1952.06.00.De Roger Mennevée.Les Document de l'AIII.Article

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Les Documents de l'Agence indépendante d'informations internationales - juin 1952

La Banque Worms et Cie
Histoire générale (suite)
(Suite)
Les opérations financières de la Banque
de 1940 à 1944 (suite)

II nous reste à parler, pour l'année 1941, d'une affaire d'un caractère très différent de celui des opérations que nous avons précédemment étudiées, et dans laquelle la collaboration, est, cette fois, indéniable.
Il s'agit de la :

Société franco-continentale d'importation et d'exportation (Cimpex)

fondée par acte du 23 mai 1941 par M. Kiliam Bertrand Marie Jacques Hennessy et qui avait pour objet :
« Toutes opérations industrielles, commerciales ou financières ayant pour but de faciliter soit directement, soit indirectement, toutes relations économiques et échanges entre, d'une part, la France, les colonies françaises, les pays de protectorat, territoires sous mandat et éventuellement tous autres pays d'influence française, d'autre part l'Allemagne et les pays situés à l'est de la France, et ce, notamment, par :
- l'étude des besoins du pays importateur et des disponibilités du pays exportateur,
- la recherche, dans le cadre de ces éléments des produits susceptibles d'importation et d'exportation.
- le développement à l'étranger des ventes de brevets, concessions de licences relatives à des inventions brevetées en France et dans les pays constituant l'empire français, ou la présentation par les exportateurs de demandes de licences aux ministères intéressés,
- la création sur les marchés des établissements ou des filiales de ventes,
- l'indication aux exportateurs de débouchés existants ou susceptibles d'être créés sur les marchés,
- l'organisation de leur représentation sur ces marchés,
- le développement entre les actionnaires ou clients du crédit à l'exportation sous toutes ses formes,
- l'intervention pour faciliter certaines transactions en se portant acheteur et vendeur,
- l'organisation du transport des marchandises et la cotation des prix,
- la réalisation sur les marchés extérieurs des accords de troc ou de compensation, et, en général, toutes opérations se rattachant aux buts définis ci-dessus,
- la participation directe ou indirecte de la société dans toutes opérations commerciales, industrielles, financières, immobilières et mobilières pouvant se rattacher directement ou indirectement à l'objet principal de la société, soit par voie de création de sociétés nouvelles, soit encore par voie d'apport, de fusion avec elles, de cession ou de location, soit à des sociétés, soit à toutes autres personnes ou sociétés, de nationalité française ou étrangère. »
Le capital social était fixé à 1 million de francs en 1.000 actions de 1.000 F chacune à souscrire en espèces et à libérer du quart à la souscription, qui fut réalisée dans les conditions suivantes :

