1949.07.00.De Roger Mennevée.Les Documents de l'AIII.Article

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Les Documents de l'Agence indépendante d'informations internationales                      Juillet 1949

La Banque Worms et Cie
Histoire générale (suite[1])
3ème partie
Filiales et participations
Chapitre 3
De 1925 à 1940

Ainsi que nous l'avons déjà dit dans le chapitre spécial consacré à M. Hypolite Worms, l'année 1925 allait, sous les auspices de la Banque Lazard Frères, apporter une modification fondamentale dans le département bancaire de Worms et Cie, qui avait joué jusqu'alors un rôle d'autofinancement de cette affaire, et faire entrer Worms et Cie dans le cadre des grandes banques d'affaires françaises et internationales.
C'est, en effet, en connexion intime avec Lazard Frères et Cie que Worms et Cie entrait, en 1925, dans la :

Société financière française et coloniale,

holding financière d'un groupe important d'affaires coloniales - particulièrement indochinoises - dirigé par M. Octave Homberg et intimement lié, alors, avec la Banque de l'Indochine (M. Homberg en était également administrateur) et dans laquelle Lazard Frères et Cie étaient, depuis l'origine, largement intéressés.
A la suite de ces interventions, le conseil d'administration de la Société financière française et coloniale comprenait :
M. Octave Homberg, son animateur,
M. René Bouvier, collaborateur du précédent,
M. David-Weill et M. Raymond Philippe, de la Banque Lazard Frères,
et M. Hypolite Worms.
Mais il était difficile que l'accord durât longtemps entre ces personnalités dont le caractère autoritaire était réciproque, et dont les conceptions en affaires étaient, pour autant, différentes, et à la fin de 1926, le groupe Lazard-Worms abandonnait la Société financière française et coloniale, dans les conditions que le rapport du conseil d'administration de la SFFC, présenté à l'assemblée du 22 mars 1927, exposait en ces termes :
« A la suite de divergences de vues que, malgré notre bonne volonté réciproque, nous n'avons pu complètement aplanir, les représentants de MM. Lazard Frères dans notre conseil : MM. David-Weill et Raymond Philippe ont donné leurs démissions d'administrateurs. Nous nous sommes séparés d'eux, ainsi que de M. Hypolite Worms, non pas seulement amiablement, mais tout à fait amicalement. »
La banque Lazard Frères et M. Worms quittèrent donc ainsi le conseil de la Société financière française et coloniale, ce dont il semble qu'ils n'eurent qu'à se féliciter puisque quelques années après (fin 1930), cette dernière société enregistra un krach grave et dut subir une importante réorganisation financière.
Au moment où les Lazard et Worms et Cie entraient à la Société financière française et coloniale, les deux maisons s'étaient intéressées en même temps à diverses filiales de celle-ci et particulièrement à la :

Société française d'entreprises de dragage et de travaux publics,

vieille affaire française fondée en 1902, passée sous le contrôle de la SFF et C, au lendemain même de la guerre, lorsque la SFF et C lui apporta un concours financier important, et qui était alors (1925) au capital de 10 millions de francs.
Le conseil d'administration de la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics comprit donc :
M. Octave Homberg, président
M. Pierre Graveron,
M. Vital Hicguet,
M. Paul Vidal et M. Hypolite Worms.
Après la scission Lazard-Worms - groupe Homberg, la maison Worms n'abandonna pas tout de suite la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics. Ce n'est que fin 1929 que M. Worms en quitta le conseil d'administration.
Puis, à la suite du Krach Homberg, la Banque Lazard Frères, la Banque de l'Indochine et Worms et Cie acquirent le contrôle de la société. Leurs représentants entrèrent au conseil au cours de l'année 1931, et, particulièrement M. Worms y reprit sa place. Son mandat lui fut renouvelé par l'assemblée du 20 décembre 1937.
Au cours des années écoulées depuis la guerre, la maison Worms et Cie paraît avoir augmenté son contrôle sur la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics, c'est elle qui en assure la direction des opérations financières, et elle a souscrit 27.754 actions nouvelles de 250 francs lors de la récente augmentation de capital effectuée en avril dernier, pendant que M. Worms, personnellement, souscrivait 4.371 actions, et que l'agent de change Fauchier-Magnan, dont on sait les liens de parenté étroite avec M. Worms souscrivait 18.555 actions. M. Hypolite Worms est toujours administrateur de la société et l'un des "représentants" plus ou moins officiels de Worms et Cie, est entré ces années dernières au conseil, M. Lauret.
En 1928, toujours sous les auspices de Lazard Frères et Cie, la "banque" Worms et Cie aborda les grandes affaires internationales.
Elle participa à la constitution, au Canada, de la :

