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1945.04.11.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original11.4.45Mon cher RaymondSuite à notre conversation d'hier, ne croyez-vous pas utile d'alerter le ministère, peut-être R. P. lui-même, au sujet du renseignement qui vous est parvenu samedi, et pour le cas où la menace signalée, en ce qui concerne la nomination d'un séquestre serait réelle, ne serait-ce qu'à l'instigation ou pour satisfaire l'ambition du monsieur dont la candidature a été mise en avant.D'autre part, comme Doublet doit être renseigné de toute façon par ailleurs, ne croyez-vous pas que vous pourriez lui en parler vous-même.Affect[ueusement] à vousHWA votre retour de Marseille, j'ai oublié de vous reparler de l'affaire Bourgeois Amiot à laquelle vous aviez fait allusion à votre premier passage.En dehors de la valeur intrinsèque de l'opération qui vous a été proposée, il y a une raison de plus, majeure à mon avis, pour ne pas donner y suite, quelles que soient les garanties qu'on pourrait vous offrir.En effet, les [Berthermer] étaient des amis et des clients de Lazard. C'est la banque Lazard qui a monté et financé l'usine d'aviation Amiot (et il y aura beaucoup à dire un jour sur cette affaire-là). Il est donc probable que si on s'est adressé à vous, c'est parce que la maison Lazard n'est pas encore en état de financer le groupe. J'estime en outre que nous ne devons à aucun prix toucher à une de ses affaires. Nous ne l'avons pas fait de 1940 à 1944. Ce n'est pas le moment de commencer.
1945.04.11.Note (sans émetteur ni destinataire) sur Roland Gada
CopieNB : Courrier, conservé dans une reliure intitulée "Témoignages maritimes". Cette reproduction fait partie d'un dossier qui fut transmis, en 1978, à Francis Ley par Roland Gada, pour la documentation de l'ouvrage "Cent ans boulevard Haussmann".11 avril 1945Note sur M. Roland Gada,ancien directeur de la succursale de la Maison Worms & Cie à DantzigM. Roland Gada, qui avait terminé la guerre de 1914 comme aspirant et qui avait été réformé en 1916, à la suite d'une blessure reçue en juin 1915, a été attaché à la mission d'Arkangel par le ministère du Commerce (direction des transports maritimes et du ravitaillement) de juillet 1916 à janvier 1918.Il fut affecté ensuite à la mission de Londres, pour le compte du même ministère jusqu'au 11 novembre 1918, date à laquelle il fut reversé au service auxiliaire, à son régiment d'origine.Engagé à ce moment par la Maison Worms & Cie, il fut mis en affectation spéciale et fut envoyé en stage, au Havre d'abord, puis à la succursale que possédait la Maison Worms & Cie à Newcastle, en Grande- Bretagne.Désigné par la Maison Worms pour l'étude de la création d'une ligne de navigation entre les ports français et la mer Blanche, il fit un court séjour à Arkangel puis, de là, à Prague où il installa et dirigea à ses débuts la succursale que MM. Worms & Cie se décidèrent de créer.Cette organisation tchécoslovaque avait pour but principal de drainer sur la ligne de Hambourg, exploitée par MM. Worms & Cie, tout le fret susceptible d'être recueilli en Europe centrale.L'activité de cette succursale s'étendit ensuite au trafic des passagers et des émigrants empruntant les lignes françaises et, à ce titre, il dut agir comme représentant des principales compagnies françaises de navigation : Compagnie générale transatlantique, Chargeurs réunis, Compagnie Sud-Atlantique, Messageries maritimes, etc.La succursale de Prague eut encore à exercer une action prépondérante dans le recrutement de la main d'uvre étrangère, industrielle et agricole et reçut pour cela mandat des ministères du Travail et de l'Agriculture.M. Roland Gada quitta Prague en 1923 pour prendre la direction de la succursale de Dantzig, où il se trouvait encore à la veille de la nouvelle guerre de 1939.Au cours de son séjour à Dantzig, M. Roland Gada eut l'occasion de fréquents déplacements dans les ports baltes : Koenigsberg, Memel, Riga, Reval, etc., ports qui étaient desservis par la ligne de Dantzig, exploitée par MM. Worms & Cie.En 1926, M. Roland Gada fut envoyé en mission, pour le compte de sa Maison, à Leningrad et à Moscou, en vue d'étudier les conditions de la reprise d'un lien régulier entre Leningrad et les ports français.M. Roland Gada ajoutait à ses fonctions de directeur de la Maison Worms & Cie à Dantzig celles de conseiller du Commerce extérieur de France, agent du Bureau Veritas et vice-consul du Brésil.
1945.04.12.De Hypolite Worms.Paris.Note sur les manutentions
Copie Paris, le 12 avril 1945Manutentions1°) BoulogneObservations de Monsieur H. Worms [4.4.45]... Je ne suis pas du tout partisan d'une fusion de cadre des entrepreneurs de manutention simplement pour faire plaisir à l'ingénieur des Ponts et Chaussées. Nous serions vite complètement absorbés par Mory. II n'y a aucune raison pour qu'on ne procède pas à Boulogne comme dans les autres ports ou chaque consignataire est maître de sa manutention.Par contre, je ne vois pas d'inconvénients à ce que les entrepreneurs fassent un accord amiable entre eux, à condition qu'ils ne limitent pas notre activité, car Mory et Le Borgne sauront toujours nous écraser et c'est pourquoi il faut essayer de donner à cette succursale les moyens matériels de lutter à armes égales avec ses concurrents.2°) Le HavreJe ne vois pas d'inconvénients à ce que le Havre écrive à l'Union des employeurs de main d'uvre pour demander la péréquation des équipes de main d'uvre, mais je préfère que notre Maison ne soit pas la seule à prendre cette initiative et j'insiste pour que les Chargeurs réunis, la Stim et la CGT fassent la même chose sans cela nous aurons l'air d'être les seuls lésés et les seuls à demander une faveur.3°) RouenRéférence lettre de Rouen du 28 mars : Entièrement d'accord avec Robert Delteil, responsable du travail vis-à-vis de l'armateur, c'est nous qui devons sous-traiter avec un confrère choisi par nous, les bateaux que nous ne pouvons pas manutentionner nous-mêmes et ne pas conserver la responsabilité du travail fait par n'importe quel stevedore désigné en dehors de nous par le syndicat, ce qui ressemble à ce que Monsieur Aernoult semble avoir écrit dans le paragraphe de sa lettre du 24 mars.
1945.04.13.Des Services maritimes.Note
Copie de lettreDGSM Contrôle financierVisite à la SFTP et aux Chargeurs réunis le 13/04/45Navires libres perdus sous réquisition allemandeLa SFTP pas plus que les Chargeurs réunis ne sont intéressés par le régime sous lequel doivent être placés les navires restés à la disposition des armateurs réquisitionnés par les autorités allemandes et qui ont été perdus. Les pétroliers et les vapeurs des Chargeurs réunis étaient tous affrétés TM.Rectifications d'indemnitésSFTP - Cette société a continué, en 1944, à procéder comme dans les exercices antérieurs, c'est-à-dire qu'elle a mis en réserve les 23% pour tous les navires qui étaient hors de son contrôle.II est évident que la SFTP, tout comme nous, a été renseignée sur celles de ses unités qui sont exploitées. Toutefois, elle considère qu'il n'y a rien de changé, ignorant quels seront les frais auxquels elle aura à faire face et elle veut faire un tout des recettes d'indemnités.II semble d'ailleurs qu'elle a à supporter des charges très lourdes puisqu'elle n'envisage pas la dotation relative à la provision pour réparations différées. Elle n'a pas de bénéfice pour la constituer.Chargeurs réunis - M. Quehu précise, tout d'abord, qu'il n'est pas intéressé par la passation d'écritures à "rectifications d'indemnités" étant donné que l'arrêt de ses comptes intervient au 30 juin. De plus, il n'a pas établi de bilan depuis 1942 en raison de l'isolement de la métropole.Les CR passeront au compte TM les 23% à ristourner sur l'indemnité de 43% à réception de la lettre notifiant la perte de chaque navire. Pour ce qui est de le ré-imputation au bénéfice des 23% mis en réserve pour les navires qui sont exploités, M. Quehu n'effectuera ce virement que lorsqu'il aura été avisé officiellement de l'existence des unités en question. Jusque là, il continuera à doter la provision des 23%.
1945.04.16.De Hypolite Worms.A Robert Labbé.Original
Original 16.4.45Mon cher Robert,Le dernier dossier de Nitot m'apporte copies du télégramme et de la lettre adressée à la Chicago Bridge à la suite du décès de Georges Horton. La lecture de ces documents m'amène à vous demander de donner des instructions aux différents départements de la Maison de ne jamais envoyer de communications postales ou télégraphiques, en anglais, sans vous les avoir, au préalable, communiquées pour correction. La Maison Worms a toujours mis son point d'honneur à ce que sa correspondance, en anglais, soit impeccable. Or, les papiers de Nitot, traduction littérale d'un texte français donné à traduire à un employé qui ne connaît pas l'anglais, sont illisibles et incompréhensibles. Ceci ne rend que plus nécessaire le retour au bureau de Manings.Dans des copies de lettres de Burness, je m'aperçois que James Burness & Sons sont devenus James Burness & Sons Ltd, c'est-à-dire que de maison privée, ils se sont transformés en société anonyme. Étiez-vous au courant ?Affectueusement à vous,Hypo
1945.04.17.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original17.4.45Mon cher Raymond,Dans les déclarations qu'il a faites, et que les journaux ont rapportées, depuis son avènement au ministère de l'Économie nationale, R. P. a répété à plusieurs reprises qu'il allait s'atteler à 4 problèmes urgents dont l'un m'intéresse plus particulièrement : celui des transports maritimes.Étant donné l'accueil qu'il vous avait réservé, il y a près de trois mois, à mon sujet, ne croyez-vous pas qu'il serait utile, si cela était possible, de l'approcher de nouveau dans l'espoir qu'il trouverait le moyen, après quelques formalités préalables, de m'utiliser. Il sait mieux que quiconque le rôle que j'ai joué à Londres et il pensera peut-être que le moment est venu pour moi de reprendre ma vie active pour défendre les intérêts du pays dans cette branche.Peut-être aura-t-il plus de courage que d'autres ! Je pense que Monick pourrait vous aider dans ce but. Êtes-vous au courant de la deuxième conférence de Sonia et du papier qu'elle a emporté ? Je trouve cette histoire lamentable et je blâme beaucoup Simone T. de s'être mêlée à cette question en lui procurant les notes techniques, dont elle s'est servie pour faire un papier qui est le comble du ridicule, et qui peut, un jour, nous retomber sur le nez. Je sais bien que Simone n'a fait que rendre service à une amie, mais comme Sonia est absolument folle en ce moment, il n'y a qu'à la laisser faire ses bêtises toute seule. Je me réserve, du reste, de vous parler de cette question, lors de notre prochaine rencontre, et d'autres quelque peu connexes.A ce propos si mes affaires ne s'arrangeaient pas prochainement, croyez-vous qu'il serait possible de me faire venir à Paris pour y passer quelques jours.Je m'excuse de vous importuner mais en ce moment je suis prêt à péter le feu. C'est probablement parce que j'ai fini ma cure aujourd'hui et que je me sens rajeuni de dix ans ! ! (Touch wood !)Affectueusement à vousHW
1945.04.18.De Hypolite Worms.A Robert Labbé et Raymond Meynial.Original