M. Louis de Beauvoir, administrateur de sociétés

490 actions

Worms et Cie

160 actions

Davum, compagnie de Dépôts et agences de ventes d'usines métallurgiques

100 actions

Société des Établissements Japy Frères

100 actions

Hauts-fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson

100 actions

M. Karl Kessler, industriel allemand,

20 actions

Comptoir fluvial du Nord et de l'Est

10 actions

M. Killan Hennessy, fondateur

10 actions

M. Roger Paringaux, industriel,

10 actions

Soit au total

1.000 actions

II avait été créé 200 parts de fondateur remises aux souscripteurs à raison d'une part pour cinq actions souscrites.
Les actions devaient rester nominatives, même si elles étaient libérées, jusqu'à décision contraire de l'assemblée générale.
Le siège social était 41, boulevard Haussmann, dans un immeuble de Worms et Cie.
La société était administrée par un conseil de 3 à 12 membres, élus pour six ans et possesseurs d'au moins 10 actions
L'assemblée générale constitutive du 1er juillet 1941, tenue sous la présidence de M. Hennessy, fondateur, assisté de MM. de Beauvoir et Meynial (celui-ci représentant Worms et Cie) comme scrutateurs, avait nommé comme premiers administrateurs :
M. Killan, Bertrand, Marie, Jacques Hennessy, administrateur de sociétés, né à Paris le 19 février 1907, Français, demeurant à Neuilly, 63, rue Charles Laffitte - et à Paris, 55, avenue Marceau,
M. Karl Kessler, industriel, né le 7 avril 1898 à Limburg (Lahn) Allemagne - Allemand, demeurant à Diez (Lahn) domicilié alors à Paris 6, rue Quentin Bauchard,
M. Louis de Beauvoir, administrateur de sociétés, né à Châtillon-sur-Seine le 21 juin 1881, Français, demeurant à Paris 40, rue François 1er,
M. Roger Louis Paringaux, industriel, né à Nantes (Loire inférieure) le 31 mars 1902, Français, demeurant à Paris, 24, rue Desbordes-Valmore,
Davum et le Comptoir fluvial du Nord et de l'Est.
La prédominance de Worms et Cie est incontestable tant par sa participation directe que par celles de ses filiales et de ses fidéi-commissaires. Encore que les actes de constitution de la société soient muets sur le caractère de la souscription de M. de Beauvoir, nous ne croyons pas que cette souscription lui soit absolument personnelle. Il était vraisemblablement en la circonstance personne interposée au bénéfice d'une des sociétés du groupe Worms dont il était administrateur, peut-être du groupe Saint-Didier Automobiles, où il représentait les compagnies d'assurances de La Préservatrice.
M. Roger Paringaux représentait les Établissements Japy frères, contrôlés par Worms et Cie.
Par ailleurs, nous serions bien surpris que M. Kilian Hennessy, n'ait pas agi, en la circonstance, au nom d'une autre société identique, fondée en juin 1939, par Worms et Cie, sous le titre Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord, dont il était administrateur depuis l'origine et dont il venait d'être président (décembre 1940) en remplacement de M. François Lehideux, appelé dans les conseils du gouvernement.

Que

l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord

ait été une filiale de Worms et Cie est d'autant moins douteux que d'après l'insertion légale de constitution insérée à la Gazette des tribunaux du 15 juin 1939 elle avait été fondée par M. Hypolite Worms, lui-même, et M. Jacques Barnaud, agissant tous deux en qualité d'associés gérants de Worms et Cie,
qu'il y ait eu une liaison de "caractère" entre l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord et la Société franco-continentale d'importation et d'exportation est non moins incontestable, si ce n'est que la première se réservait, comme champ d'activité, les pays du Nord (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède) alors que la seconde, s'adaptant aux circonstances du moment, entendait commencer avec l'Allemagne et les pays situés à l'est de la France, en l'espèce, à l'époque, à peu près tous satellites de l'Allemagne.
