1978.04.10.De Francis Ley - Banque Worms.Historique de la Banque Worms (1928-1978)

NB : Note de synthèse des renseignements collectés en préparation à la rédaction du livre intitulé Cent Ans, boulevard Haussmann.
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Introduction

Nombreux sont aujourd'hui encore les collaborateurs des divers départements de Worms et Cie qui se souviennent d'avoir participé en 1948 à la célébration du centième anniversaire de la fondation de la Maison. Un "Livre du Centenaire" (1848-1948) a fort bien retracé alors l'histoire de la progression et de la consolidation d'une entreprise qui était devenue, à la veille de la grande guerre de 1914-1918, la première affaire en France d'importation et de commerce de charbons étrangers, et l'une des importantes sociétés d'armement maritime de notre pays.
Au moment de fêter le 50ème anniversaire de la création des "Services bancaires de MM. Worms et Cie", actuellement la "Banque Worms", il nous semble intéressant de rappeler les étapes qui ont marqué depuis 1914 l'expansion continue, et à une bien plus grande échelle qu'auparavant, de notre Maison.
Cette évolution, de plus en plus accélérée, porte l'empreinte de chefs de Maison non seulement aptes à s'adapter à leur temps, mais aussi capables de la prévoir. D'autre part, elle est ponctuée par des événements planétaires marquants, telles les deux guerres mondiales et les diverses crises économiques qui ont tantôt stimulé, tantôt menacé le développement de la Maison Worms. Ces données rendent donc son histoire particulièrement attachante.
La création d'un troisième département de MM. Worms et Cie, celui de la construction navale, est la conséquence tant de la guerre de 1914-18, que de la volonté de M. Hypolite Worms (1889-1962) d'entreprendre une oeuvre pressante d'intérêt national.
M. Hypolite Worms, entré en 1910 dans la Maison fondée par son grand-père, en devenait associé-gérant le 1er janvier 1916, au moment où M. Henri Goudchaux, qui avait tant participé jusque là au développement de la société, se voyait obligé de se retirer étant gravement malade. A partir de cette date, M. Hypolite Worms fut le véritable chef de Maison. Or, dès 1913, il avait eu, en raison de sa qualité d'armateur, des contacts avec M. Anatole de Monzie, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande. En 1916, la guerre sous-marine menée par les forces navales allemandes se révéla particulièrement néfaste et meurtrière pour la marine de commerce française.
M. Anatole de Monzie, qui occupait toujours le même poste au gouvernement, lança alors un appel à trois groupes industriels et financiers (Schneider, Paribas et Worms) en vue de promouvoir de nouveaux chantiers de construction navale, destinés à assurer le plus tôt possible la reconstitution de notre flotte. Sur le champ, M. Hypolite Worms répondit favorablement à cet appel et c'est ainsi que la Maison entreprit l'achat, dès le début de décembre 1916, des six premiers terrains du domaine industriel qui allait être créé sur la petite commune du Trait (Seine maritime), entre Rouen et Le Havre.
Le choix du site avait été déterminé en fonction des possibilités qu'offrait le voisinage de l'Angleterre en approvisionnements dont l'économie de guerre de la France avait besoin, alors qu'une partie des territoires les plus industrialisés de celle-ci se trouvait occupée par l'envahisseur. Pour mener à bien cette importante oeuvre qu'était l'édification d'un chantier naval, M. Hypolite Worms fit appel à M. Georges Majoux, ancien directeur des Services maritimes de la Maison, devenu son associé. Vingt cinq hectares de terrains furent ainsi rassemblés, sur lesquels des ateliers de 36.000 m2 furent construits, plus huit cales et une cité ouvrière, "cité-jardin" modèle à l'époque. En 1919, les bâtiments étaient terminés et le travail pouvait commencer, en particulier dans les ateliers de tôlerie. La première quille fut posée dans la cale n°3, le 6 mai 1920 et le premier lancement de navire eut lieu le 29 novembre 1921. Il s'agissait d'un cargo charbonnier de 4.700 tonnes, le "Capitaine Bonelli" au baptême duquel assista M. Rio, nouveau sous-secrétaire d'État à la Marine marchande. Deux autres navires charbonniers allaient suivre : le "Chef Mécanicien Ad. Blanc" lancé le 25 février 1922 et le "Capitaine Le Diabat" mis à flot le 10 mai de la même année. Quand, en juin 1925, M. Georges Majoux prit sa retraite, 24 unités de divers types avaient déjà été lancées et le village du Trait, de 380 habitants à l'origine, était devenu une "cité-jardin" ouvrière de près de 4.000 personnes.
Après le départ de M. Georges Majoux, la Maison ne comptait plus que deux associés-gérants : M. Hypolite Worms et M. Michel Goudchaux. M. Hypolite Worms pensa alors qu'il serait bon de renforcer le nombre des responsables de la Société. Dès la fin de 1925, il s'ouvrit à l'un de ses amis, M. René Thion de La Chaume, président de la Banque de l'Indochine, de son désir d'adjoindre à la direction de sa Maison une personnalité de valeur. C'était l'époque où les trésoreries des affaires industrielles et commerciales étaient à l'aise et M. Worms en tant que négociant, armateur et constructeur de navires s'en rendait bien compte. Aussi fut-il attiré par le choix éventuel d'un financier pour le poste en question. De concert avec M. Thion de La Chaume il fit pressentir certains inspecteurs des finances pour savoir s'il y en avait parmi eux qui désiraient "pantoufler". Dans le courant de février 1926, M. Thion de La Chaume, qui avait également des problèmes de direction à résoudre, eut recours à M. Paul Baudouin pour les fonctions d'inspecteur général et à partir de 1931 de directeur général de la Banque de l'Indochine. Pour sa part, M. Hypolite Worms prit à ses côtés, en mai 1927, comme directeur général de la Maison, M. Jacques Barnaud, ancien directeur des services techniques du cabinet du ministre des Finances, M. Loucheur (1925) et directeur adjoint du mouvement général des fonds (1926).
L'esprit créateur et d'entreprise, qui était le partage de Messieurs Worms et Barnaud, allait présider à leur entente et à leur étroite collaboration ; dès le début de janvier 1930, M. Jacques Barnaud était désigné comme associé-gérant de la Maison. Mais entre-temps déjà, d'importantes décisions avaient été prises qui allaient donner par la suite à MM. Worms et Cie de nouvelles dimensions : la création des "Services bancaires" en 1928 ; le sauvetage puis la prise de contrôle de la "Compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur" en 1929-1933.

Première partie
Création et débuts des "Services bancaires" Worms et Cie
de 1928 à 1939

Après un "tour de Maison" qui le conduisit aux Ateliers et Chantiers du Trait, puis aux agences implantées en Angleterre et en Égypte, M. Jacques Barnaud vint occuper effectivement à Paris, au printemps de 1928, son poste de directeur général. A l'époque MM. Worms et Cie comptaient trois départements qui se répartissaient la triple activité de la Maison.
Les "Services charbonniers", dirigés par M. Louis Vignet, lui-même secondé par M. Maurice Ragot et par la suite par M. Michel Leroy, importaient du combustible anglais, des fournitures de soute et des agglomérés de houille en provenance principalement du Pays de Galles. Depuis la grande guerre ils s'approvisionnaient également auprès des bassins houillers de la Ruhr et de Pologne où deux agences avaient été ouvertes. Leur activité demeurait l'une des plus importantes de la profession en France.
Les "Services maritimes", sous la vigoureuse direction du commandant Delteil exploitaient les lignes de cabotage national le long des côtes de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord. En plus de celles qui desservaient l'Angleterre, la Belgique et les Pays-Bas, ils avaient ouvert de nouvelles lignes de cabotage international vers l'Allemagne (Hambourg) et la Baltique orientale (Dantzig, la Lettonie et Leningrad). Leur flotte, détenue en toute propriété, était constituée de 23 steamers dont la majeure partie portait le nom d'un grand cru bordelais en souvenir des premières lignes partant de Bordeaux vers le nord et même vers l'Espagne.
L'ensemble de la Maison possédait alors vingt agences en France (dont une à Alger), quatre agences en Angleterre, trois en Égypte, deux en Allemagne ainsi qu'en Pologne, une en Espagne, en Belgique, en Hollande en Russie et en Tchécoslovaquie.
La construction navale des "Ateliers et Chantiers du Trait", après la retraite de M. Georges Majoux, était dirigée par M. Henri Nitot avec une compétence incontestée. Plus de quarante navires de toute nature avaient été lancés (charbonniers, cargos, cargos-mixtes, chalutiers, remorqueurs etc.) et le beau pétrolier "Orkanger", de 12.000 tonnes, destiné à l'armement norvégien Westfal-Larsen allait être mis à flot le 20 mai 1928.
L'ensemble des trésoreries des trois départements de la Maison Worms représentait une masse relativement importante dont la gestion pouvait devenir plus rentable. M. Hypolite Worms avait été frappé, lors de son séjour auprès des agences de la Maison situées en Angleterre, par la nature variée des services que les "merchant-bankers" étaient à même de rendre à leur clientèle. Toutes ces "merchants-banks" avaient commencé par être de simples maisons de commerce qui, en grandissant, avaient accepté des traites tirées sur elles en règlement de leurs transactions commerciales. Ces acceptations avaient peu à peu été données en faveur de tiers et s'étaient étendues au commerce international. C'est ainsi que de telles maisons, en grandissant, étaient devenues des "merchant-banks". D'autre part M. Hypolite Worms avait été sensibilisé par la montée de la concurrence que le mazout commençait à faire au charbon. Il pensa qu'à une échéance plus ou moins brève, il fallait créer un nouveau département de la Maison pour compenser la diminution inévitable de l'activité charbonnière. Aussi, avec le concours de M. Jacques Barnaud, décida-t-il de fonder les "Services bancaires" de MM. Worms et Cie. Le franc venait d'être "stabilisé" par Poincarré le 25 juin 1928 ; la réévaluation de l'encaisse or de la Banque de France permettait d'effacer les avances faites à l'État et, semblable aux deux précédentes années, 1928 se présentait encore comme une période euphorique pour les banques qui voyaient affluer les dépôts à leurs caisses.
Avec l'accord de M. Worms, M. Barnaud demanda à M. Henri Ardant, alors secrétaire général de la "Société générale ", de lui déléguer un cadre capable de mettre en marche le département bancaire projeté. C'est ainsi qu'entra dans la Maison, le 4 juillet 1928, M. Ferdinand Vial, inspecteur de la "Société générale" (et ancien directeur d'une de ses agences), avec le titre de "chef des Services bancaires" de MM. Worms et Cie. Mais ce qui donne date certaine à cette création, c'est la modification apportée à l'inscription au registre du commerce de la Seine, en date du 11 juillet 1928, qui stipule : "ajouter à l'objet social : opérations de banque et de change" - mention précédemment omise. Simultanément, cette modification entérinait la nomination de M. Jacques Barnaud comme directeur général de la Maison Worms.
Dès le 1er janvier 1929, M. Barnaud faisait appel à M. Erwyn Marin, cadre au ministère des Finances, qu'il avait connu et apprécié rue de Rivoli, et au début de juillet de la même année à M. Gabriel Le Roy Ladurie, directeur à Katowice de la Banque franco-polonaise, filiale de Paribas, dont il connaissait l'activité exemplaire.
Les premières opérations traitées par les nouveaux services bancaires furent principalement des opérations par signature (acceptations de banque) dans l'esprit des "merchant-banks". Une partie de la clientèle habituelle des autres départements de la Maison devint petit à petit cliente du département bancaire. Les liens de famille et les bonnes relations des associés et de la direction, permirent aussi de s'attacher un certain nombre d'affaires dans diverses branches de l'industrie. Les Fauchier-Delavigne favorisèrent l'établissement de relations dans le domaine du papier, les Lebel, dans le secteur de l'alimentation, les Leroy, dans celui des transports et des constructions métalliques, pour ne citer que ces trois exemples.
Les opérations par signature amenèrent l'escompte du papier commercial qui à son tour renforça rapidement les dépôts. Ces dépôts permirent de nouvelles opérations ; l'activité de la banque commerciale se trouvait donc bien amorcée.
Mais bientôt, les Services bancaires s'intéressèrent aux opérations financières et aux prises de participations, orientant ainsi leur activité vers celle d'une banque d'affaires.
A la fin de 1929, la Compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur se trouvait en difficultés. La reconstitution de sa flotte après la grande guerre pesait lourdement sur sa trésorerie et la grave crise qui se mit à sévir sur les produits coloniaux obligea la compagnie à rechercher une aide extérieure. M. Hypolite Worms fut pressenti car ses Services maritimes au canal de Suez et son département de construction navale au Trait, comptaient la compagnie parmi leur clientèle. Après une sérieuse étude, M. Worms, en tant qu'armateur estima que cette société méritait d'être sauvée. Il constitua le 26 mai 1930, avec le concours du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie, le Comptoir national d'escompte de Paris, Schneider et Cie, la Compagnie générale des colonies et d'autres, une Société d'exploitation de la compagnie havraise péninsulaire de navigation à vapeur au capital de 5 millions de francs. M. Worms en assuma la vice-présidence et demanda, en outre, à M. Barnaud, et au commandant Denis, le vigoureux secrétaire général de la Maison, de représenter MM. Worms et Cie au conseil. La grande crise mondiale qui commençait alors, en particulier dans le domaine maritime, empêcha la Société d'exploitation d'effectuer le redressement espéré et la compagnie fut mise en liquidation amiable. Par acte du 29 décembre 1933, le liquidateur fit apport de l'ensemble de l'actif de la compagnie à la Société d'exploitation, à charge pour elle d'en payer tout le passif. Après règlement de cette transaction, l'assemblée générale extraordinaire du 20 mars 1934, décida de transformer la Société d'exploitation en Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation dont la présidence revint à M. Hypolite Worms, présidence qu'il conservera jusqu'à sa mort en 1962. Ainsi, par le biais d'une opération courageuse de sauvetage, la Maison Worms doublait l'activité de cabotage de ses Services maritimes par l'exploitation d'une compagnie de navigation de longs courriers. Cette dernière possédait en effet des lignes qui desservaient le Golfe persique, l'océan Indien et Madagascar. Mais il fallut encore à M. Hypolite Worms, à la nouvelle compagnie et à M. Anatole Bucquet, son directeur général, beaucoup de ténacité et un effort soutenu pour faire traverser à la société la crise des frets qui continuait à sévir et ce ne fut qu'en 1937 que ses résultats redevinrent bénéfiques. Le risque avait été grand, mais le pari fut finalement gagné. La Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation allait devenir l'un des beaux fleurons du Groupe Worms.
Bien d'autres opérations de banque d'affaires eurent lieu entre 1928 et 1939. Nous ne rappellerons ici que les plus significatives.