Original18.4.45Suite à nos conversations ici à propos d'Air France, je vois dans les journaux que le ministre de l'Air a annoncé la création de la société nationale d'Air France. Est-ce la transformation de l'ancienne société ou sa nationalisation ? Il faudrait se renseigner sur les projets en cours car, en dehors de l'intérêt général de cette affaire d'aviation, il y a un intérêt particulier : nous avons plusieurs millions en actions d'Air France. Quelqu'un parmi l'ancien groupe s'en occupe-t-il ? Et, puisque G. Edgar Bonnet, dégoûté, bien que le plus gros actionnaire, abandonne la partie, vous pourriez peut-être utilement voir Jean [Laurent] qui doit être le deuxième comme importance tant comme actionnaire que comme administrateur.Hypo
1945.04.18.De Robert Labbé.A Hypolite Worms.Note (sans signature ni destinataire)
Copie18 avril 1945Comité Central - Dès mon retour, je me suis entretenu avec Marchegay de vos observations au sujet de la reconstitution limitée du bureau du Comité. Les statuts prévoyant expressément un bureau et ne permettant pas la création d'un autre organisme, il ne nous est pas apparu possible de faire état de vos propositions.D'un autre côté, il est certain que l'apparition d'un organisme provisoire aurait pu paraître aux yeux de l'extérieur comme impliquant à l'intérieur au Comité certaines difficultés qui, en fait, ne sont pas réelles.Le ministre, enfin, a demandé à Marchegay, lors de leur dernière rencontre, à pouvoir s'entretenir le plus vite possible avec les membres d'un bureau qui, selon sa propre expression, pourrait parler au nom de l'armement.Dans la journée d'hier, la question a paru se poser sous un autre angle. Fraissinet est venu à Paris passer trois semaines. Il a, à la réunion des chefs d'entreprise, fait un exposé violent quant à son cas et, dans le privé, a indiqué à Marchegay et me l'a confirmé, son intention d'être candidat comme vice-président.Sa position est évidemment très différente de la vôtre. Il n'a jamais été qu'en résidence surveillée. Il s'y trouve d'ailleurs toujours, mais bénéficie d'une très grande souplesse quant à des déplacements possibles. Il n'a jamais été inculpé de quoi que ce soit et n'est pas en instance devant une cour de justice. Le non-lieu qui le concerne n'a pas le caractère d'un non-lieu judiciaire comme dans votre hypothèse, mais d'un non-lieu relatif à un internement administratif.Par ailleurs, Fraissinet n'a à côté de lui, dans son affaire, aucun collaborateur qui soit aussi entièrement associé à lui que je le suis à vous, sur le plan professionnel et Maison. Fraissinet seul peut prendre une place au bureau. Ma présence temporaire comme trésorier adjoint, au contraire, informe d'une manière éclatante, comme cela a d'ailleurs été le cas depuis quatre mois dans toutes les manifestations officielles de l'armement, que notre Maison est au premier plan des travaux et des responsabilités corporatives, comme autrefois.Nous sommes, Meynial et moi, dans ces conditions, extrêmement nets dans le sens que vous mainteniez la position que vous aviez acceptée la semaine dernière, à savoir de rester temporairement en dehors du bureau, étant entendu que dès votre retour, je quitte automatiquement la place réservée à la Maison et tenue par moi pendant le délai considéré. Et il nous paraît absolument inutile que par une démarche fort honorable, mais probablement prématurée, vous risquiez de remettre en cause tout ce qui a été mis au point jusqu'ici.J'ajoute que Fraissinet m'a indiqué que Paul Cyprien Fabre suivrait exactement la même attitude que vous, son cas à lui Fraissinet paraissant beaucoup plus comme dicté par un tempérament personnel que par des considérations d'ordre général.Comme la décision doit être prise lundi après-midi, je vous serais reconnaissant si vous pouviez m'appeler avenue George V soit samedi matin avant 9 heures, soit dimanche à un moment quelconque dans la matinée, pour me confirmer votre accord aux vues identiques de vos deux associés.J'ai vu l'Amiral B. extrêmement touché par la démarche faite en votre nom auprès de lui. Pour le moment, il n'y a pas nécessité urgente, mais il transmettra l'indication dont on sera, il n'en doute pas, extrêmement touché. Il m'a chargé de ses meilleures amitiés pour vous.Canada - La visite de M. Doye, de Sorel Industries Ltd, s'est révélée comme une prise de contact extrêmement Intéressante. Après en avoir parlé à Courau, j'ai introduit Doye auprès de ce dernier en le faisant accompagner de Nelson qui l'a pris en charge entièrement.Le contact semble prometteur, Courau étant particulièrement frappé du fait que ces chantiers sont prêts à construire sur plans des armateurs. Il conviendrait, bien entendu, de faire une enquête au sujet des conditions de travail de ces derniers et de la qualité des navires qui en sortent. J'ai suggéré à Courau sur le premier point d'en charger Abbat, dont le départ pour les États-Unis rebondit ; quant au second point, il sera facile de le faire élucider par le capitaine d'armement que les armateurs envoient à leur compte à New York.Courau a chargé Nelson d'introduire Doye auprès des Pêches pour le programme des chalutiers (contact déjà réalisé et satisfaisant) et auprès de la direction des Ports maritimes.La Sorel Industries est dirigée par M. Simard, d'origine française, dont Doye est le bras droit. Cela semble une affaire considérable. Ils ont, au début de la guerre, créé une usine de construction de pièces d'artillerie en liaison avec Schneider. Doye a vu à son arrivée ici Charles Schneider qui l'a emmené personnellement au Creusot, Saint-Sauveur, etc. Doye leur a indiqué qu'il devait me rencontrer et Schneider a manifesté toute sa satisfaction de cette prise de contact. Il n'y a aucun lien entre Doye et Schneider au point de vue bancaire mais il y a surtout un développement intéressant en perspective, c'est que Boye est, d'après ses dires, l'un des plus grands dragueurs et constructeurs de matériel de dragage d'Amérique. Il aurait, d'après lui, pris lien avec Schneider pour la reconstruction du port du Havre. Je le fais entrer en contact avec Lauret afin de voir si nous ne pouvons développer des contacts avec lui sur ce point.Caoutchoutiers - J'ai eu la visite ces jours-ci de Barratte, ancien collaborateur de Pétavy, qui a mené une grande partie des négociations relatives aux caoutchoutiers. Il commence à s'impatienter, ce que Nelson et moi trouvons ridicule, étant donné les conditions délicates de la négociation. En fait, il se sent incertain maintenant chez Dunlop et voudrait consolider sa situation par la bande. Il m'a indiqué que le contrôleur financier de la Caisse de compensation des caoutchoucs a émis la possibilité de faire prendre par l'État ou un organisme analogue 51% du capital de la société. Je lui ai indiqué que la Maison ne marcherait jamais sur une formule de cet ordre, car nous ne voulions point être les mains liées entre celles de l'État. II a d'autre part posé la question de la présidence de la société. C'est là pour lui le gros problème. Il m'a demandé une réponse rapide. Il est inutile que je développe le pour et le contre. Je balance personnellement, comme Meynial, entre présidence caoutchoutiers ou présidence Worms. Voudriez-vous par très prochain courrier arbitrer cette question ?Nantes - Certaines difficultés psychologiques avec la Nantaise lors du dernier voyage de Bucquet. La SNCG est citée pour les profits illicites. Il y en a eus évidemment beaucoup (dans les derniers temps creusement de tranchées), Bucquet s'est trouvé en présence de Leho et consorts lui disant : « Nous ne voulons pas nous mêler de la question, car la SNCG est présidée par Worms et c'est vous qui irez en prison si nécessaire ». Violente réaction de Bucquet qui a précisé qu'il avait toujours été entendu entre les deux maisons que toute la politique et toute la gestion de la SNCG étaient entre les mains des gens de Nantes. Bucquet, dans une conversation avec Guillet, précise notre point de vue. Guillet s'est naturellement défilé en donnant satisfaction à Bucquet.Par ailleurs, comte je vous l'avais déjà indiqué, il a renouvelé à Bucquet des protestations relatives à sa succession, en disant qu'il devenait très vieux, etc.Comme je veux reprendre sans tarder l'affaire des terrains, j'ai l'intention dans une dizaine de jours de descendre, avec Bucquet et Vinson, que j'ai chargé de négocier l'affaire immobilière, à Nantes, et de mettre au point toutes ces questions pendantes dans le sens notamment de notre dernière conversation.Accord Möller - Vous avez certainement reçu le dernier télégramme faisant une nouvelle proposition pour la mise à notre disposition d'un pétrolier n°98 dont la quille pourrait être posée à la fin de l'année. Courau est entièrement d'accord. Nous pensons avoir rapidement l'accord d'A. F. qui est rentré de Londres hier soir et celui des Finances because argent.Je ne suis pas très chaud pour, malgré les termes de notre accord avec la Marine, réclamer le premier pétrolier pour nous. La SFTP conserve un bon nombre de navires. Poulain recevra son "Floréal" n°91. Alors qu'au contraire, nous sommes à la Havraise dans une situation tragique. Je préférerais opérer une vaste négociation sur les trois termes suivants :1°- abandon de notre n°1 sur l'accord Möller2°- obtention sur le même accord du n°2, puis retour à l'ancien numérotage c'est-à-dire 4 - 7, etc. dans la mesure où ces 4 - 7 , etc.. pourraient être des 9.000 tonnes3°- abandon des réparations du "Condé" moyennant arrangement forfaitaire en marge de l'article 11, en fonction de l'importance des réparations du "Condé", comme cela semble d'ailleurs, d'après ce que m'a indiqué Courau, être d'ores et déjà envisagé dans d'autres cas.Bien entendu si le premier numéro des bateaux Möller ne pouvait couvrir les besoins de la Havraise, je réclamerais le premier pétrolier. J'estime néanmoins qu'étant donné les possibilités que l'on aura certainement du côté des pétroliers américains, le problème est beaucoup moins tragique pour Duret et Poulain que pour la Havraise où la situation est très grave.Je vous serais reconnaissant de me faire part de votre sentiment à cet égard pour que je puisse négocier dans le sens prévu.En ce qui concerne les navires Worms, la situation paraît s'éclaircir. Nous avons deux "Château" dans le programme de démarrage à Graville et l'on vient de nous offrir des 1.300 tonnes dont la construction serait effectuée en Angleterre. Si ces derniers types correspondent à nos besoins (Coré se trouvant sur place pourrait facilement le déceler), je préférerais abandonner les petits cargos allemands du Trait dont les délais de construction seraient vraisemblablement plus longs et le prix surtout beaucoup plus élevé.Il reste en outre la possibilité d'une construction Cockerill pour laquelle on attend un ordre de mission pour Achard.Divers - La Marine marchande, la Marine militaire et le Crédit national sont, en principe, entièrement d'accord pour les transformations envisagées en ce qui concerne le Trait.Grédy a revu Glénat pour l'agence des Messageries. Vous aurez probablement reçu une note de sa part. En un mot, les choses continuent à se développer favorablement.