French and Foreign Investing Corporation

enregistrée dans l'État de Québec, au capital de 12 millions de dollars canadiens, qui envisageait de fonctionner comme holding pour la gérance d'un portefeuille de participations prises dans des affaires industrielles françaises ou étrangères.
La composition de son conseil d'administration faisait connaître l'importance des groupes financiers qui y participaient.
Ce conseil comprenait, en effet :
MM. David David-Weill, président,
Raymond Philippe,
Pierre David-Weill,
et André Meyer, tous quatre de la maison Lazard Frères (de Paris).
Sir Robert Kinsderley, de Lazard Brothers (Londres),
M. Frank Altschul, de Lazard Frères (de New-York),
M. N. M. Dean Jay, de Morgan and C° (Paris),
MM. Félix Vernes
et Pierre Vernes, de la banque Vernes et Cie (de Paris),
MM. Hypolite Worms,
et Jacques Barnaud, de Worms et Cie,
le Viscount Bearsted, de M. Samuel and C° (Londres),
M. André Goldet - lié aux Rothschild,
M. Ivar Kreuger, le financier suédois (Kreuger and Toll),
et M. Daniel Serruys, de Lazard Frères et Cie (de Paris).
Cette affaire était sous le contrôle du groupe international Lazard.
Au début de 1929, Worms et Cie avait participé à la création d'une affaire qui la ramenait davantage dans le cadre de son activité d'origine, le transport du charbon.
II s'agissait de la :

Compagnie charbonnière Klöckner

constituée à Paris par acte du 1er mars 1929 pour le commerce d'importation et de vente des combustibles en France et à l'étranger, ainsi que toutes opérations commerciales, civiles, mobilières et immobilières pouvant se rattacher à cet objet ; la société pouvait donc exploiter toutes les branches distinctes s'y rattachant, prendre des participations dans toutes les entreprises plus ou moins liées à cet objet social, etc.
Le capital était d'un million de francs en 1.000 actions de 1.000 F, et le siège social 15, rue de Madrid à Paris.
Le conseil d'administration comprenait :
M. Peter Klöckner, industriel, conseiller du commerce à Duisburg (Prusse rhénane)
La société en commandite Worms et Cie (de Paris)
M. Henri Le Guay, administrateur de sociétés à Paris,
M. Grawenhorst, administrateur de sociétés à Rauxel (Westphalie),
M. Pierre Henri de Saint-Aulaire, directeur commercial à Rotterdam,
M. Hans Broermann, directeur commercial à Duisburg.
La société ainsi constituée était la filiale française de l'importante affaire industrielle allemande Klöckner au conseil d'administration de laquelle figuraient entre autres M. Jacob Goldschmidt, gérant de la Darmstädter Bank et M. Max M. Warburg, de la banque du même nom d'Hambourg, tous deux financiers israélites de premier plan.
Le consortium Klöckner comprenait, entre autres, l'Hasper Eisen und Stahlwerke (à Haspe) ; la Koenigsborn AG fur Bergbau Salinen-und soolbadbetrieb (à Unna Koenigsborn) ; la Georgs-Marien-Berawerks und Hüttenverein AG (à Osnabrück) ; la Dusseldorfer Eisen-und Drahtindustrie (à Dusseldorf ) ; la Façoneisenwalzwerk L. Mannstardt und Cie (à Trolsdorf) et la Lothringer Bergwerkes und Hüttenverein à Rauxel (Westphalie). L'unité de groupement était réalisée par la Lothringer Bergwerkes und Hüttenverein qui possédait la majorité des actions des six autres sociétés.
De son côté, M. Peter Klöckner était, à l'époque, personnellement administrateur d'importantes autres affaires allemandes et particulièrement de la Disconto Gesellschaft (banque)t de la Klöckner Werke AG (résines), de la Vereinigte Stahlwerke Van der Zypen (acieries ), de la Dynamit AG worm A. Nobel (produits chimiques et explosifs), de l'Elektricitats Lieferungs Ges (électricité), etc.
A la même époque, M. Peter Klöckner avait, avec Otto Wolff, aidé la réorganisation de la Gorreshaus, qui éditait les grands journaux allemands des partis du Centre. Son frère, M. Florian Klöckner était alors député du Centre au Reichstag.
Après la prise du pouvoir en Allemagne par le chancelier Hitler, le groupe allemand Klöckner ne fut pas sans rencontrer d'assez graves difficultés, d'autant plus qu'il prit part, au début de 1937, au mouvement de protestation de l'industrie lourde allemande contre la création par Goering d'un trust d'État pour l'extraction et la fusion du minerai de fer allemand. Mais dès septembre suivant on annonçait que les trois groupes Roechling, Otto Wolff et Klöckner s'étaient ralliés à la nouvelle politique économique préconisée par Goering et qu'ils allaient appuyé dorénavant l'exécution massive et rapide du plan quinquennal.
Au début de 1939 (en mars) le titre de la société française devint :

