1943.05.26.De Lucien Guérin - Worms et Cie Alger.A Georges F. Doriot.Boston.Original

Original

Alger, le 26 mai 1943
7, boulevard de la République

Cher Monsieur et Ami,
Ainsi que j'ai eu l'occasion de vous en informer par un télégramme et deux ou trois lettres d'affaires que je vous ai envoyées depuis le début de l'année, j'ai eu la chance de me trouver en Afrique du Nord en novembre dernier et d'être le premier de nos amis à pouvoir communiquer avec vous.
A vrai dire, cette chance, je l'avais voulue et recherchée depuis juin 1940, car l'armistice m'a surpris en Scandinavie où je dirigeais la Mission d'achat du ministère de l'Armement. Après avoir longtemps hésité, j'ai dû me résigner à rentrer en France en octobre de la même année, puisque dans les conditions géographiques où je me trouvais, je n'avais pas d'autre solution. J'ai cependant obtenu dès mon retour, de notre Maison, l'autorisation de rester en zone libre, où j'ai organisé une agence des Services bancaires à Marseille, puis de venir en Afrique du Nord en juin 1941, où j'ai sur les plans de Raymond Meynial, procédé à la même entreprise en Algérie. J'ai donc été de tous le moins mal partagé, ayant eu la joie de pouvoir travailler - loin de toute influence extérieure - sans autre préoccupation que d'apporter ma modeste contribution au redressement de l'Économie du pays. Nos Services bancaires d'Afrique du Nord se sont développés jusqu'à présent d'une façon très satisfaisante, et les événements de novembre n'ont fait que favoriser ce développement, de même que celui de notre agence maritime.
Raymond Meynial se trouvait encore auprès de nous à fin octobre. Je suis certain qu'il est désolé de ne pas avoir patienté quelques jours. Mais nous ne nous attendions pas à l'époque à un débarquement aussi rapide.
J'ai appris que vous étiez actuellement mobilisé, par un de vos anciens élèves, le commandant Knight, que j'ai eu l'occasion de rencontrer le mois dernier chez mon jeune frère, le commandant Guérin, à Rabat.
Je ne dois qu'à mes fonctions actuelles et à mon modeste grade dans l'armée française (brigadier), de n'avoir pas encore été rappelé, mais tous les jeunes cadres que j'avais importés de France sont actuellement sous les drapeaux.
Les nouvelles que j'ai reçues récemment de Paris par la Croix Rouge sont bonnes.
J'espère que vous me donnerez bientôt le plaisir de vous lire - en attendant que nous ayons celui - plus grand encore - de nous revoir à Paris, après la victoire que tous attendent.
Mes hommages je vous prie, à Madame Georges Doriot.
Croyez-moi votre très sincèrement dévoué,

Lucien Guérin


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