1945.04.21-22.De Hypolite Worms.A Robert Labbé.Original
Original21.4.45Mon cher Robert,Je compte vous rappeler au téléphone, demain matin, en attendant je commence à préparer cette réponse à votre lettre du 18 et je la confierai à Vignet qui m'a annoncé sa visite pour demain après-midi.Observations préalables. Je vous ai déjà dit de ne pas m'appeler "Monsieur". Je sais que je suis un vieux monsieur mais tout le monde, même ma petite fille aînée, à trois ans, m'appelait "Hypo". Il n'y a pas de raison pour que vous n'en fassiez pas autant.Comité centralMa solution me paraissait plus logique mais devant vos arguments, je n'insiste pas et suis d'accord pour la formule envisagée, par conséquent, faites pour le mieux car quoi qu'il arrive ce ne sera jamais que du provisoire. J'attire toutefois votre attention sur les points suivants :1. Vous me parlez de votre nomination comme trésorier adjoint. Or, j'étais trésorier (il n'y avait pas de trésorier adjoint au comité) je ne peux donc accepter de vous voir me remplacer à un poste inférieur à celui que j'occupais. Ceci à son importance car, si plus tard je revenais au bureau, cela ne pourrait pas être comme trésorier adjoint, l'ayant quitté préalablement comme trésorier. J'ajouterai que l'importance de la Maison justifierait la présence de son représentant au bureau comme vice-président. Pendant quinze ans, j'ai refusé la vice-présidence car j'estimais que la fonction de trésorier (il n'y en avait qu'un et on tenait les cordons de la caisse) valait mieux qu'une vice-présidence (il y en avait cinq). Mais, ceci dit, il ne peut pas être question que le représentant de la Maison Worms ne soit qu'un adjoint. Du reste, qui aviez-vous envisagé comme trésorier en titre ?2. Je comprends parfaitement la distinction à faire dans les situations respectives de Jean Fraissinet et de moi-même mais je signale toutefois que l'inclusion immédiate de Jean Fraissinet parmi les vice-présidents pourra, elle aussi, soulever des critiques et faire échouer votre combinaison.Jean Fraissinet n'est peut-être qu'en résidence surveillée et, pas inculpé, mais ses difficultés ne sont peut-être pas terminées. Il a été et est toujours propriétaire d'un journal important qui a paru pendant toute l'occupation ; il a en outre été pendant quatre ans conseiller national. À ce titre et conformément à la loi, il n'est pas éligible aux fonctions municipales, je crois même qu'il ne peut pas être électeur.Alors comment va-t-on solutionner ce problème et quels vont être les 5 vice-présidents puisqu'en dehors du cas Fraissinet, il faut remplacer Paul Cyprien Fabre, le père Vieljeux et probablement le représentant des [pêches] qui lui était non seulement conseiller national mais commissaire du pouvoir sous le régime Pétain.CaoutchoutierTout à fait d'accord à condition que Barrette ait toujours la confiance du groupement des caoutchoutiers. J'ajouterai que j'ai toujours pensé que la présidence de la société appartiendrait à ce groupement. Je crois même qu'il ne serait pas prudent que nous la réclamions maintenant, ou plus tard, et ce, pour beaucoup de raisons d'ordre psychologique et d'ordre politique. Du reste, n'avait-il pas été décidé que c'est le groupement qui aurait la majorité de la société, la direction technique et commerciale nous étant confiée contractuellement. La situation à cet égard est-elle modifiée ?Et, du reste, a-t-on acheté un bateau ? Ou s'agit-il seulement de préparer un projet d'avenir ?En tout état de cause, je suis opposé à ce que la Maison prenne dès maintenant la présidence de la société, car il y a une difficulté qui n'a jamais été réglée : celle des Chargeurs réunis. Comme vous, je suis aussi opposé à une combinaison mixte donnant 51% à l'État. C'était très bien pour une flotte de pétroliers comme la SFTP. Mais inadmissible pour une compagnie de navigation qui n'aura peut-être jamais qu'un ou deux bateaux qui ne transporteront que de marchandises diverses et qui la plupart du temps seront incorporés dans l'exportation des lignes régulières, ou naviguant en tramping.NantesJ'espère que vous n'allez pas vous laisser faire. Si Bucquet était président, c'est la Nantaise qui dirigeait par [Borel]. Bucquet savait-il même que la SNCG avait fait les travaux de tranchées dont vous me parlez ? J'ai toujours pensé que [Leto] était un vilain individu et si cela était nécessaire, il ne faudrait pas hésiter à mettre les choses par écrit, ne serait-ce que pour permettre à Bucquet de dégager sa responsabilité, car je n'ai guère confiance dans l'autorité du père Guillet vis-à-vis de ses collaborateurs.Cette affaire de la Nantaise - je fais allusion à la succession de Guillet - se complique, du reste, car je viens d'apprendre indirectement qu'Hector [Pétin] était mort au début de cette semaine, à la suite d'une opération. Or, Hector [Pétin] était vice-président de la Nantaise des chargeurs de l'Ouest, et c'est lui, ou plutôt [Basse Indre] qui contrôle la Nantaise.Accord de Möller1. J'ai en effet reçu copie du dernier télégramme. Son contenu est quelque peu sibyllin. Car Möller, sans accuser réception de votre dernier télégramme, sans donner son accord formel sur les termes du contrat, se contente de vous offrir comme début d'un contrat, par conséquent non encore conclu, un pétrolier qui doit être mis sur cale, dans la deuxième moitié de 1945. Avant donc de répondre sur ce point précis, ne faudrait-il pas mettre au point de façon définitive les conditions dudit contrat ?Sous le bénéfice de cette observation, je ne comprends pas très bien votre observation lorsque vous écrivez :« 2. Obtention sur le même accord du n°2 puis retour à l'ancien numérotage c'est-à-dire 4, 7, etc. » Que veut dire 4, 7 ?D'après nos accords avec la Marine marchande, nous avons le droit à recevoir un bateau sur deux en exécution de l'article 11, en commençant par le numéro 1, par conséquent, nous avions droit à 1, 3, 5, 7, etc.Je comprends votre point de vue en ce qui concerne le n°1, si le n°1 doit être le pétrolier offert par Möller. Je suis d'accord pour l'abandonner mais alors pour retrouver nos droits et revenir à l'ancien numérotage, il faudrait que la marine marchande nous attribue 2, 3, 5, 7 au lieu de 1, 3, 5, 7. Le résultat étant que l'abandon du nº1 nous permette de recevoir 2 bateaux successifs, c'est-à-dire 2 et 3 pour revenir à notre rang des numéros impairs. Est-ce comme cela que vous comprenez la question ?Enfin, il y avait une question financière à mettre au point. Si l'offre de Möller étant acceptée on verse 2.600.000 couronnes immédiatement en compte joint à la banque suédoise, non seulement cette somme ne pourra être libérée qu'à la fin des hostilités au profit de Möller, mais devra être reprise par nous (c'est-à-dire à l'État français). Si à la fin des hostilités Möller ne peut pas tenir ses engagements de livrer le navire, je veux dire que si pour raison de force majeure, soit parce que le chantier est sinistré, soit parce que les approvisionnements auront disparu, Möller ne peut pas construire le bateau ou le livrer dans le délai prévu au contrat, l'argent reviendra en France.En un mot, le risque total, y compris le risque de guerre, sur le moteur actuellement terminé et les approvisionnements, est un risque qui appartient à Möller et à Möller seul. Si ce moteur ou ces approvisionnements disparaissent, Möller devra les remplacer, sans paiement supplémentaire et devra les remplacer dans le délai prévu au contrat, faute de quoi :1. Nous avons le droit de résilier ledit contrat, et2. Nous avons le droit de récupérer l'avance versée de 2.600.000 couronnes.Enfin, dernière observation : le télégramme du 10 avril parle encore d'un contrat de 7 - 10 ans. Or, nous avons, d'accord avec l'État, exigé de ramener la durée à 7 ans. Möller l'avait, au début, accepté. Il me semble qu'il n'y a pas à revenir là-dessus, et cela aussi il faut préciser.SchiaffinoVotre allusion à sa prochaine visite m'amène à revenir sur la question du bureau du comité.A-t-on pensé à offrir une place à Schiaffino dans la constitution de ce nouveau bureau puisque nouveau bureau il y a ? Le tenir à l'écart me semblerait une grave erreur. Par l'importance de sa flotte, par le fait qu'il représente seul l'Afrique du Nord, par les services qu'il a rendus depuis 1942, par la qualité de sa personnalité, il a droit à un poste de vice-président, et j'insiste tout particulièrement sur ce point. Ce serait, de plus, habile, politiquement. Je sais que cela ne ferait pas plaisir à Marchegay, et peut-être à d'autres armateurs mais tant pis ! Il y a beaucoup de gens en ce moment qui font des choses qui ne leur plaisent pas - à commencer par moi. Je regrette du reste d'avoir omis de vous parler de cette question à votre dernier passage.Canada. Très intéressant.22.4.45Je n'avais pas clairement compris la formule envisagée pour le comité ou j'en avais oublié les grandes lignes sans cela je n'aurais pas écrit tout ce qui précède et qui ne tient pas devant à ce que vous venez de me dire au téléphone. En tout cas, je suis tout à fait d'accord sur la formule du bureau restreint Nicole - Pilliard - Francis et vous à condition que votre titre soit "trésorier" tout court. Quant à Jean Fraissinet, il faut qu'il se résigne à attendre comme moi, et pour les raisons que j'indique plus haut son cas est peut-être meilleur que le mien sur le plan judiciaire mais je l'estime moins bon sur le cas politique. J'ajouterai que, du moment qu'il s'agit d'un bureau restreint qui n'est du reste qu'une délégation d'un bureau qui n'a pas été [mot illisible], l'avenir et la situation personnelle de chacun de ses membres n'ont [mot illisible] nullement compromis.Bien affectueusement à vousHypo
1945.04.22.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original22.4.45Mon cher RaymondJe viens d'écrire à Simone T, avec demande de vous la communiquer, une lettre sévère à propos de Gabriel car je sens qu'on va recommencer à faire des bêtises. Comme il va s'ennuyer pendant deux mois à Belfort, on va le faire venir près de Paris. C'est couru, et son lit de douleur à l'hôpital deviendra le salon où tout Paris se précipitera pour le distraire. Il fera de nouveau figure de vedette. Je compte absolument sur vous pour empêcher cette catastrophe. Si vous n'y parvenez pas, je demanderais alors à me désolidariser de lui, car je ne peux tout de même pas - et la Maison non plus - continuer éternellement à subir ma punition, parce que Gabriel recommencera à faire parler de lui. Je remarque par exemple qu'on a fait mettre dans certains journaux, je l'ai lu dans le Figaro, l'annonce des fiançailles de Jeanne. Pourquoi ? L'événement a été annoncé à tous les amis, alors quel intérêt à en faire une manifestation publique qui permet aux gens mal intentionnés de se demander ce que deviennent le père et l'oncle, et à s'occuper d'eux, à nouveau. C'est un détail, je le veux bien, mais [qui] montre soit de l'inconscience, soit une absence totale de bon sens, et cela fait craindre de nouvelles erreurs de jugement.Je voudrais maintenant vous parler de moi et vous demander d'éclaircir ma lanterne sur les deux points suivants lorsque vous aurez l'occasion d'un voyageur qui pourra m'apporter votre lettre, sans crainte qu'elle soit censurée ou égarée.I. Quels événements ou incidents vous ont amené à retarder les démarches prévues pour le non-lieu et pour la levée de la résidence surveillée ? Croyez bien que je ne suis pas impatient et que j'attendrai calmement aussi longtemps qu'il le faudra, mais je remarque que vous préférez maintenant temporiser alors qu'il y a quinze jours vous sembliez attendre une solution complètement favorable d'une façon imminente puisque vous me demandiez si j'aurai le temps de finir ma cure de 21 jours.Est-ce votre conversation avec Dunker ? Et cela m'amène au deuxième point :II. Celui de l'enquête que les Anglais semblent avoir demandé sur moi, ce qui confirme ce que D. vous avait dit. A ce propos, Simone T. m'a raconté, par un mot que Bernard Verdier m'a apporté, son dîner chez Alfred Malet et la qualité des gens qu'elle a rencontrés. Je ne vous cacherai pas que j'attache une très grande importance à cette question dont je ne comprends du reste pas le but ou stade actuel. Ne croyez-vous pas qu'il y aurait intérêt à ce que vous vous fassiez mettre en contact directement vous-même avec ce fonctionnaire du ministère de l'Intérieur pour être sûr que le rapport qui sera remis aux Anglais sera en tous points favorable. Il me semble que vous ferez cela mieux que personne. D'autre part et puisque cette enquête a été demandée au ministère de l'Intérieur, n'y aurait-il pas lieu de faire intervenir Eugène F. auprès de son ami, et également Doublet ou son patron. Je sais que vous avez vu Dollie, et comme elle vient demain ici pour passer quelques jours avec moi elle me donnera des détails. Je m'excuse du reste de faire ainsi des suggestions auxquelles vous avez certainement pensé. Mais le point de vue des Anglais me semble capital non seulement pour moi mais pour la Maison.Dollie a dû vous dire qu'elle avait vu Bearsted - très gentil - et que celui-ci lui avait raconté qu'un officier anglais (qui s'appelle Menzies et que je crois du reste ne pas connaître personnellement), fils et neveu d'amis à nous, s'était intéressé à moi mais qu'on (?) lui avait fait comprendre qu'il valait mieux qu'il ne s'en occupe pas.Cet intérêt que les Anglais semblent me porter actuellement (je ne parle pas de cet ami anglais, mais du rapport demandé auquel le directeur du ministère de l'Intérieur a fait allusion), est-ce bon signe ou non ? ?Si je vous écris ainsi, c'est que je n'ai pas d'autre moyen de discuter le coup avec vous.Bien affectueusement à vousHypoJ'ai été frappé par le fait que dans le rapport d'avril 1942 de la direction du Blocus et dont il a envoyé en janvier 1945 copie au juge Thirion, il y a un paragraphe, dont je ne me rappelle pas le texte, indiquant que la Maison Worms est complètement liée à la Shell - Royal Dutch et avec la Banque Samuel de Londres. Cette même insinuation se trouve dans la note déposée par van Cabeke et qui transcrit le rapport fourni à la même date d'avril 1942 au comité national de Résistance, copie exacte du rapport de la direction du Blocus.Or j'ai le souvenir qu'on trouve la même accusation au début de la campagne de presse de Paris-Soir en octobre 1940.De même, ce sont ces mêmes liens (Shell - Royal Dutch - Samuel - Worms) qui étaient la principale préoccupation de la Treuen Gesellschaft lorsqu'elle est venue enquêter au bureau en 1941 ou 1942, puisqu'elle est même allée jusqu'à examiner les comptes Royal Dutch dans nos livres et qu'on a camouflé un compte Lady Bearsted, qu'on a passé à mon débit personnel pour éviter qu'ils ne le voient.Prière de rechercher les textes (Paris-Soir ou autres journaux de l'époque) et de demander à Gabriel de rassembler ses souvenirs, et me faire une courte note à ce sujet. Ce point me semble extrêmement intéressant et mérite toute notre attention, d'autant plus qu'il sera peut-être nécessaire que nous fassions un jour une note pour Thirion, en réponse au rapport de la direction du Blocus.