Compagnie française Klöckner-Humboldt-Deutz

du nom de la société mère allemande dite Klöckner, Humboldt-Deutz AG, de Cologne, en même temps que son objet social était modifié et étendu. A l'importation et la vente des combustibles s'ajoutaient la fabrication de machines et installations mécaniques, l'exploitation de procédés industriels pour la préparation et le traitement des charbons, minerais, et la vente des huiles de graissage et de carburants.
Le siège social avait été transféré 155, boul. Haussmann et le capital porté de 1 à 2 millions.
A l'époque, les administrateurs délégués à Paris étaient MM. Paul Octave Panel et Pierre Boisseau.
Le conseil comprenait, en outre :
MM. Charles Melin et Pierre Cartault, Français,
M. Ernest Plücker (Belge),
MM. Hugo Rainer et Cark Pfahl, Allemands.
On ne trouve plus là de représentants du groupe Worms mais les actes déposés et les publications légales faites ne permettent pas de savoir si, à la veille de la guerre de 1939, la maison Worms était encore intéressée à la filiale française Klöckner ou, le cas échéant, à quelle date elle s'était retirée.
En juin 1929, le quotidien financier parisien L'Information annonçait dans son n° en date du 22, la création à Rotterdam (Hollande) par Worms et Cie, de la :

Société franco-néerlandaise de finance et de commerce

au capital de 2 millions de florins, et ayant pour objet les affaires de banque et la participation aux transactions industrielles et commerciales.
Encore en liaison avec le groupe Lazard Frères, et aussi avec la Société générale, Worms et Cie a participé, en octobre 1929, à la création de :

l'Union immobilière pour la France et l'étranger

au capital d'un million de francs, avec siège social, 10, rue Édouard VII à Paris, dans un immeuble indépendant de la Société immobilière de la rue Édouard VII, elle-même filiale de la Société générale.
Créée par acte du 1er octobre 1929, elle avait pour objet toutes opérations immobilières quelconques, construction, achat, vente, exploitation d'immeubles, terrains ou fonds de commerce, ainsi d'ailleurs que toutes opérations de banque, d'escompte, de crédit, de commission, de change, etc., etc., et pour une durée de 99 ans, sauf dissolution ou liquidation anticipée.
Le capital était d'un million de francs en 1.000 actions de numéraire de 1.000 F souscrites et libérées du quart par les trois groupes fondateurs. II pouvait statutairement être porté à 25 millions.
La société était administrée par un conseil de 6 à 15 membres, pris parmi les actionnaires, élus pour 6 ans et possesseurs de 20 actions au moins.
Le premier conseil comprenait :
MM. Hypolite Worms et Jacques Barnaud, représentant la Maison Worms et Cie,
MM. Pierre David-Weill et Frédéric Bloch-Lainé, pour la banque Lazard Frères et Cie,
MM. Henri Ardant et Robert Couteaux, représentant la Société générale ;
M. Worms, présidait le conseil d'administration.
En 1930, le capital a été, dans le courant du premier semestre, porté à 5 millions par l'émission de 4.000 actions nouvelles de 1.000 F qui ont été souscrites à raison de 1.334 par Lazard Frères et 1.333 par Worms et Cie et par la Société générale.
II semble cependant que le contrôle de l'affaire soit passé entre les mains de Worms et Cie, puisque, dans une inscription modificative portée au registre du commerce, le conseil d'administration comprenait alors :
M. André Pierre Guex, M. Ragaine, M. Roland de Leusse et M. Robert Labbé, tous directeurs ou fondés de pouvoirs de Worms et Cie.
Le siège de la société avait été transféré 45, boulevard Haussmann, dans les bureaux de la maison Worms et Cie.
Actuellement, le conseil comprendrait - d'après les mêmes documents - M. Raoul Cadiot, président, MM. Robert Malingre, Guex, Ragaine, de Leusse et Labbé, et le directeur général est M. Bernard Desplanques.
En 1930, M. Edmond Rialan, ancien ingénieur du génie maritime, directeur chez Worms et Cie, était nommé administrateur de la :

