1938.05.07.De Robert Delteil.Le Havre.Note

Copie de lettre

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Combinaison Worms-Nantaise

Si, aux yeux de la clientèle, nous devons conserver chacun, à Nantes, notre personnalité, c'est-à-dire continuer à donner l'impression que les deux armements ont leur existence propre, leurs lignes, et assurent les transports qui leur sont confiés sous leur propre responsabilité et par conséquent les traitent sur leurs propres formules de connaissement, avec les conditions d'assurances qui leur sont spéciales, il y a intérêt à ce que chacun garde sous le même toit, mais dans un local séparé, sa propre organisation ( personnel, méthode de travail...) sous la responsabilité d'un chef distinct.
Nous conserverions donc, en ce qui nous concerne, nos services de bureau actuels :
- Lignes Worms et lignes consignées
-Transit
- Comptabilité
- Caisse
II en serait de même de la Compagnie nantaise.
Nous garderions de ce fait, les dépenses afférentes à ces services (salaires et accessoires, frais d'économat, frais de télégrammes...) comme nous garderions les recettes (commissions et profits accessoires).
Logés dans l'immeuble de la Compagnie nantaise, nous aurions à payer à cette dernière notre quote-part sur le loyer, les dépenses d'entretien, les dépenses d'électricité, les dépenses de chauffage, les dépenses de téléphone.
Notre personnel actuel de bureau qui comprend :
1 directeur
1 adjoint
5 employés au service des lignes Worms et lignes consignées
4 employés au service de transit
1 commis de douane
2 employés de comptabilité
1 caissier
1 secrétaire
3 dactylos
1 chef camionneur
1 planton
1 téléphoniste
au total 22
pourrait être réduit à 21 par la suppression de la téléphoniste.
Les frais généraux des services se sont élevés au total pour 1937, à :

F 430.874,68

pour le personnel

F 44.876,41

pour fournitures de bureau, télégrammes, postes et divers

F 10.186,15

pour entretien matériel cavalerie et camionnage

F 36.989,89

pour impôts directs

F 522.927,13


Les recettes ont accusé les chiffres suivants :

Vapeurs Worms

F 102.246,36

Consignations

F 164.213,36

Transit (commissions et profits accessoires)

F 192.850,35

Profits divers (intérêts, ristournes, assurances...)

F 24.044,89


F 483.354,96

Aux frais généraux des services viendront s'ajouter ceux résultant de la cohabitation :

Loyer

F 11.185,25


Dépenses d'entretien

F 282,85


Dépenses d'électricité

F 1.345,80


Dépenses de chauffage

F 2.294,50


Dépenses de téléphone

F 14.130,20




F 29.238,60

et ceux relatifs :

à l'entretien du matériel et du mobilier

F 4.593,45


au loyer des écuries

F 1.927,05


assurances incendie

F 1.742,35




F 8.262,85

Les chiffres indiqués ci-dessus se rapportent à l'année 1937. Ajoutés aux frais généraux des services, les frais généraux s'élèveraient dans l'ensemble à :


F 522.927,13



F 29.238,60



F 8.262,85




F 560.428,58

pour des recettes d'un ordre de grandeur de

F 483.354,96


soit un déficit probable de


F 80.000.