1945.04.23.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original23.4.45Mon cher RaymondJ'ai vu longuement Grédy hier. Il m'a raconté son voyage à Londres. Je voudrais qu'avant votre départ pour la capitale britannique, vous trouviez le temps de lui parler. Il vous donnera un certain nombre de détails qui m'ont frappé. C'est ainsi par exemple que le chef actuel de Holts (nos meilleurs clients) et auquel leur agent à Port-Saïd (frère de notre propre directeur, Acfield) parlant de ses relations d'avenir avec notre maison, a dit : « Oui, enfin, nous verrons ce que le ministère décidera. »D'autres indications ou bruits semblent montrer que certains armateurs attendent un peu de voir ce qui va se passer. Je relie cela à ce que Dunker avait raconté du soi-disant rapport de l'Intelligence Service, fait par [1 mot illisible] où il était question d'Égypte et de concurrents jaloux. Je relie cela également aux bruits qui nous parviennent de tous côtés sur l'enquête que les Anglais semblent faire actuellement sur moi et sur la Maison et sur le rapport qui a été demandé au ministère de l'Intérieur. Enfin, Grédy qui est très intime avec Spitzer de la banque suisse, votre ami, et qu'il a vu à Londres, vous racontera qu'en parlant de la campagne contre la Maison, Spitzer lui a dit très nettement qu'il se demandait si cette campagne n'était pas plutôt d'origine maritime que d'origine bancaire.Enfin, vous savez que Georges Savon est déchaîné contre nous, que [1 mot illisible], directeur actuel des Transports maritimes à Londres, est un employé de Savon, l'homme de Georges Savon aux [1 mot illisible] de Port-Saïd. Je me demande donc si pression n'est pas faite depuis quelque temps sur le Ministry of Shipping et celui-ci fait une vaste enquête ou bien pour la blanchir ou au contraire pour la faire mettre sur la liste noire, sinon officiellement, en tous cas en la faisant boycotter par tous les armateurs anglais sous le prétexte qu'elle est indésirable.Cette question des relations avec l'Angleterre me préoccupe beaucoup depuis quelque temps et méritera toute votre attention à Londres lorsque vous y serez. Une conversation d'homme à homme avec [1 mot illisible] vous éclairera probablement. De même il faut essayer par tous les moyens de faire donner un bon rapport sur nous par le ministère de l'Intérieur aux Anglais.Autres renseignements : Il faut soigner Carriguel de la banque, qui est persona grata auprès de la banque d'Angleterre. Lui pourrait y faire du bon travail pour nous.Enfin Grédy a entendu dire que Palenski nous en voulait à mort, à moi (?) et à la Maison, ce qui éclairerait beaucoup de choses, parce que, bien qu'on dise qu'il n'a pas l'air de mener la danse contre nous, il le fait peut-être dans la coulisse, et, comme je l'ai souvent pensé, c'est peut-être lui l'âme du complot qui se sert de tous les éléments déchaînés les uns après les autres, bancaires d'abord, maritimes ensuite, tous nos concurrents lui servant de complices.Je m'excuse de ce gribouillage informe mais j'ai écrit tout cela à la hâte pour donner cette lettre à Grédy qui repart cet après-midi. En tous cas il faudrait bien que nous passions une heure ou deux, ensemble, en tête-à-tête, avant votre départ pour Londres.Affect[ueusement] à vous,HW
1945.04.23.De Hypolite Worms.A Robert Labbé.Original
Original23.4.45Mon cher Robert,Vignet m'a apporté votre mot du 21. J'y vois que, dans votre pensée, Bucquet pourrait être muté à Nantes et remplacé à la Havraise par Bouteloup. Ceci est tout à fait contraire à notre conversation de l'autre jour.1. Bucquet est avec Émo notre meilleur élément maritime. Or, nous avons trois flottes à gérer et je ne peux pas envisager de le distraire de nos cadres au profit d'une société amie dans laquelle nous n'avons que des intérêts minimes.Bucquet a admirablement réussi à la Havraise. Il y aura une tâche immense à accomplir. La Havraise représente pour notre Maison, en dehors de la question du prestige, un capital qui se monte à beaucoup de dizaines de millions, peut-être même un jour à des centaines de millions. C'est après la flotte Worms notre actif maritime le plus important. Je n'aurai pas la même confiance en Bouteloup pour diriger la reconstruction de la Havraise.Assurer la succession de Guillet est évidemment intéressant mais, tout de même, nous n'aurons jamais le contrôle de la SNCO à moins que les de Wendel nous demandent de reprendre leur paquet, ce qui reste à démontrer, et dans ce cas, nous aurons le temps de voir.D'autre part, mettre Bucquet avec Guillet c'est le tuer dès maintenant aux yeux des Nantais, car jamais personne d'envergure ne réussira à côté de Guillet tant que Guillet sera là.De plus, maintenant qu'Hector Pétin est mort, il faut voir ce qui va se passer à Basse-Indre. Comment cette société va être réorganisée et qui va, par le truchement de Basse-Indre, contrôler la SNCO.Dans ces conditions, je vous demande instamment de ne pas compromettre la situation vis-à-vis de Guillet quand vous le verrez en lui "donnant" Bucquet, ou même en le laissant supposer que nous lui donnerons Bucquet. Contentez-vous de l'écouter, de lui donner des bonnes paroles et de l'assurer que nous avons tous les éléments qu'il nous faut dans nos cadres pour assurer la gestion de la Nantaise, le moment venu, et lorsqu'il faudra lui trouver un successeur.J'en viens maintenant aux autres éléments de votre projet de mutation. C'est évidemment très délicat et je crois que rien ne peut être fait avant mon retour et avant qu'ensemble nous puissions "discuter le coup" sous toutes les faces.Simoni est très bien mais pas intelligent, et comme il n'a aucune expérience de gestion de succursale et de travail sur le tas peut-il réussir à Alger où il n'y a que de la consignation ou de la manutention. Par contre, n'avez-vous pas songé à lui pour la Nantaise ? Là, il pourrait peut-être mieux réussir car, comme vous le dîtes, il est bien élevé, diplomate, et là l'expérience technique est moins importante qu'à Alger car à Nantes les éléments techniques existent : Barel, Bernard pour tout ce qui est service commercial, gestion technique, manutentions. Ce qu'il faut c'est une coordination, un superviseur qui laisse travailler ses collaborateurs sans vouloir prendre leur place et faire leur travail. On peut y réfléchir.Quant à Grédy pour le secrétariat général, on peut y penser mais le poste de secrétaire général est insuffisant comme importance pour lui. Il faudrait y adjoindre la direction du service consignations et en fait, transformer le secrétariat général en une grande direction des services de secrétariat et services annexes. C'est toute une réorganisation. Voilà mes premières réflexions jetées sur le papier ce matin, à la hâte, puisque je veux donner cette lettre à Vignet.En tout cas, je vous en supplie, n'allez pas trop vite et surtout ne faites à Guillet aucune promesse qui puisse gêner les décisions que nous aurons à prendre éventuellement ensemble lorsque nous aurons mûri cette affaire compliquée.Bien affectueusement à vous,Hypolite WormsQuid de Rougé ? N'est-ce pas un candidat possible à la succession de Dhorme ? C'est un excellent élément qui vaut mieux que la direction de Tunis.
1945.04.26.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original26.4.45Mon cher Raymond,Dollie m'a apporté le dossier que vous lui aviez donné pour moi, je vous le renvoie avec les commentaires et pour faciliter les choses, je vais prendre chaque pièce ou chaque affaire l'une après l'autre.1. Rapport de l'expert Bernard sur Japy et PuzenatPas d'observations. Il est parfait objectivité et de sincérité.Commission rogatoire PuzenatPas d'observations non plus. Il confirme intégralement nos déclarations sans la moindre note discordante.2. Commission rogatoire JapyAu cours des communications téléphoniques que j'avais eues la semaine dernière j'avais compris qu'on avait trouvé dans ce dossier de commission rogatoire de Japy des éléments défavorables, ce qui avait amené, m'avait-on dit, une remarque désagréable du juge Thirion à l'un de nos avocats (Doublet, je crois).Je comprends pas ! Toutes les dépositions, à l'exception de celle du nommé Rigoulot, comptable à Beaucourt, sont favorables et confirment nos déclarations. L'inspecteur Rodier, chargé par la direction de la police nationale de Belfort, chargé de l'enquête et de la commission rogatoire, donne des conclusions absolument favorables puisqu'il écrit : « Les commandes étaient imposées par les occupants, leur exécution de l'avis de tous les témoins que j'ai entendus, a été sabotée au point de vue qualité... et complètement arrêtée par destruction des machines... En ce qui concerne la relève et le STO, la direction ne semble pas s'être montrée très enthousiaste pendant les deux dernières années d'occupation, elle a agi de façon à employer les ouvriers susceptibles d'être déportés en Allemagne... Le personnel ouvrier, qui est conscient d'avoir travaillé pour l'Allemagne, pour gagner sa vie, fait montre d'une entière sympathie à l'égard de ses dirigeants directs. »Quant à la seule note discordante, celle de Rigoulot, je relève un certain nombre de contradictions dans ses déclarations. Il dit bien : « L'usine pendant l'occupation a travaillé presque uniquement pour les Allemands », et plus loin « au début de l'occupation on peut dire que la direction ne semblait pas mécontente d'avoir exécuté des commandes allemandes » mais par ailleurs, il déclare « Les commandes furent exécutées sans empressement par les dirigeants » et plus loin « il y eut à l'usine de fréquents incidents entre les Allemands et la direction si bien qu' un contrôleur allemand fut imposé à l'usine ».En ce qui concerne la relève et le STO, il déclare bien « on ne peut pas dire que la direction ait fréné les départs », et « d'une façon générale, on peut dire que la direction des établissements Japy avait en 1943, a eu (sic) une attitude collaborationniste », mais, par contre, à deux reprises, il reconnaît que « les ouvriers susceptibles d'être désignés pour la relève ont été placés dans des chantiers où ils étaient camouflés » et ensuite que la direction « a tout fat pour ses ouvriers réfractaires, notamment en payant ceux d'entre eux qui avaient pris le maquis ».Vraiment, je ne vois pas comment on peut attacher d'importance aux déclarations de ce Rigoulot qui sont du reste extrêmement vagues, des suppositions plutôt que des affirmations, et dont l'inspecteur de police lui-même ne tient aucun compte puisqu'il ne les reprend pas dans les conclusions de son rapport, conclusions encore une fois qui sont absolument favorables, sans restriction.J'ajouterai enfin que Rigoulot n'est même pas un ouvrier de l'usine, c'est un comptable qui ne pouvait rien savoir des questions de production ou du travail de l'usine. Cela donne un peu l'impression d'un employé mécontent qui en veut particulièrement à Edmond Le Roy Ladurie qu'il cite dans sa déposition.Encore une fois, je ne vois pas quelle importance on peut lui donner, tout le reste des documents de cette commission rogatoire étant parfaits.3. Commission rogatoire PuzenatRapport tout à fait favorable, aucune une note discordante. M. Thirion a même pu observer que le président Puzenat a beaucoup insisté sur son indépendance complète et il ne nous reconnaît même pas cette espèce de contrôle financier sur sa société dont nous avions accepté, devant lui, Gabriel et moi, de prendre une part de responsabilité.4. Dossier Scane et UEFEMPas d'observations, ce ne sont que les copies de nos déclarations ou des notes que nous avons remises.5. Département minier CantacuzènePas d'observations non plus, sinon que les dépositions des ouvriers de Charrier et Montmins, confirment avec encore plus de force et plus de netteté les déclarations de Cantacuzène.6. Déposition LatouretteNous la connaissions déjà. C'est l'uvre d'un fou, il n'y a qu'à la repousser du pied comme M. Thirion l'a déjà fait lui-même.7. Commission rogatoire du TraitJe n'en connaissais jusqu'ici qu'une partie. Je pense pas qu'il y ait lieu d'attacher une importance quelconque à la déposition de deux ou trois ouvriers qui ont exhalé leur mauvaise humeur à l'égard de leurs chefs. Le rapport, en conclusion de la commission rogatoire, fait par l'inspecteur de police de Rouen est formel et complètement favorable. Il confirme en tous points de vue nos déclarations, celle d'Abbat et les dépositions des ingénieurs de la surveillance dépendant du ministère de la Marine.Il serait bon toutefois de donner copie à Abbat de tout ce dossier de commission rogatoire s'il ne l'a pas déjà.8 et 9. Rapport de la direction du Blocus au ministère des Finances et dépositions van CabekeJ'en viens maintenant à ces deux documents que je traiterai ensemble car j'ai fait, en les lisant l'un après l'autre une découverte fort intéressante : c'est l'uvre de la même personne.