De 1925 à 1929, M. Hypolite Worms avait déjà siégé au conseil d'administration de la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics "SFEDTP" qui faisait alors partie du groupe Homberg.
Après le krach de ce dernier durant la grande crise, Lazard Frères, Worms et Cie et la Banque de l'Indochine, sauvèrent la SFEDTP et en décembre 1931, M. Worms reprenait sa place au conseil et la garda sa vie durant.
Dans le courant du deuxième semestre de 1930, MM. Worms et Cie prirent une participation dans la Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage. A l'assemblée générale du 24 juin 1931, M. Barnaud était désigné comme administrateur, poste qu'il occupa jusqu'en 1940.
MM. Worms et Cie détenaient des intérêts dans le groupe d'Air Union. A la suite de la loi du 11 décembre 1932 qui établissait le statut de l'aviation marchande, un accord intervint entre les diverses compagnies aériennes et le gouvernement. Cet accord déboucha, à la fin du mois d'août 1933, sur la constitution définitive de la société Air France. M. Jacques Barnaud fit dès lors partie du nouveau conseil d'administration et y représenta les intérêts de la Maison.
En février 1931, les Services bancaires avaient délégué M. Erwyn Marin auprès des Établissements Marret-Bonnin, Lebel et Guieu dont la marche donnait des inquiétudes.Cette affaire exploitait un fond de fondeur d'or et de métaux précieux ainsi qu'un département bancaire et subissait de plein fouet les conséquences de la crise diamantaire et boursière. Elle finit par conclure, le 22 novembre 1932, un accord avec ses banquiers dont MM. Worms faisaient partie. Ceux-ci firent nommer M. Erwyn Marin administrateur-délégué des Établissements Marret-Bonnin, Lebel et Guieu et confièrent à M. Jacques Barnaud, la responsabilité de la réorganisation et de la gestion de cette société. En 1938, le redressement était réalisé et en 1942, M. Erwyn Marin prenait la présidence du conseil d'administration de cet établissement. Indiquons ici dès maintenant et par anticipation, que par acte du 28 juin 1948, les deux départements firent l'objet d'une cession : les métaux précieux furent repris par le Comptoir Lyon-Alemand et le département banque donna naissance à la Société de financement, participation et gestion. MM. Worms et Cie en trouvant la solution, avaient présidé à la bonne fin de ces diverses opérations.
Le déplacement qui s'avéra définitif de M. Erwyn Marin, aux Établissements Marret-Bonnin, Lebel et Guieu, nécessita la reconstitution des cadres de direction des Services bancaires de Worms et Cie. Aussi la Maison fit-elle appel, dès octobre 1932, à M. Raymond Meynial, jeune inspecteur de la Société générale, plein d'allant et de possibilités, qui fut promu le 1er janvier 1933 fondé de pouvoirs des Services bancaires. Ce département prenant de plus en plus d'extension, la Maison s'attacha, en juillet 1934, la collaboration comme fondé de pouvoirs de M. Lucien Guérin qui exerçait jusque là les mêmes fonctions à la Banque de Suède et de Paris et qui était très au fait du courant d'affaires avec les pays nordiques et Scandinaves. Ainsi, progressivement, les Services bancaires nouèrent-ils des relations privilégiées avec le nord de l'Europe.
A la fin de 1934, un groupe de banques à la tête duquel se trouvaient la Banque de l'Indochine, Worms et Cie et le Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie, procéda à la réorganisation financière de la Société d'entreprises de grands travaux hydrauliques "EGTH". En novembre 1936, M. Paul Baudouin, directeur général de la Banque de l'Indochine, assuma la présidence de cette société et MM. Worms et Cie furent représentés au conseil par Messieurs Rigal, Rialan et Lauret. Ce dernier devenait à son tour président en 1939. En anticipant, indiquons encore que durant la Deuxième Guerre mondiale, la Banque de l'Indochine s'assura de la majorité au conseil et présida dès lors aux destinées de la société EGTH, mais toujours avec l'aide de Worms et Cie.
A l'occasion de l'augmentation de capital de 12 à 14 millions, selon décision du conseil d'administration du 25 octobre 1934, l'Entreprise Albert Cochery fut l'objet d'une prise de participation de la part de MM. Worms et Cie qui obtinrent en conséquence un siège au conseil. Ce siège allait être occupé quelque temps après par M. Guy Brocard auquel les Services bancaires avaient fait appel en janvier 1937. Il entrait dans la Maison en qualité de fondé de pouvoirs après avoir été inspecteur du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie et de la Société générale alsacienne de banque. Aussi lui apportait-il déjà une solide expérience.
Un changement allait s'opérer, fin juin 1936, à la tête des Services bancaires. M. Ferdinand Vial quittait le département pour d'autres fonctions dans le Groupe Worms. M. Gabriel Le Roy Ladurie, dont l'activité incessante, la haute compétence, les ressources étendues en contacts humains et une qualité réelle de meneur d'hommes avaient été unanimement reconnues, se trouvait nommé directeur des Services bancaires, poste de direction qu'il assuma pleinement et dans toute l'acception du terme.
M. Hypolite Worms, très attentif au problème de ravitaillement en produits pétroliers, créait le 28 janvier 1936, avec le concours d'un groupe anglais ami, MM. Johns I. Jacobs, la Société de courtage et d'affrètement pétrolier "Socap" SA, dont M. Jean Nelson-Pautier fut le directeur général. Celle-ci avait pour objet l'importation, le transit et le commerce des huiles minérales de pétrole et dérivés, l'affrètement de navires citernes et le transport en général de tout produit pétrolier. M. Nelson-Pautier, formé par la société de courtage pétrolier anglaise Davies and Newman, mena l'affaire avec beaucoup d'intelligence, d'esprit de conciliation et de tact, de telle façon qu'elle était devenue de très loin, en 1939, la première société de courtage d'affrètement pétrolier en France. M. Raymond Meynial l'aida dans sa tâche en représentant la Maison au conseil d'administration de la Socap.
Malheureusement la guerre et l'occupation obligèrent la société à se dissoudre en octobre 1940 en raison de la participation anglaise. Mais l'affaire allait renaître en février 1941, sous forme de la Socomet (Société de courtage maritime et d'Étude) et nous la retrouverons à ce moment là.
De son côté M. Pierre Poulain fondait le 26 février 1936 la Société des transports maritimes pétroliers "SMTP". Elle avait pour objet "toutes opérations de toutes natures relatives à l'industrie et au commerce de la navigation" et plus particulièrement des pétroliers. Jusqu'à la deuxième guerre mondiale, elle n'arma qu'un seul pétrolier, le "Brumaire" de 11.840 tonnes, acheté aux Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire-Penhoet, pour la somme de 5.000.000 de francs. Mais le financement de cet achat restait à parfaire. M. Raymond Meynial, qui siégea à partir du 10 mai 1948 au conseil d'administration de la STMP, a retracé lui-même dans des termes saisissants, les événements de cette période :
« La STMP a été créée en 1936, alors que le marché des frets était très bas. Je me souviens fort bien que Pierre Poulain est venu nous trouver, Hypolite Worms et moi-même, pour demander des avances destinées à achever un navire pétrolier, le "Brumaire" de 11.000 TDW. Bien que nous ne connaissions pas à l'époque Pierre Poulain, il nous a convaincus et nous fûmes d'accord pour lui consentir un crédit. Par la suite nous avons appris à le connaître et je pense donner (...) la meilleure preuve de son intelligence et de son adresse en disant que, depuis sa création, aucun actionnaire n'a eu à faire d'apport en argent frais pour que l'affaire soit arrivée à ce qu'elle représente aujourd'hui (en 1971) c'est-à-dire, une fois les dernières commandes livrées, plus de 700.000 TDW. »
C'est ainsi que MM. Worms et Cie avaient été amenés à aider au démarrage de la SMTP d'abord, puis à concrétiser des liens avec elle.
En 1938, la situation politique et militaire de l'Europe allait inciter M. Hypolite Worms à être le promoteur d'une importante société de transports pétroliers. Devant le réarmement intensif de l'Allemagne, certaines personnalités des milieux gouvernementaux et des affaires s'inquiétèrent de la faiblesse des moyens en ravitaillement pétrolier dont disposait la France en cas de guerre. M. Paul Bénazet, député et ancien sous-secrétaire d'État, qui avait été haut commissaire à la guerre en 1925 et 1926, s'occupait à la fin de 1937 d'un projet de loi sur "l'organisation de la nation en temps de guerre". Il était l'ami de M. Gabriel Le Roy Ladurie et lui avait demandé de faire examiner par les services qualifiés de la Maison Worms le problème que posait la mise à disposition de notre pays de nouvelles unités pétrolières. L'étude de ce problème fut confiée à M. Nelson-Pautier, directeur général de la Socap (Société de courtage et d'affrètement pétroliers), créée à l'instigation de M. Worms au début de 1936. M. Hypolite Worms et M. Jacques Barnaud, déjà sensibilisés sur cette question, furent très intéressés par les possibilités qu'offrirait un accord du secteur privé avec les pouvoirs publics, afin d'aboutir rapidement à des solutions concrètes. L'État ne pouvait, en effet, se permettre de se porter lui-même acquéreur d'une flotte pétrolière importante sans attirer l'attention de l'étranger. D'autre part, il ne disposait pas immédiatement des crédits nécessaires. Il fallait donc que l'opération se fasse sous couvert d'une affaire à caractère privé prédominent. Au mois de mars 1938, dix jours seulement après l'envahissement de l'Autriche et l'"Anschluss", M. Le Roy Ladurie fut chargé de fournir aux autorités intéressées un projet de société d'économie mixte destinée à procurer à la nation le nombre de tankers supplémentaires indispensables pour faire face à la gravité de la situation. Le 29 mars 1938, M. Barnaud, au nom de MM. Worms et Cie, soumettait le projet demandé au ministre des Travaux publics, qui était alors M. Jules Moch, son ancien camarade à l'École polytechnique. Parallèlement, le gouvernement prit une série de mesures tendant à renforcer la Défense nationale et en particulier le ravitaillement en carburants (décret du 2 mai 1938). Le décret du 14 juin sur la modification du régime des subventions aux navires citernes pétroliers et le décret du 17 juin 1938 "relatif à l'exécution du plan national de ravitaillement en carburants" ouvrirent la voie à la négociation directe de l'État avec la Maison Worms. Le 22 juillet, MM. Worms remettaient au gouvernement le projet définitif de la constitution d'une société d'économie mixte, dont l'objet était l'acquisition du tonnage jugé nécessaire en nouveaux pétroliers et le 23 juillet 1938, le gouvernement, par lettre de mission spéciale, signée par M. Édouard Daladier, président du conseil et ministre de la Défense nationale, M. Paul marchandeau, ministre des Finances et M. O. Frossard, ministre des Travaux publics, donnait mandat irrévocable à MM. Worms et Cie dans les limites d'une durée de deux mois :
- d'acquérir à l'étranger une flotte de navires pétroliers très récents d'un tonnage de port en lourd minimum de 70.000 Tonnes, tonnage pouvant être porté à 100.000 tonnes ;
- de créer une société dont l'État détiendrait 30% du capital et le secteur privé 70% ;
- de constituer ce groupe privé avec des sociétés exclusivement françaises et de tout premier ordre ;
- en contre-partie l'Office national des combustibles était autorisé à apporter son concours financier, sous forme de prêts ou de garantie de prêts, au financement des investissements en tankers de la société.
Un aussi bref délai et la nature secrète de l'opération donnèrent à cette dernière un caractère impératif d'urgence et de discrétion absolue. Toute la direction de MM. Worms et Cie se mobilisa pour participer à la réussite de cette mission extraordinaire. Elle déploya une activité aussi discrète qu'efficace. M. Barnaud, M. Meynial, M. Brocard firent plusieurs déplacements, tant en Scandinavie qu'en Hollande et en Angleterre, dans le but d'acquérir le plus tôt possible les navires pétroliers indispensables. Ainsi furent achetés, dans un premier temps, cinq pétroliers étrangers dont les noms furent francisés, à savoir, le 5 août 1938 le "Lorraine" et le "Languedoc", à l'armement norvégien Mosvald ; le 12 août le "Champagne" à la société norvégienne Thorvald Berg ; le 17 août le "Bourgogne" à Leif Hoegh and Co (Norvège) et le 10 septembre le "Roussillon" à Th. Brovig (Norvège). Cet ensemble constituait une flotte d'environ 76.000 TDW, ce qui correspondait amplement aux chiffres stipulés par la lettre de mission.
Entre temps, M. Worms et M. Barnaud avaient réuni le groupe d'entreprises privées qui devait détenir 70% du capital de la société à créer. Il s'agissait de MM. Worms et Cie, MM. Desmarais Frères, la Compagnie auxiliaire de navigation, la Compagnie navale des pétroles, Saint-Gobain-Chauny et Cirey et MM. Louis Dreyfus et Cie. Le 19 septembre 1938, l'assemblée générale constitutive de la nouvelle société se réunissait pour élire son conseil d'administration à la tête duquel fut porté M. Hypolite Worms. Elle prit le nom de Société française de transports pétroliers "SFTP" et son capital était fixé à 30 millions de francs.
Le financement des investissements fut complété par un emprunt obligataire de 200 millions de francs, émis en janvier 1939, et par des crédits à long terme.
Se fondant sur les marges du tonnage indiqué dans la lettre de mission, la SFTP, en un deuxième temps, se porta acquéreur de trois nouveaux pétroliers : "Le Franche-Comté" acheté le 29 décembre 1938 à l'armement hollandais Van Ommeren, le "Saintonge" acquis auprès de la société danoise AP Möller le 7 mars 1939 et le "Touraine" de la Stavanger Tank Rederei (Norvège) le 25 mars. A cette date le total du tonnage atteint par la SFTP s'élevait à 115.000 TDW environ, réalisant ainsi et au-delà les objectifs fixés par l'État. Dans le livre "Le Pétrole dans la Paix et dans la Guerre" que le président Edgar Faure faisait paraître en 1939, avec une préface de M. Anatole de Monzie, il est indiqué (p. 168) que le tonnage de la flotte pétrolière française en 1938 était (avant l'intervention de la SFTP) de 241.000 TDW. Les 115.000 tonnes de port en lourd réunies par la SFTP d'août-septembre 1938 à mars 1939, représentaient donc une augmentation du tonnage pétrolier national de près de 50%.
Ce fut là incontestablement une belle et utile réalisation.
L'État sut manifester sa satisfaction devant cette réussite en déléguant M. Anatole de Monzie, alors ministre des Travaux publics, à la réception au Havre des deux premiers pétroliers acquis par la SFTP qui eut lieu le 26 septembre 1938. Messieurs de Monzie et Worms échangèrent à cette occasion des discours vibrants dans lesquels on perçoit leur mutuelle estime et leur amitié.
C'est en mai 1938 que M. Robert Labbé fit son entrée dans la Maison Worms et Cie, comme fondé de pouvoirs à signature unique. Il venait de quitter la rue de Rivoli où il avait été jusque là inspecteur des finances depuis sa promotion en 1931. Il allait devenir associé en 1940 et associé-gérant en 1944, et jouera dès lors un rôle important dans le domaine de l'armement maritime de la Maison.
Dans le courant de la même année 1938, la compagnie d'assurances contre les accidents "La Préservatrice", se trouva en mauvaise posture. Sur les instances du gouvernement, certaines compagnies d'assurances et des sociétés financières furent invitées à soutenir "La Préservatrice" dont la réorganisation incomba au mois de novembre à MM. Worms et Cie. En avril 1939, une nouvelle direction fut mise en place et dès le mois d'août de la même année, le conseil désigna comme administrateur-délégué M. Robert Cousin qui peu après accéda à la présidence. Le rétablissement de la société s'effectua progressivement et M. Raymond Meynial vint en juin 1943 y contribuer vigoureusement en qualité d'administrateur. Épaulée par la Maison Worms, La Préservatrice allait prendre à l'avenir un nouvel essor.
En 1939 également, MM. Worms et Cie apportèrent leur concours financier aux Établissements Japy Frères. Ils assurèrent la réorganisation de l'affaire et souscrivirent à la nouvelle augmentation de capital. Au mois d'octobre 1939, M. Jean Vinson, secrétaire général de "La Préservatrice", entrait au conseil de la société et M. Pierre Pucheu était nommé directeur général. Depuis lors la Maison Worms présida à toutes les opérations financières qui eurent lieu pour permettre aux Établissements Japy de poursuivre leur marche en avant.
C'est aussi en 1939 que M. Hypolite Worms s'intéressa à la Compagnie nantaise des chargeurs de l'Ouest et vint prendre place au conseil d'administration de cette société d'armement maritime, de construction et de location de navires. En anticipant ici encore sur les événements, on peut dire qu'après la guerre, à l'occasion d'une nouvelle augmentation de capital, qui eut lieu en 1946, M. Worms demanda à M. Anatole Bucquet, directeur général de la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation de le rejoindre au conseil de la Compagnie nantaise des chargeurs de l'Ouest.
Juste avant la deuxième guerre mondiale, les Services bancaires de MM. Worms et Cie s'étaient créé, dans le monde, un solide réseau de correspondants étrangers, dont les principaux étaient alors :
A Londres :
- N. Samuel and C° Ltd
- Westminsterbank
- Hambros Bank Ltd
- Lazard Brothers and C° Ltd
A New York :
- Brown Brothers Harrimann and C°
- Guaranty Trust Cy of New York

Durant la période 1928-1939, les autres départements de la Maison avaient également évolué favorablement.
Les Services charbonniers avaient progressivement fait appel à d'autres bassins qu'à ceux du Pays de Galles. Comme ils avaient été chargés de recevoir et de transporter en France le charbon de la Ruhr livré au titre des réparations, une fois ces opérations finies, ils doublèrent leurs achats de charbon allemand entre 1929 et 1937. D'autre part, ils importaient, vers 1930, 15% de la houille polonaise introduite en France. Ils concurrencèrent, à partir de 1931, les célèbres anthracites gallois avec ceux de Hongay. En 1929, les charbons anglais représentaient encore 85% de leurs ventes. En 1937, ce pourcentage était tombé à 60%, les autres 40% étant fournis principalement par l'Allemagne, la Pologne et le Tonkin. Pour donner ici un ordre de grandeur, indiquons que le total des importations en combustibles solides se situait autour de 1.500.000 tonnes par an.
Les Services maritimes, durant cette même période, avaient d'abord consolidé l'exploitation de leurs lignes régulières de navigation de cabotage national entre les ports français de la mer du Nord, de la Manche et de l'Atlantique, et de cabotage international avec l'Espagne, l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Pologne et les pays baltes. Mais il leur fallut bientôt lutter avec ténacité pour traverser la grande crise de 1930-1933.
L'année 1930 fut cependant marquée par l'entrée en service, presque simultanément, de quatre nouveaux navires : "Château-Larose", "Château-Pavie", "Médoc" et "Pomerol" qui étaient une version bien modernisée des anciens caboteurs. Cet événement parut d'autant plus audacieux que l'armement mondial, comme l'armement français, subissait alors les méfaits de la crise généralisée des frets.
A partir de 1936, les échanges commerciaux avec l'Allemagne, la Pologne et les pays baltes faiblirent en raison de la situation politique. Les importations de bois polonais et baltes furent soumises à contingentement. En compensation, les Services maritimes établirent alors une ligne Marseille-ports du nord qui leur permit de se familiariser avec les conditions d'exploitation spécifiques à la Méditerranée. L'ensemble de la flotte possédée en toute propriété était passé de 23 à 25 unités dès 1938. En voici la liste : "Château-Yquem", "Lussac" , "Jumièges", "Château-Larose", "Château-Pavie", "Château-Latour", "Château-Palmer", "Normanville", "Caudebec", "Margaux", Pontet-Canet", "Médoc", "Pomerol", "Le-Trait", "Barsac", "Cérons", "Léoville", "Sauternes", "Listrac", "Pessac", "Bidassoa", "Mérignac", "La-Mailleraye", "Fronsac", ayant tous leur port d'attache au Havre, plus un remorqueur dont le port d'attache était Alger.
Pour donner un ordre de grandeur de leur activité, l'on peut indiquer qu'environ 600.000 tonnes de marchandises étaient transportées annuellement.
Mais les Services maritimes n'avaient pas seulement limité leur objet social au transport maritime. Des activités annexes avaient pris une certaine ampleur comme la consignation, la manutention et le transit. En outre ils avaient obtenu, par arrêté du 6 décembre 1938, une licence de voyages pour leur agence d'Alger, licence qui après la guerre sera étendue au siège de Paris et à plusieurs agences de province.
Enfin, la construction navale aux Ateliers et Chantiers du Trait avait connu une activité intense de 1928 à 1939, et une soixantaine de navires étaient ainsi sortis des cales. Parmi ceux-ci figurent les pétroliers "Mégara" et "Mirza", de 12.000 tdw, lancés respectivement le 29 décembre 1928 et le 20 octobre 1929 pour l'Anglo-Saxon Petroleum Company Ltd, et le seul navire de recherches océanographiques de la France, le "Président-Théodore-Tissier" mis à flot le 23 septembre 1933. Deux réussites méritent encore d'être citées : la construction au Trait de la chaudière et de la machine marine destinées au contre-torpilleur "Cassard" qui allait détenir, à l'époque, le record du monde de vitesse ; le lancement, le 12 octobre 1935, du pétrolier "Shéhérazade" pour la Compagnie auxiliaire de navigation, navire qui avec ses 166,2 m de long, 21,8 m de large, 18.800 tonnes de port en lourd était, au moment de sa mise à flot, le plus grand tanker du monde. L'oeuvre bien commencée par M. Georges Majoux avait été heureusement continuée et élargie par M. Henri Nitot.
Malheureusement les événements internationaux allaient, moins d'un an après, bouleverser la destinée des peuples et avec elle leur équilibre économique et ethnique.

