1947.00.De Worms et Cie.Note (non datée).Our Vichy Gamble.Corrections.(1)

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NB : Ce document non daté, reproduit en pages 5 à 13, est classé après le 3 juillet 1947, date du départ à New York de Raymond Meynial qui l'emporte pour justifier les erreurs commises par le professeur Langer.

I. Au cours des pages 168 et 169 de son ouvrage « Our Vichy Gamble » le professeur Langer représente le gouvernement de l'amiral Darlan en 1941 s'appuyant pour poursuivre une politique soi-disant collaborationniste sur des groupes bancaires au premier desquels il cite la Banque Worms.
Pour démontrer le réalité de cette affirmation, l'auteur déclare que la plupart des membres du gouvernement à l'époque appartenaient au groupe Worms. Il ne cite pas moins de 22 noms de personnalités officielles diverses qui, d'après lui, faisaient partie du groupe Worms.
En fait, parmi ces personnalités, une seule faisait partie de la Maison Worms : M. jacques Barnaud, associé de cette Maison en 1939, à la déclaration de guerre.
M. Barnaud, ancien fonctionnaire du ministère des Finances, fut appelé à y reprendre à cette époque ses anciennes fonctions. Après l'armistice, le gouvernement français lui demanda d'assumer la charge de centraliser de coordonner les négociations économiques avec les autorités ennemies d'occupation. Il crut de son devoir d'accepter cette lourde tâche ; mais, à partir de cette date, il démissionna de toutes ses activités privées et cessa entièrement de s'occuper de la gestion de la Maison Worms ainsi qu'en témoignent les rapports de justice sur l'activité de cette maison.
On peut penser ce qu'on veut de l'action officielle de M. Barnaud. Il semble qu'il serait plus décent pour un historien étranger d'attendre pour l'attaquer que la justice de son pays se soit prononcée sur son cas ; mais, en tout état de cause, on ne peut dénier le droit à un citoyen privé d'occuper à un moment donné des fonctions officielles (l'histoire des États-Unis en donne des exemples quotidiens). Il n'est pas convenable d'affirmer sans preuves qu'un tel citoyen ait voulu servir des intérêts privés.
Et, même si dans ses fonctions officielles, il avait commis des erreurs ou des fautes, on ne saurait en aucune manière en faire porter la responsabilité aux sociétés privées auxquelles il appartenait antérieurement.
Parmi les autres noms cités par M. Langer, un seul est celui d'un homme ayant eu avant guerre des relations avec la Maison Worms.
Il s'agit de Pierre Pucheu ; celui-ci n'a jamais fait partie de cette Maison, mais il était en 1939 président des Établissements Japy, affaire dans laquelle la Maison Worms avait des intérêts qui, à ce moment là, n'étaient même pas majoritaires. Il fut nommé en 1940 président du Comité d'organisation des Industries mécaniques, nomination normale, Japy comptant parmi les plus importantes sociétés françaises de mécanique. Dans l'exercice de ces fonctions officielles, il fut en contact avec le gouvernement de Vichy, ce qui explique sa nomination au poste de secrétaire d'État à la Production industrielle en mars 1941, puis à celui de ministre de l'Intérieur. A partir de ce moment, il donna sa démission des Établissements Japy et n'eut plus aucune relation avec eux ou avec la Maison Worms. Après avoir résilié ses fonctions officielles à l'arrivée de Laval en avril 1942, il ne reprit pas son ancienne situation chez Japy, pas plus d'ailleurs qu'aucune autre situation des les affaires du groupe Worms - ce qui n'eut certes pas été le cas s'il avait été une sorte de représentant du groupe au Conseil du gouvernement, comme le professeur Langer l'affirme.
Les vingt autres personnalités citées par le professeur Langer non seulement n'ont jamais appartenu au groupe Worms, mais n'ont même jamais été en relations avec ce groupe.
(Suit une énumération de ces personnalités avec un bref historique de leur carrière)
Yves Bouthillier était un fonctionnaire du ministère des Finances, ayant fait toute sa carrière dans cette administration. Secrétaire général du ministère des Finances en 1939, il fut choisi par M. Paul Reynaud, président du Conseil, au début de juin 1940. Il fut conservé à ce poste par le maréchal Pétain à la fin de juin 1940 et le conserva jusqu'à l'arrivée de Laval en avril 1942. Ce fonctionnaire n'a jamais eu aucun contact particulier avec la Banque Worms ; il n'y a jamais mis les pieds ; M. Hypolite Worms était en mission officielle à Londres lorsqu'il fut nommé ministre des Finances et ne le connaissait pas.
Le général Bergeret (...)
M. Jérôme Carcopino (...)
M. Serge Huard (...)
L'amiral Platon (...)
M. René Belin (...)
M. François Lehideux (...)
M. Jean Berthelot (...)
M. Paul Charbin
Et parmi les noms des six secrétaires généraux de ministères que cite le professeur Langer comme faisant partie du groupe Worms, on ne saurait en retenir un seul comme ayant appartenu de près ou de loin à ce groupe.
MM. Deroy, Filippi, Schwartz, Billiet et Rivalland étaient, à la déclaration de guerre, de hauts fonctionnaires des ministères des Finances, des Travaux publics, de l'Agriculture et de l'Intérieur, ce qui explique qu'ils aient été nommés secrétaires généraux de ces ministères. M. Lamirand (...), M. Borotra (...), M. Bichelonne (...) M. Lafond (...). Aucune de ces personnes n'avait jamais été en relations avec la Maison Worms. On peut se demander avec stupéfaction comment le professeur Langer n'a pas contrôlé les informations entièrement erronées qu'il a reçues, s'il voulait véritablement faire œuvre d'historien et non de polémiste.
Un dernier exemple illustrera encore la fausseté de l'argumentation de M. Langer. A la page 229 de son ouvrage, il affirme que M. Jacques Lemaigre-Dubreuil devint associé de la Banque Worms. C'est là un fait précis, mais totalement inexact : M. Lemaigre-Dubreuil, qui était associé de la Maison d'huiles végétales Lesieur & Cie, non seulement n'est jamais devenu associé de la Maison Worms, mais encore n'a jamais été, ni lui, ni sa Maison, en rapports avec la Maison Worms et M. Hypolite Worms, chef de cette Maison, n'a jamais rencontré ni vu M. Lemaigre-Dubreuil.
Après avoir ainsi affirmé que ces 22 personnalités appartenaient au groupe Worms, le professeur Langer ajoute : « De cette énumération, il apparaît clairement que chaque ministère ou secrétariat d'État touchant les affaires économiques étaient dans les mains d'une personne ou d'une autre de la clique Worms ».
En fait, nous venons de voir que ces personnes, sauf une, n'ont jamais appartenu au groupe Worms. Elles sont d'ailleurs parfaitement connues en France et aucun informateur français de bonne foi n'oserait confirmer aujourd'hui les affirmations du professeur Langer.
Dès lors, quelle foi peut-on apporter à l'ouvrage du professeur Langer, qui ne paraît basé, tout au moins dans cette partie de son exposé, que sur de bas rapports de police ou des libelles de pamphlétaires passionnés.