Société française de recherches au Venezuela

et sa nomination fut ratifiée par l'assemblée générale ordinaire du 30 juin 1931.
Cette société avait été créée en 1929, au capital de 30 millions dont 13.500.000 F d'apports en actions à vote plural, sous les auspices de M. Léon Wenger - en relations étroites, avec divers milieux pétroliers internationaux et particulièrement la Pétrofina --et M. Maxudian qui apportait à la nouvelle société divers droits d'exploitation de concessions pétrolières au Venezuela. Le groupe fondateur comprenait également l'Union des mines, le Crédit mobilier, la Banque nationale de crédit, dont les représentants figuraient au conseil en compagnie de M. Jacques Halphen (Société industrielle des pétroles), de M. Langrogne (Alsacienne Lorraine de recherches minières), de M. Schaller (Pechelbronn) et de M. Émile Lambert (Banque syndicale de Paris).
En 1930, le capital fut porté à 40 millions, opération à laquelle participa Worms et Cie, dans des conditions telles que lorsque la société fut absorbée en 1932 par la Société pétrolière française de Caracas, Worms et Cie possédait 240 actions de la Société française de recherches au Venezuela.
La Société pétrolière française de Caracas, derrière laquelle se profilait, là encore, l'ombre de M. Gulbenkian, a été dissoute en octobre 1936, après diverses tentatives de négociations boursières sur le marché de Paris, par l'intermédiaire du banquier André Goulin, et après d'étranges manœuvres qui n'ont eu pour résultat que de dépouiller les porteurs français ayant eu la naïveté d'acheter ces titres.
En juin 1930, Worms et Cie participa à la constitution d'une nouvelle affaire de pétrole créée par le même groupe que la Société française de recherches au Venezuela - sous le titre de :