Mais cette liaison apparaît encore plus étroite lorsqu'on se reporte aux statuts des deux sociétés. Nous avons intentionnellement reproduit dans son intégralité, l'objet social de la Société franco-continentale, tel qu'il figure à l'article 2 des statuts publiés dans le Journal spécial des sociétés par actions du 28 juillet 1941.
Reportons-nous, maintenant, à celui de l'Union d'exportateurs ; le voici :
« La société a pour objet : toutes opérations commerciales, industrielles et financières ayant pour but exclusif de développer les ventes à l'étranger, et en particulier dans les pays du nord (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède) de toutes matières premières ou marchandises en provenance de la France, colonies françaises, pays de protectorat et territoires sous mandat, constituant l'empire français,
- de développer à l'étranger (et spécialement dans les mêmes pays) les ventes des brevets et concessions de licences relatives à des inventions brevetées en France (ou dans l'empire français),
la société pourra notamment :
- créer sur les marchés extérieurs des établissements ou des filiales de vente,
- signaler aux exportateurs ou aux groupements d'exportateurs (créés en 1938) les débouchés existants ou susceptibles d'être créés sur les marchés auxquels elle s'intéresse pour les articles qu'ils sont à même de vendre,
- organiser leur représentation sur ces marchés,
- développer entre ses actionnaires et clients les crédits à l'exportation sous toutes leurs formes (escompte, découverts, assurance-crédit),
- réaliser sur les marchés extérieurs des accords de troc et de compensation, etc.
II suffit de rapprocher ces deux objets sociaux pour constater leur similitude à peu près absolue, de telle sorte que l'on peut dire que l'objet social de la Société franco-continentale a été inspiré nettement par celui de l'Union d'exportateurs, fondée dix-huit mois auparavant.
Mais la liaison des deux sociétés en tant que filiales de Worms et Cie s'affirme encore davantage lorsqu'on se rappelle (voir notre n° de décembre 1949) qu'en même temps que l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord, MM. Hypolite Worms et Jacques Barnaud créaient encore - toujours ès-qualité - la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe, fondée par acte du 3 mai 1939, ayant, de son côté, comme objet social :
« toutes opérations industrielles, commerciales et financières ayant pour but de faciliter soit indirectement, soit directement, les relations commerciales de la France, des colonies françaises, des pays de protectorat, et éventuellement de tous autres pays, avec l'Europe du Nord (Suède, Norvège, Danemark, Islande, Finlande, Pays baltes) notamment pour l'exportation et la réexportation, le transport et le transit de toutes matières premières ou de tous produits d'origine française, coloniale ou étrangère, etc. »
Ajoutons qu'on trouvait déjà dans la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe, diverses personnalités qu'on devait retrouver dans l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord et l'on constatera avec nous qu'il y a bien, dans toutes ces affaires, une continuité d'action très particulière, qui pouvait peut-être se comprendre avant la défaite française et l'occupation allemande, mais qui prenait un caractère très spécial une fois ces événements réalisés, d'autant plus que les unes et les autres ont continué leur activité comme nous l'avons montré pour la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe dans notre n° de décembre 1949.