Deuxième partie
Les "Services bancaires" et MM. Worms et Cie
Durant la guerre et l'occupation de la France (1939-1945)

A la déclaration de la guerre, début septembre 1939, bien des membres de la direction de la Maison furent mobilisés et d'autres requis sur place pour assurer la bonne marche de l'entreprise.
Au mois de novembre 1939, M. Hypolite Worms était invité à se rendre auprès de M. Anatole de Monzie, ministre des Transports, qui le reçut en compagnie de M. Rio, ministre de la Marine marchande. Les deux ministres demandèrent avec instance à M. Worms de faire partie du nouveau comité des transports maritimes alors en formation. Dans son livre "Ci-devant" (pp. 178-179), M. de Monzie a joliment décrit cette entrevue historique et ses résultats :
« L'expérience des années 1914-1915 et 1916 nous rend attentifs à l'importance de ce comité des transports maritimes dont nous sommes chargés, Rio, ministre de la Marine marchande, et moi, de désigner les représentants. C'est ainsi que nous sommes amenés à choisir comme chef de la délégation française (devant résider à Londres en liaison avec les autorités anglaises) M. Hypolite Worms, armateur, l'un des trois ou quatre armateurs expérimentés que possède encore le haut personnel de notre flotte marchande. Je connais Hypolite Worms depuis vingt-deux ans, pour avoir éprouvé ses mérites quand j'étais, en 1917, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande.
Dans cet intervalle, il a perfectionné sa technique, accru son autorité, affermi son crédit en Angleterre où il a pris femme et gendre. Il hésite, discute : Rio et moi insistons. Ce 29 novembre (1939), il part avec l'ordre de mission suivant :
"Monsieur Hypolite Worms est chargé d'une mission spéciale en Angleterre. Il est désigné comme chef de la délégation française à l'exécutif franco-anglais des Transports maritimes, et sera, dans ses fonctions, assisté de M. Cangardel, chef de la mission des transports maritimes à Londres. En cette qualité, il sera plus particulièrement chargé des négociations avec les représentants anglais et des arrangements qui devront être étudiés par l'exécutif des transports maritimes, conformément au programme qui lui sera transmis par MM. Daladier et Chamberlain.
M. Hypolite Worms, assisté de M. Cangardel, sera chargé de représenter la France dans toutes les négociations interalliées relatives à l'achat et à l'affrètement des bateaux-neutres." »
En fait M. Hypolite Worms venait d'être nommé président de la section française de la commission interalliée pour la Marine marchande. Le siège de la mission française était situé au 2, Dean Stanley Street à Londres et le chef de la Maison Worms y arriva donc le dernier jour de novembre 1939, accompagné de son cousin M. Robert Labbé et du directeur adjoint de ses Services bancaires, M. Raymond Meynial. Pour plus de commodité et à l'invitation du ministre britannique, M. Hypolite Worms alla ensuite s'installer dans les bureaux qui lui étaient réservés au Ministry of Shipping, Berkeley Square, juste au-dessus du ministre. Après la débâcle de nos armées et l'armistice, M. Hypolite Worms, usant de ses pleins pouvoirs, prit sur lui la responsabilité de transférer à l'Angleterre la libre disposition de notre flotte marchande réquisitionnée. Le transfert s'effectua selon des accords signés par lui à Londres, le 4 juillet 1940, que l'on nomma par la suite les "accords Worms".
Sa mission terminée et malgré les risques réels que lui faisait courir la présence allemande en France, M. Hypolite Worms jugea qu'il ne pouvait abandonner sa Maison dans les circonstances du moment et pour une durée indéterminée. Il décida de revenir à Paris et dans le courant du mois de juillet, via le Portugal, l'Espagne et Vichy - où il rendit compte de sa mission à l'amiral Darlan - il regagna la capitale. Mais dès l'automne il eut à faire face à de graves difficultés.
L'ordonnance française du 18 octobre 1940, en partie calquée sur la loi raciale allemande (ordonnance du 20 mai 1940), soumettait les entreprises dont les dirigeants n'étaient pas considérés comme de vrais aryens à un contrôle de l'État. Bien que M. Michel Goudchaux ait démissionné le jour même de son poste d'associé-gérant, et que M. Hypolite Worms, né de mère chrétienne, ait été lui-même baptisé dès sa naissance, la Maison Worms fut placée sous la surveillance d'un administrateur-provisoire français, M. Olivier de Sèze, inspecteur de la Banque de France, et sous le contrôle d'un commissaire administrateur allemand, M. Beines von Ziegesar, directeur de la succursale à Cottbus de la "Commerzial-bank". Ce dernier, considéré comme pas assez rigoureux allait être remplacé le 1er juillet 1941 par le Freiherr von Falkenhausen, docteur en droit et fonctionnaire relevant de la Deutsche Bank. Ainsi, pendant toute la durée de l'occupation allemande, en raison d'une mesure arbitraire, MM. Worms et Cie furent-ils le seul établissement bancaire français, en dehors de la Banque de France et des banques étrangères installées en France, qui ait eu à supporter le contrôle d'un commissaire allemand.
Presque simultanément à cette contrainte qui vint s'abattre sur la Maison, M. Hypolite Worms se vit l'objet d'une furieuse et violente campagne de presse de la part des journaux passés au service de la propagande pro-allemande. L'"Oeuvre", "Au Pilori" et "Paris-Soir" (voir les numéros de ce dernier des 21, 22, 23 octobre et 3 novembre 1940), pour ne citer que ceux-là, se déchaînèrent contre le chef de la Maison. Dans "Paris-soir" on pouvait lire : « Comment peut-on tolérer, par exemple, que M. Hypolite Worms, qui fut, pendant la guerre 1939-1940, chef de la délégation française à Londres, puisse encore exercer une activité quelconque ? ». La situation de M. Worms était difficile, d'autant plus qu'il demeurait seul à la tête de la Maison, M. Goudchaux ayant démissionné et M. Barnaud ayant accepté des fonctions officielles.
En effet, en décembre 1939, M. Paul Reynaud, ministre des Finances et M. Yves Bouthiller, secrétaire général du même ministère, demandèrent à M. Jacques Barnaud, en raison de sa qualité d'ancien directeur adjoint du mouvement général des fonds, de prendre en main le département des finances extérieures, en particulier des disponibilités en devises, du contrôle des achats à l'étranger et de leur règlement en devises. Au moment de l'exode, en juin 1940, le ministre de la Marine marchande fixa à MM. Worms et Cie la ville de Nantes comme base de repli. M. Jacques Barnaud s'y rendit avec une partie de la Maison, ceci en l'absence de M. Hypolite Worms qui se trouvait encore en mission à Londres. De là, M. Jacques Barnaud fut appelé à Bordeaux par M. Yves Bouthiller, devenu ministre des Finances, qui le nomma sur l'heure, aux questions économiques franco-allemandes, adjoint de M. Léon Noël, délégué général du gouvernement pour les régions occupées. Cette mission ne dura que jusqu'à la fin du mois de juillet 1940. Le 14 juillet, dans le nouveau ministère, M. René Belin était devenu ministre du Travail et de la Production Industrielle à Vichy. Il appela à lui M. Jacques Barnaud pour lui confier le poste de directeur de cabinet. C'est ainsi que l'un des associés d'Hypolite Worms, fut amené, à titre personnel, à accepter des fonctions officielles jusqu'à l'occupation totale de la France, en novembre 1942, époque où il démissionna après avoir mené pendant deux ans une lutte serrée pour retarder au maximum la mainmise de l'Allemagne sur l'industrie et la main-d'oeuvre françaises. M. Robert Aron a fort bien décrit ce combat d'arrière-garde dans son "Histoire de l'Épuration" (T. III (1), pages 118 à 131 et 149 à 153). Une partie des services de la Maison se trouvait donc installée provi-soirement à Nantes. Le département bancaire continuait à Paris, avec un effectif restreint, à poursuivre ses activités sous la conduite de M. Gabriel Le Roy Ladurie, directeur, et de M. Raymond Meynial, directeur adjoint. Les rapports avec le commissaire allemand incombaient essentiellement à M. Le Roy Ladurie qui maîtrisait parfaitement la langue allemande. La tâche était délicate car le commissaire voulait tout voir et tendait à rabattre vers les guichets bancaires de la Maison des opérations que celle-ci ne désirait nullement traiter.
Afin de soustraire, dans la mesure du possible, la Maison Worms au contrôle exercé par l'autorité d'occupation et pour permettre également à la clientèle d'effectuer avec plus de liberté aussi bien des dépôts que des opérations de banque de toutes natures, M. Hypolite Worms et ses collaborateurs, M. Le Roy Ladurie et M. Raymond Meynial, décidèrent de créer une succursale des Services bancaires en zone libre. Dans cette perspective, la place de Lyon parut d'abord convenir, mais finalement c'est la ville de Marseille qui offrit, dans les circonstances du moment, l'accueil le plus favorable à l'implantation projetée. La nouvelle agence fut ouverte le 1er novembre 1940, hébergée par les Services maritimes et mise en route par M. Lucien Guérin qui se trouvait promu "délégué de la direction générale en zone libre". Pour desserrer encore un peu plus l'étreinte de l'occupation en zone nord, et la menace virtuelle qui pesait sur la zone sud, il fut décidé de fonder une deuxième agence des Services bancaires, cette fois de l'autre côté de la Méditerranée, à Alger. La direction avait fait appel, début 1941, à M. Robert Dubost qui avait acquis une solide formation à la Banque franco-chinoise à Lyon. Le 1er juin, bénéficiant encore de l'hospitalité des Services maritimes, la succursale d'Alger voyait le jour sous la direction de M. Lucien Guérin et de M. Robert Dubost. La nouvelle agence se développa rapidement mais se trouva coupée, lors du débarquement américain en novembre 1942, de tout contact avec la métropole. Réduite à ses propres forces, elle continua à grandir et à prospérer avec vigueur.
Durant la guerre 1939-1944, c'est-à-dire pendant une période particulièrement difficile, MM. Worms et Cie et leurs Services bancaires continuèrent à réaliser des opérations financières et de participation. Leur activité sur le marché financier s'opéra le plus souvent de concert avec un groupe de banques. Seules les opérations les plus importantes seront évoquées ici.
C'est à l'occasion de la transformation de SARL en société anonyme, par acte du 23 septembre 1940, de la Manufacture centrale des machines agricoles C. Puzenat et la création par celle-ci de parts bénéficiaires que Worms et Cie entra au conseil de cette société.
Au début de 1941, la Maison créait la Société de courtage maritime et d'études (SARL) qui, en fait, reprenait la suite de la Société de courtage et d'affrètements pétroliers, dissoute obligatoirement à la fin de 1940, en raison de la présence d'intérêts anglais. En juin 1941, elle fut transformée en société anonyme et devint la Société de courtage maritime et d'études (Socomet) au conseil de laquelle siégea M. Raymond Meynial aux côtés de M. Jean Nelson-Pautier qui en assumait la présidence.
MM. Worms et Cie s'intéressèrent en septembre 1941, aux Mines de Charrier et à la fin d'octobre ils préparèrent la cotation en bourse des actions des Établissements Japy Frères, ainsi qu'une augmentation de capital des Entreprises Albert Cochery. Les Services bancaires servirent aussi comme établissement réservataire de l'émission d'actions nouvelles des Entreprises de grands travaux hydrauliques et assurèrent l'introduction à la Bourse de Paris des titres de La Préservatrice, en décembre 1941.
Au commencement de l'année 1942, la Société Worms et Cie assumait le service financier de l'augmentation de capital de dix millions de la Société générale des matières grasses et figurait parmi les membres du conseil d'administration, représentée par MM. Foulonneau et Pitavino. Cette affaire détenait plus de 30.000 titres des Établissements Fournier-Ferrier qui furent ainsi indirectement contrôlés par Worms.
En juin 1942, les Services bancaires procédèrent aux opérations d'augmentation du capital de la Société des produits chimiques des terres rares et M. Raymond Meynial représenta Worms et Cie au conseil d'administration alors qu'à la même époque, M. Gabriel Le Roy Ladurie, à l'occasion également d'une élévation de capital, siégea au conseil de la Société française des sablières.
Un nouvel emprunt obligataire de 200 millions fut décidé dans le courant de juin 1942 par la Société française de transports pétroliers et émis par les soins des services financiers de Worms et Cie. Une augmentation de capital de la Société des peintures Astral Celluco eut lieu en septembre de la même année, sous les auspices des Services bancaires de Worms.
Au commencement de l'année 1943, la société Worms et Cie apporta son aide au doublement de capital de "La Préservatrice-Vie". En février, la Maison patronna l'émission des actions nouvelles des Ateliers Moisant Laurent Savey, de même que l'introduction sur le marché financier, au mois de mars, d'un emprunt obligataire émis par les Établissements Japy Frères.
En compagnie de la Banque transatlantique, du Crédit algérien, du Crédit commercial de France, des banques Bonnasse et Maurel Frères, MM. Worms et Cie assuraient, fin 1943, le placement d'un emprunt obligataire émis par les Établissements Fournier-Ferrier dont ils détenaient le contrôle.
Au début de 1944, les Services bancaires dirigèrent les opérations d'une augmentation de capital de la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation, société qui faisait partie de leur groupe. A la même date, la Maison s'intéressa à la réorganisation financière et à l'accroissement des capitaux sociaux des grands magasins "Au Bon Marché", opération à laquelle participèrent également Vernes et Cie, et Odier-Bungener et Cie.
Tant bien que mal, les Services bancaires avaient réussi à s'organiser pour faire face à la période de guerre et d'occupation. Les autres départements de la Maison eurent à souffrir bien davantage encore des événements et de la situation néfaste qui en découlait.
Les Services charbonniers, coupés de leurs sources de ravitaillement (Angleterre, Pologne, Tonkin) durent effectuer une conversion totale pour le temps des hostilités. Ils ne traitèrent plus que sur le marché intérieur : achats auprès des bassins français et ventes aux grossistes et surtout aux foyers domestiques directement.
Parallèlement ils se lancèrent dans l'exploitation de plusieurs tourbières situées près de Nantes, Angoulême, Bayonne, et dans le Finistère. La plus importante, celle de Crossac, près de Nantes, employait plus de 250 personnes. De concert avec la Société française des charbonnages du Tonkin, MM. Worms et Cie entrèrent comme associés, le 4 décembre 1941, dans la SARL des tourbières de l'Essonne qui dura jusqu'en 1946.
Par ailleurs une nouvelle activité fut également trouvée dans l'exploitation forestière (poteaux de mines, traverses de voies ferrées, planches, charbon de bois etc..) - ceci aussi bien dans le sud-ouest de la France qu'en Normandie. La Maison s'intéressa alors à la fondation, le 24 décembre 1941, de la Compagnie centrale d'exploitation forestière au conseil d'administration de laquelle un siège lui fut réservé.
Ces diverses activités de remplacement, mises en place durant la période des hostilités, permirent d'assurer un emploi à un nombre important de membres du personnel et d'éviter aux plus jeunes la réquisition du "STO" (Service du travail obligatoire en Allemagne).
Les Services maritimes eurent leur flotte réquisitionnée pendant la durée de la guerre. Leurs navires furent placés sous le contrôle de la direction des Transports maritimes du ministère des Travaux publics et des Transports. Après l'armistice de 1940, les unités qui se trouvaient en zone libre ou en Afrique du Nord furent encore utilisées, jusqu'en novembre 1942, par la fraction de la direction des Services maritimes repliée à Marseille et toujours bien entendu, sous le contrôle de la direction des Transports maritimes. A la fin de 1941, le s/s "Guilvinec" (commandant François Desquez) était torpillé en baie d'Arcachon par un sous-marin italien. En janvier 1942, le s/s "Jumièges" (commandant André Mataguez) disparaissait corps et biens. En novembre 1942, les quelques bateaux qui se trouvaient dans les ports de la zone libre furent saisis par les Allemands. Ceux demeurés en Afrique du Nord continuèrent à naviguer pour les besoins des "Forces françaises libres". En 1943, le s/s "Château-Yquem" était torpillé à sa sortie d'Ajaccio. Plus heureux, le s/s "Château-Latour" participa en 1944 aux opérations de libération en Corse et en Provence. Quand, à la fin des hostilités, on fit les comptes, les Services maritimes avaient perdu 14 unités sur les 24 que comptait leur flotte ! Les quatre plus beaux bâtiments se trouvaient détruits : le "Château-Yquem" (3.358 tdw), le "Jumièges" (2.550 tdw), le "Château-Larose" (2.500 tdw), et le "Lussac" (2.755 tdw). Deux navires avaient été séquestrés par la Marine britannique et l'un d'eux perdu sous pavillon anglais.
Les constructions maritimes aux Ateliers et Chantiers du Trait eurent à subir, dès le deuxième semestre de 1941, en 1942 et en 1943, de nombreux bombardements aériens. Contraints de travailler pour la puissance occupante les Chantiers du Trait réussirent à ne livrer, de 1940 à 1944, qu'un seul sous-marin qui était sur le point d'être lancé lors de l'armistice et qu'un ravitailleur d'escadre "Ostriesland", qui fut récupéré à la Libération et reprit son nom d'origine : "Charente". Les autres unités dont la construction fut exigée par la marine allemande ne furent jamais lancées, les Chantiers du Trait se retranchant derrière les multiples difficultés du moment dont certaines suscitées volontairement par eux-mêmes. Lors de la bataille de la Seine, après le 15 août 1944, les bombardements aériens, les duels d'artillerie et les démolitions systématiques opérées par l'armée allemande en retraite achevèrent la destruction quasi totale des installations du Trait. Le personnel eut à déplorer 28 morts sur les lieux de travail et un nombre égal parmi les habitants de la "cité-ouvrière". Les autres compagnies de navigation du Groupe connurent également d'importantes difficultés et subirent de grosses pertes pendant la guerre.
La Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire vit, comme les autres compagnies, sa flotte réquisitionner par le service des Transports maritimes de la Marine marchande. Elle géra donc, pour compte de l'État, sa flotte composée de 10 navires dont le "Malgache" (8.960 tdw), qui était à l'époque l'une des plus belles unités de la flotte de commerce française. Mais à partir de juin 1940, cette flotte commença à être éprouvée. Le "Ville-de-Reims" était saisi par les autorités allemandes le 24 juin 1940; le "Ville-de-Metz", réquisitionné par les Allemands le 4 août 1940, fut envoyé dans la Baltique où il disparut, le Malgache", réquisitionné à la même date par la Marine allemande, subit une grave avarie par l'explosion d'une bombe. De mars à juillet 1941, quatre navires furent arraisonnés par l'amirauté britannique et passèrent sous pavillon anglais. Le "Ville-de-Rouen" et le ""Ville-de-Tamatave" furent coulés en mer au service des alliés, respectivement en décembre 1942 et janvier 1943. Le 8 novembre 1942, le "Ville-de-Havre" était coulé sous Casablanca et le ""Ville-d'Oran" se mettait au service des alliés. Enfin le "Condé" pris par les Allemands en mars 1943, était envoyé par le fond, près de Nice, en août 1944.
De son côté, la Société française de transports pétroliers - "SFTP" eut bien des ennuis à supporter pendant les hostilités. Au moment de l'armistice de 1940, la situation de sa flotte était la suivante :
- les pétroliers "Languedoc", "Franche-Comté" et "Saintonge" étaient saisis par le gouvernement anglais ;
- le "Touraine" était immobilisé dans le port de la Nouvelle-Orléans ; le "Bourgogne" et le "Limousin" se trouvaient eux aussi immobilisés à la Martinique ;
- les "Lorraine", "Champagne", "Roussillon" et "Dauphiné" étaient à l'abri dans des ports d'Afrique du Nord ;
- le "Picardie" n'était plus qu'une épave à Oran ;
- le "Vendée" et le "Capitaine-Damiani" subissaient d'importantes réparations, l'un à Saint-Nazaire, et l'autre à Marseille. Enfin le "Phoenix" avait disparu près d'Istamboul.
Par la suite le "Lorraine" fut détruit à Oran le 9 novembre 1942, et le "Dauphiné" se saborda à Toulon le 27 novembre 1942 ; le "Saintonge" servit les Forces françaises libres ; le "Touraine" fut réquisitionné par les États-Unis et navigua sous pavillon panaméen ; le "Champagne", pris par les Allemands en janvier 1943, fut torpillé par la marine britannique près de Bastia ; le "Franche-Comté", réquisitionné par l'Angleterre, navigua pour le compte de la marine britannique pendant toute la guerre ; le "Picardie" avait été réduit à l'état d'épave dès le 1er février 1940 ; le "Vendée" s'échouait le 26 février 1940 près de Saint-Nazaire et fut renfloué et conduit dans la Grande Forme Jean Bart, pour y être réparé. En 1945, sur les dix pétroliers possédés par la SFTP, il ne restait plus que cinq valides.