Société franco-persane de recherches

avec le même siège social, 16, rue Le Peletier à Paris, au siège de la Pétrofina française, dans l'immeuble de la Banque de l'union parisienne et dont l'animateur était également M. Léon Wenger.
Elle avait pour objet la recherche et la prospection des gisements de tous combustibles, solides, liquides ou gazeux, en tous pays et notamment en Perse, et éventuellement l'extraction, l'industrie et le commerce des dites substances et de leurs dérivés.
Le groupe fondateur comprenait notamment la Banque de l'union parisienne, la Banque nationale de Crédit, l'Union des mines, PecheIbronn, la Société de constructions des Batignolles, l'Union européenne et Worms et Cie.
Au moment où elle a été créée, la société avait acquis du groupe fondateur, moyennant l'attribution de 5.800 actions A de 500 F chacune entièrement libérées ; 1° - le bénéfice des études et travaux effectués pour reconnaître l'existence de terrains pétrolifères dans la région de Sommann (Perse) et dans les régions situées au sud de la Mer caspienne ; 2° - le bénéfice des démarches et tractations engagées avec les gouvernements russe et persan en vue d'obtenir la faculté d'acquérir une participation d'un tiers dans le capital de la société persane Kevir-Khurian, ayant pour objet l'extraction et l'exploitation du pétrole dans une région située au sud de la mer Caspienne, les deux autres tiers du capital étant attribués aux deux gouvernements intéressés.
Elle faisait suite au Syndicat d'études franco-persanes.
Le capital était de 10 millions de francs en 20.000 actions de 500 F dont 10.000 actions A et 10.000 actions B, les actions A devant rester nominatives et leur cession étant soumise à l'agrément du conseil d'administration. Sur les 10.000 actions A, 5.800 ont été remises - comme nous le disons plus haut - en rémunération des apports, toutes les autres actions ayant été souscrites en espèces.
Worms et Cie avait souscrit 350 actions A et 300 actions B, M. Michel Goudchaux, associé de Worms, 85 actions B, et M. Edmond Rialan, 50 actions B.
Le premier conseil d'administration comprenait :
M. Léon Wenger, président,
M. R. Ratigne, administrateur délégué,
M. E. Cahen-Fuzifr (Banque de l'union parisienne),
M. Paul Gravier,
M. P. Passerat de la Chapelle (de Pétrofina),
M. A. Pellissier (de Péchelbronn),
M. E. Riallan (Worms et Cie).
Au cours du premier exercice, le conseil se compléta de :
M. Henri Bousquet (Banque nationale de crédit et Crédit mobilier français) et de M. J. Schaller (de Péchelbronn). M. Paul Gravier devait donner sa démission en 1932.
Le titre de la Société a été modifié en juillet 1935 en Société franco-iranienne de recherches après que la Perse avait pris le nom d'lran.
A la veille de la guerre, l'activité de la société était toujours limitée aux recherches.
Plusieurs groupes participants avaient cédé leurs intérêts et le conseil d'administration était alors composé de M. Léon Wenger, président, R. Ratigne, administrateur délégué, Henri Bousquet (Pétrofina française), Cabon-Fuzier (Banque de l'union parisienne), A. Marcoux (groupe Léon Wenger Vulcanesti), M. A. Pellissier (Péchelbronn) et M. E. Rialan (Worms et Cie).
Le siège social a été transféré par la suite 19, rue du général Foy à Paris, au siège du groupe Léon Wenger.
Pendant l'occupation, M. Marcoux est devenu directeur-général et le conseil était composé de M. Robert du Taillis (groupe Léon Wenger), président, René Ratigne, Edmond Rialan, société Péchelbronn, et la Société Vulcanesti (groupe Léon Wenger).
Actuellement - d'après le registre du commerce - le conseil comprendrait M. Halphen Jacques, président, M. Pierre Boncenne, Péchelbronn et la Société française industrielle et commerciale des pétroles, M. Wenger étant directeur général.
Ces modifications remontant à juin 1947, il semble que, au moins dès cette époque, Worms et Cie s'était désintéressé de cette affaire.
La Compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur qui exploitait des lignes maritimes desservant, d'une part : l'Espagne, le Portugal et l'Algérie, d'autre part, l'océan Indien et Madagascar, et enfin l'océan Pacifique et la rive occidentale de l'Amérique du Sud avait rencontré, au cours de divers exercices, des difficultés importantes, à tel point que, lorsqu'en 1929, les comptes annuels se soldèrent par un déficit de près de 4 millions et demi, la société dut, pour éviter une défaillance totale, se faire renflouer par ses principaux clients et créanciers, (parmi lesquels la maison Worms et Cie figurait au premier rang) au début de 1930.
Dans ce but, le conseil d'administration entamait des négociations qui aboutirent, le 10 avril suivant, à la conclusion d'accords comportant la constitution de la :

