangereux et de nature à créer l'erreur.Il est bien évident, en effet, que si la nécessité militaire ne s'en était pas fait sentir, "Cérons" n'aurait point été mouiller à peu près par le zéro des cartes, en marée descendante, à 300 m. de la terre, sur une rade que son commandant ne connaît pas.Les actes du marin ont des causes qui s'enchevêtrent avec celles des actes du combattant ; tenter de faire une analyse me paraît bien difficile.Pour mieux vous faire sentir ma pensée, permettez-moi une comparaison simpliste et peut-être, je l'avoue, boiteuse comme toutes les comparaisons, elle a tout de même sa valeur.Si, dans un verre empli à moitié de vin, vous ajoutez de l'eau, vous ne réalisez qu'un simple mélange. Et cependant, vous ne pourrez plus jamais procéder à une séparation du vin et de l'eau ainsi unis. Vous pourrez, certes, distiller le mélange mais vous aurez, d'un côté, de l'alcool et de l'autre, de l'eau, non point les liquides primitifs.C'est pourquoi, en faisant l'étude de la journée du 12, je me permettrai d'analyser chaque acte du commandant de "Cérons" en fonction des règles de prudence qu'il doit conserver, sans doute, mais aussi des autres préoccupations que lui impose sa mission et de la situation militaire à l'instant correspondant.Donc, le 11 juin au soir, une flottille dont fait partie "Cérons" quitte Le Havre pour se rendre à 10 milles au nord de Saint-Valéry-en-Caux et, conformément aux ordres donnés par le commandant du patrouilleur "André-Louis", commandant supérieur, "Cérons" prend la tête d'une ligne de file de trente navires (environ). Il est vraisemblable que si le commandant supérieur n'a pas conservé ce poste pour lui, c'est qu'il avait de bonnes raisons ; je ne cherche pas à les connaître.Mais, en tout cas, il est permis de supposer qu'il a choisi, pour l'y placer, un marin en qui il avait confiance.Au petit jour, à 3 h 30 été, le 12 juin, la rencontre a bien lieu avec le torpilleur anglais cherché ; avec quelque peine, les capitaines apprennent que le lieu de destination est situé à environ 7 km, dans l'est de Saint-Valéry ; c'est le voisinage immédiat de la plage de Veules-les-Roses."Cérons" approche de terre, le plus possible, écrit son commandant dans un rapport rédigé 10 mois après l'événement, mais il est muet sur ses matelots car, est-il besoin de le dire, la ligne de file s'est depuis longtemps disloquée, chacun chassant le mouillage qu'il a choisi.Il convient de signaler, en passant, cette absence quasi totale de direction, non point Messieurs, pour en faire grief au commandant supérieur, mais pour souligner les difficultés de l'heure, difficultés rencontrées à l'échelon du chef de flottille comme sur la passerelle de chacune des unités.Le silence de M. Éve est, en partie, comblé par le récit écrit de l'officier en second, M. Grouselle qui, ayant eu l'occasion de monter sur la passerelle au moment où le commandant allait mouiller, s'aperçut que celui-ci observait que "Sauternes" jetait son ancre plus à terre que ne l'était "Cérons". Une brève conversation, plus par gestes que par paroles et M. Éve remet sa machine en avant pour gagner encore quelques dizaines de mètres.Ce détail est bien de nature à prouver que le commandant de "Cérons", comme d'ailleurs M. l'enseigne de vaisseau Lacas, commandant "Sauternes" a, comme préoccupation primordiale, celle de sauver du monde, autant de monde qu'il le pour ra et, pour cela, de diminuer la durée du va et vient des embarcations.Et comment en serait-il autrement ? A défaut d'écrits, les commandants ont reçu l'ordre verbal d'agir ainsi, et aussi bien ne voient-ils pas les milliers de soldats, français en plus grand nombre, anglais cependant en partie, qui sont massés en deux paquets sur la plage, dans la plus grande confusion, traqués par les troupes allemandes. Et Éve le sait bien, qui a vu dès le 25 mai l'artillerie adverse tirer sur son navire, des falaises de Calais, qui n'ignore pas que, depuis cette époque, Boulogne est tombée, qu'au surplus, si les troupes en retraite sont acculées à la mer, c'est bien que les routes de l'intérieur sont déjà coupées. Il ne reste, pour ces divisions, qu'un salut possible : la mer. Il est donc urgent d'agir, et vite !Or, voici "Cérons" mouillé à 5 h (été) par 7 m de fond, un maillon dehors, en un point situé à environ 350 à 400 m des épis de Veules-les-Roses.A l'opération de sauvetage vont concourir les deux baleinières, le youyou, une chaloupe recueillie la veille au Havre. A chaque voyage, il sera pris un minimum de 50 hommes : l'aller et le retour doivent durer 15 minutes, soit un sauvetage possible de 200 hommes à l'heure. Dans 3 h, c'est-à-dire aux environs de 8 h été, "Cérons" sera plus que complet.C'est parce qu'il a du temps devant lui pour se préoccuper de l'heure de son départ et qu'il n'en peut perdre pour commencer les opérations de sauvetage, qu'il s'assure d'abord de la bonne expédition des embarcations ; qu'il fait préparer du café chaud pour ceux qu'il va recevoir, certainement bien las de faim et de fatigue.Éve est un homme de devoir, conscient de ses responsabilités. Personne n'y contredit. Il ne peut donc avoir l'intention de laisser de côté une tâche quelconque lui incombant. Celle de conserver son navire à flot est, entre toutes, essentielle. Calculer l'heure limite à laquelle il devra appareiller lui paraît, certes, désirable- Mais il a du temps devant lui, plus de 2 m d'eau sous la quille à l'arrière, et il n'en a pas pour mettre tout en œuvre pour le sauvetage. Car chaque minute qui s'écoule peut amener, là-haut, sur les falaises, chars, infanterie, artillerie ennemis, ce qui signifierait des prisonniers et des morts en quantité.Il remet donc le calcul à plus tard et, en attendant, envoie un timonier à l'arrière avec la consigne de le tenir incessamment au courant de la hauteur d'eau.En fait, il est régulièrement prévenu.Il n'y a donc pas, Messieurs, négligence ni impéritie dans cette abstention mais bien une remise à plus tard, remise logique, remise forcée, peut-on dire.Les embarcations sont parties, ce "plus tard" sera-ce "maintenant' ? Hélas, non ! Car voici les premiers avions allemands qui paraissent et disparaissent dans le ciel gris, qui est bas ! Et l'alerte terminée, les avions repartis, voilà les premiers obus qui commencent à tomber dans le voisinage des navires. Le plus pressé n'est-il pas de repérer les pièces, de les combattre, d'engager, en un mot, le combat toujours difficile du bateau contre la terre.Et voici le calcul encore remis. M. Éve traduit cela, avec son laconisme habituel, en disant : "Je n'ai pas eu le temps".Pour le moment, vous reconnaîtrez, Messieurs, qu'il a autre chose à faire : ses deux chefs de quart sont dans les embarcations ; son seul officier, le jeune enseigne de 2ème classe, qui fait d'ailleurs preuve de beaucoup de maturité et de courage est directeur de tir. Le commandant est seul sur la passerelle.Or, ce petit calcul, qu'il ne peut confier à personne, demande, pour être mené à bien, plus d'un quart d'heure, et non point pour un ancien comme moi, que vous pourriez supposer atteint de rouille blanche, mais pour un officier jeune qui, faisant partie du S.H. a l'habitude de l'annuaire des marées comme des cartes Hédouin.Croyez-vous que les événements qui se déroulent vont laisser un tel loisir au commandant de "Cérons" ? Croyez-vous qu'il trouve 15 minutes de répit ? Je ne le pense pas.Les pièces allemandes qui viennent d'ouvrir le feu sont à 7.000 m. à l'O. de Veules, sur une falaise de quelque 30 m. de hauteur. M. Éve a toujours cru à la présence d'une batterie de 105 dont deux pièces avaient été démolies par ses 100 m/m. Mais le maître canonnier Chançard nous a appris qu'au moment où, de son navire, il arrivait à la plage, un officier allemand lui avait confié que c'étaient deux batteries de 105 que celui-ci avait réduites au silence. Il y avait donc déjà plus d'une batterie en action contre "Cérons".Tous les navires répondent mais le P.21 est le premier : l'artillerie de la pointe est, en effet, tout de suite repérée par M. Éve. Si le tir ennemi devient plus précis, celui de "Cérons" l'est davantage. Le feu allemand cesse, en effet, pendant quelque temps, pendant un déplacement, sans aucun doute forcé.Il est repris mais, par deux fois, les batteries sont à nouveau "muselées" par les deux pièces battantes de 100 du "Cérons".Ah ! certes, du calcul remis, il n'est même plus question pour le moment. Mais, je vous le demande, Messieurs, croyez-vous que sa remise, qui a permis un repérage plus rapide, n'a pas une contre-partie de quelque valeur ?Cette lutte heureuse de deux pièces de 100 contre 8 pièces de 105 n'a-t-elle pas eu pour conséquence d'assurer une plus grande tranquillité aux opérations des embarcations, une diminution du nombre des morts, une augmentation sensible des soldats sauvés ?Et maintenant, voici les événements qui se précipitent : les troupes ennemies apparaissent de toutes parts sur les crêtes ; leur feu augmente en intensité. Le temps passe, il est 7 h. été * la mer "baisse rapidement.Le calcul n'a toujours pas été fait. Etait-il bien utile ? Le Commandant de "Cérons" n'oublie point la situationdans laquelle il se trouve. Il a embarqué 300 nommes ; c'est moins qu'il ne l'espérait ; mais il faut changer de mouillage.Et voici le timonier qui annonce 5 m. de fond.L'ordre d'appareillage est donné, la chaîne est virée, le navire vient à l'appel de son ancre : il flotte donc.Le commandant se rend bien compte que le temps presse. Son bateau est évité au N.E. le courant portant au S.W. et le vent, d'ailleurs très faible, venant lui-même de l'E.N.E.Filer la chaîne par le bout n'offrirait donc aucun avantage puisqu'en virant, l'arrière ne risque pas de se rapprocher de terre ; au surplus, une ancre est précieuse en de telles circonstances.L'ancre est dérapée, hissée, la barre mise à gauche toute, la machine en avant. Aucune de ces manœuvres n'est critiquable. Mais le Commandant sent une légère secousse ; déjà, l'hélice a remué des galets ; le bateau abat et vient perpendiculairement à la côte, cap entre le N.N.W. et le N.W. mais il ne décolle pas. La situation devient tragique.Dans ce récit, je vous demande de faire une courte pause pour éclairer certains points et en tirer les conclusions qui s'imposent.En premier lieu, un des arguments de l'accusation paraît être : "Vous voyez bien que la seule précaution prise par le Commandant de "Cérons" s'est avérée insuffisante puisqu'en fait, le timonier a été défaillant, ou bien il a étéentendu trop tard".Ce raisonnement n'est pas probant. M. Lacas, qui commandait "Sauternes" s'est tiré magnifiquement de la plage de Veules-les-Roses. Et cependant, il n'avait pas pris d'autre précaution que M. Éve. Pas plus que lui, il n'a eu le temps de procéder au petit calcul de l'heure du départ, et ce, bien qu'il possédât un état-major plus étoffé que son camarade. Il a confié la surveillance de la hauteur de l'eau à un timonier et, sans les avoir interrogés, je suis bien convaincu que pas un des commandants des navires présents n'a agi autrement.D'après le témoignage de M. Lacas, son appareillage a été suivi, à quelques minutes, de celui de son matelot de bâbord.Sans doute, la mer baisse vite mais Éve se hâte et comment expliquer le phénomène suivant : "Cérons"est venu à l'appel de son