Mais voici le temps de la Libération du territoire national. La Maison Worms eut alors de nouvelles épreuves à traverser. Pendant l'occupation, la présence du commissaire allemand et les contacts que MM. Worms et Cie furent astreints d'avoir avec certaines personnalités allemandes du monde des affaires firent peser sur eux de lourds soupçons. De plus, l'un de leurs principaux Associés, M. Jacques Barnaud, avait accepté des fonctions officielles au gouvernement de Vichy, dont il avait d'ailleurs démissionné en novembre 1942. Enfin M. Pierre Pucheu, qui avait été directeur général des Établissements Japy Frères, avant d'accepter le poste de ministre à Vichy, continuait à être considéré comme un homme du Groupe Worms. Au moment de la Libération de Paris, les jalousies et les passions se déchaînèrent. M. Hypolite Worms, dont la femme et le mari de sa fille unique étaient anglais, dont l'activité charbonnière plus que centenaire était tournée vers l'Angleterre, et qui, la guerre durant, avait espéré la victoire des Anglo-Saxons, se voyait l'objet d'une arrestation, le 8 septembre 1944. En même temps, le directeur de ses Services bancaires, M. Le Roy Ladurie, subissait un sort identique. Tous deux furent rendus à la liberté le 21 janvier 1945 et une enquête approfondie menée à leur égard à la demande de la Cour de Justice aboutit à des non-lieux prononcés par elle le 25 octobre 1946.
D'autre part, le 12 octobre 1944, M. Jacques Barnaud, qui, en raison de la détention injustifiée de M. Worms, avait donné sa démission d'associé-gérant dès le 14 septembre, était à son tour interné par mesure administrative. Du fait de ses activités politiques jusqu'en novembre 1942, une très longue enquête fut menée à son encontre. Le 20 juin 1946, il retrouvait la liberté et un non-lieu fut prononcé à son égard le 26 janvier 1949.
Quelles étaient donc les conclusions de l'expert, M. Gaston Bernard, mandaté par la cour de justice ? Il est intéressant de les connaître pour éclairer l'activité réelle de la Maison Worms pendant la guerre.
Ces conclusions figurent dans les "dépositions" publiées par la "commission parlementaire d'enquête sur les événements survenus en France de 1933 à 1945" (Tome VIII, pp. 2281 à 2328). Les voici :
« En ce qui concerne les ouvertures de crédits et avances sur factures allemandes, c'est à dire l'escompte de factures allemandes, le montant des découverts consentis à des ressortissants ou entreprises allemandes sur injonctions du commissaire allemand était, d'après le rapport d'expertise, de 1 million en janvier 1941. Il s'est élevé à un maximum de 7 millions en février 1941, et a alors décru, pour disparaître complètement à partir du mois de février 1942. »
En ce qui concerne les avances consenties aux fournisseurs français de la Kriegsmarine, sous forme d'escompte de factures, l'expert écrit :
« Le commissaire allemand donna l'ordre à la Banque Worms, en 1941, d'ouvrir a ses fournisseurs des comptes d'avances aux factures. Afin de déterminer le montant de ces opérations, il a été procédé à un dépouillement des comptes des fournisseurs français de la Kriegsmarine chez la Banque Worms. Ces comptes sont au nombre de trente six. Le dépouillement des comptes de ces diverses personnes ou organismes à abouti à un relevé mensuel des sommes. »
Le tableau dressé par l'expert montre que le découvert était d'environ 8 millions à la fin de 1941, 6 millions à la fin de 1942 et 1.800.000 francs à la fin de 1943. L'expert ajoute :
« La majorité de ces créances est considérée comme irrécouvrable et constitue une perte pour la Banque. »
En ce qui concerne les accréditifs simples et les accréditifs documentaires, l'Expert analyse longuement ces opérations qui furent faites principalement avec la Commerzbank et avec la Deutche Bank - dans une mesure bien moindre - dont dépendait le second commissaire allemand, von Falkenhausen. L'expert écrit :
« II ressort du tableau qui précède que les accréditifs totaux ouverts aux banques allemandes ont atteint, pour 1941, 1942, 1943 et 1944, un montant total de 161 millions, sur lequel environ 80% ont été payés pour la Commerzbank, et 12% pour la Deutsche Bank. »
Il ajoute :
« D'une note versée au dossier de l'expertise se référant aux indications publiées par la Banque de France, il résulte que l'ensemble des transferts de fonds effectués par clearing franco-allemand pendant l'occupation s'est élevé, à l'exportation, à la somme de 196.480 millions.
Le chiffre des transferts passés par la Banque Worms, soit 161 millions environ, n'en représente qu'un pourcentage infime...
D'ailleurs le pourcentage des opérations qu'à traitées la Banque Worms avec le clearing allemand n'a représenté que 1,47% de l'ensemble des opérations traitées avec le même clearing par les autres banques de la place (pourcentage déterminé grâce aux chiffres passés au compte de compensation de la Reichskreditkasse de Paris), alors que l'activité de la Banque Worms est considérée, à la Chambre de compensation des Banquiers de Paris, comme représentant environ 3% de l'activité bancaire totale de la place de Paris.
Cela revient à dire que si la Banque Worms avait effectué avec les Allemands des opérations d'accréditifs pour un volume proportionnel à son importance sur la place de Paris, elle aurait été amenée à faire de telles opérations pour un total sensiblement double de celui qu'elle a traité en réalité. Dans l'ensemble, les autres banques de la place de Paris ont donc eu une activité proportionnellement plus grande qu'elle en matière d'accréditifs allemands. »
En conclusion de cette étude l'expert écrit :
« D'une façon générale, les opérations effectuées par la Banque Worms, dans le secteur allemand, ont représenté un coefficient d'activité de 9,8% par rapport à l'ensemble des opérations traitées; mais compte tenu des pertes subies, dans le secteur allemand, le bénéfice net pour la période d'occupation se trouve ramené à 941.000 francs, soit 3,8% seulement du bénéfice net total du département bancaire pendant la même période. »
Il ressort nettement de ces conclusions que l'activité de la Maison Worms durant l'occupation a été freinée volontairement dans ses rapports avec l'Allemagne et l'attitude des Chantiers du Trait en est une illustration. Pouvait-il en être autrement alors que les sympathies de M. Hypolite Worms étaient attirées naturellement, par une ancienne tradition d'affaires et par des liens de famille, plutôt outre-Manche qu'outre-Rhin ?

Troisième partie
MM. Worms et Cie et leurs Services bancaires : 1945-1962 
Reconstruction et nouvel essor

Après la Libération, MM. Worms et Cie, par acte du 18 septembre 1944, nommèrent M. Robert Labbé, déjà associé depuis 1940, au poste d'associé-gérant, et M. Raymond Meynial à celui de gérant-statutaire. M. Guy Brocard devenait directeur des Services bancaires à la suite de la démission de M. Gabriel Le Roy Ladurie qui, à la fin de janvier 1945, était allé combattre les Allemands aux côtés du colonel Navarre. Un peu plus tard, M. Jacques Barnaud vint reprendre sa place d'associé-gérant, en date du 16 décembre 1949.
Dans tous les départements de la Maison, un énorme travail de reconstruction en vue d'un nouvel essor allait être entrepris.

Les Services maritimes eurent à reconstituer leur flotte puisque quatorze navires avaient été détruits pendant la guerre.
D'autre part, il leur fallut réorganiser les lignes de cabotage qui avaient disparu pendant les hostilités et les adapter aux nouvelles conditions d'exploitation. Le simple cabotage national dut être même complètement abandonné en raison de la trop forte concurrence du rail et de la route. Par contre de nouvelles lignes régulières furent créées en Méditerranée reliant :
- Marseille, Nice et Sète à Tunis, Sousse et Sfax,
- Marseille et Nice à Bône et Philippeville,
- Marseille à Alger, Djidjelli et Bougie,
- Marseille et Port-Saint-Louis-du-Rhône à Oran et Mostaganem.
Une série de nouveaux navires fut construite et lancée pour les Services maritimes de 1946 à 1955 : le "Médoc" (1946), le "Cérons", (1947), les "Château-Palmer", "Fronsac", "Listrac", et "Jumièges" (1948), les "Château-Lafite" et "Château-Pétrus" (1950), les "Haut-Brion", "Sauternes" (1951), "Château-Yquem" (1953), "Cantenac" (1954) et le "Château-Latour" (1955).
La série des "Château" était constituée de navires de 2.525 à 2.580 TDW  dont la vitesse commerciale s'élevait à 13 noeuds. Munis de cuves, ils furent exploités sur la ligne Le Havre, Cherbourg, Anvers, vers l'Algérie. Ils transportaient les produits manufacturés du nord vers les ports algériens et au retour les vins d'Algérie vers la France.
Certains de ces bateaux s'avérèrent trop lents pour satisfaire au trafic des primeuristes algériens sur Marseille. Une nouvelle génération de navires vit alors le jour : le "Pomerol" (1957), un nouveau "Médoc", le "Château-Margaux" et le "Léoville" (1958). Il s'agissait d'unités de 1.255 à 1.500 TDW ayant une vitesse de 15 noeuds. A partir de 1950, les Services maritimes exploitèrent, pour moitié avec l'Union navale, d'abord le "Caudebec-UN-2", puis le "Gravisia" (18.555 TDW).
Après la guerre également, le cabotage international Nord, vers l'Allemagne l'Angleterre, Anvers, Rotterdam et même l'Islande, reprit vie. Mais les conditions d'exploitation avaient totalement changé et progressivement les navires des Services maritimes furent remplacés sur ces lignes par des bateaux hollandais affrètes dont le prix de revient était plus bas.
Pour mener à bien l'ensemble de ces mesures de réadaptation aux opérations d'après-guerre, MM. Worms et Cie, par acte du 1er décembre 1955, érigèrent en société anonyme unique leurs départements combustibles et maritimes avec des directions générales strictement autonomes. Le premier président de Worms Compagnie maritime et charbonnière fut M. Robert Labbé, assisté de M. Jacques Barnaud, vice-président, et de MM. Hypolite Worms et Raymond Meynial, administrateurs. La direction générale des Services maritimes était confiée au commandant Étienne Hallé et celle des Services charbonniers à M. Michel Leroy. M. Robert Malingre assumait la direction des Services financiers.

Pour les Services charbonniers la situation se trouvait à nouveau totalement changée. Avant la Deuxième guerre mondiale, leurs principaux clients étaient les sociétés gazières, les sociétés d'électricité, les cimenteries et la grosse industrie. L'économie de l'occupation avait nécessité une conversion radicale. Or, la Libération rendait les charbons étrangers à nouveau accessibles au marché français et les importations d'Angleterre et même des États-Unis reprirent corps, mais ceci pour peu de temps. En effet la nationalisation des houillères (ordonnance de décembre 1944 suivie par la loi de mai 1946) et celle des compagnies d'électricité (loi d'avril 1946) obligèrent les Services charbonniers à opérer une nouvelle reconversion. Leur activité, déjà orientée pendant la guerre vers l'approvisionnement direct des foyers domestiques fut renforcée. Mais en vue de remplacer progressivement le négoce du charbon qui, manifestement, était à son déclin, par celui d'autres combustibles, il fut décidé d'entreprendre la vente et la distribution du mazout et de combustibles gazeux. Des événements déterminants avaient en plus durement touché les intérêts que possédaient en Égypte, tant les Services charbonniers que les Services maritimes. La nationalisation du canal de Suez en 1956 par le gouvernement du colonel Nasser, le changement de régime survenu en Tunisie en 1957, la guerre d'Algérie et l'indépendance de ce pays en 1952, furent autant d'événements dont les conséquences se manifestèrent par la baisse des ventes du charbon. Une nouvelle orientation de l'activité était donc devenue nécessaire.

Les Ateliers et Chantiers du Trait eurent à fournir, après la Libération, un énorme travail de déblaiement et de reconstruction puisque leurs installations avaient été presque totalement détruites. Sous la direction générale de M. Henri Nitot, assisté pour la partie technique par M. Pierre Abbat, les Chantiers décidèrent d'envoyer une équipe d'information aux États-Unis et en Scandinavie en vue de récolter des données tenant compte des plus récents progrès accomplis par la construction navale. C'est d'après ces nouvelles normes que fut réédifié au Trait un ensemble industriel ultramoderne. L'évolution la plus récente des techniques, en particulier la soudure électrique, de l'oxycoupage et de l'assemblage d'éléments préfabriqués, permit d'implanter de nouveaux postes de travail selon un circuit aussi court et continu que possible : parc de réception des matériaux, ateliers de tôlerie et d'assemblage, plates-formes de montage, pour aboutir finalement aux cales de construction. A la place des anciens bâtiments de 35.000 m2 furent édifiés de nouveaux ateliers de 55.000 m2.
Afin de donner un nouvel essor à leur département de construction navale, MM. Worms et Cie décidèrent, durant l'été 1945, de l'ériger en société indépendante. Par acte du 26 juillet 1945 et conformément à l'assemblée constitutive du 30 juillet, la Société anonyme des ateliers et chantiers de la Seine-Maritime - ACSM se trouvait créée, au capital de 10.000.000 de francs. Son conseil d'administration était composé de M. Robert Labbé, président, de MM. Hypolite Worms et Raymond Meynial, administrateurs.
La reconstitution des chantiers fut menée bon train et de nouveaux bateaux purent être mis rapidement sur cale. Ainsi le sous-marin "L'Africaine" fut-il lancé le 7 décembre 1946, déjà suivi des navires caboteurs "Barsac", "Cérons", "Tessala", des pétroliers "La-Mayenne", "La-Baïse", et des chalands-automoteurs "Lutetia", "Courlis" et "Djinn".
De plus grandes unités virent alors le jour. En présence du ministre de la Marine marchande, M. Colin, le 23 septembre 1949, le navire mixte "Ville-de-Tamatave" fut mis à flot. Destiné à la renaissance de la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation, il était long de 140 m, large de 18,80 et de 9.000 tonnes de port en lourd. Équipé d'un moteur Sulzer de 8.000 cv, il avait une vitesse de route de 17 noeuds et pouvait prendre à bord 30 passagers en plus de l'équipage. La "Ville-de-Tamatave" eut un sistership, "Ville-de-Tananarive", le 31/5/1950 ; puis furent lancés successivement un autre cargo mixte et trois pétroliers de 16.500 tonnes dont le chef de file fut le "Champagne", suivi du "Roussillon" (1951) et du "Saint-Patrice" (1952).
Parmi les navires construits durant cette période il convient de citer les plus notoires, en effet,
- le 17 mars 1953 était mis à l'eau le pétrolier "Beauce" de 17.800 TM , de 167 m de long et de 20,57 m de large ; il était destiné à la Société française de transports pétroliers - SFTP. Toujours pour la SFTP fut lancé, le 21 décembre 1953, le plus grand pétrolier mis à flot dans la Seine, le "Languedoc", de 20.150 tonnes, propulsé par un puissant moteur Diesel ;
- le 23 mai 1955 on procédait au lancement d'un chalutier ultramoderne le "Joseph-Duhamel-II" dont la marraine présente était Madame René Coty, femme du président de la République ;
- en 1956 c'était au tour de la "Ville-de-Rouen" d'être mise à flot ; il s'agissait d'un cargo de 11.000 tonnes destiné à la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire qui allait encore prendre livraison, en 1957, du sistership de la "Ville-de-Rouen", la "Ville-de-Dunkerque", et en 1961 de la "Ville-du-Havre" de 12.000 TDW, filant 19 noeuds, prototype de 4 navires d'une série identique. De son côté, la SFTP acquérait, en 1958, un nouveau pétrolier, l'"Artois", de 20.150 tonnes. En 1951 également les ACSM livraient à la Compagnie nantaise des chargeurs de l'Ouest un beau minéralier, le "Pentellina" de 17.500 tonnes et à la Compagnie générale d'armement maritime un autre navire minéralier, le "Longwy" de 21.250 tonnes.
Par ailleurs, M. Hypolite Worms, qui continuait à être toujours très vigilant en matière de transport maritime des combustibles liquides, fut l'un des premiers en France à s'intéresser à la construction de méthaniers en vue d'assurer au pays le ravitaillement nécessaire en gaz naturel liquéfié algérien. Dès 1959, des études très poussées dans ce domaine furent entreprises et les ingénieurs de Gaz-Transport, filiale de la Maison, finirent par mettre au point, avec la collaboration du Gaz de France, deux techniques pour la construction de navires méthaniers, l'une "autoporteuse" comportant l'utilisation de cuves cylindriques, l'autre "intégrée" avec membrane en Invar.
Malheureusement, l'année 1961 fut celle du début d'une grave crise pour les chantiers de construction navale des pays occidentaux. Une certaine saturation se fit jour dans les catégories des petits et moyens navires alors que la tendance vers la production de bateaux de plus en plus gros s'accentuait rapidement. D'autre part la concurrence des chantiers maritimes japonais se manifesta alors d'une façon redoutable. Pour les ACSM, dont les installations sur les bords de la Seine limitaient le tonnage des unités produites en raison du tirant d'eau, le retournement du marché et la quête au gros tonnage furent des données néfastes qui allaient les condamner à plus ou moins brève échéance.