En ce qui concerne :

l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord

il n'est pas sans intérêt, croyons-nous, de donner quelques détails sur cette affaire.
Ainsi que nous l'avons dit, plus haut, elle avait été fondée en mai 1939, avec siège social 47, boulevard Haussmann à Paris, dans un des immeubles de Worms et Cie.
La société était, sous la forme anonyme, à capital variable, le capital d'origine étant de 200.000 francs en 400 actions de 500 F qui furent souscrites en espèces par 51 personnes ou sociétés, mais dont les principaux souscripteurs furent Worms et Cie (195 actions), la Société de courtage et d'affrètements pétroliers (20 actions), la Société privée d'études et de banque (10 actions), ces deux sociétés filiales de Worms et Cie, et encore par d'autres filiales ou des personnes du groupe Worms (33 actions), Worms et Cie possédant ainsi en réalité plus de la moitié du capital social. Parmi les autres souscripteurs on trouvait les Usines Renault, Saint-Goba in et Péchiney.
La société était administrée par un conseil de 3 à 15 membres possesseurs d'une action, et dont la durée du mandat devait être fixée par l'assemblée générale annuelle.
Le premier conseil d'administration comprenait :
M. François Lehideux, représentant les Usines Renault, président,
M. Bernard Aubry, président de la Chambre de commerce franco-finlandaise à Bordeaux,
M. Maurice Bonnet, négociant à Paris,
M. Paul Francin, directeur des services financiers de Saint-Gobain,
M. Henri Geoffray, ingénieur, conseiller du Commerce extérieur, directeur de la Maison Jules Destombes, maison s'occupant de marchés à terme sur matières premières et de commission de marchandises,
M. Lucien Guérin, directeur des services scandinaves de Worms et Cie,
M. Killian Hennessy, dont nous avons parlé précédemment,
M. Georges Normand, ancien élève de l'École polytechnique, administrateur de sociétés à Paris,
M. Émile Pautrot, conseiller de commerce extérieur à Paris,
M. Pierre Pucheu, représentant les Établissements Japy Frères.
Le commissaire aux comptes était M. Ferdinand Vial, fondé de pouvoirs de Worms et Cie.
On remarquera que MM. Geoffroy, Pautrot et Guérin appartenaient également au conseil d'administration de la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe.
En décembre 1940, M. Lehideux appelé, comme nous l'avons dit, aux conseils du gouvernement de Vichy abandonna le conseil d'administration de la société. Il fut remplacé à la présidence par M. Kilian Hennessy qui assura en même temps la direction générale. A la même époque, M. Paul Francin, pour se conformer à la nouvelle législation sur les sociétés, démissionna également.
Le siège social avait été transféré en même temps au 43, boul. Haussmann, et au début de 1942 (avril), il fut transféré 12, rue Tronchet - adresse de l'immeuble de Worms et Cie -, en même temps d'ailleurs que celui de la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe, confirmation nouvelle de la liaison entre les deux sociétés.
Les événements de l'époque n'arrêtèrent pas les affaires de l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord, tout au contraire, puisque, le 13 octobre 1943, le conseil d'administration soumettait à l'assemblée générale extraordinaire un projet de doublement du capital motivé par une extension importante des affaires de la société comme disait-il en témoignait le bilan soumis à la dernière assemblée générale.
Une augmentation de capital de 200.000 F fut donc décidée par l'émission de 400 actions nouvelles de 500 F qui furent réservées par moitié à Worms et Cie d'une part, et au Crédit lyonnais, d'autre part, cet établissement devenant ainsi actionnaire de l'affaire, dont le contrôle restait néanmoins entre les mains de Worms et Cie qui possédait toujours plus de la moitié du capital.
Le conseil d'administration était alors composé de MM. Kilian Hennessy, Henri Geoffray, Étienne Masson - qui représentait le Crédit lyonnais, Jean Petit-Lagrange, administrateur de la Société lorraine des anciens établissements de Diétrich, M. Albert Vienney, fondé de pouvoir de Worms et Cie qui était en même temps directeur de la Société centrale d'achats, M. Raymond Bonnet, M. Édouard Fievet, MM. Pautrot, Lucien Guérin, Bernard Aubry et Georges Normand.
Mais, il y a une différence fondamentale entre l'activité de l'Union d'exportateurs français pour l'Europe du Nord et celle de la Société franco-continentale d'importation et d'exportation.
L'Union, tout comme la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe, d'ailleurs, avait été constituée avant l'occupation allemande, et même avant la guerre, et avait, au moins en principe, une sphère d'activité nommément désignée.
Théoriquement, ces deux sociétés pouvaient dès lors être considérées comme ayant repris, après la défaite française et le début de l'occupation, leurs affaires normales. Elles ne relevaient donc plus que de la question du "quota" pro-allemand du montant de ces affaires. Il semble, d'ailleurs, à nous en tenir aux déclarations mêmes du conseil d'administration de l'Union d'exportateurs à l'occasion de l'augmentation de capital de 1943, que les affaires de celle-ci avaient pris une extension importante, et peut-être ne faut-il pas oublier qu'elles ne purent s'effectuer qu'avec au moins la tolérance de l'autorité occupante.