Société d'exploitation de la compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur

par un groupe comprenant, avec Worms et Cie, fondateurs, (à qui était dû 5 millions), le Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie, le Comptoir national d'escompte de Paris, la Compagnie générale des colonies, Schneider et Cie, etc., etc. qui devait, en principe, exploiter pendant 15 ans les lignes de l'ancienne compagnie, dont elle louait les navires, les installations, l'organisation commerciale servant à l'exploitation, l'accord pouvant se résilier tous les cinq ans.
Après paiement à ses propres actionnaires d'un intérêt de 5% du capital versé, les bénéfices nets de la Société d'exploitation devaient être versés intégralement et jusqu'à concurrence de huit millions, et ensuite des trois quarts à l'ancienne compagnie, le reste revenant à la société d'exploitation.
Or, cette répartition, annoncée à l'assemblée générale de la Compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur du 28 juillet 1930, ne correspond nullement, à celle fixée par l'art. 41 des statuts de la Société d'exploitation, et qui est bien moins favorable à l'ancienne compagnie.
Quoi qu'il en fut, la Société d'exploitation de la compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur avait été fondée par M. Hypolite Worms, par acte du 26 mai 1930.
Elle était au capital de 5 millions de francs en 10.000 actions de 500 F souscrites par dix neuf personnes et sociétés, et libérées du quart. Le capital pouvait être statutairement porté à 25 millions.
La société était administrée par un conseil de 7 à 15 membres, possesseurs de 25 actions et élus pour 6 ans.
Le premier conseil comprenait :
M. Hypolite Worms, président,
M. Jacques Barnaud (associé de Worms et Cie),
M. Joseph Robert Denis (secrétaire général de Worms et Cie),
M. Jean-Marie Cangardel, directeur des Armateurs français et vice-président de la Société commerciale de transports transatlantiques,
M. Georges Odinet, armateur au Havre (Messageries maritimes),
M. Xavier Loisy (Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie),
M. l'amiral Lacaze (Schneider et Cie),
M. Georges Capet, administrateur de la Banque de Madagascar (Comptoir national d'escompte de Paris),
M. Jacques d'Anglejean-Chatillon, alors administrateur-délégué de la Société de navigation danubienne et groupe des affaires de navigation de l'Afrique orientale,
M. Gustave Gabriel Anduze-Faris, armateur, de la Société d'armement Grosos et Cie,
M. René Legrand, directeur général de la Compagnie générale des colonies.
Parmi les commissaires aux comptes figurait M. André Hurpy, fondé de pouvoirs de Worms et Cie.
Mais, contrairement aux espérances, la Société d'exploitation enregistra des pertes en raison de la période critique que traversaient les affaires maritimes. De plus, lors de la signature du contrat, elle avait dû, dans l'intérêt général, pour éviter la saisie en bateaux en cours de voyage, consentir à la Havraise Péninsulaire des avances importantes sur loyer, de telle sorte que, en fin de compte, l'ancienne compagnie, ayant perdu plus des trois-quarts de son capital et étant dans l'impossibilité de trouver les moyens financiers pour continuer une activité même relative, dut entrer en liquidation volontaire fin 1931.
Puis, par acte du 29 décembre 1933, le liquidateur de l'ancienne Compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur faisait apport à la Société d'exploitation de tout l'actif de la compagnie, à charge par la bénéficiaire d'en régler le passif et contre la remise de 72.000 actions nouvelles à créer dites B, d'un nominal de 100 F, de 72.000 bons dits de récupération et 100.000 parts bénéficiaires.
A la suite de ces apports, la Société d'exploitation est devenue société indépendante, elle a modifié son objet social pour se livrer à une exploitation directe et elle a pris le titre de Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation.
Diverses modifications ont été apportées depuis à la société, mais la maison Worms et Cie en est encore la principale animatrice.
Le conseil comprend actuellement :
M. Hypolite Worms, président,
M. Jacques d'Anglejean-Chatillon,
M. Robert Labbé, associé-gérant de Worms et Cie,
M. Roland Nepeu (Schneider et Cie),
M. Paul-Albert Bpyer (Comptoir national d'escompte),
M. Édouard Gendre (Crédit foncier d'Algérie et Tunisie),
M. Jean Legrand (Compagnie générale des colonies),
M. Paul Marois (de la Société des transports et entrepôts frigorifiques),
M. Émile Arnoux (administrateur de la Banque de Madagascar, de la Compagnie marseillaise de Madagascar).
La Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation ayant un important portefeuille de participations maritimes "complémentaires", on trouve des représentants de Worms et Cie aux conseils d'administration de certaines d'entre elles. Nous citerons, par exemple, M. Simoni, administrateur du Wharf de Tamatave.
En octobre 1930, Worms et Cie prirent des intérêts dans :