À l'appui de sa déposition, acte d'un fou ou d'un misérable, van Cabeke a remis deux notes, l'une supposée révéler les agissements de la maison Worms contre lui, l'autre étant celle qui aurait été adressée en avril 1942 au Conseil national de la résistance par une personne dont il n'est pas autorisé à dire le nom ! Or, la juxtaposition de ces deux notes déposées par van Cabeke reproduit exactement mot à mot, sans l'omission d'une seule virgule, le rapport contre la maison détenu par la direction du blocus au ministère des Finances et que cette dernière a envoyé par une lettre du 22 janvier 1945 à M. Thirion.Tous ces documents (rapport du blocus, ou note adressée au CNR) sont datés avril 1942, et, chose curieuse, en l'envoyant au juge trois ans plus tard, la direction du blocus ne semble pas avoir jugé nécessaire de mettre son dossier à jour.J'ai marqué en marge de ces documents les passages qui se répètent l'un dans l'autre. Encore une fois, il n'y a pas un seul mot différent, pas une virgule changée, la seule différence est que dans sa première note relatant ses griefs contre la maison Worms, van Cabeke s'est contenté d'ajouter quelques considérations personnelles pour lui permettre d'attaquer [Nebon, Lavit & Roudié].Par conséquent, de deux choses l'une : ou bien c'est van Cabeke qui a servi d'indicateur, c'est lui qui a fait le rapport de la direction du blocus dont il a envoyé copie, sous forme de note au Conseil national de la résistance en avril 1942, rapport qu'il s'est contenté de copier pour ses fins personnelles et de déposer sur le bureau de M. Thirion lorsqu'il a su que nous étions, Gabriel et moi, inculpés, ne se doutant probablement pas que nous aurions connaissance du rapport lui-même par l'intermédiaire du ministère des Finances. Ou bien alors un fonctionnaire du blocus, mal intentionné, ayant fait un rapport contre la maison Worms en a donné copie à van Cabeke en même temps qu'il le remettait au Conseil national de la résistance et tout le monde s'est servi de ce papier omnibus pour les besoins de sa cause. C'est effarant de machiavélisme. Les fonctionnaires du blocus, ou l'un d'entre eux, van Cabeke et la personne qui a remis le rapport au CNR, ne sont qu'une seule et même personne, ou bien ce sont tous les complices d'un seul et même complot.Je crois que vous n'avez pas encore lu le dossier, prenez une heure ou deux, un soir, pour le faire. Vous pourriez peut-être même sur un papier, grand format, en deux colonnes, l'une intitulée "rapport de la direction du blocus", l'autre "note déposée par van Cabeke", faire taper les deux documents en reproduisant les mêmes phrases les unes en face des autres.En tout cas, faites taper ces documents en plusieurs exemplaires pour les distribuer à tous nos avocats car je me demande s'il ne faut pas crever l'abcès. Il me semble en effet difficile de laisser passer la chose. J'ai l'impression que nous serions à la source ou à l'origine de tous nos malheurs. Peut-être ne connaîtrons-nous pas encore les inspirateurs mais nous saurons en tout cas quels sont les lampistes.Je me demande si vous ne devriez pas réunir nos avocats ou examiner en tout cas le problème avec l'un d'eux, le plus allant, pour envisager la suite possible à donner à cette affaire, après en avoir du reste parlé à M. Thirion. Si l'auteur responsable est van Cabeke, si c'est lui qui après avoir fabriqué et envoyé un dossier à la direction du blocus d'abord, au Conseil national de la résistance ensuite, pour s'en servir enfin à ses fins personnelles contre nous, à l'occasion d'une querelle à l'intérieur de la [...], il me semble que nous pouvons, Gabriel et moi, déposer une plainte contre lui en diffamation et faux témoignage ?Si, au contraire, le document d'origine a été fabriqué par un fonctionnaire du blocus et remis ensuite à van Cabeke pour servir à ses fins personnelles, ne pouvons-nous pas déposer une plainte contre X pour détournement de documents administratifs ou quelque chose comme cela ? Car, après tout, van Cabeke s'est procuré ainsi un document qui normalement appartient aux archives d'une administration française.En attendant le juge d'instruction ne peut-il pas demander à la direction du blocus comment son rapport d'avril 1942 a pu tomber entre les mains de van Cabeke et d'autre part ne peut-on pas le prier d'exiger que van Cabeke révèle le nom de la personne qui a transmis le document au CNR et explique comment il se l'est procuré pour s'en servir à ses fins personnelles.Tout s'enchaîne et s'explique : séquestre d'Alger, campagne de presse, imposition du comité de justice du C. L. R. à notre mise en liberté provisoire en octobre 1944, et aussi, nos difficultés provisoires car la direction française du blocus est certainement en contact étroit avec le Ministry of Economic Warfare, et doit lui transmettre tous les renseignements qu'il a, ou toutes les pièces qu'il fabrique.Il me semble qu'on ne peut pas éternellement rester passifs, il y a des moments où il faut attaquer puisque les choses ne semblent pas s'arranger et que le non-lieu, ou même la levée de la résistance forcée, semble retardé.Ne croyez-vous pas qu'on pourrait faire étudier à fond cette affaire et la suite à y donner par l'un de nos avocats, Doublet par exemple, qui semble très actif et va au fond des choses et le résultat de cette étude serait ensuite soumis à nos autres avocats avant qu'une décision soit prise.Je pense, en tout cas, que vous remettrez copie de ces documents également à Nelson pour compléter le dossier de l'avocat de la Cettoise (dont je ne me rappelle plus le nom) car je pense que Charpentier qui défend van Cabeke va en faire état au cours du procès que ce dernier nous intente et il faut que Nelson renseigne son avocat sur tous les points de ces rapports et en établisse l'inanité.Je m'excuse de vous donner tout ce mal et il est bien regrettable que je ne puisse vous décharger de ce travail en m'en occupant moi-même à Paris avec nos avocats mais il y a rien à faire qu'à souffrir en patience.Bien affectueusement à vous,H. W.Je viens de vous avoir au téléphone et attends votre lettre annoncée. Dites-moi comment et sous quelle forme vous voulez que je prépare une note pour votre voyage à Londres.
1945.04.27.De Hypolite Worms.A Gabriel Le Roy Ladurie.Original
Original27.4.45Mon cher GabrielJe n'ai pas eu l'occasion de vous écrire depuis votre accident parce que je n'avais pas votre adresse, mais j'ai eu régulièrement de vos nouvelles et j'espère que cet accident stupide n'aura aucune suite et qu'après quelques semaines de convalescence, vous pourrez reprendre votre vie militaire active.Je sais qu'on vous a ramené à Paris et Simone T. m'a dit que vous alliez poursuivre incessamment votre rétablissement à la campagne, vraisemblablement chez votre sur. J'espère en avoir bientôt la confirmation parce que, très franchement, mon cher Gabriel, je suis inquiet de vous savoir à Paris.Quelles que soient votre prudence et les précautions que vous prenez pour conserver votre incognito, quelle que soit la réserve que vos amis intimes pensent mettre pour la préserver, il n'est pas possible que votre séjour à Paris ne soit pas connu ; il est certain que cette présence fera tiquer tous les esprits malintentionnés et ils sont nombreux - qui nous poursuivent de leur haine, de leur rancune ou simplement de leur jalousie.Or la mesure de liberté provisoire prise en votre faveur a été destinée à vous permettre de partir au front, et certainement pas de rester en résidence à Paris, même en convalescence.Raymond pourra vous dire, d'autre part, que le règlement favorable, et même définitivement favorable, de notre affaire, qu'on espérait imminent il y a quelques semaines, semble retardé "sine die" pour toutes sortes de raisons que mon éloignement ne me permet pas de saisir vraisemblablement parce que nos ennemis ne désarment pas.L'arrivée, enfin, du maréchal à Paris, avec sa suite, va causer des remous dont l'ampleur ne pourra que s'accroître, et cela n'est certainement pas de nature à amener l'apaisement dans les esprits.C'est pourquoi, si vous êtes encore à Paris, je vous demande instamment d'en partir immédiatement et d'aller aussi loin que possible terminer votre convalescence. Il faut que vous suiviez ce conseil que je vous donne avec toute mon amicale insistance.Très affectueusement à vous,H. Worms
1945.04.27.De Hypolite Worms.A Raymond Meynial.Original
Original 27.4.45Mon cher Raymond,Craignant de voir Gabriel traîner à Paris dans l'espoir d'y terminer petit à petit sa convalescence, j'ai pensé lui écrire une lettre qui peut-être le fera réfléchir et aura quelque influence sur lui.Je vous la remets sous ce pli. Lisez-la et s'il est encore à Paris et que vous en approuviez le contenu, remettez la lui de ma part.Il va sans dire que s'il est déjà parti, vous n'avez qu'à la déchirer.Affectueusement à vous.HW
1945.04.27.De Robert Labbé.A Hypolite Worms.Note (sans signature ni destinataire)
CopieNB : Note sans signature ni destinataire, issue d'un dossier contenant la correspondance échangée d'H. Worms avec R. Labbé et R. Meynial. 27 avril 1945Comité central - Tout s'est passé dans les meilleures conditions, exception faite de l'intransigeance de Fraissinet qui a voulu à toute force se porter comme vice-président et qui avait indiqué à Marchegay que, si on ne le laissait pas être candidat, il ferait un esclandre à la réunion ou tout au moins un long discours.Le bureau, dans ces conditions, se trouve constitué de :Nicole - présidentPilliard - vice-présidentFraissinet - vice-présidentFabre - secrétaireLabbé - trésorier.Votre place est ainsi gardée à la bonne température.Nous avons eu hier une première réunion du bureau, au cours de laquelle on a examiné les problèmes pendants qui se résument à trois :1°- Nous allons faire une démarche officielle auprès du ministre la semaine prochaine, démarche de présentation, au cours de laquelle nous insisterons sur le désir qu'a l'armement de jouer un rôle actif, en liaison et à côté des pouvoirs publics.La Marine marchande est d'ailleurs déjà entrée dans cette manière de voir en nous demandant l'autre jour de désigner, le cas échéant, des armateurs chefs de maison pour participer aux conférences de trafics qui auront lieu sous l'égide de l'UMA.2°- La question de l'article 11 est la plus cruciale. Le ministre a répété qu'il entendait la résoudre le plus rapidement possible. Il a précisé ce point à Fould lundi dernier qui, venu l'entretenir du problème de la reconstruction des chantiers, s'est entendu rétorquer que rien ne pourrait être définitivement mis au point dans ce domaine avant que la position État armateurs ne soit nette.R. M. entend en vérité discuter sur la clause de vétusté. Peut être mettra-t-il en avant les 10% des lignes régulières, mais, d'après mes renseignements, il lâcherait sur ce point. Selon ce que j'ai pu comprendre, l'idée du département intéressé serait d'arbitrer une valeur effective des navires au 1er septembre 1939, en fonction de leur spécification, de leur âge et des prix du marché international, l'administration pendant que les valeurs agréées au 31 août 1939 comportent pour les armateurs un avantage excessif par rapport à la situation actuelle.D'après les études préliminaires que j'ai entreprises, et si les idées de R. M. se précisaient comme indiqué, la modification envisagée ne tournerait pas pour nous à une catastrophe étant donné la politique de valeur agréée que nous avons suivie.3°- Nationalisation - La question est toujours à l'ordre du jour. Les idées les plus saugrenues se font jour, que nous allons essayer les uns et les autres de combattre. Généralité de la nationalisation des paquebots - Annexion de cette mesure aux lignes exploitées en connexion avec des paquebots -Nationalisation du minimum vital des besoins maritimes français. Toutes formules dont il est inutile de démontrer l'absurdité.Fraissinet pencherait pour un léger jet de lest en admettant l'incorporation au sein de l'ensemble des armements d'un commissaire du gouvernement. Appuyé par Fabre, je me suis violemment élevé contre cette manière de voir, estimant que, si nous devons être mangés, ce doit être en dernière analyse.Ceci étant, nous sommes tous d'accord pour admettre la création d'une espèce de comité mixte de l'armement, qui permettrait aux pouvoirs publics d'orienter notre politique pendant les années à venir dans le sens le plus large, mais sans que les pouvoirs de cet organisme puissent aller jusqu'à pénétrer de près ou de loin dans la gestion même des entreprises. L'on pourrait, au sujet de la composition de ce comité, envisager plusieurs formules. L'une très large, genre Conseil général des transports, l'autre ne comprenant que l'armement et les représentants de l'État, une dernière enfin qui réunirait les activités étroitement liées à l'armement (armateurs, constructeurs de navires, réparateurs, ports maritimes, manutentionnaires, assureurs, etc.).Nous avons le temps de réfléchir à la question, mais vos idées sur le problème me seraient précieuses.J'avais, bien entendu, pensé à Schiaffino comme l'un des vices-présidents, mais comme nous désirons que notre bureau soit un bureau de travail qui puisse parler effectivement avec le ministre, il serait mauvais que, au départ, plusieurs de ses membres ne participent jamais à nos entretiens. Mais, dans la constitution du Conseil exécutif, Schiaffino a été désigné alors qu'auparavant il n'y avait jamais figuré.Caoutchoucs - Étant donné une réponse rapide à faire à Barrette, j'avais anticipé sur votre réponse. L'individu qui est médiocre a été tout de suite transformé et s'est répandu en amabilités ininterrompues. Aucun engagement, bien entendu, en ce qui concerne la gestion technique et commerciale