ancre ; il y a quelques instants il avait 0.30 d'eau sous la quille. Le calcul qui n'a pas été fait donne le même résultat que la sonde, au minimum 0,25 (preuve que rien n'aurait été changé s'il eût été fait).Or, entre l'annonce du fond, 5 m, par le timonier et l'ordre de virer, il ne s'écoule que quelques secondes puisque le commandant est sur la passerelle, la chaîne naturellement garnie, il suffit d'ouvrir la vapeur. Et cependant, le navire échoue en abattant sur bâbord, bien qu'il ne soit que 7 h été qui correspond bien à 5 m d'eau, suivant le témoignage du commandant de "Sauternes", suivant la sonde,suivant le calcul*Pour expliquer ce fait anormal, je vous livre, Messieurs, une hypothèse troublante.J'avais un condisciple, ancien marin, capitaine au long-cours qui, après une longue navigation, devint directeur de la Société nationale d'affrètement. Il se nommait Veyrat.Ayant cessé le travail, il choisit Veules-les-Roses comme lieu de repos. Il y possédait une villa et... un bateau, le pointu du vieux marin. C'est dire qu'il connaissait parfaitement ces parages. Etant venu à Paris, il me remit quelques photographies qui ont été agrandies.Il profita de cette visite pour me dire à peu près ce qui suit : "Le Capitaine de "Cérons" a fait un bon et honorable travail. Seul, un homme de Veules-les-Roses, dans son équipage, aurait pu lui indiquer un mouillage où il n'aurait pas risqué de s'échouer comme il l'a fait sur une "bosse" dont le pays est rempli. Il a fait taire une batterie installée au-dessus de la villa Victor Hugo, qui pouvait s'opposer à l'embarquement de la quasi-totalité des hommes qui ont été sauvés.Il a également décimé des mitrailleuses fort nuisibles. Il a fait un bon boulot."Je le priai de mettre cela par écrit, de faire authentiquer sa signature et de m'envoyer cette note. La mort l'a empêché de tenir sa promesse.Mais je retiens la présence de ces dos d'âne car les Instructions nautiques y font allusion, en précisant queces bancs se déplacent (I.N. 983 - Côtes Nord de France, édition 1915, tirage 1917 - page 136, Saint-Valéry-en-Caux)."Les bâtiments à vapeur peuvent mouiller en rade en attendant la marée, mais il vaut mieux croiser dans l'W du port, car la rade n'est tenable que par calme ou par les vents du S.S. et du Sud. Le port n'est praticable que lorsqu'il n'y a pas de mer à cause des bancs mobiles de galets qui se forment à l'entrée."J'avais déjà été frappé par le récit que m'avait fait Éve de son départ du bord : il avait pied le long du navire mais, quelques mètres plus loin il était obligé de nager quelque temps avant de retrouver la possibilité de marcher.Ne croyez-vous pas que "Cérons" qui, nous le reconnaissons, n'a plus que quelques centimètres d'eau sous la quille, mais qui doit les avoir, a tout simplement rencontré un des plissements de terrain qui a retenu son arrière. Je vous livre l'hypothèse en vous demandant de ne point l'évincer. Pour ma part, je la crois bonne.Quelles sont les réactions du commandant du "Cérons" ? Simples, logiques, complètes. Il fait vider le peak AR, malheureusement, il ne peut faire emplir le peak AV, car cette manœuvre exige trop de temps. Il demande par projecteur à "Sauternes" d'essayer de l'aider à se déséchouer. Le commandant Lacas, malgré les difficultés et le danger que lui-même peut courir, se dispose en hâte à apporter toute son assistance. Mais voici un petit chalutier qui passe, c'est le"Sergent-Blériot" disent les uns, le "Caporal-Peugeot" disent les autres, un bateau inconnu déclare l'accusation. C'est peut-être le salut : On le hèle mais ses réponses, durement qualifiées par quelques témoins, sont négatives. Il est pressé.Mon rôle, ici, est d'assister, non d'accuser. Il me sera tout de même permis de dire que la place de M. Éve qui comparait devant vous, parce qu'il est accusé, en définitive, de ne pas s'être assez pressé pour partir, est plus enviable que celle de ce patron inconnu.Pendant ce temps, l'eau baisse. Le "Cérons" déjauge ; le "Sauternes" ne peut s'approcher et trop longue est la touée nécessaire. D'un commun accord, les deux commandants abandonnent. "Cérons" va essayer de tenir, en continuant la lutte jusqu'à 13 h 15, heure à laquelle il doit flotter de nouveau.300 soldats sauvés sont réembarqués, renvoyés à "Sauternes" qui va, à partir de 8 h 30 pouvoir quitter la rade avec son plein de militaires.A ce moment, le feu de l'ennemi s'intensifie ; les batteries de Sotteville et les chars font chorus avec celles de la villa Victor Hugo et avec bien d'autres, comme vous l'allez voir. Le commandant Éve n'attend pas plus longtemps pour ordonner au maître de manœuvre Fournier de brûler les documents secrets ; puis, il fait hisser la grande enseigne. Si son navire doit être perdu, il aura du moins servi à fixer, comme dit le commandant Combescure, le feu de l'adversaire sur lui,ce qui facilitera d'autant le sauvetage accompli par les autres navires. Et, de fait, électrisé par son commandant, l'équipage tient son poste avec un courage qui force l'admiration.Peu à peu, la rade s'est vidée ; toute l'artillerie ennemie a pris pour but "Gérons". Les projectiles tombent drus.Les tanks qui se montrent dans la direction de Sotteville sont arrêtés par le feu des deux pièces tribord de 100 m/m. L'un d'eux est renversé, quelques soldats allemands réussissent à se sauver ; les autres chars se masquent dans un petit bois.Tous les objectifs ont disparu. Mais de la crête de la falaise, les coups partent ; au jugé, on continue le feu. Ne vaut-il pas mieux brûler toutes les munitions puisque le navire ne sera pas sauvé.C'est Le Caer, chauffeur, qui est tué d'un éclat d'obus.Ce sont les canonniers Mayer et Gisquet qui tombent, blessés. C'est la coque avant qui est crevée à l'aplomb de la pièce de 100 td. Tout à l'heure, un coup finira, sans aucun doute, par faire sauter les grenades de l'AR ou les munitions.Il est devenu inutile d'appuyer un sauvetage qui a pris fin, il faut songer à ceux qui restent de l'équipage.L'ordre est donné d'évacuer, il est 10 h été. Depuis plus de 4 h, "Cérons" a combattu magnifiquement et efficacement. On s'en va mais non sans mettre hors de service machine et chaudières, travail accompli par le maître mécanicienEnguehard ; pièces, télémètre, poste de TSF, en un mot, tout ce qui peut l'être est détruit.Les embarcations sont emplies ; les deux blessés en premier. Une baleinière s'éloigne à bd. avant vers le large. Le commandant la rappelle d'un geste qui, malheureusement, n'est pas compris. Elle sera frappée tout à l'heure par un obus et perdra du monde : 3 morts dont je salue, avec émotion, la mémoire, et 7 blessés.Éve est parti le dernier mais, chemin faisant, l'enseigne de vaisseau de 2ème classe Grousselle et le matelot cuisinier Jacquinot s'avisent qu'une mitrailleuse de 13 m/m2 n'a pas été jetée à l'eau. Ils reviennent, réparent cette omission, repartent et arrivent à terre après leur commandant, qui a signalé ce beau geste dans son rapport.Equipage et commandant sont faits prisonniers. L'adversaire leur témoigne une réelle déférence.Pour appuyer ce récit, je ne vous lirai point le témoignage des membres de l'équipage que j'ai pu voir en zone occupée. Leurs témoignages, qui ne sont pas faits sous la foi du serment pourraient paraître suspects parce qu'intéressés, d'abord et ensuite, parce qu'imprégnés d'une grande affection pour leur commandant. En revanche, je vous rappellerai la lettre du Capitaine du Lac, lettre dont le commandant Combescure vous a donné lecture. Je vous demanderai d'en écouter une autre. C'est un jeune sous-officier du 20ème train, André Bigard qui, encore en captivité, avait pu voir sa femme à Amiens avant son départ pour l'Allemagne, Mme Bigard rend compte à sa famille de cette entrevue en une longue lettre dont voici un court passage :Il y a aussi la lettre du Capitaine Venot, commandant la 5ème Cie du 91 RIA qui répète, sous une autre forme, les mêmes choses... Je passe... car toutes ces louanges n'ont qu'une valeur bien faible devant l'aveu que fait l'adversaire dans le numéro du "Signal" de janvier 1941. Vous connaissez le "Signal", périodique allemand, imprimé en français mais à Berlin."A l'aile nord de la division - il s'agit d'une des deux divisions blindées allemandes qui, faisant leur jonction à Saint-Valéry ont mis en commun leurs efforts contre "Cérons" - sur la côte, les Anglais s'efforcent au pied de la falaise, à environ 6 à 8 km à l'est de Saint-Valéry, d'embarquer leurs troupes sous la protection de navires de guerre. Les coups de canon échangés entre l'un de ceux-ci et l'une de nos batteries a réduit deux pièces au silence. Le feu n'en est pas moins de nouveau dirigé contre l'ennemi. Toute l'artillerie à longue portée de la division y prend part. Tandis que cet épisode se termine par l'incendie d'un croiseur auxiliaire anglais atteint à plusieurs reprises, le régiment de chars pénètre par l'ouest de Saint-Valéry. On amène des prisonniers, et bientôt toute la partie de la ville à l'ouest des installations du port est en notre possession."Le croiseur anglais dont il est question n'est autre que "Cérons", il n'y a d'ailleurs plus, et depuis longtemps,aucun autre navire sur rade de Veules-les-Roses au moment de son explosion.Tout commentaire à ce communiqué de l'adversaire serait superflu.J'ai fini, Messieurs, et je m'excuse d'avoir mis votre patience à une aussi longue épreuve. Je conclus :Je suis convaincu que l'enseigne de vaisseau de 1ère classe Éve ne s'est, dans cette journée tragique du 12 juin, nullement rendu coupable de négligence, c'est évident, ni d'impéritie. Si son bateau s'est échoué au moment même de l'appareillage, c'est d'une part parce qu'il était allé aussi près de terre que possible pour remplir une mission militaire mais aussi d'humanité ; d'autre part, parce qu'il a eu la malchance de trouver un fond isolé plus élevé que celui qu'indiquait la sonde tout à côté et qu'aurait indiqué le calcul, s'il avait pu être fait.Personne ne conteste la noble et courageuse conduite du commandant du Patrouilleur 31, son attitude pleine de sang froid et d'énergie, malgré des fatigues qui en auraient épuisé d'autres.Personne ne conteste que l'évacuation du navire, ordonnée uniquement par raison humanitaire, a été exécutée avec ordre, que le commandant est parti le dernier.Qu'il a mérité l'admiration d'un équipage digne du chef ; mérité l'admiration des militaires et forcé enfin celle de l'adversaire.Aussi, est-ce avec la plus grande confiance que je remets à votre justice la réputation sans tâche de l'habile marin que j'ai l'honneur d'assister aujourd'hui. Si, malgré mon espoir, je n'avais pas su vous enlever un doute éventuel sur les causes de l'échouage, je vous demanderais, Messieurs, de considérer que l'enseigne de vaisseau Éve a écrit une page sublime dans l'histoire de notre Marine, au sens qu'attribuaient à ce mot de "sublime" les poètes classiques du Grand Siècle et qu'il ne conviendrait pas de donner à la question qui va vous être posée, une réponse à la manière du Marquis de Lantenac.Je n'éprouve, Monsieur le président, Messieurs les juges, aucune gêne à formuler avec déférence, mais aussi avec insistance, le vœu qu'en rendant son sabre à cet officier consciencieux et brave, vous vouliez bien lui témoigner d'un mot votre admiration pour le fait d'armes accompli.