De même pour la Société centrale d'achats pour le nord de l'Europe qui, comme nous l'avons précisé (voir notre n° de décembre 1949) avait porté en janvier 1944, c'est-à-dire toujours sous l'occupation - son capital de 1 million à 3.200.000 de francs.
Mais la question du "quota" pouvait, néanmoins, se poser.
Par contre, il en était tout autrement en ce qui concernait la Société franco-continentale d'importation et d'exportation (alias Cimpex).
Celle-ci a été créée, en effet, en mai 1941, c'est-à-dire en pleine occupation.
En outre, son champ d'activité était officiellement précisé, comme concernant l'Allemagne et les pays situés à l'est de la France qui étaient en général plus ou moins occupés par l'Allemagne. Par ailleurs encore, elle comptait parmi ses actionnaires-administrateurs, un Allemand, né en Allemagne, domicilié ordinairement en Allemagne, et dont l'adresse d'occasion : 6, rue Quentin Bauchart à Paris, ne pouvait provenir que d'une réquisition par l'autorité occupante.
Donc ici, la "collaboration" est formelle, flagrante, incontestable.
La question n'est pas de savoir si les affaires de la Société franco-continentale ont été heureuses ou malheureuses, bénéficiaires ou déficitaires : on notera en passant qu'aucune assemblée générale n'a été tenue de mai 1941 à février 1944, date à laquelle seulement furent approuvés les comptes des exercices écoulés depuis la constitution, ni les raisons pour lesquelles la société fut dissoute à cette même date du 22 mars 1944 par une assemblée générale extraordinaire présidée par M. Kilian Hennessy, assisté de MM. de Beauvoir et Paringaux, et tenue dans les bureaux de M. M. J. Streichenberger et Cie, 105, rue Saint Lazare à Paris et conseils juridiques de Worms et Cie, et qui furent précisément nommés liquidateurs de la Société franco-continentale.
La société n'aurait-elle fait que des pertes en droit le fait de "collaboration" n'en subsisterait pas moins.
D'autant plus que cette "collaboration" avait, d'après les statuts mêmes, pris un caractère encore plus grave puisque s'y ajoutait le fait de provocation d'autrui à la collaboration.
Les paragraphes 6 et 7 de l'article 2 des statuts sont en effet, absolument formels.
Ils disent : « L'indication aux exportateurs de débouchés existants ou susceptibles d'être créés sur ces marchés.
L'organisation de leur représentation sur ces marchés... »
Donc, nous le répétons, la question de "collaboration" ne peut faire ici le moindre doute.
Par contre, celle de la responsabilité de Worms et Cie peut se poser : cette création, l'activité de la Société franco-continentale découlent-elles de l'initiative personnelle de Worms et Cie ou d'une suggestion, pour ne pas dire d'une injonction, du commissaire allemand qui, nous l'avons signalé antérieurement, avait tous pouvoirs ? La présence de M. Kessler parmi les associés et les administrateurs tendrait assez aisément à confirmer cette dernière hypothèse.
Mais là encore, nous arrivons à mettre en cause la "discrétion" exagérée, inadmissible, au moins à nos yeux, dont Worms et Cie couvre son activité.
On notera, en effet, que les déclarations de M. Barnaud devant la commission parlementaire d'enquête sur les événements de 1933 à 1945 - déclarations dont nous avons fait état dans notre n° d'avril dernier - n'ont porté que sur les généralités, de l'activité de la maison Worms et Cie sous l'occupation et que l'associé gérant n'est entré dans le détail d'aucune des affaires réalisées pendant cette période, se bornant à se référer aux rapports des experts nommés par l'instruction.
Or, précisément parce que ces rapports innocentent au moins à s'en tenir aux déclarations de M. Barnaud, la maison Worms et Cie pour ses affaires en temps et en régime d'occupation, nous ne comprenons pas que, ayant été l'objet de si violentes campagnes et M. Worms ne nous démentira pas lorsque nous ajouterons : "pas seulement dans la presse" tant pendant l'occupation qu'après la Libération[1], M. Worms n'ait pas tenu à rendre public les documents qui le déchargeraient, ainsi que sa maison, de l'accusation de "collaboration".
Nous aurions vu volontiers un important fascicule (ou plusieurs) in 4° coquille, par exemple intitulé : "L'Activité de la Banque Worms et Cie pendant l'Occupation - Documents justificatifs".
Qu'on ne nous objecte pas l'importance matérielle de la documentation à publier : les moyens financiers de M. Worms le lui permettaient tout de même. Et puis, au fond, c'était son "honneur national" qui était en cause !
Qu'on ne nous dise pas non plus que la décision de justice intervenue suffit.
Nous ne referons pas ici le procès des juridictions "de circonstance" créées au moment de la Libération et nous ne croyons avoir besoin de reproduire les faits, les témoignages - déjà publiés par la presse ou rendus publics - qui ont montré que là aussi, suivant que vous aviez été ou que vous étiez devenus puissants ou misérables, ou davantage encore amis ou adversaires de certaines idéologies - de droite comme de gauche.
Nous le répétons, nous trouvons ce silence - devons-nous dire ce mystère - dont M. Worms a continué à entourer l'activité pendant l'occupation de la maison dont il est l'animateur singulièrement regrettable, surtout lorsqu'il laisse dans l'ombre des affaires comme la Société franco-continentale d'importation et d'exportation.