qui doit rester entièrement entre nos mains. Il s'agit d'ailleurs d'un projet d'avenir puisque le bateau sur lequel Nelson a une option a 1948 comme date de [livraison].Möller - La Marine marchande est d'accord pour accepter que le contrat Möller commence par le pétrolier 98. Il est bien entendu, et je le confirme dans le télégramme en réponse, qu'il s'agît de notre contrat d'origine, contrat qui, vous vous en souviendrez certainement, était de 10 ans et qui, à la suite de votre demande, a été ramené à 7 ans, non pas comme durée fixe mais à titre d'option le contrat pouvant, à notre demande, le cas échéant, être prolongé jusqu'à 10 ans.En réalité, toutes les discussions depuis décembre tournent autour de la clause de résiliation. La Marine marchande comme moi-même ne désirons pas entrer dans un contrat dont l'exécution pourrait être retardée indéfiniment. C'est pourquoi nous avons, en tout état de cause, maintenu une date finale de résiliation au 30 juin 1946, si rien n'était commencé.Toutes les autres conditions du contrat, c'est-à-dire celles que vous aviez discutées en juin-juillet, sont acceptées par Möller dans ses télégrammes précédents, et sont à la base de notre réponse puisque je me réfère à votre lettre fondamentale du 8 juin et au télégramme d'accusé de réception de Möller. Il n'y a pour moi, comme pour Courau et pour Nelson également, aucun doute permis.Je ne partage pas votre sentiment sur la question financière à mettre au point. Il ne peut pas être question de laisser à Möller le risque total, y compris le risque de guerre, sur ce que nous allons payer immédiatement, soit 2.600.000 couronnes suédoises. En effet, nous allons nous trouver, si Möller est d'accord sur notre réponse, comme si Möller avait, dès le mois de juin 1944, commencé à construire un bateau dans le cadre de notre contrat. Or, il n'a jamais été discuté par vous que les risques de construction et notamment le risque de guerre soient à la charge de l'acheteur, ceci étant spécifié expressément dans le projet de contrat que nous avons eu entre les mains il y a un an. Tout ce passe comme si rétroactivement notre contrat partait de juin 1944, notre risque, ou plutôt celui de l'État, étant le montant de sa prime que nous allons avoir à payer en sus du prix convenu pour la construction du navire, si tout le matériel approvisionné est détruit, l'assurance de guerre rembourse le montant assuré et nous perdons la prime. Si rien n'a pu être mis sur cale avant le 30 juin 1946 par suite de dommages aux chantiers, nous n'avons aucun engagement ultérieur.Il valait la peine, et nous avons tous été d'accord à la Maison, Courau étant d'ailleurs lui-même de cet avis, d'essayer d'avoir un bateau plus tôt au prix du risque de perdre quelques dizaines de milliers de couronnes de prime.Quant à nos droits dans le contrat, j'ai eu un lapsus intellectuel. C'est bien un sur deux comme numérotage pour nous, c'est-à-dire que si nous ne prenons pas le premier pétrolier en vue de favoriser la Havraise, je demanderai 2 puis 3 puis 5 etc.Havraise - Je me bats avec Courau et Anduze pour que l'on oublie pas, comme on en a trop tendance, les 9.000 tonnes dans le programme immédiat. Les Victory commencent à être mis en doute et la Marine ne pense qu'à commander des navires pour le trafic colonial (Afrique du Nord ou AOF). J'attire tout particulièrement l'attention sur la nécessité de reprendre le plus rapidement possible les lignes où la concurrence étrangère, comme Madagascar, n'est pas un leurre, et où seuls les 9.000 tonnes peuvent tenir le coup. Il y a évidemment eu un cornard à savoir que le type "Malgache", même amélioré en CGA, 3 et 4, est un drôle d'instrument, mais j'ai répondu à Courau que nous avions dans nos cartons un type beaucoup plus omnibus, (celui étudié par Achard) qui pourrait pallier aux reproches faits par Courau. J'espère pouvoir vous mettre au courant au plus tôt du résultat de ces démarches.Nantes - La question est complexe et risque d'évoluer très rapidement. Mais je crois qu'il y a un "misunderstanding" entre nous. Si nous laissons le cas Bucquet de côté pour la facilité de l'exposé, je crois que les mutations que j'ai mises sous vos yeux et qui, bien entendu, sont peut-être spéculatives dans mon esprit, la décision ne relevant que de vous, donneraient des résultats très satisfaisants. Je crois notamment que Simoni, qui n'a pas grand chose à faire au secrétariat général, s'adapterait très facilement à un poste de succursale. Je pensais que Grédy au poste que j'envisageais pour lui continuerait à être grand maître de Port-Saïd et des consignations étrangères.Mais encore une fois, tout ceci ne sont que des hypothèses pour lesquelles aucune urgence n'est à envisager.Ceci étant, j'ai mardi matin à la première heure, c'est-à-dire avant d'avoir reçu le mot que m'a rapporté Vignet, la visite du Père Guillet. J'ai trouvé celui-ci très vieilli, les pommettes saillantes, assez vieillard, très frappé par la mort d'Hector Pétin dont le dernier mois a été vraiment affreux.Après des paroles vagues, j'en suis venu au cur du sujet. J'ai mis au point la question de la Nantaise de consignation et de gérance pour laquelle tout est arrangé et les responsabilités nettement délimitées. Puis je lui ai demandé ce qu'il allait advenir des Chargeurs de l'ouest à la suite du décès de Pétin. Il m'a demandé à me parler très franchement, comme paraît-il, il n'a jamais eu jusqu'ici l'occasion de le faire. Il avait eu la veille une conversation pendant presque la totalité de la journée avec les gens de Carnaud ou Jean Pétin devient président, assisté de François Poncet et de son cousin Drillon. Aucun changement chez Carnaud, les Wendel, en raison de la situation actuelle de la grosse métallurgie, ne désirant pas se mettre en flèche.Carnaud désire que les affaires des Chargeurs de l'ouest continuent comme par le passé. Ils ont manifesté leur intention de voir la politique de rapprochement avec la Maison être non seulement maintenue, mais développée pour un certain nombre de raisons, mais ils préféreraient que ce resserrement de liens ne prenne pas une forme trop apparente, notamment pour ménager les transactions.Le Père Guillet, par ailleurs, considère qu'il y a beaucoup de questions qui, à l'heure actuelle, ne peuvent être réglées qu'à Paris. Il voudrait avoir quelqu'un qui puisse ici parler au nom de la société et l'engager sans avoir besoin de communiquer avec Nantes. Il envisagerait qu'à l'occasion du remplacement d'Hector Pétin au conseil des Chargeurs de l'ouest, la Maison soit invitée à désigner un deuxième représentant au sein du conseil qui serait Bucquet, désigné comme vice-président en résidence à Paris auquel on donnerait un collaborateur de Nantes. Bucquet serait chargé de la liaison avec la Marine marchande. Ne travaillant pas à côté du Père Guillet, la crainte que vous manifestiez de le voir étouffé par celui-ci ne se produira pas, puisque, le cas échéant, Bucquet ne prendrait en charge la société que lorsque le Père Guillet serait hors-circuit.Cette désignation qui améliorerait l'activité de notre Maison aux Chargeurs de l'ouest s'accompagnerait d'un accord avec Carnaud précisant les conditions dans lesquelles nous prendrions cette responsabilité.Dans mon esprit, une telle décision ne pourrait être envisagée, et elle présente de très gros avantages, que si elle était assortie d'un accord financier avec Carnaud nous permettant, à l'occasion d'une augmentation de capital notamment, d'accroître notre participation de manière à nous permettre d'occuper un tout premier rang comme actionnaire. Pour votre gouverne, sur environ 56.000 titres, Carnaud en a 10.000, la CGT 4.500 et nous 3.500.Nous sommes tous les deux ici très séduits par cette formule, qui ne compromettrait rien à l'heure actuelle, laisse Bucquet en place à la Havraise pour le démarrage et nous donnerait quand même des avantages considérables en vue d'intégrer définitivement les Chargeurs dans notre orbite.J'ai précisé au Père Guillet que je ne prendrai aucune initiative dans ce domaine sans m'être concerté avec vous. J'estime que la question mérite une sérieuse attention et, étant donné les dispositions de Carnaud, mériterait d'être suivie assez rapidement.
1945.04.30.Note (sans émetteur ni destinataire).Convalescence de Gabriel Le Roy Ladurie
CopieLe maréchal des logis Gabriel Le Roy Ladurie, du 3ème Spahis marocains, a eu, le 10 avril, en première ligne, une fracture double au tiers inférieur de la jambe droite.24 heures après, une rédaction fut opérée et il reçut un plâtre provisoire.Transporté d'hôpital en hôpital, une radio de contrôle fut faite le 20 avril à l'hôpital 412 de Belfort. Le 21, l'on posa un nouveau plâtre plus léger qui remplaça le premier et l'on accorda au maréchal des logis Le Roy Ladurie une permission de convalescence pour Paris qui commença à courir le 26 avril.Le même jour, une radio fut faite par le docteur Porcher, qui révéla que, si la fracture elle-même est en bonne voie de reprise, il subsistait un sérieux déplacement du pied.Le 30 avril, le chirurgien habituel de Monsieur Le Roy Ladurie procéda à la réfection d'un nouveau plâtre qu'il estime devoir être maintenu en place au minimum 25 jours. Pendant cet intervalle, le malade ne devra pas quitter la position allongée.Quelles sont les démarches à faire pour obtenir du service de santé la prolongation de cette convalescence qui expire le 6 mai ?
1945.05.07.De Worms et Cie.Note
CopieNB : Note reprenant en les développant et en les actualisant les informations données dans une précédente datée du 25 septembre 1944. 7 mai 1945Note sur la Maison Worms & Cie en ÉgypteÉtablie en Égypte peu de temps avant l'ouverture du canal de Suez (1869), la Maison Worms entretient, depuis cette époque, des succursales à Port-Saïd, Suez, Alexandrie et une sous-agence au Caire. La Maison principale est à Port-Saïd ; elle assure la direction générale des autres succursales égyptiennes. La Maison Worms est non seulement la plus ancienne et la plus importante société française sur le canal de Suez, mais elle occupe également une place de tout premier ordre dans l'activité économique et commerciale de Égypte.Son directeur actuel est Mr. S. Acfield, de nationalité britannique, qui est en même temps consul des Pays-Bas et consul de Belgique à Port-Saïd.Les succursales égyptiennes de la Maison Worms s'occupent principalement de consignations et d'affaires maritimes, de fournitures de charbons de soutes, de manutentions et d'entreposage de marchandises, réparations de navires, et de différentes autres opérations commerciales. De très nombreux armements de toutes nationalités lui ont confié leur agence dans les ports égyptiens ; certains d'entre eux depuis leur création.La Maison Worms a été pendant 25 années (de 1899 à 1923) agent général pour l'Égypte, la Palestine et la Syrie, de la Shell Transport & Trading Cy et de l'Asiatic Petroleum Cy. Elle avait créé, pour compte de ces sociétés, 65 agences ou sous-agences dans le Moyen-Orient et ceci jusqu'au moment où ce groupe a estimé, devant l'importance des affaires traitées, devoir s'installer pour son propre compte dans cette partie de la Méditerranée. Elle continue depuis cette date à entretenir avec ces deux sociétés des relations particulièrement suivies en assumant dans ses succursales la consignation de leurs tankers et en en assurant le transit à travers le Canal.La Maison Worms est depuis l'ouverture du canal de Suez le plus important fournisseur de charbon de soutes à Port-Saïd et à Suez. Au cours des 75 dernières années, elle a fourni de 35 à 40% environ du tonnage total des charbons livrés aux navires transitant le Canal.Elle entretient dans les ports du Canal une flottille comprenant 110 chalands, six remorqueurs, 8 canots automobiles, un atelier de réparations de navires et de grands entrepôts de marchandises.Les succursales de la Maison Worms en Égypte ont, après l'armistice de juin 1940, interrompu toutes leurs relations avec le siège social de Paris et les autres succursales de la Maison en Afrique du Nord ; avec le plein accord des autorités britanniques compétentes, elles ont travaillé d'une manière indépendante sous le seul empire des règlements financiers et administratifs en vigueur. Elles ont, avec l'appui des agents anglais de la Maison Worms à Londres tout mis en uvre pour participer à l'effort de guerre des Alliés et ont reçu à plusieurs reprises des témoignages de satisfaction et de gratitude du Ministry of Shipping, du Shipping Board, du Ministry of Supply, du Contraband Control etc. ainsi que du représentant en Égypte de l'US War Shipping Administration pour le concours apporté par elles au cours d'opérations qui ont provoqué la perte de deux remorqueurs, et de 15 chalands coulés et entraîné la blessure de 17 coolies.Désignée par le gouvernement hollandais comme déléguée pour le Moyen-Orient du Netherland Shipping & Trading Committee, notre succursale de Port-Saïd a eu, depuis 1941, sous son contrôle, toute la flotte commerciale hollandaise naviguant entre Benghazi et Aden. Elle s'est vue confier également depuis cette même année l'agence dans les ports égyptiens de tous les navires turcs ainsi que le contrôle du mouvement des marchandises échangées entre les puissances alliées et la Turquie.