1942.01.21.De Worms et Cie.Note

Copie  21 janvier 1942BanquePourcentage Worms par rapport aux quatre grandes banques de la place :31/3/41Dépôts0.81%193819391940Bilans et situation0.69%0.99%0.65%Actifs0.84%1.32%0.98%Activités maritimesPourcentage de la flotte par rapport à l'ensemble de la flotte française01/9/39Worms1.03%Nochap1.60%SFTP2.46%Total5.09%Services charbonsPourcentage des importations par rapport aux importations totales de la France193119381939Worms4.27%6.53%5.91%Constructions maritimesPourcentage des lancements effectués par Worms par rapport à ceux de l'ensemble des chantiers de constructions navales françaisMoyenne des années1930 à 1939Worms10.415%AssurancesPourcentage de La Préservatrice par rapport à la production générale :1937Production incendie0.26%Accidents du travail10.08%Assurance automobile6.48%IndustriePourcentage des diverses productions Japy par rapport à la production des industries françaises de même espèceAoût 1939Japy7 à 25%Pourcentage du chiffre d'affaires Puzenat en machines de récolte par rapport à celui de la production française1938Puzenat15%21/1/42

1942.01.28.De la commission d'enquête sur le naufrage du Lamoricière.Rapport

Copie Le PDF est consultable à la fin du document. Causes de la catastrophe Trois causes principales : la tempête, le naufrage du Jumièges, le charbon en qualité et en quantité, auxquelles on pourrait ajouter une quatrième cause secondaire : la gîte, en fait, séquelle des précédentes. - Déposition de M. Lejean, officier-radio du Lamoricière : L'ordre d'abandon a été donné vers 10 h 15. Le 9 à 10 h 45, le commandant m'a dit : « Tout est terminé; il m'a souhaité bonne chance ». Vers 11 h 10, nous sommes allés sur le pont des embarcations, à tribord. Après avoir été enlevé par un rouleau, j'ai réussi à attraper un engin flottant. J'ai vu le navire couler après s'être redressé. Le commandant Milliasseau était sur la passerelle à tribord. - Déposition du commandant Gourion, du "Chanzy". Renseignements obtenus des rescapés du "Lamoricière" au sujet du maître d'équipage Franzoni. Lorsque l'ordre d'évacuation fut donné, Franzoni aidé du commissaire, s'occupe de faire embarquer dans un canot, des femmes et des enfants, en particulier, deux du groupe Guynemer au nombre de 17, accompagnés de 2 infirmières. Le canot amené correctement, fut malheureusement plaqué contre la coque et se brisa. Tous ses occupants furent noyés. Le maître Franzoni aurait réussi à atteindre un autre canot qui s'était retourné, perdant, lui aussi, tous ses occupants. Franzoni aurait réussi à hisser dans ce canot trois hommes et une femme, mais vaincu par le froid, la fatigue de la nuit précédente, par ces derniers efforts, Franzoni, un quart d'heure avant que nous n'ayons pu accoster ce canot plein d'eau et commencer le sauvetage des quatre occupants, aurait eu une syncope, sans se plaindre, aurait glissé sous un banc et se serait noyé ainsi, sans que ses compagnons aient eu la force de lui porter secours. En effet, un corps sans vie, flottait dans l'embarcation. Malgré nos efforts pour découvrir la cause réelle de cette catastrophe, l'enquête est pour le moins incomplète du fait de l'absence du chef mécanicien et de ses officiers, des autres témoins rescapés intervenants du service machine sont du même quart Caldora, Varvarande Jean, tous trois seconds-maître mécaniciens, tous savent ce qui s'est passé pendant leur quart. Pour le reste, ils sont moins affirmatifs ; c'est donc à notre connaissance du navire, en faisant appel à nos souvenirs que nous avons cherché certains points restés obscurs dans les dépositions des témoins. Le "Lamoricière" parti d'Alger, mardi 6 janvier à 17 h avec 122 hommes d'équipage, 272 passagers, 230 tonnes de marchandises diverses, colis postaux, sacs de dépêches, le tout arrimé conformément aux règlements. Au départ, le navire semble en parfait état de navigabilité : gîte légère à bâbord, a continué à vider les escarbilles du mouillage, dès la mise en route libre, terminé mercredi à 6 h. Vent de N, force 5, tangage et roulis ; passé Bajoli, vers 16 h 30. Moyenne des tours : 70. A partir de Bajoli, route sur Marseille au N 21 ; le vent passe au NNE en fraîchissant. La mer se creuse, le navire se comporte bien, entrées d'eau habituelles par les portes de soute et les escarbilleurs, qui semblent étalées par les pompes. A 22 h 45, SOS du "Jumièges". Le commandant Milliasseau semble avoir fait part au chef-mécanicien de sa décision d'aller au secours du navire en détresse à 0 h 30. Le jeudi 8 le "Lamoricière" vient en travers. Route au 105. Dès le changement de route, le navire roule violemment, prend une gîte importante à tribord. Dans la machine, une perte d'huile à la turbine de tribord oblige l'officier-mécanicien, M. Guillemin, à faire appeler le chef-mécanicien ; le second-maître-mécanicien, Caldora, en profite pour lui dire que depuis ce roulis anormal, la chauffe devient difficile. En effet, les escarbilles qui n'ont pas encore été vidées se mélangent au charbon. L'eau de la chaudière, en abord des parquets dans les coups de roulis, fait une entrée impropre au maintien d e la pression. Dans ces conditions, le chef-mécanicien va trouver le commandant, lui explique la situation, l'engage à redresser la route. Quelques minutes, après : route au 45. Tout rentre dans l'ordre. La chauffe redevient à peu près normale à 2 h. Repris la route sur le lieu présumé du naufrage. Puis le "Lamoricière" après des recherches infructueuses, fait route vers Marseille. Il est 3 h 35. Quarts normaux de mauvais temps. Vers 13 h une circumméridienne observée par Cecchini, indique que la vitesse a été surestimée. Vers 14 h il reste 72 tonnes de charbon, avec consommation horaire de 1 T 5. Vers 14h 15 le commandant tient conseil. Y assistent le chef-mécanicien, le second capitaine, l'officier de quart et un passager : le capitaine de corvette Lancelot. En accord avec ces officiers le commandant décide de virer de bord. Il craint de se trouver à court de charbon, si le mauvais temps persiste, pour éviter les frais de remorque à la Compagnie, le "Lamoricière" va se mettre à l'abri vers Minorque en attendant l'accalmie. Ce contretemps permettra de mettre les cales à clair et de régulariser la chauffe. Vers 15 h, le chef-mécanicien prévient qu'il est prêt pour le virement de bord. Le navire tombe en travers et roule, et malgré la barre à gauche toute, le navire n'abat pas, la pression tombe graduellement. Vers 16 h, ordre est donné à tout le personnel-machine de rejoindre son poste. L'eau embarque par les panneaux de soute bâbord et les escarbillères. Appuyé par le vent NNE le navire, malgré son roulis, ne revient que difficilement au 0 de l'oscillographe. On isole les deux chaudières-avant car l'eau a envahi le parquet de cette chaufferie, les plaques de parquet en sont déplacées et blessent le personnel. Aux autres chaudières, on fait la chaîne pour envoyer le charbon. Pour évacuer l'eau des chaufferies, le trou d'homme du Water Ballast n°4 a été déboulonné, l'eau s'y engouffre et y est aspirée par la pompe de 200 T du WB tandis qu'on aspire par le flexible, par le collecteur des cales. La pression tombant toujours, le chef-mécanicien demande à la passerelle de stopper pour conserver la vapeur aux auxiliaires et à la dynamo. Le charbon est mouillé et brûle mal. Aussi tout le bois de la machine est utilisé. De leur côté, des matelots font la chaîne et envoient tout le bois disponible. La pression remonte à la chaudière 5, seule en service. Elle atteint 9 kg. Vers 17 h 30, démarrage de cette chaudière. Malheureusement, le bois se raréfie, et la dynamo est stoppée. Le moteur de secours n'a pu être mis en marche : il est en avarie depuis Alger. A partir de 18 h, une chaîne est établie, qui, avec des seaux, essaie d'étaler les entrées d'eau. La dalle de la cuisine faisant de l'eau est très bien appuyée sur son siège par le personnel civil. Vers 20 h le maître d'équipage et les matelots confectionnent une ancre flottante avec deux madriers, un pallier et un makaroff. Cette ancre est filée vers 23h vers l'avant. Il semble que le navire abat d'une dizaine de degrés. Le navire roule énormément et la gîte s'accentue toujours. On doit supposer que l'eau embarque par les WC de la chaufferie de bâbord. Vers 9 h, vendredi 9 janvier, pour redresser le navire, il est décidé de faire un déplacement de poids, les cageots de primeurs, cale 2 bâbord sont placés sur le pont-promenade à tribord. Tout le personnel disponible et les passagers font la chaîne. Le navire se redresse un peu mais s'enfonce toujours. Vers 4 h 00, la chaîne passe au parc-auto, tous les colis de primeurs sont jetés à la mer ce travail est terminé vers 5 h 30. Vers 8 h, équipage et passagers revêtent la ceinture de sauvetage. 9 h 15, le "Gueydon" apparaît. Il vient sous le vent. On pense qu'il va prendre la remorque mais il ne peut pas. Il vient alors au vent, sur l'ordre du "Lamoricière" et file de l'huile. Le commandant donne l'ordre d'évacuation, les femmes et les enfants prennent place dans le canot 2. Lorsqu'il est amené, une lame décroche le palan AR, tandis que celui de l'AV tient toujours. Tous les occupants sont précipités à la mer et disparaissent. A cette vue les passagers des autres canots refusent de partir. Le commandant donne alors l'ordre de se jeter à la mer et d'utiliser les engins, radeaux flottants. A mesure que la gîte augmente, l'entrée d'eau est de plus en plus importante par les [dabots] et WC-chaufferie jusqu'au moment où la coursive du pont principal sur laquelle s'ouvrent les portes du parc à autos et des aménagements se trouve dans l'eau. Malgré le calfatage de la porte-emménagement la poussée de l'eau est devenue si forte qu'elle la fait céder remplissant tous les compartiments. Le "Lamoricière" sombre à 12 h 35 par L 40 00 NG : 4°22E. Fait à Marseille le 28 janvier 1942 La commission d'enquête : Cdt Monnier Chef-mécanicien Payra Lt Le Mouellic    

1942.02.16.Du Marine Bauaufsicht, Rouen.Aux ACSM.Instructions (en français et en allemand)

[Document cité dans la partie consacrée aux ACSM du rapport du 31 décembre 1945 établi par l'expert Gaston Bernard. Seule la version française a été retranscrite ; voir le PDF pour le texte en allemand.] Marine Bauaufsicht Rouen B. Nr. 226 Paris, le 16 février 1942 Objet : Nouvelles constructions de sous-marins Suivant télégramme du Kommandierender Admiral Frankreich – Werftbeauftragter – B. Nr G 8266 TS II du 17 décembre 1941, le sous-marin "L'Africaine" doit également être exécuté d’une manière accélérée. Ce qui précède vous a été transmis verbalement et pour le bon ordre, vous est confirmé par écrit par la présente.

1942.03.04.De Daniel de Bergevin - Journal de Rouen.Article

NB : Cette coupure de presse est conservée dans un recueil classé au 5 janvier 1942."Le journal de Rouen"4 mars 1942Un homme de bonne volonté : Pierre PucheuLes Français paraissent souvent étranges et complexes, non seulement aux yeux des étrangers, mais aussi à ceux de leurs propres compatriotes.On a peine à comprendre, par exemple, la méfiance, voire même l'hostilité préconçue que beaucoup d'entre nous, ceux-là même parfois qui réclamaient hier à cor et à cris le remplacement des vieilles équipes, témoignent aux hommes nouveaux avant même que d'avoir pu les juger sur leurs actes.Pour avoir été moins systématiquement critiqué que ne le fût l'amiral Darlan, Pierre Pucheu, hier encore inconnu du gros public, n'en a pas moins subi la commune loi. Il n'est point d'adversaires de la Révolution nationale qui n'aillent répétant : « Pucheu ? C'est l'homme de la Banque Worms ». Pucheu, l'homme des trusts et des banques ? Allons donc ! Il est des accents qui ne trompent point.Dès les premiers jours de son voyage en Afrique du Nord, le ministre de l'Intérieur a su conquérir tous ses auditeurs, non point par un talent d'orateur hors pair, non point à la manière d'un Torrès ou d'un Briand mais par la simplicité, la netteté, la franchise de son attitude et de sa parole. Hier encore, devant les maires des trois départements réunis à Alger, il a su magnifiquement définir les causes de notre défaite : « Vaincus, parce que nous n'avions pas assez bien vécu, parce que nous n'avions pas assez bien agi ». Il montrait les devoirs de tous les Français : « Souffrir d'une souffrance également répartie, afin que personne ne meure ».Il faut aussi l'avoir vu la semaine passée dans l'immense salle d'honneur du Palais d'Été, d'où l'on domine la splendide baie d'Alger, devant tous ceux qui, avec une sincérité plus ou moins profonde, ont fait serment aux mainteneurs de la patrie.Premier discours d'une série qui devait être longue. Après avoir lu, et fort bien un message du Maréchal à l'Afrique du Nord, il parla avec une sincérité, une émotion, un dynamisme vibrant et, sans aucun doute, produisit une vive impression sur l'auditoire divers qui ne trouvait là réuni.Cependant, il ne disait point toujours des choses agréables à entendre. A savoir que la Métropole doit demander à son Empire plus qu'elle ne lui donnera. Ce n'est point aisé à dire en Algérie, ni plaisant à entendre pour nos administrateurs et nos colons.M. Pierre Pucheu n'avait peur ni des réalités, ni des vérités. C'est un homme neuf, libéré des préjugés du passé, convaincuque la France ne peut retrouver sa grandeur que si tous ses enfants, ouvriers comme patrons, les Français de la Métropole comme ceux de l'Empire, savent se grouper derrière le Maréchal. Il sait que la route est longue encore et difficile qui reste à parcourir et que c'est toute une révolution...Habitué de longue date aux promesses électorales de ceux qui promettaient de demander tout à l'impôt et rien aux contribuables, à la radio étrangère qui le berce de divisions et de mensonges, le peuple de France saura-t-il enfin comprendre ?Daniel de Bergevin