l'Omnium colonial

à l'occasion d'une réorganisation financière comportant la réduction, puis l'augmentation du capital, cette opération était garantie par un syndicat comprenant : le Comptoir financier de crédit, la Banque Adam, la Banque de Genève, la Banque régionale du centre, la Banque Charpenay (de Grenoble), la Société financière générale, Worms et Cie et la société d'armement E. Grosos et Cie.
L'intervention de ces deux dernières maisons dans l'affaire était motivée par les intérêts que l'Omnium colonial possédait - par l'intermédiaire de sociétés filiales - à Madagascar et qui n'étaient pas sans toucher l'activité de la Compagnie havraise de navigation.
C'est M. Edmond Rialan qui représentait Worms et Cie au nouveau conseil de l'Omnium colonial.
La nouvelle gestion de celui-ci ne se révéla pas très heureuse, elle fut particulièrement grevée par des dépenses somptuaires qui ne s'imposaient vraiment pas. L'exercice 1931 se solda par un déficit de plus de 11 millions, et la société dut entrer en liquidation volontaire à fin 1932.
Dans le second semestre 1930, la maison Worms et Cie prit une participation importante dans la :

Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage

qui, prenant un développement de plus en plus important, crut devoir ouvrir son conseil d'administration aux représentants des groupes qui s'y associaient.
C'est ainsi que M. Jacques Barnaud, associé-gérant de Worms et Cie, devint administrateur de la Société lyonnaise. Sa nomination, en cette qualité, fut ratifiée par l'assemblée générale du 24 juin 1931. Réélu administrateur en 1936, M. Barnaud cessa ses fonctions fin décembre 1940 en raison des nouvelles dispositions légales sur les administrateurs de sociétés. Depuis, la maison Worms et Cie n'a plus de représentant au conseil d'administration de la Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage.
Les relations que la banque Worms et Cie nouait ainsi avec le groupe Petsche s'éclairaient, d'ailleurs, curieusement, à l'occasion d'une autre affaire dont nous aurons à parler ultérieurement ; Le Portefeuille industriel. Elles n'étaient en fait que fonction des relations existant déjà entre Worms et Cie et Lazard Frères.
Par acte du 25 octobre 1930, M. Hypolite Worms fondait, avec M. Alfred Jourdanne, banquier, administrateur-directeur du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie, et M. Armand de Saint-Sauveur, du groupe Schneider, la :

Compagnie financière maritime

sorte de holding financière ayant pour objet toutes opérations relatives à la souscription, l'achat, la vente d'actions, obligations, bons, parts ou valeurs mobilières quelconques de toutes entreprises commerciales maritimes ou industrielles ainsi que la participation directe ou indirecte dans toutes opérations d'avances ou de crédits des dites entreprises, etc. Le siège social était 49, rue Cambon à Paris.
Le capital était de 6 millions de francs en 6.000 actions de 1.000 F souscrites en numéraire et libérées du quart. Le capital pouvait être statutairement porté à 20 millions.
La société était administrée par un conseil de 3 à 8 membres élus pour six ans, propriétaires de 25 actions. Le premier conseil d'administration comprenait les trois fondateurs.
La société fut dissoute par anticipation, à compter du 14 avril 1939, mais elle était déjà passée depuis un certain temps sous le contrôle de la société d'assurance La Cordialité, dont l'un des administrateurs M. Justin Peyronnet fut nommé liquidateur de la Compagnie financière maritime, et M. Henry René Bertrand, administrateur-directeur général de La Cordialité fut nommé liquidateur-suppléant.
Un peu plus tard, par l'intermédiaire de son département spécial Ateliers et Chantiers de la Seine maritime - Worms et Cie, la maison Worms participait à la constitution du :

Consortium national de constructions navales.

Nous reviendrons plus longuement sur cette affaire lorsque nous étudierons les Ateliers et Chantiers de la Seine maritime.
Disons simplement que, derrière les fondateurs du Consortium se profilait déjà l'ombre de la Synarchie.

