1944.12.21.Du journal Liberté.Article

Coupure de presse 

Liberté
21 décembre 1944

Ceux qui trahissaient sous Vichy - L'organisation financière internationale Worms & Cie (banque, charbons, constructions navales, armement, mines) livrait à Hitler un produit précieux entre tous, le molybdène, du Maroc ainsi que le crin végétal d'Algérie.
Le groupe Worms, dont le grand patron est Hippolyte Worms, comprend cinq branches principales : la banque, les charbons, les constructions navales, l'armement et les mines. C'est une organisation financière internationale extrêmement importante.
Sous Vichy, avec l'ensemble des trusts et des cartels, Worms et Cie trahissaient. Ils expédiaient à l'Allemagne, sans même solliciter l'accord des usurpateurs en place au gouvernement, des produits destinés à l'industrie du Reich.
Voici donc un nouvel exemple de la trahison des oligarchies économiques qui se sont placées délibérément au service de l'ennemi, par haine de la démocratie et par peur du peuple.

Ravitailleur de l'industrie de guerre nazie

En dehors de leurs multiples activités métropolitaines, Worms et Cie contrôlent d'importantes affaires en Afrique du Nord, notamment la société Le Molybdène qui exploite dans l'Atlas, non loin de Marrakech, le gisement d'Azegour, d'où l'on extrait un minerai précieux : la molybdénite.
Il s'agit d'un minerai très rare. Il n'existe, dans le monde, que quatre gisements : aux États-Unis, au Mexique, en Norvège et au Maroc. On comprend, dans ces conditions, tout l'intérêt qu'il présente dès 1940 pour les fabrications nazies d'armement (préparation d'aciers spéciaux).
Le 15 mai 1941, Guernier, directeur de la société, employé direct du groupe Worms, offre 25 tonnes de concentré de molybdène au docteur Acker, délégué à Paris de la firme allemande Otto Wolf. L'accord est conclu le 14 juin. Le prix fixé est de 102 francs le kilo.
En mars 1942, 40 fûts de molybdène sont livrés à la Maison Médioni, d'Oran, pour être réexpédiés à la Maison Schenker, à Marseille. Le siège social de Worms et Cie, à Paris, encaisse, en paiement, la coquette somme de 2.030.000 francs.
Un contrat pour une seconde fourniture de 30 tonnes du même minerai est signé quelques semaines plus tard avec la Maison Krupp.
La trahison est donc formellement établie. La société Le Molybdène, c'est-à-dire Worms et Cie qui la contrôle directement, expédie à l'Allemagne hitlérienne, sans même attendre les ordres de Vichy, un minerai très rare et très précieux pour l'industrie de guerre. Hâtons-nous de préciser que le gouvernement du maréchal félon donne, longtemps après les expéditions, une autorisation de principe.
Worms trahit sous une double impulsion. Tout d'abord pour servir la politique des trusts, engagée à fond au service de l'Axe. Ensuite pour gagner de l'argent en vendant aux Boches à un prix cinq fois plus élevé que le tarif initial.
Worms est bien servi par Guernier, son agent casablancais, complice actif de la trahison, par un nommé Fournet, connu par ses sentiments pro-nazis, Guernier est mis en relations avec Kuehner, représentant allemand à Tanger. C'est Kuehner qui présente Guernier au docteur Acker, agent nazi à Paris.

Expéditions de pétrole et de crin végétal

Worms contrôle également la Société française de transports pétroliers. En pleine crise internationale, certains de ses pétroliers débarquent fréquemment leur cargaison à Hambourg.
Le même Worms possède une filiale dénommée Union d'exportateurs français qui a pour objet de faciliter les échanges entre la France et la Suède. En 1941, la Suède est neutre. Il semble donc, à première vue, que les échanges peuvent être normalement poursuivis. Mais les autorités de Vichy - et Worms lui-même - ont la preuve formelle que certaines marchandises expédiées en Suède sont réexportées sur l'Allemagne. Dès lors tout trafic vers la Scandinavie devient un crime. Worms ne s'arrête pas pour cela. Bien au contraire. Et l'Union d'exportateurs français fait des affaires de plus en plus florissantes. Signalons, parmi ces affaires avec la Suède, les exportations de crin végétal facilitées par la succursale bancaire de Worms à Alger. Ce crin végétal allait tout droit en Prusse orientale.

Il faut frapper sans pitié

Worms est donc un traître. Il a livré à l'ennemi des produits indispensables à l'industrie de guerre nazie.
Il possède un des quatre gisements mondiaux de molybdène. Il l'a mis à la disposition de l'Allemagne hitlérienne.
Ses navires ont débarqué du pétrole à Hambourg.
Sa filiale d'Alger a livré du crin végétal aux Boches, via la Suède.
Ses banques ont centralisé les paiements allemands.
Worms, devançant Vichy, a servi Hitler.
Worms doit payer.
On avait mis, paraît-il, ses biens sous séquestre. On nous dit aujourd'hui que le séquestre vient d'être levé.
Nous ne comprenons pas. Nous ne pouvons comprendre.
Comme Borgeaud, Fradin, Belkacem, et bien d'autres que nous avons nommés, Worms et ses lieutenants sont encore en liberté.
Ils doivent être frappés sans pitié, dans leurs personnes et dans leurs biens...
Pour ne pas trahir à nouveau, demain, comme ils ont trahi hier.

R. E.

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