1942.03.04.De Worms & Cie services charbons.Note sur la carbonisation du bois

Note Avant la guerre de 1939, et malgré les efforts consi­dérables déployés par les propriétaires forestiers qui arrivaient très mal à vendre leurs taillis, la carbonisation du bois ne s’effectuait en France qu’à un rythme ralenti : à part quelques grandes usines particulièrement importantes, il n’y avait pas, à propre­ment parler, d’industrie de carbonisation : la fabrication du char­bon de bois était le type même de l’industrie artisanale. Entre les usines de distillation et de carbonisation, qui traitaient le bois pour en obtenir, non seulement le charbon de bois, mais encore tous les sous-produits (acide acétique, al­cools, acétone et cétones supérieures, etc...) et la meule du char­bonnier de forêt, venue en droite ligne, et sans modifications essentielles, des profondeurs de l’histoire, il n’y avait rien, pour l’excellente raison que les débouchés normaux du charbon de bois se trouvaient réduits. En dehors des utilisations domestiques dans certaines régions mal approvisionnées en combustibles minéraux, le charbon de bois ne se vendait guère que pour l’exportation ; l’in­dustrie des gazogènes sortait peu à peu du berceau et le « gaz des forêts », dont on parlait beaucoup, n’était guère utilisé, comme force motrice, que par un petit nombre de camions, dont beaucoup étaient des prototypes : d’après les chiffres communiqués ces temps derniers au cours d’une assemblée corporative agricole, M. Pierre Caziot, ministre de l’Agriculture, indiquait qu’avant la guerre, la production mensuelle de charbon de bois n’était guère que de 18.000 tonnes : 150.000 ouvriers travaillaient dans les forêts et le nombre des gazogènes montés sur voitures automobiles était seulement de quelques milliers. Dès l’armistice, la pénurie de carburante à base de pétrole amena tout naturellement les pouvoirs publics à utili­ser, au maximum, les possibilités de la forêt. Un vaste plan d’en­semble fut dressé ; on construisit 50.000 gazogènes en un an, et d’un seul coup, la demande de charbon de bois se trouva considéra­blement augmentée, cependant que les possibilités de main-d'oeuvre diminuaient et que des difficultés de toute nature venaient compliquer encore la tâche des industriels. Néanmoins, malgré l'absence de près de 100.000 bûcherons, soit 42 % de la main-d’oeuvre nécessaire au plan actuel, la production mensuelle de charbon de bois est passée à 52.000 tonnes. La nécessité de mettre très vite d’importantes quantités de charbon de bois à la disposition des usagers, amena la généra­lisation de l’emploi des fours en tôle du type de la meule, qui avaient comme seul avantage celui d’être facilement fabriqués, ra­pidement mis à la disposition des forestiers et d’être menés faci­lement par des ouvriers non spécialisés. Ces fours, construits en très grand nombre par l’administration des eaux et forêts, avaient le très grave inconvénient de gaspiller une partie importante des richesses du bois; tous les goudrons et tous les sous-produits étalent brûlés ; le rendement du charbon de bois lui-même n'attei­gnait pas les 2/3 du rendement moyen d’une carbonisation en vase clos: alors que dans ce cas, on obtient couramment 90 ou 100 Kgs de charbon de bois au stère de bois enfourné, il faut des condi­tions exceptionnelles pour qu’un four type « eaux et forêts » donne plus de 55 à 60 Kgs de charbon de bois. Parallèlement, les grandes usines continuaient leur activité dans des conditions de rendement beaucoup plus favorables, mais pas toujours avec un prix de revient satisfaisant : les grandes usines, même placées dans des centres forestiers importants, arri­vent, en effet, à faire le vide autour d’elles, et pour les alimen­ter, on doit souvent faire venir le bois de grandes distances, ce qui est de plus en plus difficile dans les circonstances présentes. Ainsi se trouve posée la question essentielle qui domine tout le problème de la carbonisation : faut-il que le bois soit amené au four ou, au contraire, que le four aille au bois ? L’administration des eaux et forêts, pressée par le temps, a mul­tiplié les installations de fours mobiles dans les forêts, mais de fours à rendement déplorable et peu susceptibles de résister long­temps. Parallèlement, un certain nombre de techniciens de la carbo­nisation ont pensé qu’il était préférable de multiplier les usines réparties sur le territoire métropolitain dans les régions les plus boisées, chacune de ces usines obtenant, au moment de sa fondation, la garantie d’un approvisionnement suffisant pour son fonctionnement. Le plan des « cent usines », pour séduisant qu’il pa­raisse à première vue, du fait qu’il envisage un traitement ration­nel du bois et la récupération poussée des sous-produits, se heurte aux mêmes difficultés qu’éprouvent les grandes usines du bois exis­tent déjà depuis de longues années. Au centre même d'un des massifs forestiers les plus considérables de France, en Nivernais, les Usines de Clamecy et de Prémery qui sont les plus importantes de France, ont éprouvé, de­puis de longues années, ces difficultés de ravitaillement et doi­vent faire face, dès maintenant, d'une manière plus difficile en­core, au redoutable problème de l'approvisionnement en bois. Que serait-ce alors si l'on multipliait les usines de carbonisation dans des régions forcément moins boisées, même en leur garantissant un périmètre qui leur serait exclusivement réservé ? Tandis que se poursuivaient, d'une part, l'expérience des eaux et forêts avec leur four du type de la meule, d'autre part, l'étude et un commencement d'exécution du plan des « cent usines », d'autres tech­niciens de la carbonisation pensaient qu'il serait préférable d'al­ler à la forêt chaque fois que ce serait possible, mais en employant des fours capables de distiller et de carboniser le bois, tout en récupérant les sous-produits. C'est ainsi qu'est apparu un nou­veau type de four semi-mobile susceptible de traiter la charbonnette prise sur les coupes et d'en tirer un charbon de bois comparable à celui des usines avec un rendement analogue à celui des installa­tions fixes. Dès lors, il est à se demander si la véritable solu­tion au problème de la carbonisation ne serait pas une combinaison des grandes usines fixes avec l'utilisation de fours mobiles à ré­cupération placés à leur périphérie, à. une distance telle que le transport du charbon de bois et des sous-produits qui pourraient être traités par ces usines, reviendrait à des prix beaucoup plus bas que le transport du bois à ces mêmes usines : il semble, en effet, difficile de séparer des usines fixes les fours mobiles à récupération, ces derniers produisant en quantité appréciable des goudrons et des jus pyroligneux qu'il est normalement très difficile de traiter sur coupe autrement que d'une manière sommaire. Il est donc nécessaire d'envisager un ramassage de ces matières pre­mières au profit de centres de traitement, ceux-ci ne se trouvant pas trop éloignés pour que le problème du transport ne joue pas à nouveau contre l'économie du système. La carbonisation du bois, qu'elle soit faite en usine ou en forêt, exige presque toujours un conditionnement du charbon de bois[1]. La plupart des concasseurs qui, après criblage ramènent le charbon de bois aux dimensions légales, à savoir : - charbon de bois n° 1 pour gazogènes : 8/30 m/m - charbon de bois n° 2 pour gazogènes : 25/70 m/m, donnent une quantité de poussière allant de 10 à 15 %. On voit immédiatement qu'il y a une nécessité absolue à utiliser ces poussières sous peine de perdre une partie importante du combustible. La plu­part des techniciens conseillent d'agglomérer ces poussières, mais en général, la teneur en cendres des produits obtenus est considé­rable, car les fines de charbon de bois provenant du concassage sont constituées en grande partie sur les écorces qui ont en teneur en cendres élevée. Pour obtenir des agglomérés susceptibles de répondre aux normes (humidité 4 %, teneur en cendres 7 % maximum) imposées par la loi pour l'utilisation des gazogènes, il est indispensable de mélanger à ces fines une proportion quelquefois importante de char­bon de bois pur : cette proportion peut aller jusqu'à 50 et 60 % du poids de l'aggloméré. De là à envisager, comme certains l’ont fait, le concas­sage de tout le charbon de bois produit et l’agglomération de la poussière ainsi obtenue, il n’y avait qu’un pas ; un certain nombre de techniciens l’ont franchi et ont préconisé la généralisation de la fabrication des agglomérés, en faisant valoir, ce qui est exact, que c’est la seule façon d'obtenir, avec le charbon de bois, un produit homogène à caractéristiques à peu près constantes, quelle que soit l'origine des bois utilisés; au surplus, les agglomérés ont une densité apparente plus élevée que celle du charbon de bois, ce qui augmente considérablement le rayon d'action des véhicules. Malheureusement, le liant le meilleur est constitué par le brai et le goudron, utilisés en mélange ou séparément. Or, ces produits, - le premier surtout, - sont très rares. De plus, après la fabrication de l'aggloméré, il est nécessaire de le recuire à plus ou moins haute température, de façon à éliminer complètement le goudron qui est très nuisible dans les gazogènes. Nous savons que plusieurs inventeurs ont mis au point des procédés permettant d'éviter l'emploi des liants du type brai ou goudron : les agglomérés ainsi faits n'ont pas à être recuits, mais doivent simplement être séchés à une température qui ne dépasse pas 100°[2]. Telles sont les données du problème de la carbonisation tel qu’il se présente actuellement en France. Du point de vue administratif, toutes les questions concernant le bois et la carbonisation dépendent du comité central des groupements interprofessionnels forestiers qui vient d’être, par une récente disposition législative (Journal Officiel du 6 février 1942 - page 543), confirmé dans ses fonctions. En ce qui concerne la fabrication du charbon de bois et des agglomérés pour gazogènes, il y a lieu de noter la création de deux comités particuliers : le comité d’organisation des combustibles solides pour gazogènes et le comité d’organisation du com­merce et de la distribution des combustibles pour gazogènes. De création relativement plus récente que le comité central des groupements interprofessionnels forestiers, ces deux comités travail­lant en liaison avec celui-ci, dans le but d’organiser les diffé­rentes professions relevant de la carbonisation du bois, de la fabrication et de la vente des agglomérés de charbon de bois. En outre, les grandes usines de produits chimiques à base de bois ap­partiennent au comité d'organisation des industries chimiques. Que sera l’avenir de la carbonisation ? Il est bien difficile de s’en faire une idée. L’après-guerre verra-t-elle la disparition d’un grand nombre d’industries nées pendant la crise ? Assisterons-nous, au contraire, au développement d’une industrie naissante comme celle de la fabrication des agglomérés de char­bon de bois ? L’utilisation des sous-produits de la carbonisation sera-t-elle généralisée, ou verrons-nous se maintenir le quasi-monopole des grandes usines ? Autant de questions auxquelles on ne peut pas donner actuellement de réponses précises, il nous semble toutefois que dans une organisation économique vraiment digne de ce nom ou tout doit tendre à la meilleure et complète utilisation, des produits naturels, en vue d’en tirer le maximum d’applications pratiques, on ne devrait pas revoir le gaspillage des produits forestiers que nous avons connu ces derniers mois : la carbonisation avec récupération qui, en principe, est, dès maintenant, imposée, devrait être généralisée, les procédés mil­lénaires de la carbonisation en meule étant définitivement abandonnés. L’industrie des gazogènes qui fait, chaque jour, sous nos yeux, des progrès considérables, devrait, croyons-nous trouver une stabilité dans une généralisation des gazogènes pour tout ce qui concerne les véhicules poids lourds. Enfin, les jus pyroligneux dont on envisage dès maintenant l’utilisation sous plusieurs formes, telle que injection des traverses de chemin de fer, fabrication d'insecticides, fabrication de carburants, récupération d’acide acétique, etc..., devraient continuer être la base de toute une industrie chimique, non seulement dans les grandes usines, mais dans de petits centres alimentés par des fours semi-fixes, plus souples dans leur exploitation, à condition de résoudre les problèmes de logement et de transport des sous-produits. 4/3/42.     [1] À notre connaissance, il n’existe qu’un seul four semi-mobile donnant au départ de la charbonnette de 66 cm de longueur, un charbon de bois conditionné, prêt à être utilisé dans les gazogènes. Tous les autres fours exigent un conditionnement du charbon produit. [2] Nous poursuivons l’étude et la mise au point d'un procédé de ce type qui semble devoir donner des résultats intéressants, en utilisant un liant végétal facile à trouver et à mettre en oeuvre et brûlent en ne donnant qu'une proportion infime de cendres.