De 1945 à 1962 les autres compagnies de transports maritimes du Groupe eurent également à fournir un gros effort de reconstitution et de modernisation de leur flotte en vue de leur expansion.
Les étapes de l'évolution favorable de la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire, durant cette période, peuvent se résumer ainsi :
- de 1945 à 1955 la compagnie a développé ses services sur l'océan Indien (Madagascar, La Réunion, Île Maurice) en reconstituant sa flotte par des cargos de ligne très modernes et en organisant un réseau d'agences et des services de cabotage étroitement coordonnés ;
- en 1955, elle a créé une ligne nouvelle sur le golfe Persique en continuant, au cours des années suivantes, à commander de nouveaux navires de ligne dotés des améliorations techniques les plus récentes.
Pour réaliser ce programme, la compagnie a d'abord acquis trois caboteurs : "Île-Sainte-Marie", "Ville-Fort-Dauphin" et "Ville-de-Tuléar". Puis, de 1955 à 1959, quatre nouveaux navires rapides pour son trafic long-courrier : "Ville-de-Rouen", "Ville-de-Dunkerque", "Ville-de-Majunga" et "Ville-de-Nantes" d'une portée en lourd totale de 42.000 TDW.
A partir de 1960 un nouveau programme fut entrepris. Il s'agissait d'acquérir plusieurs navires d'un type nouveau, plus gros porteurs et plus rapides, suivant la formule "tout à l'arrière". La première de ces unités, "Ville-du-Havre" fut mise en service en janvier 1962, la seconde "Ville-de-Brest" en août de la même année. D'autres allaient suivre en 1963 et 1965.
De son côté, la Société française de transports pétroliers - SFTP ne disposait plus après guerre que de 8 unités sur les 12 qu'elle possédait auparavant. Un programme de douze nouveaux pétroliers fut mis en chantier de 1950 à 1958, représentant l'acquisition d'une flotte d'un total de 250.000 TDW. Ces douze pétroliers se nommèrent "Champagne", "Orléanais", "Roussillon", "Camargue", "Beauce", "Languedoc", "Poitou", "Anjou", "Sologne", " Vendée", "Artois", " Lorraine". Individuellement ils jaugeaient entre 17.500 et 28.800 TDW. Un second programme prit corps à partir de 1960 avec l'acquisition de trois tankers de la classe 50.000 TDW et un de la classe 70.000 TDW. Ce furent le "Béarn", l'"Armagnac" et le "Franche-Comté", entre autres. A cette époque le total de la flotte de la SFTP représentait 30% de l'ensemble de la flotte pétrolière française. Les effets de la guerre avaient été largement effacés.
Pour la Société de courtage maritime et d'étude - Socomet, la fin des hostilités vint lui permettre de prendre un nouvel élan. M. Nelson-Pautier continuait à l'animer, avec ses grandes qualités de négociateur, jusqu'à sa mort en 1950. La présidence passa alors à M. Guex, puis à M. Deuber et en 1956 à M. Marin-Darbel. M. André Fenez en était le directeur général et M. Georges Bertaux, le directeur général-adjoint. Tous les efforts de la société portèrent sur les affrètements pétroliers. La Socomet devint ainsi le courtier préférentiel, pour ne pas dire exclusif, de la SFTP, de la STMP, de la Compagnie nationale de navigation, de Courtage Transports, des Pétroles d'outre-mer - et de plus en plus aussi, des Messageries maritimes et de la Compagnie générale d'armements maritimes. Tous les types d'affrètements étaient utilisés, depuis le marché "spot", la charte à temps (time-charter) jusqu'aux chartes à moyenne et longue durée qui étaient très recherchées. Pendant de nombreuses années, la société eut un peu plus de 40 navires en long et moyen terme sous "charte Socomet ". Les affrètements "spots" étaient réalisés selon le marché du jour de la conclusion de l'opération; les taux subissaient les fortunes diverses de l'économie internationale et des tensions politiques dans le monde. La Socomet offrit en outre aux armateurs les services de départements spécialisés comme ceux de l'achat-vente de navires, des "dry-cargos", des produits (couverture des contrats de soute) et du département technique (représentation d'entreprises étrangères).

Les Services bancaires connurent rapidement un nouvel essor sous l'impulsion de l'étroite collaboration qui s'était établie entre M. Raymond Meynial - gérant de MM. Worms et Cie- et M. Guy Brocard, directeur du département bancaire.
La réussite des Services maritimes en Afrique du Nord et le bel essor qu'avait pris l'agence des Services bancaires à Alger, sous la conduite de M. Dubost, incitèrent les associés à tenir compte des larges possibilités que le continent africain offrait encore à l'époque.
Ils décidèrent alors d'ouvrir le 1er juillet 1946, une agence bancaire au Maroc - à Casablanca, et ils confièrent à M. Robert Dubost la direction de celle-ci tout en lui demandant d'assurer la direction et la coordination des agences bancaires d'Afrique du Nord. M. Pierre Lelièvre, succédant à M. Dubost, prit alors la tête de l'agence d'Alger. D'autre part M. Lucien Guérin, revenu au siège comme directeur des agences et du département étranger des Services bancaires, développa de plus en plus intensément, entre juin 1945 et décembre 1948, les relations de la Maison avec la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark et la Hollande. Le 1er janvier 1949, il était nommé directeur général de la Banque industrielle d'Afrique du Nord (Bian) dont il allait devenir administrateur en 1959.
En novembre 1947, les associés firent appel à M. Guy Taittinger, de la société Taittinger - Compagnie commerciale et vinicole champenoise, qui entra dans la Maison comme fondé de pouvoirs et allait devenir, en juin 1957, directeur du département boursier des Services bancaires. M. Meynial prit M. Taittinger à ses côtés, au conseil d'administration de La Préservatrice, dès le début de 1948 afin de renforcer la présence de notre Maison dans cette société d'assurances ; le 12 juillet 1949, M. Raymond Meynial accédait à la vice-présidence du conseil de celle-ci.
Au sein même de MM. Worms et Cie, M. Meynial, qui avait apporté un concours particulièrement soutenu à la Maison durant la période si difficile de la guerre et de l'après-guerre, était appelé, par acte du 8 décembre 1949, à prendre place parmi les associés-gérants.
Pour sa part, M. Guy Taittinger créait, en juin 1949, de bonnes relations entre les Services bancaires et la compagnie d'assurances, La Foncière. Depuis lors, la Maison s'intéressa à cette dernière et en devint l'un des principaux actionnaires. M. Taittinger fut alors appelé par l'assemblée de juin 1951 à siéger au conseil de La Foncière, dont l'expansion notoire suivait le renouveau, à l'époque, de notre Marine marchande.
Pour donner une idée de l'activité intense que déployaient alors les Services financiers de Worms et Cie, il suffit de prendre comme exemple les opérations traitées en 1951 :

1° - Affaires du Groupe, avec appel au public
Entreprises Albert Cochery
a) augmentation de capital par souscription en espèces                                101.250.000 F
b) émission d'obligations à 6,75%                                                                          96.500.000 F
Compagnie franco-malgache d'entreprises
- augmentation de capital en espèces                                                                   33.800.000 F
Union marocaine d'outremer
- augmentation de capital en espèces                                                                   25.500.000 F
Société de financement, de participations et de gestion
(ex-Marret Bonnin Lebel & Guieu)
- augmentation de capital en espèces                                                                  140.250.000 F
Union métropolitaine de banque
- augmentation de capital en espèces                                                                  200.000.000 F
Ateliers Moisant Laurent Savey
- augmentation de capital en espèces                                                                    50.000.000 F
Société de produits chimiques des terres rares
- augmentation de capital en espèces                                                                    60.150.500 F
Progil
- augmentation de capital en espèces                                                                   200.000.000 F
Société nationale du Cameroun        
- augmentation de capital en espèces                                                                     67.500.000 F
Société auxiliaire maritime de Madagascar
- augmentation de capital en espèces, par l'intermédiaire
de la Nouvelle Société havraise péninsulaire de navigation                                49.676.000 F
Compagnie industrielle et minière du Nord et des Alpes
- augmentation de capital en espèces                                                                   117.000.000 F
Société des peintures Astral-Celluco
- augmentation de capital en espèces                                                                   198.720.000 F
Établissements Fournier-Ferrier
- augmentation de capital en espèces                                                                   375.000.000 F
Société Japy Frères
- augmentation de capital en espèces                                                                   475.000.000 F
Soit un appel au public en faveur de sociétés dans lesquelles
la Maison Worms avait d'importants intérêts, pour un total de :                     2.190.346.500 F
de 1951 (soit : 73.595.425 F de 1976)

2° - Affaires dans lesquelles Worms participe en circuit fermé
Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime
- augmentation de capital par incorporation de réserves                                      50.000.000 F
Société privée d'études        
- augmentation de capital en espèces (de 10 à 15 millions)                                  5.000.000 F
Société technique d'études industrielles et commerciales
- transformation de SARL en société en commandite par actions
et augmentation de capital en espèces                                                                    50.000.000 F
Union de crédit pour le bâtiment - UCB
créée par un groupe de banques le 13.02.1951                                                M. Robert Labbé
au capital de 200 millions de francs                                                                     administrateur
Société d'études pour l'aménagement du Haut Sebou
créée fin 1950, au capital de 6 millions de francs                                           M. Robert Dubost
                                                                                                                                     administrateur

Dans le même esprit et pour aller aux faits les plus saillants, nous ne citerons ici que les interventions et opérations les plus importantes que les Services bancaires furent amenés à traiter entre 1951 et 1952.
Le 10 octobre 1951, MM. Worms et Cie acquéraient une participation dans les Établissements Luchaire par voie de cession directe de 4.500 actions. C'est en 1951 également qu'ils prirent une participation majoritaire dans le Comptoir international d'achats et de ventes à l'étranger - Ciave, société d'engineering financier dont l'activité était consacrée à l'étude et à la mise en place de financements nécessaires à la réalisation de grands ensembles industriels à l'étranger. Des filiales furent implantées à Londres et à New York, permettant d'établir des relations avec les grandes banques anglaises et américaines pour la mise sur pied de ces financements. À titre d'exemple, indiquons que les Services bancaires firent partie du groupe de banques qui financèrent au Brésil un marché de 25 millions de $ US, en 1953, ainsi qu'un autre en Espagne de 32 millions de $ US, la même année.
Entre 1954 et 1957, MM. Worms et Cie intervinrent, soit comme l'un des fondateurs, soit comme participant, dans des sociétés de recherches pétrolières créées alors, qu'il s'agisse de Cofirep, Safrep, Sogefor ou de Francarep, Cofimer et Preda. Dans le même temps ils s'intéressèrent également aux sociétés de développement régional "SDR" (de la Méditerranée, du Sud-Est, de Normandie, etc.). De même, ils renforcèrent leur présence dans le secteur bancaire, en prenant une importante participation dans le capital de la Banque E. Hoskier et Cie, au conseil de laquelle M. Guy Brocard représenta la Maison, et en s'assurant en 1957 le contrôle de la Banque R. Meyer & Cie, dont M. Guy Taittinger devint associé-gérant.
A cette époque les Services bancaires possédaient trois agences, situées à Marseille, Alger et Casablanca. M. Hypolite Worms et ses associés décidèrent d'en augmenter le nombre. Fin septembre 1957, la Maison racheta la majorité des actions de la Banque de l'union lyonnaise "Bul" à Lyon, dont la présidence fut assurée par M. Brocard et la vice-présidence par M. Dubost. Ce dernier était revenu de Casablanca à la fin de 1955 pour occuper le poste de directeur général adjoint des Services bancaires, M. Brocard ayant été nommé directeur général et M. Coquelin, directeur général adjoint, chargé des participations. En décembre 1958, la totalité des actions de la Bul fut acquise et la société, mise en liquidation amiable, donnait naissance le 1er janvier 1959 à l'agence de Lyon dont la direction fut confiée à M. Jacques Mathenet. A cette date les directeurs des autres agences étaient : M. Claude Ferrand à Marseille, M. Pierre Lelièvre à Alger et M. Henri Marot à Casablanca.
Dans la même perspective, MM. Worms et Cie achetèrent à Lille en février 1962, la banque locale Coppenolle qu'ils transformèrent en Banque Camille Coppenolle SA. L'ensemble des titres ayant finalement été acquis, la Banque Coppenolle devint, en juin 1965, la nouvelle agence de Lille.
Toujours dans le domaine bancaire, MM. Worms et Cie se trouvaient être le deuxième plus fort actionnaire de l'Union de crédit pour le bâtiment - UCB du groupe Jacques de Fouchier. En juillet 1959, ils participèrent à la création de la société holding du groupe, la Compagnie bancaire, dont le Groupe Worms détint 7,23% du capital derrière Paribas qui en posséda 9,02%. M. Robert Labbé représenta les intérêts de la Maison au conseil d'administration dont il devint, par la suite, le vice-président.
Dans le domaine atomique, M. Raymond Meynial signait à la fin du mois de novembre 1957, avec l'amiral Octacilio Cuhna, président de la Commission nationale de l'énergie nucléaire du Brésil, un important contrat pour l'installation de deux usines de traitement d'uranium au Brésil et pour son financement.
Au début de 1959, la Maison entrait au conseil d'administration de la Société minière et métallurgique de Penarroya et était représentée par M. Raymond Meynial et M. Pierre Édouard Coquelin, directeur général adjoint des Services bancaires. C'est également à ce moment là que MM. Worms devinrent l'un des principaux actionnaires de la Nederlands Franse Bank NV à Amsterdam et que M. Meynial fit partie du collège des commissaires de celle-ci.
D'autre part les Services bancaires participaient, en mai 1959, au crédit de 50.000.000 de NF  accordé par un groupe de banques françaises à la Société nationale des pétroles mexicains (Petróleos Mexicanos) et en juillet de la même année ils firent partie des banques qui créèrent l'"Open-end Fonds" allemand Agefra, société de placement pour les valeurs françaises dans lequel ils furent représentés par M. Robert Dubost.
Au Maroc, sous la direction de M. Marot, s'opéra en janvier 1960 la concentration de l'agence des Services bancaires à Casablanca avec le Crédit marocain pour donner naissance à Worms et Cie (Maroc). Au même moment, à Paris, MM. Worms et Cie fondaient la société Méthane-Transports, au capital de 2,6 millions de NF, avec le concours de Paribas, de la Bian, de Vernes et Cie et d'autres. M. Robert Labbé en fut le président.
Le Portefeuille Investissements, filiale de Worms et Cie, portait son capital, en avril 1960, à 25 millions de NF, puis au mois d'août à 27,5 millions de NF. Depuis sa fondation M. Jacques Barnaud en assumait la présidence.
En avril 1960 également. M. Guy Brocard devint président de la Banque Hoskier, filiale de la Maison, et dirigea, quelques mois plus tard, les opérations de fusion entre la Banque Hoskier et la Société métropolitaine de financement et de banque - Sofibanque, fusion qui donna naissance à Sofibanque-Hoskier.
Toujours en avril 1950, MM. Worms et Cie se trouvèrent parmi les fondateurs de la Société pétrochimique de l'Atlantique, créée avec le concours de deux sociétés de son groupe, Socantar et Progil. Les compagnies d'assurances La Préservatrice et La Foncière, elles-mêmes du Groupe Worms, intervinrent à la même époque dans la compagnie Lloyd de France-Vie et M. Guy Taittinger fut appelé à siéger au conseil de cette dernière.
La présence de la Maison au Maroc se manifesta, entre autres, en novembre 1960 par la création en commun avec le Groupe financier et commercial du Maghreb (filiale de Vernes et Cie), de l'Omnium marocain d'investissement - Omi, dont M. Robert Dubost assura la présidence.
Au cours de cette même année, durant les mois d'octobre et de novembre, soit directement, soit par le Portefeuille industriel, leur filiale, MM. Worms et Cie participèrent aux augmentations de capital du Grand Hôtel de la rive gauche "Lutetia" et de la Société d'expansion hôtelière du Louvre.
Par acte du 20 janvier 1960, déjà, M. Hypolite Worms et ses associés, avaient accueilli, comme associé-gérant de Worms et Cie, M. Pierre Herrenschmidt, qui depuis 1947 jusqu'à cette date avait été directeur du Crédit national. Comme M. Jacques Barnaud et M. Robert Labbé, M. Herrenschmidt était passé par l'inspection des Finances dont il avait le titre d'inspecteur général honoraire. Il avait été, en outre, directeur à l'administration centrale du ministère des Finances. Ainsi le cercle des dirigeants de la Maison avait-il été renforcé.
Au milieu de l'année 1961, la Maison participa à la constitution de la Société d'investissements immobiliers de France - Sinvim, du groupe de la Compagnie bancaire, M. Robert Labbé en fut tout naturellement l'un des censeurs.
En janvier 1962, MM. Worms et Cie et le Portefeuille des investissements firent apport à la Société routière Colas de divers intérêts et titres de filiales africaines de cette société ; en contrepartie, ils reçurent un nombre important d'actions de la Routière Colas, société de travaux publics bien connue.
Au début de 1962 toujours, MM. Worms et Cie se trouvèrent à la tête d'un syndicat de banques françaises dans le but d'assurer le financement de la construction d'une importante raffinerie de pétrole en Thaïlande près de Bangkok ; le montant du marché s'élevait à 28,5 de $ US.
Voilà, brièvement évoquées quelques opérations traitées par MM. Worms et Cie et leurs Services bancaires de 1945 au début de 1962.
Mais si 1962 allait être aussi une année fertile en interventions nouvelles, elle fut surtout une année de deuil pour l'ensemble de la Maison et du Groupe. En effet, M. Hypolite Worms décédait brusquement et en pleine activité le 28 janvier 1962, suivi de près par son plus ancien associé-cogérant M. Jacques Barnaud, qui mourait le 15 avril de la même année.
La disparition simultanée de ces deux principales personnalités d'alors mettait en quelque sorte un terme au type de société de personnes qui avait régi jusque-là la Maison Worms et ses filiales immédiates. Le Groupe allait prendre de plus en plus le visage des sociétés anonymes, alors que jusqu'à la disparition de M. Hypolite Worms, il avait porté l'empreinte effective du chef de Maison. Vouloir résumer ici l'action menée par M. Worms de 1914 à 1962, c'est s'apercevoir qu'il transforma au cours des ans, et avec le concours de collaborateurs experts, la Maison ancestrale et solide dont il avait hérité en un groupe puissant ouvert sur toutes les activités de l'industrie, du commerce et des finances.
Malgré ces deuils, il était indispensable que la société Worms et Cie continuât sa marche en avant et que sa raison sociale subsistât. Aussi, par acte du 26 mars 1962, Madame Hypolite Worms fut-elle choisie comme associée-commanditée - mais sans pouvoir de gérance - alors que MM. Guy Brocard et Jean Barnaud, fils de M. Jacques Barnaud, étaient nommés gérants statutaires. La disparition de M. Jacques Barnaud nécessita un nouvel acte social, signé le 3 juillet 1962, qui faisait passer M. Jean Barnaud parmi les associés-gérants avec effet du 16 avril, lendemain de la mort de son père.
Il n'est pas vain de rappeler ici que M. Hypolite Worms était, à juste titre, fier de sa banque. Dans un discours qu'il prononça au début de janvier 1950 à Port-Saïd il précisait lui-même les dimensions qu'avaient prises sa Banque et son Groupe :
« En 1928 - (je vous ai raconté d'ailleurs qu'à partir de 1928, la Maison Worms avait plus ou moins reconstruit ou récupéré ses pertes de la guerre de 1918) - j'ai créé le département bancaire de la Maison Worms. En effet, au cours de ma carrière qui, en 1928, était déjà longue, je m'étais aperçu qu'il manquait en France un élément bancaire qui avait fait peut-être la fortune de l'Angleterre au 19ème siècle, c'est ce que les Anglais appellent merchant bankers. Ce département est devenu, grâce aux hommes qui l'ont géré, une des banques privées françaises les plus actives, peut-être une des plus grandes banques françaises d'affaires ou banque de commerce exactement, rendant les services que j'avais voulu essayer de créer à l'origine, c'est-à-dire une maison de merchant banking.
C'est pourquoi la Maison Worms, maison de charbons et maison maritime, est devenue maintenant une maison aux activités multiples, car le fait d'être banque d'affaires implique son intérêt dans les affaires commerciales et industrielles qu'elle a protégées, qu'elle a, grâce à son activité, ses moyens, permis de développer, et elle a maintenant toute une série d'activités nouvelles. »
Ces paroles prononcées par M. Hypolite Worms en 1950 avaient acquis douze ans plus tard, au moment de sa mort, une vérité et un relief encore plus saisissants.