(A suivre.)

R. Mennevée

Les "mystères" Worms continuent

II faut bien constater, d'ailleurs, que la banque Worms et Cie continue à bénéficier d'une bienveillance très particulière et que, même dans les milieux officiels, on cherche à couvrir du manteau de la plus totale discrétion tout ce qui concerne la banque Worms et Cie et ses animateurs.
On se rappelle peut être qu'au début de septembre dernier (voir particulièrement la presse quotidienne des 7 et 8 septembre) les journaux parisiens firent grand bruit autour d'un attentat au plastic contre les bureaux de la banque Worms, boulevard Haussmann, qui fit d'importants dégâts dans les bureaux du rez-de-chaussée et davantage encore dans les verrières des grands magasins du Printemps, situés de l'autre côté du boulevard mais heureusement pas de victimes.
Pendant deux jours, la presse consacra plusieurs colonnes à cet attentat, puis, en dehors de quelques petits échos dans certains hebdomadaires, ce fut le silence absolu, que nous ne sachons pas avoir été rompu depuis les neufs mois écoulés, en dehors de la note qu'on trouvera ci-dessous à l'occasion d'un nouvel incident survenu plus récemment, mais, celui-là, visant particulièrement M. Worms lui-même.
En effet, le 14 avril la presse annonçait que M. Worms venait d'être victime d'un cambriolage de son hôtel particulier.
Voici, d'ailleurs, l'information publiée par le quotidien France-Soir le 13 au soir (n° daté du 14).
« Les cambrioleurs opèrent chez le banquier Worms dont la banque avait été attaquée au plastic.
Un oambriolage dont le montant serait important a été commis la nuit dernière dans l'appartement de M. Hippolyte Worms, banquier, 4, avenue Émile Deschanel.
Les malfaiteurs, qui se sont introduits chez M. Worms, après avoir fracturé la porte d'entrée, ont visité minutieusement une dizaine de pièces. C'est le valet de chambre du banquier, M. Michel Larramendy qui, en venant prendre son service le matin, découvrit le "fric-frac" et alerta la police.
Les inspecteurs du commissariat du quartier Saint-Thomas-d'Aquin se sont rendus immédiatement sur les lieux. La concierge de l'immeuble n'a vu entrer ni sortir les cambrioleurs.
En l'absence de M. Hippolyte Worms, en villégiature depuis quelques jours dans sa villa "La Reira Santa", de Saint-Jean-du-Cap-Ferrat (Alpes maritimes) il a été impossible aux policiers d'établir ce que les malfaiteurs ont pu emporter.
Tous les meubles, secrétaires et commodes ont été fouillés. Il semble que le butin soit important. Rappelons que le 7 septembre 1951, la Banque Worms, boulevard Haussmann, avait été l'objet d'une attaque au plastic par une bande de terroristes non identifiés. Les dégâts avaient été évalués à plusieurs millions ? »
Avons-nous mal cherché ? Mais nous n'avons plus rien trouvé depuis dans la presse : aucune nouvelle de la marche de l'enquête, tout comme le silence s'était appesanti sur celle relative à l'attentat de septembre 1951.
"Mystère et discrétion" paraît bien être, on le reconnaîtra, la devise de la banque Worms et Cie.

 

 

[1] Citons, par exemple - et seulement à titre indicatif, car il en est bien d'autres, Paris-Soir des 21 - 22 - 23 octobre et 3 novembre 1940 - Au Pilori 16 octobre 8 et 29 novembre - 20 décembre 1940 - 28 février 1941, L'Appel du 17 janvier et 8 mai 1941 - 5 mars 1942 - L'œuvre 26 février 3 et 6 août 1941 - Le Franciste 1er janvier 194I - France Europe 21 novembre 1942. Depuis la Libération : Franc-Tireur des 9 et 11 septembre 1944 - L'Humanité des 13 septembre 1944, 14 janvier 1945 - Le Parisien libéré 9 septembre 1944 - Le Populaire et l'Aube 28 et 29 septembre 1944 - Action 28 janvier 1945, etc.

 

 

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