1942.03.05.Du journal L'Appel.Article

NB : Cette coupure de presse est conservée dans un recueil classé au 5 janvier 1942."L'Appel"5 mars 1942Raphaël n'est pas HypoliteM. Hypolite Worms n'est pas content de l'arrestation de son homonyme Édouard Raphaël Worms. Il craint que le public ne confonde. Ne dit-on pas partout que c'est lui, Hypolite, qui aurait été arrêté.Il n'en est heureusement rien, alors qu'E. R. est juif 50%, administrateur d'un nombre important de sociétés qui ne dépasse pas la vingtaine et un abominable exploiteur des Français, Hypolite Worms, par contre, est aryen à 50%, possède le contrôle de plus de cinquante entreprises d'une importance nationale capitale et devient, par son activité, son autorité sur tous les gouvernements qui se sont succédé jusqu'ici, sa fidélité à ses anciennes alliances libéralo-capitalistes, un bienfaiteur national.Raphaël, c'est le bandit. Hypolite, c'est l'honnête homme.Au reste, Hypolite n'a pas été inquiété par le gouvernement. C'est tout dire.Hypolite et Raphaël, quoique non parents (ils ne sont Français que depuis peu, mais il faut remonter assez haut dans leur lignée pour trouver un cousinage) furent néanmoins associés lorsqu'il s'agit de rafler un énorme paquet d'actions dans l'affaire Potin.M. Potin, excédé des procédés qu'on lui imposait, réussit à se débarrasser de Raphaël. On ne croit pas qu'il ait eu autant de chance avec Hypolite. Après cette affaire, Raphaël qui, à ce moment-là, était beaucoup plus important qu'Hypolite ne se gênait pas pour déclarer dans tous les coins, parlant de son congénère :- C'est un agioteur !Et il ajoutait avec sévérité :- J'ai été obligé de me séparer de lui parce qu'il me compromettait...Aujourd'hui Hypolite a dépassé Raphaël. C'est pourquoi Hypolite a beau jeu pour écraser son ex-camarade d'affaires :- Ce n'est qu'un épicier !Si on en juge par les perquisitions faites dans la cave à Pau l'épicier avait des provisions ! De quoi nourrir un escadron !Raphaël, comme tout juif, est particulièrement venimeux pour Hypolite. Il l'accuse même d'être juif. Voici ses exacts propos :- Je ne suis pas plus juif qu'Hypolite, ou, du moins, je le suis autant.Et il ajoute sérieusement :- Et d'ailleurs, je suis plus Français que lui.Nous n'entrerons pas dans ces considérations. Il est exact que la branche d'Hypolite est arrivée en France depuis moins longtemps que celle de Raphaël. Ses alliances prouvent également ses préférences anglaises. Toutefois, n'oublions pas qu'Hypolite est baptisé, et qu'il possède le contrôle de presque toute la finance, le commerce et l'industrie français, à cette hauteur-là, les petites tares raciales disparaissent.Ce ne sont pas les propos de Raphaël qui nous feront changer d'avis.

1942.03.17.PV réunion.Syndicat professionnel du personnel de la Maison Worms & Cie

Syndicat professionnel du personnel de la Maison Worms & Cie Procès-verbal de la réunion du bureau syndical tenue à Paris, le 17 mars 1942 Le bureau composé de : MM. Roger Millot - président Eugène Vincent - vice-président Mélèce Decaix - secrétaire général René Belliard - secrétaire-adjoint René David - trésorier-général. Jacques Lavenir - trésorier-adjoint s’est réuni à Paris, en comité syndical, le mardi 17 mars 1942 pour l’e­xamen de l’ordre du jour suivant : 1°/- Situation des disponibles ; 2°/- Problème des salaires et du coût de la vie ; 3°/- Décret du 17.2.42 sur le relèvement des salaires ; 4°/- Caisse de retraites ; 5°/- Action sociale (jardins familiaux - colonies de va­cances - prêts hypothécaires) ; 6°/- Situation financière - Vie des sections ; 7°/- Questions diverses. À 9 heures 30, le président déclare la séance ouverte et passe immédiatement à la lecture du courrier reçu de tous les délégués syndicaux à qui l’ordre du jour avait été préalablement commu­niqué. Cette correspondance apporte l’accord unanime des sections sur l’ensemble des problèmes mis à l’étude ainsi qu’un nouveau témoignage de leur entière confiance à l’égard du bureau. Tout en s’en félicitant, le président rend hommage à la parfaite discipline qui règne dans tous les secteurs de notre communauté syndicale et qui en assure, par la vo­lonté et l’effort de tous, la cohésion absolue. I. Situation des disponibles Le bureau syndical note, avec gratitude, les nou­velles mesures prises en faveur du personnel, en disponibilité à la suite des conversations antérieures ou président avec le siège social. Cette reconduction pour un nouveau trimestre est d'autant plus appréciée qu’el­le n’engage en rien, pour le moment, la situation du personnel maintenu dans des succursales en activité réduite. Le bureau se préoccupe dès maintenant de la situa­tion des disponibles pour la période suivante ainsi que de celle du per­sonnel maintenu provisoirement en activité. II. Problème des salaires & du coût de la vie C’est actuellement le problème le plus angoissant. La disproportion entre le coût de la vie et les salaires s’aggrave cha­que jour et depuis le cri d’alarme lancé en novembre par le comité, la situation n’a fait qu’empirer. De toutes parts sont parvenues au comité les preuves de l’émotion générale en présence de cette situation qui ne saurait se prolonger sans entraîner de graves répercussions pour le per­sonnel. Considérant d’une part que les salaires proprement dit demeurent bloqués et que, d’autre part, l’incidence du coût de la vie se répercute plus durement sur les budgets familiaux, le bureau se propose de soumettre à la Maison un voeu tendant : 1°/- à une majoration substantielle de l’indemnité de vie chère. 2°/ à un relèvement simultané de l’indemnité pour charges de famille. III. Décret du 17.2.42 sur le relèvement des salaires anormalement bas Ce décret fait l’objet d’une étude attentive notamment en ce qui concerne ses répercussions possibles sur les salaires de base les plus bas de notre convention collective. Il semble qu’il ne soit pas de nature à apporter de profondes modifications à notre contrat, mais il apparaît d’ores et dé­jà que ses modalités d’application posées sur le plan local sont suscep­tibles d’entraîner certaines entorses au principe de l’uniformité de no­tre convention. Quoi qu’il en soit, s’agissant d’une mesure légale, le syndicat ne peut que faire confiance à la Maison pour son application au mieux des intérêts de son personnel. IV. Caisse de retraites À cet article, le bureau retrouve un problème vieux de plusieurs années et qui reste toujours ouvert par la volonté du lé­gislateur modifiant périodiquement le plafond des assurances sociales. La question a déjà fait l’objet d’un rapport du se­crétaire général en 1938 ; l'assemblée générale de Bordeaux l’a reprise l’année suivante sous forme d’un voeu et elle se présente à nouveau au­jourd’hui avec une acuité accrue du fait de l’augmentation brutale du plafond jusqu’à 42.000 francs. La situation actuelle ne permet sans doute pas la recherche d’une solution radicale du problème et seules des mesures transitoires peuvent être appliquées. Il n’en demeure pas moins que, la question doit être posée de façon formelle pour que puissent dès maintenant être envisagées les modalités d’un nouveau statut de la caisse de retrai­te Worms & Cie pour l’avenir. Il serait souhaitable néanmoins que soit dès mainte­nant étudiée une solution permettant à tout employé qui le désire de se constituer une retraite en dehors de celle des assurances sociales dont le taux est dérisoire. De même que pour le personnel inscrit à la caisse de retraite, il serait intéressant de le faire bénéficier de l’assurance-maladie moyennant certaines modalités déjà étudiées par la Maison. V. Action sociale Dans ce domaine aux possibilités si étendues, les initiatives de la Maison se poursuivent, en dépit des circonstances, avec une volonté qu’anime ce que nous avons déjà appelé « l’esprit de Bordeaux ». Pour l’exécution et le développement de ces mesures sociales, le syndicat doit s’employer à fond, sans attendre la consécra­tion officielle que la charte du travail prévoit pour les comités sociaux. C’est ce qu’ont compris les délégués de nos différentes sections qui se sont aussitôt mis à l’oeuvre. En ce qui concerne les jardins familiaux notamment une mention spéciale doit être réservée aux sections :          - du Havre : un terrain de 20.000 m2 loué, défriché et réparti entre 60 adhérents. - à Rouen : très belle réalisation également, création d’un groupement des jardins familiaux de la Maison Worms & Cie. - à Dieppe et enfin à Bordeaux et Marseille où la question est sé­rieusement à l’étude. Pour les sections moins importantes qui ne peuvent envisager des réalisations de ce genre, la question est posée de savoir si la Maison ne pourrait accepter d’aider au même titre les locations individuelles de terrains à cultiver. - prêts hypothécaires. Depuis la création du système, plusieurs demandes ont déjà reçu une solution favorable ; nous savons que d’autres dossiers sont actuellement en cours et ne doutons pas de leur heureux aboutissement. Le Bureau a reçu de différents côtés des suggestions visant à une adaptation de cette intéressante initiative aux circonstan­ces présentes. Compte tenu de l’augmentation constante de toutes choses le montant des prêts consentis et le cadre d’application apparaissent insuffisants. Il serait souhaitable que le système soit assoupli et élargi notamment en ce qui concerne le nombre des bénéficiaires admis, le plafond et la durée d’amortissement. Les prêts ne pourraient-ils par ailleurs être consentis pour un achat de terrain sans construction immé­diate. Dans quelle mesure le personnel en disponibilité pourrait-il bé­néficier de ces avantages ? - Colonies de vacances. L’étude annoncée par la Maison à ce sujet se poursuit et, dans le cadre limité qui lui est actuellement tracé, semble devoir aboutir à d’heureux résultats. Plusieurs modalités sont examinées par le bureau en vue de les soumettre au siège social, notamment la possibilité d’une participation de la Maison aux frais de séjour en sanatorium d’enfants de santé délicate ou, en dehors de toute organisation officielle, au séjour individuel d’enfants à la campagne pendant les vacances. VI. a) Situation financière Le trésorier met le bureau au courant de la situa­tion financière qui est suffisante pour assurer, sauf imprévu, les dé­penses courantes jusqu’à la fin de l’exercice. Malgré la hausse constante des charges, le bureau décide de ne pas demander à la prochaine assemblée une augmentation de ­la cotisation annuelle. Il est toutefois nécessaire que chaque délégué observe la plus grande régularité dans la perception des cotisations dont le relevé doit parvenir au trésorier au début de chaque trimestre. b) Vie des sections Rien de particulier à signaler dans l’ensemble. Les sections, même les plus éprouvées continuent à fonctionner normalement. Les plus lointaines, comme Marseille et Alger, sont maintenant en liai­son étroite avec le bureau. Marseille s’est particulièrement développée et le transfert d’une importante fraction de la D.G.S.M. en ce port pos­tule en faveur de la création d’une section spéciale. Le secrétaire gé­néral est chargé de régler cette question. VII. Questions diverses C’est surtout la charte du travail qui retient l’at­tention du bureau qui tient à faire le point à l’aide des différentes informations qu’il possède. La charte est encore bien loin semble-t-il de l’ère des réalisations pratiques. Pourtant, il est désormais hors de doute que notre syndicat sera dissous. Il conviendra, à ce moment, d’étudier la création de comités sociaux utilisant les cadres du syndicat et de réaliser la création d’un organisme d’une forme à déterminer permettant de maintenir la liaison entre le personnel et la Maison. L’examen minutieux de tous ces problèmes étant ache­vé, le bureau fixe les différents points sous la forme des voeux sui­vants qu’il va soumettre au siège social : « Le bureau du syndicat, agissant au nom du comité syndical en vertu des pouvoirs qui lui ont été donnée à l’unanimité le 26.11.1941 : 1°/ exprime sa satisfaction pour les mesures prises en fa­veur des disponibles et souhaite le maintien en activité du personnel actuellement en service. 2°/ reprenant les voeux émis au cours de la réunion du comité les 26 et 27 novembre 1941, serait heureux d’enregistrer une réponse favorable aux questions suivantes : a) révision des salaires de base de la convention collective ; b) situation du personnel entre 60 et 65 ans. c) prime d'ancienneté du personnel féminin. d) prime de bienvenue à la naissance d’enfants du personnel. e) assouplissement du régime des prêts hypothécaires ; cas parti­culiers du personnel sinistré. 3°/ exprime sa profonde gratitude pour les nouvelles mesures sociales prises par les directions générales concernant les jardins fa­miliaux et les colonies de vacances ; souhaite la généralisation de l’ai­de apportée au personnel pour les jardins familiaux dans les cas particu­liers où une section n’a pu être constituée. 4°/ attire respectueusement l’attention du siège social sur la question de la caisse des retraites et souhaite la prompte institution de l’assurance-maladie ainsi que la possibilité d’accession de tout le personnel à une caisse de retraite permettant de compléter la retraite des assurances sociales véritablement minime et presque toujours hors de proportion avec les versements effectués. 5°/ reprenant le voeu exprimé par le comité syndical le 27 novembre 1941, se permet de suggérer une sensible augmentation de l’in­demnité de vie chère conjuguée avec l’augmentation de l’allocation pour charges de famille de façon à tenir compte, dans toute la mesure du possible, des charges croissantes apportées par la hausse incessante du coût de la vie tout spécialement pénible pour les salaires les plus faibles. Reçu successivement par monsieur Robert Labbé, monsieur Vignet et les contrôleurs financiers : messieurs Hurpy et Malingre, le bureau par l’organe de son président, fait un tour d’horizon complet de la situation et commente chacun des points soumis à la bienveillante attention de la Maison. (Une note reproduisant les vœux ci-dessus a été simultanément déposée sur le bureau de monsieur Emo, absent de Paris). Monsieur Robert Labbé fixe ainsi, au fur et à mesure de l’examen de chaque point, la position du siège social et les solutions susceptibles d’être apportées, à plus ou moins brève échéance, aux problèmes en cause. Sur le plan social, la Maison s’est toujours trouvée à l’avant-garde parce qu’elle sait qu’elle doit et peut faire quelque chose. En exprimant sa volonté de persévérer dans la voie où il s’est engagé, monsieur Labbé précise qu'il voit là une oeuvre de soli­darité à l’accomplissement de laquelle chacun doit apporter sa contri­bution. Exprimant sa satisfaction des réalisations accomplies dans le domaine des jardins familiaux, monsieur Labbé se déclare d’accord pour aider les initiatives particulières chaque fois qu'une solution d’ensem­ble ne pourra être réalisée. Pour les colonies de vacances, les circonstances actuelles ne permettent pas la réalisation de vastes projets, aussi la Maison envisage-t-elle la question sous forme d’une aide apportée aux familles désirant s’adresser aux oeuvres déjà existantes. La participa­tion de la Maison serait envisagée suivant une échelle tenant compte de la situation personnelle de l'employé, de ses charges familiales et, dans cet ordre d'idée, le siège social est favorable à un examen de cas par­ticuliers aussi bien pour séjour au sanatorium que pour vacances d’en­fants à la campagne. Tout en comprenant les raisons de la demande formu­lée en ce qui concerne les prêts hypothécaires, monsieur Labbé fait ob­server que les circonstances présentes et l’incertitude du lendemain doi­vent inciter à la prudence ; il lui semble dangereux, dans de telles con­ditions, de voir trop grand : l’avenir n’apporterait-il pas une diminu­tion des possibilités de remboursement d’un prêt trop généreusement con­senti dans la période anormale que nous traversons ? C’est une éventuali­té à laquelle il convient de réfléchir. Maintien donc du statu quo, avec bien entendu examen aussi large que possible de chaque cas particulier, notamment en ce qui concerne le personnel sinistré. Monsieur Vignet, de son coté, signale que deux nouveaux dossiers viennent de passer à sa si­gnature et vont ainsi entrer dans la phase d'exécution. La question de la caisse des retraites a fait l'objet de toute l’attention du siège social qui apporte la plus grande compré­hension aux soucis du comité (témoin les dispositions prises pour atté­nuer dans la mesure légalement passible, les effets du récent décret). Toutefois, c’est encore l'incertitude des évènements et d’un avenir plein d’inconnues qui retient la Maison dans une voie où elle ne peut momentanément s'engager plus avant tout en comprenant le légitime désir du personnel. Une retraite, quelque forme qu'on l’envisage, pose un problème de capitalisation : problème difficile à résoudre dans les circonstances actuelles. Il convient aussi de tenir compte des charges sociales que les mêmes circonstances rendent de plus en plus lourdes pour l’employeur (elles représenteraient actuellement environ 29 % du salaire). Enfin, la situation difficile du personnel, en pré­sence de la hausse désordonnée du coût de la vie, est entièrement com­prise par la Maison qui a le souci d'y apporter remède dans toute la mesure des possibilités. Le problème des salaires n’appartient plus ex­clusivement au cadre patronal depuis la position prise par le gouverne­ment en la matière, néanmoins, monsieur Labbé espère que les pouvoirs publics prendront une décision dans un avenir proche. En terminant, monsieur Labbé examine la question des comités sociaux d'entreprises telle qu’elle se présente, en appli­cation de la charte du travail. Il y a d’abord, remarque-t-il, une question de fond qui n’a pas encore été résolue : c’est celle des en­treprises aux activités multiples qui nous touche particulièrement. On ne voit pas encore comment pourrait être réalisée une solution harmo­nieuse entre tant de professions diverses. Le syndicat, en groupant deux départements bien différents, a fait la preuve des possibilités d’union sur le plan professionnel et social et il est grandement sou­haitable que cette union continue à porter ses fruits. D’autre part, un texte sur la corporation marine de transport serait en voie d’élaboration : il faut en attendre la pu­blication pour fixer une ligne de conduite. Tout ceci nous amène à cet­te constatation que, de part et d’autre, il n’y a pas d’autre devoir pour l’instant que suivre très attentivement la question, échanger mu­tuellement ses informations pour sauvegarder, autant qu’il sera possi­ble de le faire, cette belle institution qui fait l’honneur de la Mai­son autant que de son personnel : notre syndicat professionnel. À Paris, le 17 mars 1942 Le président Signé Roger Millot Le secrétaire-général Signé Decaix  