Quatrième partie
Des Services bancaires à la Banque Worms
1962-1978
L'expansion du Groupe en France et à l'étranger

La disparition de M. Hypolite Worms et de M. Jacques Barnaud entraîna certains changements à la tête de la Maison et de ses filiales.
Les Services bancaires, qui continuaient à être l'objet de toute l'attention de M. Raymond Meynial, eurent M. Robert Dubost comme directeur général à la place de M. Guy Brocard nommé gérant statutaire en mars 1962. M. Pierre Herrenschmidt accédait à la présidence de la Société française de transports pétroliers et des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime ; il avait pour mission de conduire ces derniers vers une concentration avec d'autres chantiers de construction navale d'après un appel pressant du gouvernement. Et M. Robert Labbé prenait la présidence de Worms Compagnie maritime et charbonnière et de la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation, il se voyait d'autre part choisi comme président du Comité central des armateurs de France, début mars 1963.

Les Services bancaires dont la direction générale avait été confiée à M. Dubost eurent un nouveau directeur général adjoint en la personne de M. Patrice de Corgnol qui remplaça M. Pierre Édouard Coquelin appelé au poste de secrétaire général de MM. Worms et Cie.
Casablanca, la société Worms et Cie (Maroc) absorbait en octobre 1953 l'agence de la Banque industrielle d'Afrique du Nord (Bian) et la nouvelle société, de droit marocain, qui conservait la même raison sociale, Worms et Cie - Maroc, fut présidée par M. Robert Dubost et eut M. Henri Marot comme administrateur délégué et M. Jean Pineill comme directeur général.
Les opérations traitées au Siège, à Paris, furent de plus en plus nombreuses; en allant à l'essentiel nous n'évoquerons que les plus marquantes.
En 1964, MM. Worms et Cie prirent des intérêts dans les Établissements Merlin et Gérin au conseil d'administration desquels M. Pierre Édouard Coquelin représenta la Maison. D'autre part, ils furent chef de file de divers groupes de banques constitués en vue de l'augmentation de capital d'un certain nombre d'affaires, comme la Société française d'entreprises de dragages et de travaux publics, les Établissements Luchaire, la Société routière Colas, Foncina, "Au Bon Marché", la Société du grand hôtel de la Rive Gauche : "Hôtel Lutetia".
Mais l'événement le plus important de l'année 1964 fut la décision prise par les associés de la Maison d'ériger en société distincte son département bancaire. Le principal artisan de cette opération fut M. Raymond Meynial. Il avait en effet senti que l'expansion future de la Banque dépendait des moyens dont elle disposerait. Il était donc nécessaire de sortir du giron de MM. Worms et Cie, société de personnes, l'activité des Services bancaires pour leur permettre un nouvel essor et, à plus ou moins brève échéance, faire accéder au marché financier la société qui allait être créée. M. Meynial, quelques années plus tard, a retracé lui-même les données du problème qui se posait alors avec acuité (voir "Entreprise" nunéro du 23 novembre 1968).
« Pour nous, il n'y avait dans ces conditions qu'une solution : l'appel au grand public. Mais ce geste était impossible tant que nous demeurions en nom collectif. Par ailleurs, nous n'acceptions l'idée de nouveaux partenaires qu'à la seule condition que leur participation soit minoritaire. Entendons-nous bien, nous ne voulions cependant pas accepter ces simples cartes de visite que l'on corne et que l'on oublie. Cela étant, il était difficile de demander à des étrangers de nous apporter un milliard et demi d'anciens francs pour n'avoir que 7% du capital de la Banque Worms. C'est pourtant ce qu'il fallait obtenir. C'est à ce problème que je me suis attaqué, il y a six ans, après la mort d'Hypolite Worms et de Jacques Barnaud. »
En deux étapes qui se suivirent à bref délai la Banque Worms vit le jour. Le 14 octobre 1964, la Société financière Worms et Cie fut créée en nom collectif entre MM. Worms et Cie, Madame Hypolite Worms, Messieurs Barnaud, Brocard, Herrenschmidt, Labbé et Meynial, au capital de 25 millions de francs et une prime de réserve d'égal montant. Les apports en nature qui lui étaient faits comprenaient : 50.000 actions de La Préservatrice AIRD, 10.000 actions de la Compagnie bancaire, 20.000 actions de CCFICA, 20.000 actions de Socantar et 6.175 actions de La Foncière.
Par acte du 10 décembre 1964, la Société financière Worms et Cie, à la suite de l'apport que lui faisaient MM. Worms & Cie de leurs Services bancaires, prévu pour le 31 décembre au soir, donnait naissance à la Banque Worms et Cie, société en nom collectif entre les mêmes associés. Le fonds de commerce de banque était celui qui avait été constitué en 1928 par MM. Worms et Cie et exploité par la suite sous le n°200 de la liste officielle des banques. Le capital social était porté à 28 millions de francs et une prime de réserve d'un montant équivalent était constituée.
Après cette dernière modification, MM. Worms et Cie étaient devenus purement et simplement une société holding, puisque leurs trois départements avaient été transformés en sociétés indépendantes :
- les Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime en 1945 déjà,
- les Services maritimes et charbonniers en 1956,
- et les Services bancaires en ce début d'année 1965.

