1944.12.05.De Hypolite Worms.Fresnes.Original

Original

Le PDF est consultable à la fin du texte. 

5.12.44

Personne n'étant venu hier, je n'ai pas pu vous faire passer mon courrier.
J'en profite pour vous faire les suggestions suivantes en vous demandant de les transmettre à Bucquet et à Duret en vue de leurs dépositions de jeudi :

Bucquet
Pourra commencer par raconter mais très succinctement comment la Maison W. a été amenée en 1932 (?) à prendre en mains la réorganisation de la Havraise qui était à la veille de déposer son bilan. Insister sur le fait que tous les créanciers ont été remboursés, soit en espèces, soit en actions ou en bons de récupération. La Maison W. a mis près de 10 ans à remettre la Havraise dans une situation de prospérité normale. Personne n'a rien perdu. Pour le reste, pas de difficulté ; il n'aura qu'à parler de l'activité de la compagnie et la position de la flotte sous réquisition.

Duret
Devra préciser les conditions dans lesquelles en 1938 la SFTP a été créée à la demande du gouvernement et comment, bien que possédant 20% du capital (l'État en ayant 30%) la Maison W. contrôle en fait la société : 1° parce que j'en suis président, 2° parce que contractuellement la Maison W. gère commercialement et techniquement la société. Pour cette partie du 2nd exposé Duret n'aura qu'à prendre comme canevas le petit rapport qu'il avait préparé il y a quelques mois à l'intention d'Ollive ( ?) (de la Production industrielle), qui lui avait demandé un travail sur l'origine de la SFTP.
Duret pourra ensuite montrer avec quel succès en 18 mois la Maison a rempli la mission qui lui avait été confiée et comment au début de la guerre la France avait grâce à cet effort une flotte pétrolière adéquate. Enfin il parlera de la flotte pendant la guerre et de la situation des bateaux depuis l'armistice, toujours en insistant sur la charte-partie réquisition, et pourra incidemment raconter comment un de nos bateaux (le "Saintonge" je crois) a convoyé en Angleterre l'un des cuirassés qui était en cours d'achèvement à Saint-Nazaire, juste avant l'armistice (je ne me rappelle plus lequel mais je crois que c'était le "Jean-Bart") et ne pouvait pas naviguer par ses propres moyens. Si je suggère toutes ces précisions c'est que je voudrais que la déposition de Duret - et je compte sur lui à cet égard - soit bien complète et apporte au dossier un élément de gloire pour la Maison Worms.

----------

Matériellement il est désirable que chacun de nos directeurs, Vignet, Émo, Bucquet et Duret, apporte avec lui un papier qui soit le résumé très précis des déclarations qu'il va faire pour remettre ce résumé au juge et lui permettre de le suivre pour dicter, comme il le fait lui-même, le procès-verbal des dépositions.
C'est ce que je fais maintenant et ce qui rend les procès-verbaux officiels lisibles et cohérents, alors que pour mes premières dépositions, je me contentais de parler, le juge m'interrompant après chaque paragraphe pour dicter de mémoire le résumé succinct de ce que je venais de dire, ce qui donnait aux procès-verbaux une allure assez décousue.
Or j'attache une grande importance à ces procès-verbaux puisqu'ils forment les pièces du dossier qui passent ensuite entre les mains du Parquet et qui seront éventuellement étudiées par les juges que le nouveau décret (dont je n'ai pas encore le texte) habilite pour décider en dernier ressort des mises en liberté provisoire. C'est aussi pourquoi je crois bon que Robert Labbé accompagne Vignet et Émo à l'instruction pour suivre très attentivement les déclarations de nos directeurs et aider à la préparation des procès-verbaux.
Les dépositions de Vignet et d'Émo ont, elles aussi, une grande importance puisqu'il s'agit des deux départements propres de la Maison W. qui n'ont pas encore été étudiés. Il faut que pour ces deux départements le juge d'instruction ait la conviction, comme il l'a déjà pour le Trait et pour la banque, qu'il n'y a pas eu commerce avec l'ennemi.


Retour aux archives de 1944