1942.03.28.De Émile Barberot.Téhéran.A Georges F. Doriot.Boston

Copie de lettreÉmile BarberotPension Ecbatan Khiaban Naderi Téhéran, IranCable address: Barberot,Pension, Ecbatan TéhéranMr. Georges DoriotPresident of ImafizaHavard Business School Boston, USA Eastern ProvincesTeheran, March 28th,1942Dear Sir,I beg to confirm my letter of December 4th last.In order to allow to my wife and myself to travel to the USA, the American legation asks for a certificate showing my balance account with you.I should be very much obliged if you would send me the above certificate in due legal form, which should be forwarded to me through the American Legation, Teheran, Iran and at the same time send me a cable stating my balance account, at my above address (Barberot Pension Ecbatan, Teheran.)I have already written to some of my friends an America on the same subject and they may write to you asking for detailed information and maybe they should equally want a certificate stating my balance account. They are M. Robert H. Elder, Attorney at law, Woolworth Building 233, Broadway, New York and Mr. Victor Kendler, c/o Trans American Development Co, 60, East 42nd Street, New York City.I should appreciate your giving them all information they may ask for as well as any certificate they may need.Kindly inform me by mail as well as by cable the soonest possible, I take it naturally for understood that I shall settle all expenses you may incur in this respect.Sincerely Yours,

1942.04.14.De Worms et Cie Cardiff.Note

Copie de lettreCoal merchant and shipper49, Wellington Street StrandLondres W.C.2.14 avril 1942Messieurs Worms & CieMessieurs,Un collègue intéressé par la philatélie a acheté un grand nombre de lettres commerciales françaises du Second Empire et du début de la IIIe République, parmi lesquelles se trouve l'incluse ci-jointe, envoyée par votre Compagnie ou vos premiers associés, en décembre 1878, à un Monsieur Lannes, d'Agen (Lot & Garonne).Il nous a semblé que nos lecteurs pourraient être intéressés par une note à ce sujet dans l'article de la feuille ci-jointe. Nous serions très heureux d'avoir votre avis et, si vous désirez le modifier, ayez l'amabilité de le faire et de nous le retourner. Peut-être pourrez-vous ajouter quelques lignes sur les conditions du commerce au moment où cette lettre fut émise.Nous serions très heureux de vous laisser cette lettre si vous désirez la conserver comme document intéressant...Un souvenir (une relique) du commerce franco-anglais du charbonII y a quelque quatre-vingt-dix ans un certain Monsieur Lannes avait une affaire de commerce des textiles dans l'agréable ville française d'Agen, dans le département (équivalent au Comté anglais) de Lot et Garonne. La principale branche d'affaires était la fourniture de sacs aux exploitations agricoles pour la manutention des légumes. Après l'invasion allemande de 1870, M. Lannes devint fabricant de textiles et en décembre 1878, il reçut de Hyp. Worms & Cie 20 tonnes de charbon de Newcastle, au prix de 20 F 50 la tonne, livrées chantiers. Ceci signifie qu'il payait environ 16 s. 2 d. la tonne et avait la faculté d'exécuter le payement dans un délai de 90 jours.La Maison Worms avait alors des succursales à Cardiff, Swansea, Newcastle, Sunderland, Grimsby et Hull en Angleterre, et en France à Paris, Rouen, Le Havre, Marseille, La Rochelle, Bordeaux, d'où fut envoyée la facture indiquée, et à Port-Saïd. La facture elle-même nous fut remise récemment par une personne qui a acheté pour une étude de philatélie, un grand nombre de lettres françaises du Second Empire et du début de la 3ème République ; en plus de cette facture il y a une nombreuse correspondance des archives de M. Lannes.

1942.04.14.De Worms et Cie.Note

CopieNoteI - La société Worms & Cie a été constituée à compter du 1er janvier 1874 pour continuer les opérations de la Maison de commerce fondée en 1848 par M. Hypolite Worms ; elle a la forme d'une société en nom collectif et en commandite simple, au capital de 40 millions, avec siège social à Paris, 45, boulevard Haussmann ; ses statuts actuels découlent d'un acte en date du 11 janvier 1940 ; sa durée doit expirer le 30 septembre 1965.Son caractère racial doit être apprécié tant par rapport aux ordonnances des autorités d'occupation que par rapport à la législation française.II - Le critérium en fonction duquel une entreprise économique doit être qualifiée de juive au regard des autorités d'occupation est contenu dans la deuxième ordonnance du 18 octobre 1940 concernant les mesures contre les Juifs.[1]1. Aux termes du paragraphe 1er de cette ordonnance devait être considérée comme entreprise juive "une société en nom collectif dont un associé est juif". Toutes les entreprises économiques juives, ou toutes les entreprises économiques qui avaient été juives après la date du 23 mai 1940, devaient être déclarées à Paris auprès du préfet de police. Outre divers renseignements, cette déclaration devait faire ressortir les faits sur la base desquels l'entreprise était ou avait été juive après le 23 mai 1940, et pour les entreprises qui n'étaient plus juives, l'exposé des faits ayant fait disparaître ces présomptions (parag. 2 de l'ordonnance précitée).2. C'est dans ces conditions que MM. Worms et Cie ont, par déclaration en date du 29 octobre, reçue sous le n°45 par le commissaire de police au quartier de la Chaussée d'Antin, précisé les faits suivants :Au 25 mai 1940, la société Worms & Cie comportait trois associés en nom collectif :M. Hypolite WormsM. Michel GoudchauxM. Jacques Barnaud.M. Michel Goudchaux seul, bien que de religion catholique, devait être considéré comme Israélite au sens des dispositions de l'ordonnance du 27 septembre 1940.Mais depuis cette date, M. Michel Goudchaux donna sa démission de gérant (démission en date du 15 octobre, entérinée par acte passé le 18 devant Me Rivière, notaire à Paris) cessa au surplus d'être simple commanditaire (donation en date du 25 octobre 1940 à ses trois filles, aryennes au sens des ordonnances allemandes et de la législation française, de l'intégralité de ses droits dans la Société Worms & Cie) et n'eut plus dès lors de lien de quelque nature que ce soit avec la Maison Worms et Cie.Celle-ci par conséquent ne répondait plus aux définitions retenues par l'ordonnance du 18 octobre 1940 en ce qui concerne la qualification des entreprises juives.3- Comme, néanmoins, aux termes du paragraphe IV de la même ordonnance, toute opération juridique effectuée après le 23 mai 1940 et disposant des biens d'Israélites pouvait être déclarée nulle par le chef de l'administration militaire en France, successivement M. von Ziegesar et M. von Falkenhausen furent désignés par le Militärbefehlshaber In Frankreich comme commissaire auprès de la Maison Worms & Cie.Lorsque les autorités françaises connurent l'intention des autorités d'occupation de désigner un commissaire allemand auprès de la Maison Worms & Cie, elles se refusèrent à désigner une personnalité chargée d'assumer en leur nom une mission d'administrateur provisoire ; mais sur le désir exprimé par MM. Worms & Cie de voir adjoindre un Français au commissaire allemand, elles autorisèrent M. de Sèze, ancien inspecteur de la Banque de France, à accepter du Militärbefehlshaber in Frankreich les fonctions de commissaire adjoint.Le but essentiel de la mission de ces commissaires est, dans ces conditions, de s'assurer de l'aryanisation régulière de la participation de M. Michel Goudchaux dans la société...Worms & Cie comme aussi, mais subsidiairement, de celle de la participation de Mme Jean Labbé, née Goudchaux (transmise par acte du 19 octobre 1940 à ses deux fils, aryens au sens des ordonnances allemandes et de la législation française), bien que le caractère racial de cette dernière, simple commanditaire, n'ait pas à être retenu pour la qualification de la société elle-même.Il est bon de relever que les commissaires auprès de la Maison Worms & Cie n'ont jamais voulu faire usage des droits de gestion dévolus aux administrateurs provisoires par l'ordonnance du 20 mai 1940 ; ils ont notamment tenu ni à confirmer ni à infirmer les pouvoirs des gérants de la société, ou ceux des titulaires de procuration, qu'il s'agisse de détenteurs de la signature sociale du siège ou dans les succursales, alors que, de règle, le premier acte des administrateurs provisoires est l'annulation de tous les pouvoirs ou procurations existant et leur remplacement par d'autres.A plus forte raison, aucun représentant des autorités d'occupation - ni a fortiori du gouvernement français - n'est jamais intervenu à quelque titre que ce soit dans la gestion des entreprises dans lesquelles MM. Worms & Cie possédaient un intérêt.III - Les ordonnances allemandes l'emportant pour la zone occupée sur la législation française, l'analyse qui précède suffit pour conclure qu'en réalité la société Worms & Cie n'est pas une entreprise juive.Il parait néanmoins utile de se référer aux textes français régissant la matière, d'où ressort d'ailleurs une conclusion identique.La loi du 22 juillet 1941 (J.O. du 26 août 1941), modifiée par la loi du 17 novembre 1941 (J.O. du 2 décembre 1941) prévoit qu'un administrateur provisoire peut être nommé pour tout bien ou entreprise industrielle ou commerciale "lorsque ceux à qui ils appartiennent ou les dirigent ou certains d'entre eux sont Juifs, ou lorsqu'ils ont été vendus ou cédés par des Juifs depuis le 23 mai 1940 dans des conditions n'assurant pas l'élimination de toute influence juive, mais dans ce dernier cas, à condition que la nomination de l'administrateur provisoire intervienne au plus tard un an à dater de la publication de la présente loi".Aucun administrateur provisoire n'a été désigné pour la Maison Worms & Cie par le commissaire général aux questions juives pour l'application des dispositions précédentes. Il n'aurait d'ailleurs pu s'agir au regard de la loi française que d'une mesure analogue à celle prise par le Militärbefehlshaber in Frankreich à savoir la vérification de l'élimination de toute influence juive.L'on peut noter à cet égard qu'en raison de la forme juridique de la société Worms & Cie (société en nom collectif et en commandite simple), les trois filles aryennes de M. Michel Goudchaux sont devenues de simples commanditaires, sans influence aucune sur les affaires de l'entreprise et que les deux fils de Mme Jean Labbé, également aryens et simples commanditaires ont repris purement et simplement la part de leur mère qui n'avait jamais été elle-même que simple commanditaire, sans influence non plus sur les affaires de la société Worms & Cie.Il convient enfin de signaler que la participation de M. Michel Goudchaux dans le capital de la Maison Worms & Cie s'élevait à la proportion de 17,69% et celle de Mme Jean Labbé à la proportion de 10%.IV - Dans ces conditions, aucun membre de la société, associé gérant ou commanditaire, n'est juif au regard des deux législations, d'occupation et française.Aucun titulaire de la procuration de la Maison Worms & Cie, en zone occupée ou en zone non occupée, au siège ou dans les succursales et établissements, ne se trouvait au surplus être de race juive.14 avril 1942[1] Cette ordonnance est entrée en vigueur dès sa publication, intervenue le 20 octobre au Vobif 1940, page 112.