Pour la jeune Banque Worms, une plus grande ouverture vers l'étranger allait commencer. En septembre 1965, elle réalisait une implantation aux États-Unis sous le nom de Permal international Inc., à New York avec M. Jean R. Perrette à sa tête.
En juin 1966, des accords de coopération étaient signés par Paribas et respectivement la Compagnie bancaire d'une part, le Crédit industriel d'autre part, et le Groupe Worms. A la suite de ces accords, la Banque foncière du Maroc (filiale de Paribas) et la Banque ottomane Maroc concentrèrent, début octobre 1966, leurs activités bancaires au sein de Worms et Cie (Maroc).
Un autre accord bancaire intervint, en décembre 1966, entre le Crédit du Nord et la Banque Worms et Cie. Il était destiné à « promouvoir et réaliser en commun les opérations pour lesquelles leur coopération apparaîtra possible et souhaitable ». Cet accord allait déboucher en avril 1970, sur des prises de participations croisées.
C'est ainsi que M. Louis de Fouchier, président du Crédit du Nord, vint alors siéger au conseil de la Banque Worms (devenue SA) et que M. Robert Dubost, directeur général de notre Banque, alla représenter celle-ci au conseil du Crédit du Nord.
Le 31 décembre 1966, M. Pierre Herrenschmidt, associé-gérant de la Maison Worms et Cie, président des ACSM et de la SFTP, se retirait du Groupe ayant accompli les diverses missions qu'il avait menées à bien. Il allait être remplacé comme associé-gérant de MM. Worms et Cie par M. Guy Brocard.
Comme l'avait dit M. Meynial, il ne suffisait pas seulement de créer une Banque Worms indépendante sous forme de société anonyme, mais il fallait aussi ouvrir son capital à des apports extérieurs. Par acte du 30 mars 1967, la Banque Worms et Cie, société en nom collectif, se transformait en société anonyme dont M. Raymond Meynial fut le premier président-directeur général, avec M. Guy Brocard comme Vice-président-directeur général et M. Robert Dubost comme directeur général. Cette transformation allait permettre d'associer à la Banque de puissants partenaires étrangers et de donner de cette façon à la nouvelle société les moyens nécessaires à son expansion.
Le 17 avril 1967, deux grandes banques britanniques, la Bank of London & South America - Bolsa et la Bank of Scotland, prirent une participation de 10% chacune dans le capital de la Banque Worms, pour une somme de 5 millions de $ US, soit pour 30 millions de francs environ. Le communiqué français publié à cette occasion concluait en ces termes : « Cette coopération de nature internationale pourrait être éventuellement étendue à des établissements d'autres pays ». En effet, début septembre de la même année, on apprenait que les négociations menées par la Banque Worms avec la Hessische Landesbank Girozentrale de Francfort avaient abouti. Aux termes de l'accord intervenu, cette dernière allait souscrire à une augmentation de capital de la Banque Worms pour 10 millions de francs.
Afin de renforcer la part française du capital et de créer ainsi une grande banque, M. Meynial mena dans le même temps des négociations avec la Sofibanque-Hoskier et la Banque industrielle de financement et de crédit - BIFC (ex-Bian) en vue de leur fusion avec la Banque Worms. Celles-ci faisaient apport de l'intégralité des valeurs de leurs patrimoines, tant actives que passives, et le 8 septembre 1967 le conseil de la Banque Worms approuvait les termes de cet accord. Pour arriver à une telle concentration, le capital de la Banque Worms fut d'abord élevé à 59.415.600 F, par incorporation de réserves, puis porté à 81.638.800 F par émission d'actions nouvelles souscrites en espèces par la Bolsa, la Bank of Scotland et la Hessische Landesbank Girozentrale, et enfin augmenté à 114.093.400 F par les apports à titre de fusion de Sofibanque-Hoskier et de la BIFC.
Les opérations de fusion eurent même lieu avec effet rétroactif au 1er janvier 1967. Il avait suffi à M. Meynial et à ses partenaires de quelques mois pour promouvoir la Banque Worms au rang d'une des toutes premières banques d'affaires en France.
En raison des apports de la BIFC, le nombre des agences de la Banque Worms s'est trouvé nettement renforcé. Aux agences de Marseille, Lyon et Lille, vinrent en effet s'ajouter celles du Havre, de Montpellier, de Nice et de Toulouse, plus celles exploitées par une filiale, la Société méditerranéenne de banque, situées à Ajaccio et Bastia. De même, à notre filiale d'Afrique du Nord, Worms et Cie-Maroc, vinrent s'adjoindre celles de la Banque industrielle de l'Algérie et de la Méditerranée (Biam) à Alger et de la Banque d'escompte et de crédit à l'industrie (BECI) à Tunis.
A la fin de l'année 1967, le nouveau conseil d'administration de la Banque Worms était constitué de la façon suivante :
Raymond Meynial : président-directeur général
Guy Brocard : vice-président-directeur général
Erwyn Marin : vice-président (ex-président de Sofibanque-Hoskier)
Claude Tixier : vice-président (ex-président de la Bian)
Jean Barnaud : administrateur
Wilhelm Conrad : administrateur (président de la Hessische Landesbank
Robert Labbé : administrateur
Roger V. Low : administrateur (directeur de la Bolsa)
Lord Polwarth : administrateur (gouverneur de la Bank of Scotland)
Guy Taittinger : administrateur
Jean Thierry : administrateur (ex-vice-président de Sofibanque-Hoskier)
Monsieur Robert Dubost étant directeur général et MM. Pierre Bazy et Patrice Perrot de Corgnol, directeurs généraux-adjoints.
Mais l'année 1967 avait vu aussi se fonder a Luxembourg l'Alexander Hamilton Fond, au capital de 10 millions de $ US, sous l'égide de la Banque Worms, la Bolsa, la Bank of Scotland, et la Svenska Handelsbanken. De même, dans le domaine du financement des exportations de biens d'équipement, la Banque Worms avait signé, pour le compte des Chantiers de La Ciotat, le premier crédit-acheteur monté en France et destiné à parfaire le financement de sous-marins commandés par le gouvernement du Pakistan.
Un nouvel accord intervint, début juin 1968, entre la Banque Worms et l'une des grandes banques américaines, la Philadelphia National Bank. Cette dernière acquérait un peu plus de 7% du capital de la Banque Worms dont l'assemblée ordinaire des actionnaires du 27 juin 1968 entérinait la transaction et nommait au conseil d'administration M. G. Morris Dorrance Junior, président de la Philadelphia National Bank.
En juin 1968 également, une convention passée avec le Crédit industriel et commercial et l'ensemble de son groupe, le Crédit commercial de France, le Crédit du Nord, la Banque de l'union parisienne, permettait, avec effets de réciprocité, à la clientèle particulière de la Banque Worms d'effectuer des prélèvements hebdomadaires aux guichets de cette importante chaîne de banques dont les implantations recouvrent toute la France.
C'est aussi à cette époque que la Banque Worms s'intéressa à la création de sociétés de financements immobiliers, telles l'Union du crédit-bail immobilier Unibail ou la Compagnie pour le financement d'investissements immobiliers - Cofidim. De même à des Sicav telles Sélection-Rendement, Setilex ou Auxepi.
Toujours au cours de l'exercice 1968, la Banque Worms acquit la majorité absolue de la société holding, Ateliers Moisant-Laurent-Savey" qui possédait elle-même d'importants intérêts dans Pechelbronn, Jaeger, et La Foncière-Vie. Elle devenait d'autre part l'un des principaux actionnaires de la Compagnie Saupiquet (par apport d'actions Cinal) qui est l'une des premières affaires de conserverie d'Europe.
Sous l'égide de MM. Worms et Cie, l'assemblée générale extraordinaire du 1er juillet 1968 de Pechelbronn ratifiait la fusion-absorption de la Société des transports maritimes pétroliers - STMP dont l'actif comprenait, entre autres, cinq pétroliers en activité plus des acomptes sur trois en construction. Par cette concentration, le Groupe Worms consolidait sa position dans les transports maritimes et pétroliers et M. Raymond Meynial continuait à représenter les intérêts de la Maison au conseil de Pechelbronn.
Il est aussi intéressant de rappeler ici qu'en octobre 1968, la Banque Worms et la Banque française du commerce extérieur, à la tête d'un consortium de banques françaises, accordèrent un prêt de 29,5 millions de $ US pour la réalisation d'un complexe pétrochimique au Brésil (Petroquimica Uniao) près de Sao Paulo. Le financement prévu pouvait atteindre jusqu'à 150 millions de $ US pour des investissements pouvant s'élever jusqu'à 250 millions de $ US.
Pour accentuer l'ouverture vers l'étranger, la Banque Worms créait, en avril 1969, une filiale bancaire en Suisse, à Genève, sous la raison sociale Banque Worms et Associés (Genève) SA. Y participaient la Bank of Scotland, la Hessische Landesbank Girozentrale et le Crédit du Nord. Le président en était M. André Fatio, ancien associé de la Banque Hentsch et Cie, le vice-président, M. Pierre Bazy et le directeur général M. Jacques Mathenet.
Le 12 mai 1969 voyait le jour un nouveau fonds d'investissements Haussmann Holdings NV, société anonyme des Antilles néerlandaises, sous l'égide de la Banque Worms et avec la participation d'un groupe international de banques : Bank of London & South America (Londres), Svenska Handels Banken (Stockholm), Crédit du Nord (Paris), Bordier et Cie (Genève), Banque de gestion privée (Paris), Promofina SA (Genève).
Dès 1969, une nouvelle politique de renforcement du nombre des guichets de la Banque Worms, hors Paris, prit corps.
Deux agences furent alors créées : à Rungis - au coeur du marché d'intérêt national ; à Lyon dans le centre commercial de la Part-Dieu qui venait d'être construit.
L'année 1970 commençait par la cooptation de M. Guy Taittinger comme associé-gérant de MM. Worms et Cie et par le remplacement de Madame Hypolite Worms par son petit-fils M. Nicholas Clive Worms, en qualité d'associé-commandité.
En janvier également, des négociations étaient en cours entre, d'une part Pechelbronn, Rothschild et Worms et, d'autre part, l'organisme d'État Elf-Erap pour la cession à ce dernier de la quasi-totalité des titres de la Société Socantar détenus par les trois premières sociétés. Cette vente allait se réaliser par paiement pour partie en titres (Pechelbronn, Société française de transports pétroliers, Société nationale des pétroles d'Aquitaine) et pour partie en espèces avec échelonnement jusqu'au 30 juin 1973. Par cette transaction le Groupe Worms acquérait la totalité du capital de la SFTP (jusque-là société d'économie mixte dont l'État possédait 30%) et le contrôle de la société Pechelbronn. Cette dernière devenait une société holding à la suite de la cession par la Banque Worms à MM. Worms et Cie de l'ensemble des titres Pechelbronn contre des titres de La Préservatrice AIRD, Compagnie bancaire, Biam, Portefeuille-Investissement et Le Nickel. M. Guy Brocard, qui était administrateur de Pechelbronn, en devenait le président.
A la même époque, la Banque Worms échangeait la participation qu'elle possédait dans "Au Bon Marché" contre celle que celui-ci avait dans la Banque de l'union occidentale - BUO ; elle devenait ainsi l'actionnaire majoritaire de la BUO, en détenant 71,5% de son capital.
Pour renforcer encore sa présence à l'étranger, la Banque Worms participa en février 1970 à la création de l'Internationale Bank für Aussenhandel AG, à Vienne, (spécialisée dans les opérations avec les pays de l'Est), ceci en compagnie de la Hessische Landesbank Girozentrale, de la Philadelphia National Bank, de la Bankkommanditgesellschaft AG, de l'Osterreichische Credit-Institut AG et de la Bank für Arbeit und Wirtschaft AG. En Australie, elle entrait dans le capital de l'Australian Finance and Investment Co. - Afic, conjointement avec la Philadelphia National Bank. Les actionnaires principaux de l'Afic étaient la Sagit Trust et la Hambros Bank de Londres.
L'assemblée du 14 mai 1970 de la Banque Worms autorisait l'élévation du capital jusqu'à un montant de 250 millions de francs. Dans un premier temps, une souscription fut ouverte le 30 septembre et le capital porté à 152.124.500 F, ce qui assura des fonds propres de l'ordre de 219 millions à la Banque. Et le 15 décembre, l'action de la Banque Worms était introduite au marché officiel de la bourse de Paris. Ainsi M. Meynial avait mené à bien le programme qu'il s'était fixé dès 1962. Dans des délais raisonnables il avait pu faire appel au marché financier pour procurer à la Banque de nouveaux capitaux destinés à soutenir sa rapide progression.
En février 1971, la Banque Worms devenait l'actionnaire majoritaire de la Sofapi (Société pour favoriser l'accession à la propriété) et acquérait le contrôle de la Sofet-Sofidi dont l'objet est le financement de l'industrie et du commerce cinématographiques. Des participations entièrement nouvelles ont également été prises à la même époque dans la Société nationale industrielle aérospatiale - Snias, dans les Établissements G. Truffaut (parmi les plus importants de la profession horticole), dans la Société crédit-bail Haussmann, dans la Société d'exploitation "Hôtel Concorde-Lafayette", dans la Compagnie financière de promotion et dans bien d'autres sociétés encore.
C'est l'époque aussi où les Assurances générales de Trieste et Venise ayant cédé au Groupe Worms leurs participations dans La Foncière, celui-ci détint désormais, directement ou indirectement, le contrôle de cette compagnie.
D'autre part, à la suite de l'entrée du Groupe Worms dans la société Lebon et Cie, celle-ci devint une société anonyme - le 4 mai 1971 - sous la dénomination Compagnie Lebon et son capital fut porté à 79,5 millions de F. Le nouveau président-directeur général de la Compagnie Lebon fut alors M. Patrice Perrot de Corgnol, directeur général adjoint de la Banque Worms.
En mai 1971, M. Robert Dubost devenait administrateur-directeur général de la Banque Worms et M. Pierre Bazy, directeur général.
En juin de la même année, la Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas et le Groupe Worms prenaient la décision de créer une nouvelle unité de banques commerciales par le rapprochement du Crédit du Nord avec la Banque de l'union parisienne sous la raison sociale Union bancaire. Le Groupe Worms détient 10% du capital de l'Union bancaire qui dispose d'un réseau de plus de 700 guichets en France. Dans le même temps, notre Banque a participé à la fondation du Groupement pour le financement des ouvrages de bâtiment, travaux publics et activités annexes - GOBTP, ainsi qu'à la constitution avec la FNSaga de la Caisse de crédit aux professions de l'assurance et libérales - Crépal.
Au mois d'août 1972, en accord avec la Banque de l'Indochine, le Ciave, la Philadelphia National Bank et Arbuthnot Latham & Co., la Banque Worms participait à la création de Multi-Crédit Corporation en Thaïlande, Société de financement et d'investissements pour le sud-est asiatique.
La Banque Worms créait, d'autre part, en novembre 1972, un bureau à Londres, sous la raison sociale Worms UK Limited, dont la direction fut confiée à M. Jean Sevaux.
Sur le plan international, en association avec la Philadelphia National Bank, Arbuthnot Latham and Co. et la Lease Plan International, notre Banque fondait, en décembre de cette même année, la Concord International SA, destinée à constituer un réseau de sociétés de leasing mobilier en Europe et aux États-Unis.
Conjointement avec Concord-International, la Banque Worms constituait la filiale française de son partenaire Concorde Équipement, dont M. Raymond Meynial assuma la présidence.
A la fin de février 1973, un investissement conséquent fut réalisé par la Banque dans le secteur de l'alimentation. De concert avec sa filiale Pechelbronn, elle s'assura de la majorité du capital, à 50,5%, de la société Lu, Brun & Associés, la plus importante affaire française de biscuiterie dont le chiffre d'affaires se situe autour de 250 millions.
Le financement à la construction retint aussi l'intérêt de notre Banque à cette époque ; c'est ainsi qu'elle créa alors la Copartim, et entra dans les sociétés-soeurs, Rhonalcop et Sogerep.
Sur le plan international, au cours du mois de juillet 1973, la Banque Worms prenait une participation de 10% dans le capital de l'International Energy Bank Ltd, dont elle était l'un des cofondateurs avec la Société financière européenne, la Bank of Scotland, la Barclays Bank International Ltd, la Canadian Imperial Bank of Commerce et la Republic National Bank of Dallas. Avec le Ciave, des financements nouveaux furent mis sur pied dont ceux de 27 millions de $ US pour la construction de la plate-forme '"Pentagone" destinée aux recherches pétrolières en mer du Nord.
L'une des filiales du Groupe Worms, la Société du Louvre, à la suite de la cession de l'immeuble place du Palais-Royal à une société britannique et de diverses opérations financières, est devenue propriétaire de 92% du capital de la Société des hôtels "Concorde" et de 64% de celui de la Société du grand hôtel de la Rive Gauche : "Hôtel Lutetia".
En janvier 1974, la Banque participait a la création à Koweït de la société International Financial Advisors - Ifa, avec le concours de Robert Fleming Holdings Ltd, Londres, et de William Kent & Co., à Greenwich - USA. Son objet était d'étudier et de réaliser les financements dont les gouvernements et les sociétés du monde arabe pourraient avoir besoin.
Mais l'année 1974 fut également marquée par un événement important au sein de la Banque. A l'occasion de l'assemblée générale ordinaire du 21 mai 1974, M. Raymond Meynial, l'un des fondateurs des Services bancaires et de la Banque Worms et son premier président, exprimait son désir de ne plus voir renouveler ses fonctions de président. Il a été nommé à juste titre président d'honneur et M. Guy Taittinger a été appelé à lui succéder à la présidence. M. Meynial, au cours de l'allocution qu'il fit à cette occasion, a tracé les étapes de l'expansion extraordinaire qu'a connue la Banque de la Maison. Voici quelques passages de son discours :
« Je l'ai connue quand elle était un établissement où quelques dizaines d'employés étaient occupés ; elle en compte aujourd'hui 1.300. Les chiffres qui vont suivre parlent d'eux mêmes :
- le total du bilan qui, en 1936, s'élevait à 3 millions et demi est passé en 1944 à 21 millions, en 1973 à 6.500 millions. Les dépôts de la clientèle et des banques, qui, en 1936, s'élevaient à 2 millions sont passés à 680 millions en 1960 et 5 milliards en 1973.
Comme vous le voyez, ces quelques chiffres montrent le développement extraordinaire de la Banque au cours de ces trente-cinq dernières années.
... Après avoir ainsi réorganisé, par l'ouverture de nouvelles succursales et l'adjonction des succursales de la Bian, notre implantation en France (je vous indique qu'en 1940 nous étions seulement installés à Marseille et que nous le sommes maintenant dans toutes les principales métropoles régionales), nous avons voulu nous implanter à l'étranger. C'est ainsi qu'au lieu de nous établir directement aux États-Unis, en Angleterre, en Écosse et en Allemagne, nous avons offert à une grande banque de chacun de ces pays de participer à notre entreprise et de prendre une part de son capital que nous avons fixée à 7% environ. Chacune d'elles est représentée à notre conseil et nous sommes très heureux de cette nouvelle formule (qui a été reprise par d'autres depuis) et qui nous a permis de développer par une fructueuse coopération notre activité internationale.
Quelques chiffres encore vous donneront une idée de la progression de nos opérations internationales :
- les comptes en devises gérés par la Banque sont passés de 143 millions en 1963 à 1.588 millions en 1973 ; nos mouvements de comptes change sont passés de 6 milliards en 1953 à 42 milliards en 1973 ; les produits en devises sont passés de 3 millions en 1953 à 16 millions en 1973 ; enfin, l'encours des grands crédits extérieurs est passé de 107 millions en 1953 à 518 millions en 1973.
Mais ce bref exposé ne serait pas complet si je n'essayais de décrire rapidement les activités de la banque d'affaires, parallèles à celles de notre banque commerciale et issues de son développement.
Au moment de la création de la Banque, la valeur des actifs immobilisés était inexistante. Aujourd'hui, ils sont de l'ordre de 350 millions de nos francs. Les chiffres que voici permettent de suivre leur progression :
1945 :      6.500.000 francs actuels
1962 : 140.000.000 de francs actuels
1974 : 350.000.000 de francs actuels
Je me bornerai donc à parler des quelques premiers mois de l'année en cours. Tout d'abord les dépôts ont continué à progresser passant de F 4.986.000.000 au 4 janvier 1974 à F 5.525.000.000 au 31 mars, soit un accroissement de 12 à 13% (en trois mois). »
En mai 1974 également, la filiale marocaine de la Banque, Worms et Cie - Maroc, fusionnait (avec effet rétroactif au 1er janvier) avec la Banque de Paris et des Pays-Bas - Maroc, dans le but de renforcer ses moyens d'action avant la marocanisation légale qui devait se faire avant mai 1975. La raison sociale fut transformée en Société marocaine de dépôt et de crédit (SMDC). Le président en fut M. Abdelkader Ben Salah et les vice-présidents, M. Henri Marot (Worms) et M. Paul-Louis Péan (Paribas). En avril 1975 la marocanisation était terminée et le capital de 9.072.000 DH se trouvait détenu à hauteur de 50% par des personnes marocaines, 20,55% par la Banque Worms, 20,55% par Paribas et 8,90% par la Banque ottomane, l'Union bancaire et la Hessische Landesbank Girozentrale.
A compter du 1er juillet 1974, le capital de la Banque Worms fut porté à 171.140.000 millions de francs par incorporation de réserves.
En octobre de la même année fut créée la société Worms Finance NV, filiale à 100% de la Banque, société financière dont le siège est à Curaçao aux Antilles néerlandaises et dont l'objet est de faciliter des opérations internationales.
Il est bon de rappeler aussi, comme exemple des nombreux crédits à l'exportation que la banque fut appelée à monter le financement de la construction à Taïwan Roc d'une usine de séparation de xylène d'un montant de 30 millions de $ US.
Mais l'année 1974 a été aussi marquée par un nouveau deuil. M. Robert Labbé, associé-gérant de MM. Worms et Cie, président de Worms Compagnie maritime et charbonnière et de la Compagnie navale et commerciale péninsulaire, décédait le 27 août. Il fut remplacé par M. Nicholas Clive Worms au conseil de cette dernière le 8 octobre et au conseil de la Banque Worms le 26 septembre.
La direction générale de la Banque se trouva renforcée à la fin de 1974 par la nomination de deux nouveaux directeurs généraux adjoints : M. Henri Marot et M. Claude Janssen. Et l'assemblée générale extraordinaire du 22 mai 1975 autorisa le conseil à porter le capital à 350 millions de francs en une ou plusieurs fois.
On peut noter à la fin de 1975 que le département du commerce extérieur de la Banque avait augmenté ses interventions de 40% et qu'ainsi l'encours des crédits fournisseurs et acheteurs dépassait les 850 millions de francs.
En 1975, de nouvelles participations ont été prises et de nouvelles affaires créées. Ainsi Worms-Pierre, société civile de placements immobiliers, a été fondée en septembre avec le concours de la Banque de l'union occidentale - BUO, de La Foncière, de La Populaire et de La Préservatrice. Une première augmentation de capital d'un montant de 15 millions de francs eut lieu entre novembre 1975 et mars 1976. La direction générale de la Banque a d'autre part décidé d'acquérir 5.000 actions de La Redoute de Roubaix et même d'accroître cette participation qui fut effectivement renforcée en 1976 de 4,6 millions de francs.
Le 28 janvier 1976 était fondée au Brésil la société Brasilinvest (dont le capital a été porté en mai à 200 millions de Cruzeiros) dans le but de favoriser les apports en capitaux et en technologie à l'économie brésilienne. Le Groupe Worms prit une participation dans cette affaire et se fit représenter au Brésil par M. Patrick Lamotte.
Au mois d'octobre de cette même année, la Banque acquit 20% puis 62% environ du capital d'un établissement bancaire étranger établi à Paris, La Société mutuelle industrielle, au capital de 10 millions de francs. Les deux autres actionnaires sont les groupes Solvay (Belgique) et Gillet (France). M. Robert Dubost, vice-président de la Banque Worms, a été appelé à la présidence de cette société. Parmi les autres participations réalisées en 1976, citons encore celles prises dans le Banco de Vizcaya, les Établissement Carpano Pons et Electrolux dont la Banque a acquis 50.000 actions pour près de 5,7 millions en vue de développer les relations avec cet important groupe suédois.
La Banque avait lancé, dès février 1976, un emprunt obligataire de 100 millions de francs qui allait lui assurer un accroissement égal en concours hors-encadrement.
A la fin décembre 1976, on apprenait que M. Nicholas Clive Worms prenait la présidence de la société Pechelbronn, l'une des sociétés holdings du Groupe - et que M. Pierre Bazy était coopté comme associé-gérant de MM. Worms et Cie à partir du 1er janvier 1977.
En février 1977 la Banque Worms et la Banque provinciale du Canada décidèrent d'établir des relations privilégiées entre elles. Pour concrétiser un tel accord, la Banque provinciale du Canada prit une participation de 20% dans le capital de la Banque de l'union occidentale - BUO, filiale de la Banque Worms à une large majorité.
Au moment de l'assemblée générale ordinaire des actionnaires de la Banque Worms, du 26 mai 1977, le conseil d'administration de celle-ci était composé de :
R. Meynial : président d'honneur
G. Taittinger : président-directeur général
R. Dubost : vice-président
C. Tixier : vice-président (ex-président de la BIFC, ex-Bian)
J. Barnaud : administrateur
G. Brocard : administrateur
N. Clive Worms : administrateur
Lord Clydesmuir : administrateur (gouverneur de la Bank of Scotland)
GM. Dorrance Jr. : administrateur (président de la Philadelphia National Bank)
L.C. de Fouchier : administrateur (président du Crédit du Nord)
M.R. Luthert : administrateur (directeur division Europe de la Lloyds Bank international Ltd)
Dr H. Sippel : administrateur (président du Vorstand de la Hessische Landesbank)
Et la direction générale de la Banque de :
G. Taittinger : président-directeur général
P. Bazy : directeur général (ex-directeur général de Sofibanque-Hoskier)
C. Janssen : directeur général adjoint
H. Marot : directeur général adjoint
Au cours de la réunion du conseil d'administration tenue à l'issue de l'assemblée, il a été décidé d'augmenter le capital social de la Banque de 171.140.000 de francs à 205.368.000 de francs par incorporation d'une somme de 34.228.000 de francs prélevée sur les réserves et création de 342.280.000 actions nouvelles attribuées gratuitement aux actionnaires à raison d'une pour cinq anciennes.
En février 1977, on apprenait que la Banque Worms avait participé à la constitution, en date du 2.12.1976, du groupement d'intérêt économique (GIE), Finecomap, en compagnie de la BNP, de la Banque Rothschild et de Paribas. Le groupement a pour objet la mise sur pied de financements spécialisés pour la réalisation d'économies sur les importations de matières premières et pour la mise en valeur de ressources nationales de remplacement.
C'est au début d'octobre de la même année que la société Finacrans, filiale à plus de 99% de Pechelbronn, elle-même contrôlée à 53% par la Banque Worms, prit le contrôle de la Société financière du Dauphiné (ex-Financière Valisère), société holding d'un groupe bonnetier français, déjà implanté aux États-Unis.
Toujours en octobre la Banque s'assura le contrôle de la société Edic (Entreprise de développement industriel et commercial) dont l'activité est centrée sur les conseils et l'assistance dans les domaines juridiques, économiques et financiers aux sociétés étrangères désirant s'implanter au Brésil. Le bureau de Rio de Janeiro est animé par M. André Rosenthal et celui de Sao Paulo par M. Patrick Lamotte qui a quitté Brasilinvest.
Le 29 novembre 1977 étaient signés à Bahreïn les contrats ayant trait à la construction d'un hôtel de luxe de 384 chambres au centre de Manama sur le front de mer. La coordination du projet et de son financement a été assurée par la Banque Worms qui fut ainsi amenée à mettre en place un crédit-acheteur de 118.000.000 francs complété par un prêt à moyen terme de 20.500.000 dollars. Le groupe de banques dont la Banque Worms est le chef de file comprend la national Bank of Kuwait SAK, la Chartered Bank Bahrain, Abu Dhabi Investment ??.
En même temps la Banque Worms, par l'entremise de sa filiale, la Banque de l'union occidentale - BUO, présidait à la création de la Société bancaire arabe.
Indiquons enfin que durant l'année 1977, Permal, à New York, a créé une société spécialisée pour les investissements industriels européens aux États-Unis, sous la raison sociale Worms American Capital Corporation - WACC, qui joue le rôle d'une "Investment Banking Firm" américaine.

