1856.04.24.A Geo Copley - Anglo-French Steamship Cy.Grimsby

Origine : Copies de lettres à la presse n°81 - du 15 avril 1856 au 9 mai 1856

Paris, le 24 avril 1856
Messieurs les Directeurs de la Compagnie anglo-française de navigation à vapeur
à Grimsby
Monsieur Copley, secrétaire

Je vous adresse sous ce pli mon rapport sur le premier voyage du steamer ‘'Eugénie', de Grimsby à Dieppe.
Je vous rends compte fidèle et impartial de tout ce que j'ai vu et constaté en présence de MM. Grandchamp et Mallet et des capitaines Lewis et Muller.
Je fais ressortir le bien comme le mal, et tout en accusant les défauts de distribution intérieure relatifs au commerce du charbon, je suis heureux de rendre justice aux excellentes qualités, dont le navire a fait preuve, comme bonne marche et résistance à une tempête violente.
Vous apprécierez les faits que je vous soumets, et il restera à décider les mesures à prendre.
Mais, j'insiste à l'avance, pour qu'elles soient promptes et énergiques. Autrement, nous compromettrions, dès le début, l'entreprise à laquelle nous portons tous un si grand intérêt.
Veuillez...

Rapport à la Compagnie anglo-française de Navigation à vapeur de Grimsby sur le premier voyage du vapeur à hélice "Eugénie" de Grimsby à Dieppe

Ce navire a quitté Grimsby le samedi 12 avril à 9 heures du soir et n'est entré dans le port de Dieppe que le samedi 19 avril au matin. Mais il était venu de Grimsby devant le port en 36 heures. On avait eu le tort de faire partir le navire un jour coïncidant avec la morte eau au port de Dieppe. Ce cas se présente 4 fois par mois, et le capitaine est prévenu des jours où il doit, à l'avenir, éviter d'arriver à Dieppe.
Mais le retard éprouvé par l'Eugénie' a eu du moins cet avantage que le navire a pu prouver ses excellentes qualités ; il a subi une tempête violente qui l'a chassé loin de Dieppe. Il a parfaitement résisté aux vents et à la mer et le capitaine Lewis déclare n'avoir jamais monté un meilleur navire, gouvernant plus facilement.
A l'entrée à Dieppe, une maladresse du pilote a occasionné des avaries à l'avant du navire, brisant le beaupré, mais c'est un dommage peu important de F 300 environ et le pilote sévèrement puni, ne sera en outre pas payé de son pilotage.
Le lundi 21 courant, je suis arrivé à Dieppe.
Le débarquement du charbon était déjà entrain, marchant fort mal et lentement par suite de causes qui seront expliquées ci-après.
[...] chargements importés à Bordeaux et Dieppe, par navires à voiles ne contenant pas [...] % de menus.
J'attribue ce mauvais état du charbon :
1°) à un mauvais embarquement ;
2°) à la distribution vicieuse de la cale de l'Eugénie', divisée par les compartiments en fer, pour lest à eau, sur lesquels le charbon vient se briser.
Déchargement
Malgré les meilleures mesures prises pour activer le débarquement, il ne s'opère qu'à raison de 120 tonnes environ par jour tandis que sur tous les autres screw colliers, on débarque 250 à 280 tonnes par jour de 12 à 15 heures de travail.
La machine à décharger est trop faible, elle ne peut pas enlever les deux tubs à la fois.
Le volant (ou flying wheel) est aussi trop petit.
Les tubs sont d'un système absurde, ils pèsent 6 quintaux. [...]
Boites à eau ou water ballast
Le système de lestage par boîtes à eau, adopté pour ‘'Eugénie' est inadmissible pour un steamer destiné à porter du charbon. [...]
Le système adopté pour les hélices, qui transportent du charbon à Bordeaux de Cardiff, est bien plus simple et préférable.
[...]
Nombre de tonnes embarquées
‘'Eugénie' n'a reçu à bord, outre son charbon pour les machines, que 519 tonnes comme cargaison. Ce navire a été indiqué par les constructeurs comme devant porter 700 tonnes, différence 180 tonnes ou environ.
[...] mais les capitaines Lewis & Muller déclarent que, jamais ‘'Eugénie', pour naviguer sûrement, ne pourra porter plus de 540 à 550 tonnes au plus, charbon en cargaison, et 60 tonnes pour les machines, soit 600 tonnes en tout. Et ils citent, pour exemple, les steamers ‘'Falcon', ‘'Bordeaux', ‘'Vulture', qui jaugent beaucoup plus qu'Eugénie', et ne portent que 550 tonnes en hiver et 600 en été.
[...]

Résumé

Tels sont, Messieurs, les faits qu'il était de mon devoir de vous signaler, comme l'un des directeurs de notre Compagnie, comme actionnaire et comme affréteur de l'Eugénie'.
Ils m'ont paru si graves que, sans rien préjuger des conséquences, j'ai prié les constructeurs, MM. Samuelson & Cie, en leur envoyant copie de ce rapport, de ne rien faire comme distribution intérieure et water ballast sur les navires en construction avant d'avoir reçu vos instructions.

Paris, 24 avril 1856

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