II. Le professeur Langer, pour expliquer ce soi-disant désir de la Maison Worms d'exercer une influence sur la politique du gouvernement français, fait allusion à plusieurs reprises aux profits considérables réalisés par elle pendant cette période. En particulier dans sa conclusion il écrit (p. 385) : « En fait, ils firent de très nombreuses affaires et obtinrent d'importants résultats ».
Or, la Commission des Profits illicites - véritable tribunal fiscal - qui examine tous les comptes de guerre des sociétés françaises et qui a acquis une réputation de sévérités très rigoureuse, a établi que la Maison Worms n'avait réalisé aucun bénéfice pendant cette période (voir annexe 1).
Bien plus, le rapport d'expertise établi sur commission rogatoire du juge d'instruction qui a instruit les affaires Hypolite Worms et Gabriel Le Roy Ladurie, montre que, loin d'avoir réalisé un bénéfice quelconque pendant cette période, la Maison Worms avait au contraire subi des pertes dans toutes ses branches d'activité (voir annexe 2).
Ce sont là des constatations officielles, dressées par des experts, fonctionnaires ou assermentés, après des études minutieuses qui ont duré des mois. Elles réduisent à néant les affirmations diffamatoires du professeur Langer qu'aucune preuve ne vient étayer.
Il serait fastidieux de relever toutes les erreurs matérielles dont fourmille le livre de M. Langer dans toutes les pages où il attaque la Maison Worms. Les exemples précédents montrent la légèreté avec laquelle ce livre a été écrit.
A ce libelle, il suffit d'opposer les faits suivants :
1° L'activité de M. H. Worms, chef de la Maison Worms, et de M. G. Le Roy Ladurie, directeur général des Services bancaires, a donné lieu à une instruction judiciaire qui a duré deux ans et fait établir un rapport d'experts. Cette inspection judiciaire a été close le 25 octobre 1946 par un classement général de l'affaire.
2° L'activité des mêmes personnes a été soumise à la Commission nationale interprofessionnelle d'Épuration, commission officielle chargée de juger si les actes ou l'attitude de certaines personnes pendant l'occupation allemande n'a pas été contraire aux intérêts du pays ou à l'honneur national. Cette commission, non seulement n'a pas relevé contre MM. H. Worms et G. Le Roy Ladurie la moindre faute, mais encore a prononcé son arrêt après l'établissement d'un rapport qui est joint à la présente note (annexe 3) et qui est un éloge de l'attitude des intéressés pendant la guerre et l'occupation.
Il suffit de lire ce rapport officiel pour comprendre à quel point le livre du professeur Langer est lourd d'erreurs calomnieuses, soit que l'auteur ait agi avec légèreté en ne contrôlant pas ses sources d'information, soit qu'il ait agi sciemment par méchanceté et mauvaise foi.


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