Compagnie centrale des prêts fonciers

Fin 1930, Worms et Cie participait à la constitution, à Amsterdam, sous les auspices du groupe international Lazard Frères, de la NV Algemeene Maatschappig voor Grondcrédiet (alias Compagnie centrale des prêts fonciers) fondée le 6 novembre, au capital de 10 millions de florins, en vue d'effectuer en Hollande et dans tous les autres pays des prêts sur hypothèques ainsi que des prêts gagés aux collectivités publiques, services publics et entreprises de services publics.
Le siège social était à Amsterdam (Hollande) 516/518 Heerengracht.
Les principaux fondateurs étaient Lazard Frères et Cie (de Paris), la Société générale (de Paris), la Banque de l'union parisienne, la Banque nationale de crédit, l'Amsterdamsche Bank, l'International Bank (d'Amsterdam), Kreuger and Toll (de Stockholm), le Crédit suisse (de Zurich), la Zivnostenska Banka (de Prague) et Lazard Brothers and C° (de Londres).
La majorité était entre les mains de Lazard Frères.
Y participaient, en outre, d'importantes maisons allemandes et américaines, dont on trouvera les noms dans la liste suivante des sociétés qui effectuèrent, en avril 1931, l'emprunt international de 140 millions de francs, émis par la Compagnie centrale de prêts fonciers, chargées du service financier de la Compagnie, et dont les représentants siégeaient au conseil d'administration et parmi les administrateurs délégués de celle-ci.
En France, ces banques étaient : Lazard Frères, la Banque nationale de crédit, Ia Société générale, la Banque de Suède et de Paris (groupe Kreuger), la Banque de l'union parisienne, et Worms et Cie.
Le conseil d'administration (conseil des commissaires) de la Compagnie centrale de prêts fonciers, comprenait alors :
M. Jean Marlio (Français), président,
M. Henri Ardant, secrétaire général de la Société générale (Paris),
M. F.O. Bugge, administrateur de la Banque de Suède et de Paris,
M. Lewis C. Chandler, vice-président de l'Internationale Acceptance Bank (New York),
M. Pierre David-Weill, de Lazard Frères et Cie (Paris),
M. Hans Fürstenberg, président de la Berliner Handelsgesellchaft (Berlin),
M. Jacob Goldschmidt, gérant de la Darmstädter und National Bank (Darmstadt - Allemagne),
M. Henri Grandjean, directeur du Crédit suisse (Zurich),
M. Herbert Guttmann, directeur général de la Dresdner Bank (Dresde),
M. H. K. W. Kindersley, de Lazard Brothers and C° Ltd (Londres),
M. Maurice L'Épine, administrateur de la Banque nationale de crédit (Paris),
M. R. D. Mac Grath, de Lazard Frères et Cie (New York),
M. C. T. van Mels, directeur de l'International Bank (Amsterdam),
M. H. A. van Nierop, administrateur directeur de l'Amsterdamsche Bank (Amsterdam),
M. le Dr Jaroslav Preiss, directeur de la Zivnostenska Banka (Prague),
M. Daniel Serruys, de Lazard Frères et Cie (de Paris),
M. Martial Tricaud, directeur adjoint de la Banque de l'union parisienne (Paris).
Les commissaires délégués étaient :
M. Jean Roger Audap, directeur de la Banque nationale de crédit (Paris),
M. Jacques Barnaud, de Worms et Cie (Paris),
M. Jean Frédéric Bloch-Lainé, directeur de Lazard Frères et Cie (Paris),
M. Henri de Frondeville, de la Banque de l'union parisienne (Paris),
M. Jean de Meeus, directeur de la Société générale (Paris).
Le directeur général en était M. Guillaume de Tarde, directeur de Lazard Frères et Cie, de Paris.
Ultérieurement, M. Jacques Barnaud fut remplacé par M. André Guex comme représentant de Worms et Cie parmi les commissaires-délégués de la Compagnie centrale des prêts fonciers.
A la veille de la guerre, les commissaires et commissaires délégués français, M. Pierre David-Weill, J. F. Bloch-Lainé et Louis Pommery, appartenaient tous au groupe Lazard Frères. La maison Worms et Cie ne paraissait plus y avoir de représentant.

(A suivre.)

R. Mennevée



[1] Voir l'année 1948 et nos fascicules de février, mars, mai et juin 1949.




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