1942.04.21.Au commissariat aux questions juives.Clermont-Ferrand.Note

Copie de lettreNB : Cette note comportant des extraits de courriers échangés par la succursale de Marseille et le commissariat aux questions juives les 15 avril, 21 avril et 10 septembre 1942, est classée au 15 avril 1942.Service de l'aryanisation économiqueCommissariat général des Affaires à aux questions juives49, place de Jaude - Clermont-FerrandA I'attention de Monsieur Le Roy LadurieMessieurs Worms & Cie38, rue GrignanMarseilleLettre du 10 septembre 1942 - N° 5.599Nous vous rappelons les demandes formulées par notre lettre du 15 avril 1942 N° 1.778 à laquelle vous nous avez répondu le 21 avril en nous informant que les renseignements demandés seraient fournis directement par votre siège social.N'ayant jusqu'à ce jour aucune réponse, nous vous informons que, si dans un délai de 15 jours nous ne sommes pas en possession des renseignements demandés, nous serons dans l'obligation de donner à votre silence la suite qu'il comporte.Lettre du 15 avril 1942Je vous serais obligé de bien vouloir m'adresser par le plus prochain courrier les renseignements suivants :1/ le montant et la répartition exacte du capital social de votre banque à la date du 23 mai 1940 avec noms, prénoms, adresses des actionnaires, leurs fonctions dans la banque et le nombre de titres possédés.2/ le montant et la répartition du capital à la date de ce jour avec les mêmes indications que ci-dessus.3/ transferts de titres effectués entre la date du 23 mai 1940 et ce jour (noms, prénoms, adresses des cessionnaires et cédants nombre de titres).Notre réponse du 21 avrilNous nous permettons d'attirer votre attention sur le fait que nous n'avons à Vichy ni établissement, ni succursale mais qu'il s'y trouve seulement un bureau, loué à notre nom, où nos collaborateurs s'arrêtent à l'occasion lorsqu'ils se rendent à Vichy. En zone libre, notre département bancaire n'a de services établis qu'à Marseille, 38, rue Grignan.Le siège social de notre société, qui est d'ailleurs une société en nom collectif et en commandite simple, étant à Paris 45, boulevard Haussmann, nous lui transmettrons à la première occasion votre lettre pour qu'il vous fasse tenir directement les renseignements qui vous sont nécessaires.

1942.04.25.De Eastern Province.Montréal.Conseil d'administration.PV

Eastern Province Administration LtdMinutes of a Meeting of the Directors of Eastern Provinces Administration Ltd, held on Saturday, April 25th, 1942, at the Head Office of the Company, Room 917 The Royal Bank Building, 360 St. James Street West, Montreal, at the hour of 1 P.M.Present: the following Directors:Georges F. Doriot, B. E. Jackman, J. Colin Kemp, W. H. McLean, John Paterson, L. V. Randallbeing all the Directors of the Company.Also present:J. C. Kaufmann, Treasurer of the Company.Further present:A. H. Mathieu, G. G. Beckett, G. M. Hawthornwho had been invited to attend the Meeting as representatives of the Custodian.Mr. Doriot acted as Chairman and Mr. Kaufmann as Secretary of the Meeting.Mr. Mathieu stated that he, Mr. Beckett and Mr. Hawthorn were present as observers and that it was the intention of the Custodian to interfere as little as possible with the Company's present set-up and affairs, that, however the Company's assets which on the whole belong to residents of proscribed territory, were under the control of the Custodian who has responsibility as their trustee and therefore intended to exercise control over the funds administered by the Company. Mr. Mathieu further stated that the Meeting should proceed normally and that he would possibly make some observations whenever it was required or at the end of the Meeting.Mr. Randall, speaking for the Canadian Directors, mentioned that the Canadian Directors had asked the President to call this Meeting in order to come to an agreement on the different questions pending since the last Meeting on April 30th, 1941.The President then asked the Secretary to read the Minutes of the last Directors' Meeting held on April 30th, 1941 and the Minutes of a Directors' Meeting held on February 13th, 1941 which had not yet been read to all of the Directors. After some changes in the wording, the Minutes of the Meetings of February 13th, 1941 and April 30th, 1941 were, upon motion duly made and seconded, unanimously approved.Mr. Randall explained the situation with regard to the transfer of the assets from Imafiza to Fininvest and from Fininvest to The Boston Corporation and suggested that Eastern Provinces Administration Ltd., write a letter to Fininvest explaining the situation. Mr. Mathieu stated that the Custodian had not recognized the transfer from Imafiza to Fininvest and from Fininvest to The Boston Corporation so that for his purposes Eastern Provinces Administration Ltd., to-day continues to administer the accounts for Imafiza and under the arrangements with that Company. It was agreed that Mr. Randall would submit to the President a draft of a letter from Eastern Provinces Administration Ltd., to Fininvest, explaining this situation.The President suggested, and it was agreed upon, that no letters or other communications from clients should be answered before the Montreal office has got in touch with him and that the American and Canadian Directors and Officers should keep each other closely posted on all communications and information received from or about clients. Mr. Mathieu and Mr. Beckett both pointed out that the Canadian Custodian also should be kept closely informed of all developments with regard to the Company's accounts and clients. Mr. Mathieu also mentioned that he understood that Mr. Doriot was in possession of certain information with regard to the beneficial owners of certain of the accounts and he felt that all such information should be made available to the Canadian Custodian who would treat it as strictly confidential. Mr. Doriot agreed to give this information to the Canadian Custodian and mentioned that he had given the same information to the Board of Economic Warfare, in Washington.The President explained previous resolutions with regard to the investment policy of the Company and, upon motion duly made by Mr. W. H. Mc Lean and seconded by Mr. John Paterson, it was unanimously resolved that;Whereas it is the belief of the Board of Directors that the primary responsibility of Eastern Provinces Administration Ltd., is now one of custody and safekeeping;It is the policy of the Board that cash should not be invested and not be disposed of in any way and that there should be no changes made in the investments except for the capital account of Eastern Provinces Administration Ltd., and in special cases including accounts whose principals are personally known and whore there is full release by the principal and further in all cases subject to a Resolution of the Board of Directors, it being understood that all actions or recommandations are now subject to the Custodian's approval.Mr. Randall pointed out that the release by the principal in many cases is automatically provided for through the fact that the letters of indemnity do not bear a date and will be dated as of the day on which a client will have identified himself and will begin to give instructions to the Company and will have opened an account in his own name in the Company's books so that the Company, is covered against all claims resulting from actions taken prior to that date.Mr. Mathieu pointed out that the establishment of full control by the Canadian Custodian involves transfer to Canada of the cash and securities deposited in other countries and furthermore mentioned that the Canadian Custodian in principle does not object to the release of assets under certain conditions or of income in cases where the ultimate beneficiaries comply with the Custodian's regulations of January 13th, 1941, but that each special case has to be submitted to the Custodian for approval.The question of the payment of overdue administration and Directors' fees for 1940 as authorized at the Directors' Meeting of February 13th, 1941 was then discussed and, upon motion duly made by Mr. W.H. McLean and seconded by Mr. J. Colin Kemp, it was unanimously resolved:That the proper Officers be authorized to petition the Custodian for authority to make the payment of these fees.The management fees and Directors' and Officers' fees and expenses for 1941 and 1942 were discussed and Mr. Mathieu pointed out that the Custodian is interested in this question as he considers himself responsible that expenses and fees paid are fair and equitable and do not represent too high a charge to the beneficial owners. It was decided that Mr. Randall should discuss this question with Mr. Hawthorn and with the Directors and then should prepare a budget to be submitted, after approval by the Board of Directors, to the adjourned Annual General Meeting of April 30th, 1941.Upon motion duly made by Mr. W. H. McLean and seconded by Mr. L. V. Randall, it was decided to hold the Annual Meeting for the fiscal year ending December 31st, 1941, immediately following this Meeting.Mr. Randall asked Mr. Mathieu whether the Directors and Officers of the Company could be held responsible by the beneficial owners or any third parties for actions taken upon instructions from the Custodian and Mr. Mathieu explained that the Custodian fully covers the Directors and Officers of a Company against all possible claims whenever they have acted upon his instructions and with his approval.Mr. Mathieu stated that the Custodian would be willing to hold the adjourned Shareholders' Meeting as quickly as possible and it was resolved that Mr. Randall together with Mr. Hawthorn will make preparations for the Meeting immediately after the books of the Company have been released.There being no further business, the Meeting was then terminated.