1945.05.15-18.De Robert Labbé.A Hypolite Worms.Note (sans signature ni destinataire)
CopieNB : Note sans signature ni destinataire, issue d'un dossier contenant la correspondance d'H. Worms avec R. Labbé et R. Meynial. 15 mai 1945Je ne vous ai pas écrit plus tôt, ayant eu plus que par-dessus la tête de travail depuis 10 jours, en tenant compte également du surcroît de présence au bureau dû à l'absence de Meynial.Comité central - Après la constitution du bureau, nous avons eu presque immédiatement une réunion avec le ministre qui dura près d'une heure et demie et fut très cordiale. Il exprima notamment sa satisfaction de voir en face de lui des figures connues avec lesquelles il lui serait agréable de discuter. Ceci étant, il ne nous a pas caché qu'il avait l'intention de discuter ferme sur les deux points bien connus : article 11 et nationalisation.Je passe sur le premier point, la chose étant bien connue et se résumant purement et simplement dans la détermination du quantum de financement que les compagnies devront réaliser par elles-mêmes, en dehors du régime des dommages de guerre. Une fois la décision prise, il sera facile de se mettre d'accord sur une formule. Nous nous efforcerons, bien entendu, de lâcher le moins possible en tenant compte, en particulier, de la situation faite dans le cadre général de la réparation des dommages de guerre.Sur le second point, le problème est infiniment plus délicat. Le ministre s'oriente vers des nationalisations en fait de compagnies : CGT - MM - Fraissinet Corse - Sud Atlantique. Je ne pense pas que l'on puisse dissocier dans la Transat les cargos et les paquebots, ce qui serait cependant logique, le ministre précisant que l'on ne saurait nationaliser uniquement du déficit.Il ne semble pas d'ailleurs aller jusqu'à la nationalisation systématique de toutes les lignes de paquebots.Ayant précisé qu'à côté du secteur nationalisé, il y aurait un secteur contrôlé et un secteur libre, il a indiqué qu'il était incapable de dire ce que serait le secteur contrôlé et comment le contrôle serait exercé. Sur mon intervention, il a néanmoins reconnu que contrôle ne voulait pas dire ingérence dans la gestion ni présence d'un délégué de l'État dans chaque armement contrôlé. Il semblerait que cet atermoiement puisse être considéré comme l'indice de son désir de s'en tenir aux nationalisations précitées en prétextant vis-à-vis de l'opinion publique nationale des sujétions internationales.Quoi qu'il en soit, il y a là une question fort délicate, puisqu'il nous a dit que les nationalisations devaient réussir, sinon ce serait les armateurs libres qui en pâtiraient. Je ne pense pas qu'il ait tort et je crois qu'il faut être moins définitif que dans notre conversation du 1er mai et ne pas dire purement et simplement : laissons l'État bafouiller dans son secteur nationalisé. Ceci n'implique évidemment pas une participation à la gestion des compagnies, mais comme Marchegay et Francis Fabre y inclinent avec moi, la mise au point d'un organisme bipartite, genre conférence, qui, prenant un caractère officiel et départageant la zone d'action des différents armements sur un secteur déterminé, empêcherait au cas de non-réussite d'un armement d'État que celui-ci puisse invoquer des entourloupettes faites par un armement privé.Cette formule me paraît constructive, mais, dans mon esprit, ne devrait pas être mise en avant, avant que nous ayons des précisions sur les projets de la Marine marchande. Or, celle-ci tourne autour du pot sans atteindre aucune conclusion nette.Ce qu'il faut en définitive, c'est régler en premier lieu la question de l'article 11.Lignes Worms - Vous verrez par les papiers relatifs à l'UMA que le coasting n'est pas inclus dans la machinerie internationale, mais doit faire l'objet d'accords particuliers.Je continue à m'efforcer de convaincre la Marine marchande de l'utilité de reprendre nos lignes d'Angleterre. Les récentes lettres de Burness vous auront montré que du côté anglais la position était en principe sauvegardée. Chardon partage mon sentiment, estimant que le secteur Grande-Bretagne était un des trois sur lesquels la France devait faire porter un effort particulier. Nous avons déjà avec Emo repris contact avec la General Steam. D'accord avec Chardon, je vais l'envoyer en Angleterre pour voir la chose plus avant, car il ne fait pas l'ombre d'un doute que notre avenir du côté des lignes anglaises réside dans la suite de la politique entreprise avant guerre, d'accord avec les lignes britanniques. Ceci cadrerait d'ailleurs avec les accords particuliers prévus dans les papiers de l'UMA.Mais je voudrais aller plus loin. J'estime en effet que l'organisation de la Marine marchande n'est pas adéquate au trafic du cabotage et nous n'avons aucun intérêt à ce que la place Fontenoy s'en charge ou en charge une organisation complémentaire qui double la nôtre.Il faudrait imiter ce qui a été fait en 1939 ou la DTM nous avait donné de larges pouvoirs de coordination sur le trafic français notamment. Je vais, dans ces conditions, aborder Charbon pour lui demander la création d'une sorte de conférence cabotage national dont nous serions les leaders et qui organiserait tout le trafic côtier qui ne manquera pas de reprendre, même avec des petits bateaux, et superviserait en même temps les chargements sur les liners qui, le cas échéant, toucheraient plusieurs ports à leur arrivée ou à leur retour d'outre-mer. Je voudrais en outre nous voir être à la clef du trafic anglais et être en quelque sorte le chef de file français opposite number de la General Steam dans l'accord franco-anglais qui ne manquera pas d'intervenir.Il est opportun que nous ayons un entretien en ce qui concerne nos lignes et l'introduction de la France à titre exécutif dans le conseil de l'UMA nous fournit cette occasion puisque les accords particuliers de coasting vont avoir à être mis sur pied.18 mai 1945Charbon m'a convoqué hier matin au moment même où j'allais lui demander un rendez-vous pour lui déposer une note reflétant nos vues. Son exposé n'a fait qu'anticiper sur mes propres idées et comme, en ce qui concerne les lignes anglaises, il n'avait aucune organisation pratique en vue, celle proposée dans notre note a été immédiatement retenue par lui. Il compte bien reprendre nos bateaux des Anglais (Meynial me le confirme par ailleurs) et nous détacherons Thurneyssen place Fontenoy pour servir de dispatcher. Tout semble donc ne pas aller mal de ce côté.Nochap - Vous aurez vu par la note de Bucquet la politique que je suis en ce qui concerne l'UMA.La réalisation de la conférence Madagascar est acquise. Deloche vient d'en être nommé secrétaire. Je pense que, même en cas de nationalisation, il ne devrait pas y avoir de drame à envisager. Nous nous retrouverons soit en face des contractuels, soit en face des libres, soit, ce qui serait plus logique, en face d'une seule compagnie qui absorberait les deux Messageries (mais c'est là où le bât blesse Francis F.).J'ai eu d'ailleurs l'occasion de dire un mot de cette question à Chardon hier qui, est-il sincère ou non à mon égard, me fait toujours de grandes déclarations libérales.SFTP - Rien de nouveau. En ce qui concerne les actions Dreyfus pour lesquelles, conformément à une récente ordonnance, une déclaration doit être faite avant la fin du mois. Nous nous sommes tous mis d'accord entre différents actionnaires pour rédiger à l'appui de cette déclaration, une note identique reproduisant la délibération du conseil au cours de laquelle les commissaires du gouvernement avaient donné leur accord, la lettre des Finances à Saint-Gobain autorisant également l'opération. Zaffreya doit, en outre, écrire une lettre à la société rappelant les conditions dans lesquelles la négociation a été poursuivie. Je ne pense donc pas, étant donné surtout la participation de l'État à l'opération, qu'il y ait de pépin de ce côté. Quant à Pierre L.D., je ne bouge bien entendu pas à son égard.Vous allez recevoir le projet de rapport pour l'assemblés du 2 juillet. Estimez-ous souhaitable que, votre séjour se prolongeant au-delà de ce que nous pensions il y a deux mois, il soit satisfaisant que la Maison n'ait pas de représentant au conseil ? Nous risquons d'avoir des réunions spécialisées au cours desquelles les armateurs pétroliers seront convoqués. Il doit déjà y en avoir une chez René Mayer. Cayrol ne peut évidemment pas, étant donné sa fonction principale, être impartial comme armateur. Je n'ai aucun désir bien entendu d'accroître mes occupations. C'est l'intérêt de la Maison que j'ai seulement en vue.En ce qui concerne les actions d'administrateur de M. Barnaud dont le quitus a dû être fourni, peut-être serait-il aussi opportun que nous les lui rachetions, étant donné l'aléa qui peut se produire.
1945.05.16.De Worms et Cie.Note
CopieRegistre du commerce de la SeineÉtat de notre inscription au 16 mai 1945[Rajout manuscrit : 18 février 1953, date de la dernière inscription modificative.]1°) Raison socialeWorms & Cie2°) AssociésHypolite WormsRobert LabbéRaymond Meynial (gérant statutaire)[Rajout manuscrit : M. Barnaud Jacques]3°) Objet de la sociétéL'affrètement et l'armement des navires et des bâtiments de navigation et de transports de toute espèce, la construction, l'achat et la vente de navires, le commerce des charbons ainsi que tous autres genres de commerce ou d'industrie que les associés jugeront convenable d'y joindre. Opérations de banque et de change.4°) Adresse du siège social45, boulevard Haussmann5°) Succursales ou agencesEn France : Dunkerque, Boulogne, Dieppe, Rouen, Le Havre Caen, Brest, Nantes, Rochefort, Bordeaux, Bayonne, Marseille, Angoulême, Le Trait, Toulon, Lorient, La Riche, Saint-Cyprien, Agen, Angers, Tours.En Angleterre : Cardiff, Newcastle, Grimsby, Hull, Goole, Swansea.Nord de l'Europe : Anvers, Gand, Rotterdam, Hambourg, Duisburg, Danzig, Varsovie.Méditerranée : Alger, Port-Saïd, Suez, Alexandrie,Tunis, Sfax.En Espagne : Pasajes.6°) Fondés de pouvoirsNouvelle liste à fournir.7°) Montant du capital social40.000.000.-Montant des sommes ou valeurs fournies ou à fournir par les commanditaires :18.769.231.- [Rajout manuscrit : A supprimer]8°) Nature de la sociétéSociété en commandite simple et en nom collectif9°) Époque où elle a commencéLa société Worms & Cie a été constituée originairement le 16 mars 1874 par acte s.s.p. déposé au greffe du Tribunal de commerce de la Seine et à la Justice de paix du 9ème arrondissement de Paris le 19 mars 1874 (insertion aux Affiches parisiennes le 20 mars 1874) sous la raison sociale Hypolite Worms & Cie pour continuer les opérations de la maison de commerce fondée antérieurement par Monsieur Hypolite Worms.Époque où elle doit finir30 septembre 1965.10°) Marques de fabrique ou de commerce déposées employées :WWHAnthrabouletsFlambouletsCarbextra[Rajout manuscrit : Stargaz]Journaux d'annonces légalesLe dernier mentionné est celui du 6 octobre 1944.[Rajout manuscrit : Journal spécial des sociétés des 23.12.49 et 03.01.1950, Bulletin officiel de la propriété industrielle du 17.07.1952.]
1945.05.16.Des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.Note
Copie
NB : Les informations données dans ce document, dont la copie image, de mauvaise qualité, n'a pas été conservée, sont développées dans une note non datée, classée en 1945.
Paris, le 16 mai 1945
Note
Les bilans et comptes de pertes et profits annexés à la présente note font ressortir les chiffres de résultats suivants :
- Exercice 1er décembre - 31 décembre 1938
Perte
6.870.030,89
- Exercice 31 décembre 1938 - 31 août 1939
Bénéfice
4.229.464,37
- Exercice 1er septembre 1939 - 30 septembre 1940
Perte
3.684.210,71
- Exercice 1er octobre 1940 - 30 septembre 1941
Perte
1.220.550,59
- Exercice 1er octobre 1941 - 31 décembre 1942
Perte
5.543.245,87
- Exercice 1er janvier - 31 décembre 1943
Perte
2.854,51
- Exercice 1er janvier - 31 décembre 1944
Perte
19.508.267,73
(montant provisoire)
La simple considération des chiffres ci-dessus n'est toutefois susceptible de fournir que des renseignements très insuffisants sur les résultats financiers de nos commandes allemandes et une analyse plus approfondie est nécessaire.
En ce qui concerne les postes "bénéfice brut sur constructions" qui figurent dans nos divers bilans, rien ne correspond à des travaux allemands avant le bilan au 31 décembre 1944.