A noter que la part de loyer réclamée par la Compagnie nantaise ne devrait pas dépasser F 12.000.
Le service commun comprendrait :
un service manutentions
un service accidents de travail
et ce service commun aurait sa comptabilité spéciale, dépenses et recettes.
Rentreraient dans les dépenses celles concernant :
le personnel au mois (dockers et pointeurs), contremaîtres compris,
le personnel journalier (dockers et pointeurs), contremaîtres compris,
le matériel nécessaire aux manutentions.
Les bénéfices ou pertes seraient partagés en fin d'année au prorata des tonnages manutentionnés pour le compte de chacun.
Le service commun de quai serait dirigé par M. Barel de la Compagnie nantaise assisté :
d'un chef de manutentions pour les navires Worms (M. Cassard) et ceux dont Worms est l'agent,
d'un chef de manutentions pour les navires de la Compagnie nantaise et ceux dont la Nantaise est l'agent.
Le personnel au mois comprendrait celui de la Maison Worms et celui de la Compagnie nantaise.
Le service commun recevrait, à titre de cession remboursable, le matériel de manutention actuellement utilisé par chaque armement. Le remboursement aurait lieu en fin d'année avant tout partage.
Les indications relatives aux opérations des navires Worms ou de ceux dont Worms est l'agent seraient données à M. Barel par le directeur de la succursale Worms, pour que les dispositions envisagées pour les opérations soient prises d'un commun accord. En ce qui concerne les hangars et terre-pleins, ceux affectés exclusivement à un armement seraient à la charge de cet armement.
Pour ceux utilisés en commun, les frais de location seraient partagés au prorata des tonnages passant sous hangars ou sur terre-pleins.
Pour les dépenses du personnel magasinier ou commis engagé au mois et travaillant sous hangar, il serait fait application du même régime que celui appliqué aux hangars. La ventilation des frais de hangars et des dépenses de personnel magasinier ou commis engagé au mois travaillant sous hangar serait faite en fin d'année avant tout partage.
A signaler que pour l'année 1937 :

les recettes de manutentions se sont élevées à

F 2.126.785,79

pour un montant total de dépenses de

F 1.516.957,68

soit un bénéfice de

F 609.828,11

ce qui a permis de présenter comme solde créditeur du compte Profits et Pertes représentant le bénéfice de l'exercice 1937

F 508.403,74

En conclusion, les propositions contenues dans cette note ne sont pas de nature à améliorer le profit que nous retirons de notre activité à Nantes, dans les conditions actuelles de notre organisation. Nos services de bureau continueraient à fonctionner comme par le passé, enregistrant le même chiffre de dépenses et le même chiffre de recettes. Le service commun de quai devrait nous procurer un bénéfice net au moins égal à celui que nous obtenons.
Par contre, la Compagnie nantaise y gagnerait, au point de vue moral, de nous avoir sous son toit, et sur la façade de son immeuble, son nom voisinerait avec le nôtre. Elle bénéficierait d'une location, et ses dépenses d'électricité, de chauffage et d'entretien seraient diminuées. Pour les opérations sur quai, la création d'un service commun ne peut être qu'avantageux pour elle.
La Compagnie nantaise rêvait certainement d'un mariage plus complet. Il semble que pour commencer, le projet présenté est suffisant.
Sans doute, puisque les services de bureau coûtant plus qu'ils ne rapportent, nous pourrions donner l'agence complète à la Nantaise, et lui laisser par conséquent le soin de faire toute la besogne dévolue au consignataire (recherche du fret, transit, établissement des comptes d'escales...), toutes les dépenses étant à sa charge, et les commissions sur fret et de transit ou tous autres profits accessoires constituant sa rémunération, mais nous y perdrions une bonne partie de notre personnalité à Nantes, et ce serait s'engager un peu vite pour l'avenir ; malgré la précaution que nous aurions de toute façon à prendre que nous resterions intéressés dans les résultats des opérations de manutentions, au prorata des tonnages chargés ou déchargés pour le compte de chaque armement.
Beaucoup de marchandises en provenance ou à destination de Nantes donnent lieu à l'établissement de forfaits dont les éléments qui les composent intéressent, soit l'armement, soit la succursale, et il n'est pas douteux que, du fait de cette dualité d'intérêts, il est plus facile de s'entendre entre soi qu'avec un agent. D'autre part, la Compagnie nantaise n'a pas la pratique des opérations de transit comme nos succursales, et nous pourrions peut-être avoir à faire les frais de son apprentissage sur des trafics au cabotage national et au cabotage international qu'elle ignore actuellement.
Enfin, certains armements que nous représentons à Nantes, exception faite de la Nochap, comme la Bergenske, l'Argo Reederei, les Messageries maritimes... nous demanderaient vraisemblablement d'examiner la question avant de nous donner leur accord pour passer leur agence à la Compagnie nantaise. Si, plus tard, pour une cause quelconque, nous décidions de nous installer à nouveau pour notre compte, les mêmes hésitations pourraient se reproduire.

Le Havre, le 7 mai 1938
R. Delteil


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