1942.05.01.De Georgio Uzielli.New York.A Georges F. Doriot.Boston

Copie de lettreTucker, Anthony & Co.BostonNew York120 Broadway New YorkMay 1, 1942Prof. Georges F. Doriot,12 Lime Street, Cambridge, Mass.Dear Professor Doriot:I have been trying to get in touch with you for over one year and cannot understand why you haven't answered my letters. My last letter to you was written on March 16, 1942, a copy of which was sent to your office at 110 East 42nd St., New York.I would very much like to speak to you about funds from France invested here and believe that you are the only person who knows something about the matter.I sincerely hope you can manage to give me five minutes of your time on your next trip to New York so that we can discuss the matter.Yours very sincerely,Georgio Uzielli

1942.05.12.De Eastern Provinces Administration.A Georges F. Doriot - Fininvest.Washington

Copie de lettreMay 12th, 1942Fininvest, SAc/o Lieut.-Colonel Georges F. Doriot,1 Scott Circle,Washington, DCDear Sirs:Following receipt of your letter of May 14th, 1940, instructing us to hold at the disposal of The Boston Corporation certain amounts in cash and securities previously transferred to you from the account of Imafiza, Amsterdam, we have been in continuous contact with your Vice-President, Lieut.-Colonel Georges F. Doriot on one side and with The Boston Corporation and the Canadian Custodian of Enemy Property on the other side. Before The Boston Corporation had come to a decision as to whether it should accept title to and authority for the assets held at their disposal on basis of your instructions, the Canadian Custodian of Enemy Property indicated that he would not recognize as valid any transfers made from the account of Imafiza. We have now received a definite confirmation of this attitude by a letter dated April 28th, 1942, of which we enclose copy.V/e have therefore not only been unable to execute your instructions to hold at the disposal of The Boston Corporation all the assets previously held for your account, but we had also to cancel the transfer of these assets to you which we made upon instructions from Imafiza.We thought we should confirm all this in writing although Lieut.-Colonel Doriot has from the beginning been fully acquainted with all the above mentioned developments and aspects.We should be obliged if you would confirm receipt of this letter.Yours very truly,Eastern Provinces Administration Ltd

1942.05.13.De G.G. Beckett - secrétariat d’État du Canada.Ottawa.A First National Bank of Boston

(Copy dictated over telephone)CanadaDepartment of the Secretary of State 0ffice of the CustodianDated May 13, 1942 at OttawaFirst National Bank of BostonDear Sirs: Re: Eastern Provinces Administration Ltd.I have to refer to our letter of the 28th of April, 1941 with reference to certain assets held by you for the account of the above Canadian company.In the interval the Company's affairs have been under continued investigation by the Custodian and he has now decided with the approval of all the Directors, including Dr. Doriot, the President, to have all the Company's assets brought to Canada to be held in one account in order to give a more complete control.I shall be glad accordingly if you will take what ever steps are necessary to transfer assets under your control to Canada for the account of Eastern Provinces Administration Ltd.In the meantime it would be appreciated by the Custodian if you would permit no transfer or other dealings with these assets without the approval of this Office. Your continued co-operation in this matter will be greatly appreciated.G. G. BeckettFor Assistant Deputy Custodian

1942.07.07.De Worms et Cie Bayonne.A Louis Vignet.Paris.Note

Copie de lettre7 juillet 1942Louis VignetDirection des Services charbons - ParisCher Monsieur,Lors de notre dernière conversation, je vous ai fait part de quelques-unes de nos difficultés. Je n'ai pas eu le temps de tout vous dire. La complexité de nos activités et surtout celle que nous imposent les Comités d'organisation et les organismes publics sont telles que nous sommes dans un état d'embouteillage permanent malgré les heures prolongées de travail des chefs de service. Nous avons connu cette situation dans la comptabilité ; elle a duré tant qu'on n'y a pas porté de remède indispensable, celui qui consistait à renforcer notre personnel. Vous avez vu que nous nous sommes remis complètement à jour en peu de temps.En ce qui concerne nos services administratifs et commerciaux que je qualifierai "d'actifs" nous souffrons d'une insuffisance de personnel qualifié dont je vous avais déjà fait part à diverses reprises. Je me permets de vous rappeler en tant que de besoin que M. Dijonneau a quitté Bayonne ; que M. Lamaison a été détaché à Pau, nous privant ainsi dans le service commercial d'une des unités les plus efficientes aux côtés de M. Lafond. Or, le travail du bureau commercial, en contrôles, comptes-rendus et statistiques ; est plusieurs fois supérieur à ce qu'il était avant la guerre, malgré la considérable réduction du volume des affaires elles-mêmes. La multiplication des clients et la diminution des livraisons à chacun augmentent la création de papiers dans des proportions gigantesques.En ce qui concerne le contrôle du personnel et tout ce qui en découle, assurances, allocations familiales, cartes d'alimentation, etc., deux employés sont occupés à plein à notre bureau central, sans compter ceux qui, à l'extérieur, contrôlent la main d'œuvre et font parvenir les feuilles journalières de pointage et de compte-rendu des travaux.Le travail du service dit "du détail", c'est-à-dire d'enregistrement des petites commandes de foyer domestique, a augmenté dans le même volume.Enfin, les rapports avec les administrations publiques, les comités d'organisation, les contrôleurs des prix, contrôleurs des stocks, leurs visites prolongées journalières et leurs coups de téléphone répétés, stérilement la moitié ou les 2/3 de l'activité des chefs de service ou des employés qualifiés dans le service commercial. On a tous les jours des velléités de les éconduire, mais la chose ne serait pas sans inconvénient ni danger, et, finalement, on est obligé de subir tout cela.Je conclus donc à la nécessité de disposer dans nos bureaux d'une unité de plus, parfaitement qualifiée, comme membre du personnel, chef ou sous-chef de service ; et je songe, soit à M. Mazière, soit à M. Lamaison.Or, j'ai trouvé lors de mon dernier passage à Pau, ce dernier extrêmement déprimé physiquement et moralement. Il m'en a d'ailleurs fait part. II se trouve séparé de ses trois enfants dont il a la garde, étant lui-même légalement séparé de sa femme. Voilà bientôt un an et demi qu'il est à Pau ; quand il y était parti, il espérait que la pénitence serait moins longue : elle serait d'ailleurs moins dure s'il avait le libre passage pour venir de temps en temps à Bayonne. Cette situation risquant de se prolonger longtemps, je me demande aujourd'hui si nous ne pourrions pas envisager de faire revenir M. Lamaison à Bayonne ; sa présence nous serait extrêmement utile, par sa connaissance des questions de clientèle. Il nous apporterait de plein-pied un soulagement immédiat. On pourrait alors envisager la solution consistant à faire l'impasse en envoyant M. Mazière à Pau pour remplacer M. Lamaison et c'est ici que mon projet vient se souder à l'idée qui m'avait traversé l'esprit de charger M. Mazière de nos activités nouvelles à Tarbes et autres lieux. Rien n'empêcherait en effet le titulaire de notre agence de Pau de contrôler et d'inspecter nos futures affaires de détail de Pau, Tarbes et Lannemezan. II y aurait là de quoi occuper pleinement un homme ayant la formation commerciale de M. Mazière qui me paraît devoir répondre tout-à-fait à nos désirs. II pourrait, dans ce cas, s'il était d'accord, émigrer à Pau avec toute sa famille puisqu'il n'a pas, que je sache, d'attaches particulières à Bayonne, autres qu'éventuellement certaines petites convenances personnelles.Je ne lui en ai bien entendu pas parlé encore, puisque tout cela fait partie d'un ensemble qui comporterait tout d'abord son remplacement dans la direction des travaux de la tourbière où un conducteur de travaux et d'hommes nous est nécessaire. Cette solution aurait l'avantage, à mes yeux, de concilier nos besoins immédiats et le soulagement qui nous est nécessaire à Bayonne, avec les convenances de M. Lamaison qui désire certainement y revenir.Haut-Mauco - Je vous ai fait part de mon avis concernant l'essai d'organisation de Haut-Mauco avec M. Dufils. Ce dernier m'a paru surtout préoccupé de ses propres contingences matérielles, et la chose s'explique dans une large mesure à l'heure actuelle. Mais, il me semble que M. Dufils n'est pas l'homme qu'il nous faut à Haut-Mauco pour divers motifs que je vous ai indiqués. Son âge est trop semblable à celui de M. Gard et son titre de chef de service le met dans une situation un peu fausse vis-à-vis de M. Gard étant donné surtout qu'il s'agit, malgré tout, d'un poste et de travaux de caractère secondaire. Il faut cependant à M. Gard un bon second, sérieux et assidu, pouvant prendre de l'ascendant sur le personnel et remplacer M. Gard pendant ses absences. Je ne vois, malheureusement, dans le personnel de la maison de Bayonne, personne susceptible de faire l'affaire et de s'adapter aux conditions d'existence locale. On aurait pu songer à un célibataire, mais, à la réflexion, la chose n'est pas possible dans les circonstances actuelles. Il faut absolument que l'homme qui soit là-bas ait un ménage car il ne trouverait pas une pension pour le nourrir ainsi que la chose m'est à nouveau confirmée. MM. Gard et Dufils ont les plus grandes difficultés à obtenir qu'on les conserve à titre provisoire à l'auberge Duroux où on veut les congédier tous les huit jours. Ainsi que je vous l'ai dit, nous poussons aussi activement que les circonstances le permettent l'aménagement définitif des deux locaux.Quant à recruter quelqu'un à Mont-de-Marsan, je n'ose guère y songer, étant donné tout ce que je sais, car les entreprises qui travaillent pour le compte des autorités d'occupation sur les importants chantiers de la région montoise ont raclé à prix d'or tout le personnel civil qu'ils ont pu trouver. On ne peut même plus trouver un "saute-ruisseau".Tout cela est bien embarrassant pour moi, étant donné surtout les difficultés de communication avec Mont-de-Marsan et le manque d'essence. La vérité est qu'étant donné la multiplicité et l'étendue géographique de nos activités, compliquées des difficultés actuelles de communication, il est nécessaire que je sois entouré de bons chefs de service qui accomplissent les besognes journalières et m'allègent du souci d'entrer dans certains détails dont je suis actuellement obligé de m'occuper, faute de disposer d'assez de gens qualifiés.Sous réserve de trouver pour Haut-Mauco un remplaçant convenable à M. Dufils, et compte tenu des modifications que je vous propose concernant M. Lamaison, je crois que nous serions réorganisés à Bayonne sur de bonnes bases, à l'exception cependant d'un dernier service qui me préoccupe.Services extérieursLà aussi nous ne sommes plus à la page. Je me permets de vous rappeler que nous avons perdu, au début de la guerre, M. Vinglar, un chef des services extérieurs très efficient. Il n'a pas été remplacé en fait. M. Louis Latapy, notre très ancien et dévoué contremaître des opérations de manutentions pondéreuses, nous apporte tout son dévouement et sa bonne volonté, mais il n'a pas toute la largeur de vues nécessaire pour la direction générale du personnel ouvrier sur divers chantiers. C'est un homme très actif et très efficient dans sa spécialité qui, je le répète, consiste surtout dans les opérations de manutention de matières pondéreuses. Si une activité appréciable revenait dans le port, nous ne pourrions plus nous contenter de lui seul et des contremaîtres qui ne sont, en réalité, que des chefs d'équipe plus ou moins insuffisants, qui l'entourent. Nous avons également eu le malheur de perdre en 1940 un jeune contremaître de 40 ans, M. Oteiza, qui rendait bien et promettait encore mieux.Nous n'avons plus, rétribués au mois, que 2 braves contremaîtres qui n'ont jamais été de qualité supérieure et qui sont loin d'en gagner en vieillissant. Là aussi, il nous faudrait pouvoir remplacer, sinon immédiatement, du moins dans un certain avenir, M. Vinglar, car l'ensemble de nos cadres extérieurs a beaucoup vieilli et aurait besoin d'être rajeuni.Mais, sur ce point, je n'insiste pas car le volume des manutentions ne justifie pas encore que je vous demande d'augmenter d'une unité notre personnel, ni même de remplacer ceux qui ont disparu. J'ai simplement tenu à situer la question.Il y a une considération d'ordre général que je tiens à mentionner pour terminer et qui éclaire d'un certain jour le problème des effectifs ; elle ne vous a certainement pas échappé par ailleurs. C'est le fait que, depuis 1937, l'ensemble des temps de travail obligatoires du personnel a été très sensiblement abaissé. On a tout d'abord ramené la semaine de 48 à 40 heures et les conventions ont ensuite donné à certains membres du personnel dont la présence est la plus nécessaire, 3 semaines de congé à certains qui n'avaient jusque-là que 15 jours, un mois à d'autres qui n'avaient que 3 semaines. Je sais bien qu'au nombre des motifs qui avaient milité en faveur de la loi de 40 heures, on avait affirmé que le rendement n'en souffrirait pas... parce que "l'ouvrier" pourrait produire autant en 40 heures qu'en 48 heures. Je veux bien admettre que la chose est en partie vraie dans certaines industries spéciales, mais elle est globalement fausse pour nous.Pour assurer donc un travail d'ensemble équivalent, il faut, toutes choses restant égales, plus de personnel qu'en 1936.Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l'expression de mes sentiments tout dévoués.

1942.07.10.De Louis Vignet.Paris.A Worms et Cie Bayonne.Note

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