Dans le compte pertes et profits au 31 décembre 1944 qui fait état d'un bénéfice brut sur constructions de 7.627.049,09 F les montants suivants concernent des unités livrées à la Marine allemande :
Sous-marin "La Favorite"
5.247.865,16
Pétrolier "La Charente"
1.570.294.57
Chaland à essence n°105
Perte
372.114,79
Bacs de 15 tonnes
Perte
1.305.362,52
Nous ajoutons toutefois les deux remarques suivantes :
a) Les chiffres de résultats dégagés ci-dessus pour "La Favorite" et le pétrolier "La Charente" font état d'un certain nombre d'hypothèses concernant les règlements définitifs à intervenir pour ces unités avec un certain nombre de nos sous-traitants et avec la Marine française ; ils sont donc susceptibles d'être amendés par la suite.
b) La construction de ces deux unités ayant été commencée pour la Marine française et continuée ensuite pour la Marine allemande, ces résultats devraient être normalement ventilés entre les deux époques.
Dans les postes "bénéfice sur réparations et travaux divers" qui figurent aux bilans communiqués, certains sont applicables à des travaux allemands ; nous en avons fait un relevé aussi complet que possible qui figure sur l'état joint et qui se totalise, saur erreurs ou omissions, par un montant de 1.399.876,91 F.
Les chiffres indiqués ci-dessus, tant pour les constructions que pour les travaux divers, ne s'appliquent d'ailleurs qu'à des bénéfices bruts en face desquels il y a lieu de prendre en considération les pertes diverses figurant au débit de nos comptes pertes et profits et résultant des amortissements, des dépenses de logement du personnel, des frais de siège social et des provisions diverses.
En outre notre compte de pertes et profits au 31 décembre 1944 fait état spécialement des pertes suivantes ayant leur origine dans les travaux que nous avons exécutés pour compte allemand :
Provision pour créances allemandes impayées
F 6.205.177,76
(II s'agit de travaux impayés distincts des constructions proprement dites
dont la liste peut être fournie).
- Provision pour déficit probable sur liquidation de trois bacs de 24 tonnes dont la Marine allemande n'a pu prendre livraison
F 2.000.000.
On peut donc affirmer, compte tenu de ces divers éléments que l'ensemble des travaux exécutés pour compte allemand et dont les comptes pertes et profits établis jusqu'au 31 décembre 1944 font état, nous laisse très largement en perte.
Il y a lieu de considérer enfin la situation des autres commandes allemandes qui étaient encore en cours au moment de la libération, qui doivent être continuées maintenant pour compte français et dont par conséquent les comptes pertes et profits déjà établis ne font pas état.
Les conditions financières de poursuite de ces commandes ne sont pas encore réglées complètement par le gouvernement français et nous ne pouvons pour le moment que faire un rapprochement entre le montant des travaux exécutés pendant l'occupation allemande et les acomptes que nous avons touchés pendant la même période. Or, le résultat auquel on aboutit, d'après un état que nous avons adressé le 14 décembre 1944 à la surveillance de la Marine, est le suivant :
Sous-marin "L'Africaine"
Déficit de trésorerie pour la période d'occupation allemande
9.619.490,84
Chaland n°106
Déficit de trésorerie
907.287,98
Chaland n°107
Déficit de trésorerie
358.928,60
Chaland n°108
Déficit de trésorerie
310.163,91
Cargo n°111
Déficit de trésorerie
4.122.757,04
Cargo n° 112
Déficit de trésorerie
1.750.743,58
Cargo n°113
Déficit de trésorerie
383.161,04
Total
17.452.532,99
Les chiffres ci-dessus confirment que nos chantiers n'ont certainement tiré aucun profit de leurs commandes allemandes et que ceux-ci correspondent au contraire à une perte extrêmement importante.
D'autre part nous indiquons ci-après le détail des heures dépensées dans nos chantiers au cours des années 1938 - 1939 - 1942 - 1943 et 1944 qui fait ressortir nettement que notre activité au cours de l'occupation allemande a été très inférieure à notre activité des années ayant précédé la guerre :
Commandes françaises
Commandes allemandes
Autres activités
Total
Année 1938
1.220.629,25
608.396,75
1.829.026
Année 1939
1.504.753,25
794.365,50
2.299.118,75
Année 1942
98.559,87
487.154,90
740.208,88
1.325.923,65
Année 1943
3.957,65
745.443,59
686.656,01
1.436.057,25
Année 1944
361,25
304.891,60
750.750,15
1.056.003,00
1945.05.17.De (Robert Labbé).Paris.A M. Smith.Original
Original45, boulevard HaussmannParisMay 17th 1945Dear Mr. Smith,Following our recent talk, I send you herewith papers interesting the case of Mr. Worms. I feel quite sure that you will be pleased to learn the real truth about it.Meynial is coming back today from London; we will do our best to try and see you before your departure.Your's very sincerely.[Robert Labbé]
1945.05.19.De Hypolite Worms.A Robert Labbé.Original
Original19.05.45Mon cher Robert,Il me semble difficile d'espérer que les démarches faites auprès de Thirion aboutiront suffisamment vite pour me permettre d'être à Paris le 25 mai.Je me vois donc forcé de vous dire, par écrit, tous les vux que je forme pour votre bonheur, et je le fais très sincèrement.Vous m'avez fait grand plaisir en m'amenant l'autre jour la jeune Jacqueline dont j'ai pu ainsi faire la connaissance et apprécier le charme.A mes vux je dois ajouter mes excuses. Dollie veut en effet attendre mon retour pour l'aider à choisir notre cadeau qui arrivera ainsi après le mariage.Bien affectueusement à tous les deux,H. Worms
1945.05.19.De Hypolite Worms.Note (sans signature ni destinataire).Original
Original19.5.1945Je vais répondre aux deux questions, les plus urgentes, qui se posent à la suite du voyage de Raymond à Londres et commentées dans la lettre que Robert m'a adressée hier et dont je le remercie.Rachat par Worms de la société maritime de BurnessCette opération ne peut être envisagée, ou n'est désirable, que si les navires qu'on achèterait pour faire revivre cette société pouvaient être utilisés par Worms sur ses propres lignes de navigation, et à son profit.Or, je ne le crois pas possible pour les raisons suivantes :1. Il faudrait naturellement envisager des navires caboteurs de 2.500 tonnes. Or, nous n'avons l'utilisation d'aucune unité de 2.500 tonnes sous pavillon anglais sur nos lignes de cabotage. Émo confirmera certainement cette opinion. En effet, que font nos navires de 2.500 tonnes ?a) le grand cabotage Dunkerque-Le Havre-Marseille ;b) l'Afrique du Nord ;c) éventuellement, France-Allemagne-Belgique.Dans les 3 cas, il ne nous serait en aucun cas possible d'utiliser des navires sous pavillon anglais, car, dans les deux premiers cas, il y a monopole de pavillon et, dans le troisième cas, une ligne n'est viable que si elle transporte des marchandises entre ports de cabotage national, entre Bordeaux, Le Havre et Dunkerque, avant de continuer sur les pays étrangers. Or, tout transport intermédiaire au cabotage national est interdit aux pavillons étrangers, c'est la loi, un bateau étranger sur cette ligne de cabotage international ne pourrait donc pas gagner sa vie.2. Reste le trafic Angleterre-France. Mais, pour ce trafic, qu'il s'agisse de Bristol-Le Havre ; Dieppe-Grimsby ; Ecosse-Dunkerque-Rouen, ou, tout autre ligne existante ou à créer, on ne peut pas utiliser des bateaux de 2.500 tonnes. Il faut des navires de 800 tonnes ou, au maximum, de 1000/1100 tonnes.3. Or, il ne peut pas être question de faire revivre la société Burness, à notre profit, pour acheter des bateaux de 800 tonnes et faire le trafic franco-anglais, car, cela nous mettrait en opposition avec tous les armements anglais spécialisés, General [Steamer] en tête et, avec les compagnies de chemins de fer qui contrôlent la majorité des lignes d'Angleterre sur le continent. Les lignes anglaises nous casseraient vite les reins en admettant que le MOWT nous y autorise, ce qui reste à démontrer.Nous ne pouvons espérer reprendre nos lignes Angleterre-France que sous pavillon français et, dans la mesure où elles existaient avant la guerre.4. L'achat de charbonnier ne présente aucun intérêt.5. Dans ces conditions, il me semble que l'opération ne peut être envisagée que, si on voulait acheter un cargo de 8.000 tonnes de bonnes spécifications et vitesse, qui pourrait être incorporé dans les lignes de la Havraise (où il n'y a pas monopole de pavillon), la Havraise prenant le bateau de notre société anglaise en time-charter sur une longue période.Mais, dans ce cas, il faudrait un bateau suffisamment moderne et susceptible d'être exploité économiquement pour être utilisé au grand tramping le jour où la Havraise n'en aurait plus besoin, sa flotte étant entièrement reconstituée.Mais cette formule présente-t-elle suffisamment d'intérêt pour se lancer dans l'opération ?WebsterCette affaire est beaucoup trop compliquée, importante, et encore beaucoup trop nébuleuse pour qu'une réponse, même de principe, puisse être donnée sans de nouvelles conversations, non seulement avec les gens de Webster mais encore avec nos propres collaborateurs, Burness, Chambers, [Tornlinson], et après mûre réflexion.À première vue, je vous soumets les points suivants :1. La maison Worms existe à Newcastle depuis 80 ou 90 ans ; la supprimer au profit d'une société nouvelle à créer et dont nous ne saurions que les minoritaires seraient une déchéance que je ne pourrais envisager qu'à la dernière extrémité.2. La Humber Coal Cy de même que Pease & Partners sont surtout des exportateurs du Yorkshire. Ce serait donc une erreur psychologique, même en admettant que nous soyons décidés à fermer Newcastle, de remettre nos affaires entre les mains de gens qui ne sont pas du cru.3. Et, qu'apporterait la Humber Coal et Pease & Partners à cette nouvelle société ? Son trafic ? Mais lequel ? Et que peut être le trafic de ces sociétés si l'Angleterre n'exporte plus de charbons ? J'admets volontiers que dans ce cas extrême, notre apport deviendrait nul aussi, mais nous ne saurions pas liés et nous n'aurions pas fermé par avance notre propre organisation.4. A la rigueur, s'il s'agissait de fermer Hull et Grimsby et de donner notre trafic de cette région à la nouvelle société, l'inconvénient serait moindre car nos succursales de l'Humber ne sont plus viables depuis 1918. Mais Newcastle, c'est un trop gros morceau.5. J'en viens maintenant à la question de fusion charbons et lignes maritimes.Je comprends pas ! Nous n'allons certainement pas apporter à la nouvelle société nos lignes de cabotage entre la France et l'Angleterre. Alors, s'agit-il des agences ? Mais lesquelles ? A la rigueur, la Humber, je veux bien, mais Newcastle n'existe pas pour nous en tant que port de ligne régulière. J'ai l'impression qu'il y a une confusion dans les esprits lorsque je vois Webster offrir de nous donner la préférence sur France Fenwick. On fait la confusion entre bateaux charbonniers et bateaux de lignes régulières.France Fenwick sont à ma connaissance des armateurs de charbonniers et s'ils font des transports de cabotage (ils ne font du reste que cela), ce sont des transports de charbon de l'Humber ou de la Tyne sur Londres et les autres ports anglais. Je comprends dans ces conditions très bien l'intérêt qu'il y a à lier une maison d'exportation de charbon avec un armateur charbonnier. Mais nous c'est totalement différent, nous ne transportons des charbons que par accident, c'est peut-être ce que Webster ne sait pas, comme armateurs, nous ne présenterions donc aucun intérêt pour la nouvelle combinaison.Dans ces conditions, il n'y aurait aucune objection à ce qu'il y ait une combinaison : Humber Coal-Pease & Partners-France Fenwick et Worms, à condition que Worms apporte ses affaires et cet intérêt reste à démontrer comme expliqué plus haut.6. Car, revenant à la question de nos exportations d'Angleterre, nous avons des attaches centenaires avec des mines (Lambton, etc.) que nous reprendrons certainement car ce sont ces charbons que nous recommencerons à exporter. Or, il faudrait savoir quelles relations il y a entre les uns et les autres en Angleterre.Et puis quelles sont les relations de ce groupe Humber Coal-Pease & Partners avec les grands groupes Maison Cory, Powell Duffryn, etc. Nous ne pourrions envisager d'accord avec les premiers qu'en étant sûrs que cela ne nous mettrait pas dans une position difficile avec les seconds en cas de concurrence entre eux.Tout bien pesé, je recommande la plus extrême prudence, ce qui du reste n'empêche pas de continuer à parler avec les uns ou les autres mais par des conversations et des rencontres personnelles. Ce sont des sujets trop compliqués pour être traités par écrit.HW