Nous avons retracé jusqu'ici la façon dont la Banque Worms, entre 1962 et 1978, s'est rapidement transformée et avons montré comment elle a progressivement pris pied dans un bon nombre de régions du globe. Il nous reste à évoquer brièvement l'histoire de son implantation en province.
L'agence d'Alger qui, sous la pression des événements était devenue Worms et Cie-Algérie en juin 1952, puis la Biam, Banque industrielle d'Afrique et de la Méditerranée, en décembre de la même année, avait dû se résoudre à cesser son activité en mai 1958 en souscrivant un accord avec la Banque extérieure d'Algérie.
A cette époque la Banque Worms possédait en province les agences de Lille, Lyon et Marseille - fondées par elle - et les agences du Havre, de Montpellier, Nice et Toulouse - acquises par apport-fusion de la BIFC (ex-Bian).
La France avait alors entrepris une politique d'émancipation et d'indépendance des territoires africains. Aussi les dirigeants de la Banque Worms décidèrent-ils de concentrer sur le territoire national leurs efforts en vue d'y établir de nouvelles implantations. Ils demandèrent à M. Robert Dubost et à M. Henri Marot - revenu de Casablanca pour prendre la tête de la direction des agences - d'entreprendre une politique d'ouverture de nouveaux guichets bancaires dans les principales métropoles du territoire national.
Dès mars 1969, l'agence de Lyon créait un nouveau bureau : l'agence Lafayette - dans le centre commercial de la Part-Dieu en pleine rénovation. Le 1er décembre 1970 l'agence de Grenoble voyait le jour et le 2 décembre (date symbolique) la Banque Worms, en absorbant sa filiale SMB (Société méditerranéenne de banque) incorporait à son réseau les agences d'Ajaccio et de Bastia et les bureaux temporaires de Propriano et de Ghisonaccia. Au cours de l'année 1971 trois nouvelles agences furent fondées; l'une à Saint-Étienne le 15 avril, les autres à Rouen le 15 novembre et à Nantes le 1er décembre. L'agence de Nice doublait ses moyens d'exploitation en créant une nouvelle implantation plus centrale - avenue Jean Médecin - le 13 mars 1972. Et le 20 novembre de la même année, l'agence de Bordeaux ouvrait ses portes à la clientèle.
Dans le nord une nouvelle agence était créée le 2 janvier 1973 à Roubaix. A Montpellier l'activité de l'agence était transférée dans des locaux modernes - bd Ledru Rollin - début juillet 1974 et en octobre suivant, un bureau Aristide Ollivier mettait ses nouveaux guichets à la disposition de la clientèle. En 1975 les agences de Rouen et de Grenoble ouvraient simultanément, le 15 décembre, des bureaux de quartier, la première avenue Pasteur, la seconde rue de la République.
Dans le centre, l'agence d'Orléans était créée le 1er juillet 1975 et dans le nord celle de Tourcoing - dépendante de l'agence de Roubaix - le 3 novembre de la même année.
Actuellement M. Salvi dirige l'agence d'Ajaccio, M. Alessandri celle de Bastia, M. Rabault celle de Bordeaux, M. Vincent celle de Grenoble, M. Boquet celle du Havre, M. d'Herbecourt celle de Lille, M. Treppoz celle de Lyon, M. Loze celle de Marseille, M. Pechoux celle de Montpellier, M. Giraud celle de Nantes, M. Odelin celle de Nice, M. Guilleminet celle d'Orléans, M. Llorac celle de Roubaix-Tourcoing, M. Hubac celle de Rouen, M. Migeon celle de Saint-Étienne, M.Guéritault celle de Toulouse.
En dehors des succursales de province la Banque possède des agences à Paris et dans la région parisienne. Elles ont été ouvertes :
- à Rungis le 3 mars 1969 (M. Berthelot - directeur)
- à La Muette le 9 août 1971 (M. Thévenot - directeur)
- à Montparnasse le 27 mars 1972 (M. Carton - directeur)
- à Vélizy le 28 juillet 1972 (M. Fayen - directeur)
- à Puteaux le 18 avril 1977 (M. Bellard - directeur)

Durant la même période 1962-1978 les autres sociétés du Groupe Worms poursuivirent leur métamorphose.
Au sein de Worms Compagnie maritime et charbonnière : la direction générale des Services combustibles dont M. Michel Leroy était la tête, accélérait le transfert de son activité charbonnière vers celles qu'offraient la manutention, le fuel et le gaz, butane et propane. Alors qu'en 1948 sur des ventes de combustibles d'environ un million de tonnes, les combustibles liquides et gazeux ne représentaient même pas 10% de ce chiffre, en 1972 ces derniers avaient atteint, sur 1,1 millions de combustibles vendus en métropole, un pourcentage de l'ordre de 80% : pour illustrer cette évolution marquante voici quelques chiffres repères pour la métropole :

 

Charbons (métropole)

Combustibles liquides

Combustibles gazeux

1962

408.458 T

78.933 T

12.023 T

1965

488.376 T

149.401 T

16.713 T

1972

277.899 T

766.177 T

36.750 T

De la dizaine d'agences qui assuraient précédemment la vente directe du charbon il ne subsistait en 1976 plus que trois : Bayonne, Rouen et Marseille. Par contre il avait été créé des sociétés régionales de vente, filiales de Worms CMC, comme la Société bordelaise d'exploitation de combustibles - Sobeco à Bordeaux et Les Combustibles de l'Ouest - LCO, à Nantes.
Pour les combustibles liquides (fuel) et gazeux (butane-propane) les centres de vente sont nombreux et se situent à Bayonne, Bordeaux, Le Havre, Caen, Marseille, Nantes, Tours, le Mans, Rouen, Elbeuf, Louviers, Nancy et naturellement Paris. Au cours de l'exercice 1972, en vue de résoudre le problème du ravitaillement en fuel devenu difficile, les Services combustibles créèrent avec la société Esso Standard SAF une filiale commune au nom de Worms Distribution, dont M. Robert Labbé fut le premier président. Pour la vente du gaz, Worms CMC racheta, en association avec Antar et Rhin-Rhône, la société Sogal. Depuis le 1er juillet 1977, le Groupe Worms dispose de sa propre société de distribution des gaz butane et propane sous la raison sociale Worms Gaz, dont le président est M. Albert Bosmans.
D'autre part, l'activité de la manutention reprit vie. Les tonnages manutentionnés peur les services publics, après avoir enregistré une baisse sensible, en particulier au Havre, ont augmenté dans des proportions spectaculaires depuis la crise du pétrole. Les déchargements des tonnages destinés au Havre à Électricité de France et qui dépassent présentement 4.000.000 de tonnes par an, sont effectués par le truchement d'une filiale : la Chamar (Compagnie havraise de manutentions rationnelles). Quant aux Services maritimes, à la suite des événements survenus en Méditerranée de 1956 à 1962 et des difficultés que rencontrait l'exploitation directe de leur flotte, ils prirent la décision de vendre progressivement leurs navires entre 1962 et 1968 et d'orienter leurs activités vers la consignation et les transports terrestres. Sous l'impulsion de leur directeur général, M. Jean Bucquet, ils amorcèrent leur reconversion. Les consignations obtenues entre 1960 et 1970 ont marqué une progression notoire et les représentations des car-ferries Thoresen, de Moore Mc Cormac" (containers) et des European Ferries méritent d'être signalés. Depuis, la nouvelle société Worms Services maritimes est devenue l'agent des principaux armements du monde entier tels : American Export Lines, Johnson Scanstar, Malaysian International Steamship Corporation, Nippon Yusen Kaisha (NYK), Niver Lines, Turkish Cargo Lines, etc.
De 1962 à 1968, également, les Services maritimes s'intéressèrent à plusieurs sociétés de transports routiers spécialisés, frigorifiques en particulier. A partir de 1964 une association fut conclue avec des sociétés comme :
- Sancier et Cie, spécialiste des transports par route de denrées périssables sous température dirigée, ceci tant en France qu'en Europe,
- Galopin SA, spécialiste des transports sous température dirigée des produits laitiers, viandes, salaisons, surgelés et primeurs.
Sous la responsabilité de M. Jacques R. Masson, de nouveaux accords eurent lieu avec les sociétés :
- Eurotransit SA dont l'activité comprend le groupage et la distribution pour toute l'Europe, l'entreposage frigorifique, la gestion de stocks, l'agence en douane et les expéditions maritimes.
- Alamassé, Bulle et Cie, depuis 1972. Cette dernière est spécialisée également dans la distribution régionale de toute denrée périssable, l'entreposage et le transit dans toute la France.
Ces divers accords et prises de participations aboutirent en 1973 à la création d'un groupement d'intérêt économique sous le nom de Transports frigorifiques européens, qui regroupe les quatre sociétés précédentes. Ce nouveau GIE dispose d'un parc de 400 véhicules et de 40.000 m2 d'entrepôts frigorifiques en France et à Kehl. Il possède en outre un service affrètement avec un bon réseau de correspondants en France et à l'étranger.
Finalement, la constitution de sociétés distinctes comme Worms Distribution en 1972 et Worms Services maritimes en 1975, ainsi que l'intéressement pris dans des sociétés de transports routiers, modifièrent profondément la structure de Worms Compagnie maritime et charbonnière. Au lieu de l'articulation précédente de deux directions générales autour d'un siège social, Worms CMC est devenue une société holding regroupant un certain nombre de filiales.
- Worms Services maritimes, SA présidée par M. Jean Bucquet,
- Services combustibles, propriété de Worms CMC mais filiale de facto dont la direction est assumée par M. Albert Bosmans,
- filiales routières regroupées au sein du groupement d'intérêt économique Transports frigorifiques européens,présidé par M. Jacques Masson, qui est assisté de M. Robert Diemert, président d'Alamassé, Bulle et Cie et d'Eurotransit.

Les jours des Ateliers et Chantiers de Seine-Maritime, du Trait - ACSM, étaient comptés depuis que le gouvernement avait établi un plan de concentration des chantiers navals en France. M. Hypolite Worms avait eu encore le plaisir d'assister avant sa mort à l'établissement des plans du futur méthanier "Jules-Verne", premier navire français de cette nature et deuxième dans le monde. Commandé ferme en 1962 aux ACSM pour la compagnie Gaz-Marine, il était lancé le 8 septembre 1964, et entrait en service en mars 1965 entre Arzew, terminal du gaz d'Hassi-R'Mel (Algérie) et le Havre. Avec ses 201 m de long, 24,70 m de large, sa vitesse de 17 noeuds et ses sept citernes, il pouvait transporter 25.500 m3 de gaz liquéfié à -161°, soit en fin de compte 15.300.000 m3 de produits gazeux. Parmi les dernières belles unités construites par les ACSM, il faut encore citer la "Ville-de-Bordeaux" lancée le 6 août 1964 et la "Ville-de-Lyon" lancée en décembre 1965, toutes deux acquises par la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire.
Pour répondre aux directives imparties par le gouvernement, des pourparlers en vue d'une fusion furent entrepris avec les Chantiers navals de La Ciotat dès la fin de 1965. En mars 1966 la restructuration des deux chantiers - ACSM et CNC - était entreprise et lors de l'assemblée générale à caractère constitutif du 15 mai 1965 des Chantiers navals de la Ciotat, la fusion par voie d'absorption des Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime se trouvait réalisée avec la dissolution de plein droit de ces derniers.
Ainsi les ACSM, après avoir été créés par M. Hypolite Worms en 1916 à la demande du gouvernement, disparaissaient en 1966 sur intervention des pouvoirs publics. Mais pendant cinquante ans ils rendirent de notables services à la Marine française et même étrangère.
Il faut cependant souligner que les techniques mises au point par les ACSM pour le transport des gaz ont survécu à la disparition des chantiers eux-mêmes. Elles ont été reprises et perfectionnées par la société Gaz Transport, SARL créée le 25 octobre 1965 dont l'animateur et le gérant est M. Auguste Gilles.
Gaz Transport est une société d'engineering naval dans le domaine des techniques de constructions de navires transporteurs de gaz liquéfié et tout particulièrement de gaz naturel liquéfié. La flotte méthanière mondiale, à la fin de 1977, comprenait 71 unités en service, en construction ou en commande dont 25 (soit 37% environ) étaient ou allaient être construits suivant une technique Gaz Transport. Ces 25 méthaniers ont tous été commandés par d'importantes sociétés tant américaines, japonaises que suédoises et françaises.

Les diverses sociétés d'armement maritime rattachées au Groupe Worms avaient chacune continué leur exploitation propre depuis 1962. Pour faire face à la concurrence et aux besoins de plus en plus spécialisés des transports par voie de mer, un important processus de restructuration des sociétés navales du Groupe fut entrepris et mené à terme le 6 décembre 1971. A cette date la Compagnie havraise et nantaise péninsulaire devenait une société holding sous la raison sociale Compagnie navale Worms, cotée en bourse, dont le capital était de 69.587.100 F et les fonds propres de 245 millions. M. Robert Labbé assumait la présidence ayant à ses côtés M. Jean Barnaud comme vice-président. La Compagnie navale Worms n'est pas directement propriétaire de navires ; elle détient par contre de nombreuses participations dans le secteur maritime et contrôle ainsi une vingtaine de filiales françaises ou étrangères.
La principale de celle-ci est la Société française de transports maritimes, non cotée en bourse, au capital de 98.400.000 F, propriétaire à la date du 6/12/1971 d'une flotte de 44 navires pétroliers, transporteurs de vrac, cargos de ligne, navires spécialisés, navires réfrigérés, caboteurs, d'un port en lourd total de 1.115.000 tonnes. Elle allait prendre livraison sur les trois années à venir de 13 nouveaux navires d'un port en lourd supplémentaire de 915.000 tonnes environ. Son président est M. Jean Barnaud.
La Société française de transports maritimes - SFTM possède elle-même quatre filiales directes. Les trois premières ont pour objet l'armement et l'exploitation technique et commerciale de sa flotte. Ce sont :
- la Société française de transports pétroliers - SFTP
pour les navires transporteurs d'hydrocarbures et de produits chimiques
- la Navale et Commerciale havraise péninsulaire - NCHP
pour les cargos de lignes régulières et les navires réfrigérés
- la Société nantaise des chargeurs de l'Ouest - SNCO
pour les navires spécialisés, transporteurs de vrac et caboteurs
- la quatrième, la Compagnie de transports maritimes pétroliers - CTMP
gère et exploite à cette date, en liaison avec la SFTP, une flotte de six navires pétroliers, d'un port en lourd total de 495.000 tonnes, appartenant à la société Pechelbronn, autre société du Groupe qui avait absorbé par voie de fusion la Société des transports maritimes pétroliers - STMP en mai 1968.
La Compagnie de transports maritimes pétroliers attendait alors livraison d'un navire supplémentaire de 240.000 tonnes.
Le chiffre d'affaires traité par la Société française de transports maritimes dépassait, pour 1971, 350 millions de francs pour un cash-flow de l'ordre de 85 millions.
Les autres filiales de la Compagnie navale Worms, de taille plus modeste, peuvent se répartir en trois groupes.
Filiale de l'océan Indien, à Djibouti, Madagascar, les Comores, la Réunion, l'Ile Maurice, exploitant un réseau d'agences et de services de transit, de manutention, d'entreposage lié aux lignes régulières du Groupe, et aussi une flotte de caboteurs assurant la liaison dans cette zone
Filiales de la région nantaise assurant diverses activités de services et exploitant également une flotte de caboteurs sur des trafics nationaux et internationaux
Filiales internationales, en association avec des armateurs étrangers, pour l'exploitation de navires en général spécialisés, en particulier avec le groupe Feronia International Shipping - Fish qui a développé très rapidement une activité de services des forages côtiers ou en mer au moyen de navires spéciaux.
Compte tenu du retrait de certaines unités âgées, le Groupe Worms allait contrôler en 1975 une flotte moderne d'un tonnage d'environ 2.800.000 tonnes, répondant parfaitement à la tendance du transport maritime : prépondérance en tonnage de pétroliers, croissance des grands transporteurs de vrac, modernisation d'une flotte de cargos. Cette diversification et les nombreux accords conclus avec des armateurs français et étrangers doivent permettre, malgré les risques inhérents à l'industrie maritime, un développement harmonieux à la Compagnie navale Worms qui se situe parmi les premières compagnies navales en Europe.

Mais la coordination et le regroupement ne furent pas l'apanage des seules compagnies maritimes du Groupe. Le secteur des assurances bénéficia également d'une solide restructuration.
La compagnie La Préservatrice dont le conseil avait été présidée par M. Robert Cousin de 1940 à la mort de celui-ci en 1966, voyait .accéder à cette date M. Raymond Meynial à la présidence. Avec le concours de M. Guy Taittinger, administrateur, et de M. Guillaume Legrand, directeur général, un plan de restructuration du groupe de La Préservatrice fut alors élaboré. En 1973, ce plan fut réalisé, notamment avec la contribution de M. Jean Schoenlaub, directeur financier. Une nouvelle société exploitante fut créée au capital de 80 millions de francs, qui reprit la raison sociale de La Préservatrice AIRD ainsi que la totalité du portefeuille de celle-ci. L'ancienne société AIRD devint une société de placements sous le nom de La Préservatrice SA, au capital de 65.312.500 F ; La Préservatrice-Vie et les autres sociétés du groupe devinrent, de ce fait, les filiales de La Préservatrice SA. La création d'une société anonyme de portefeuille permettait au groupe des investissements dans des affaires industrielles et financières, investissements que la réglementation si stricte imposée aux compagnies d'assurances en France ne leur laissait guère la possibilité d'effectuer.
Le rôle imparti à la nouvelle Préservatrice SA fut aussi de prendre le contrôle de certaines compagnies d'assurances ou de faciliter le rapprochement de celles-ci. Dans cette perspective, l'assemblée générale extraordinaire du 16 décembre 1976 de La Préservatrice SA entérina l'apport des titres de La Foncière Tiard effectué par Acmo (qui les avait reçus en partie de la Banque Worms), ainsi que les apports de même nature effectués par MLS Participations et par Pechelbronn. L'ensemble de ces apports avait permis de regrouper simultanément dans le portefeuille de La Préservatrice SA 834.504 actions de La Foncière Tiard. A la suite de ces opérations La Préservatrice SA prenait la dénomination de Comindus (Société de participations commerciales et industrielles) et détenait le contrôle à 52,92% de La Foncière Tiard qui fut elle-même la société-mère du groupe Foncière. Comindus, du Groupe Worms, contrôle ainsi l'ensemble des groupes d'assurances La Préservatrice et La Foncière. Son président est M. Guy Taittinger - M. Raymond Meynial étant devenu président d'honneur - et les administrateurs représentant les intérêts de la Maison Worms sont : MM. Nicholas Clive Worms, Claude Tixier et Guillaume Legrand qui assure en même temps la direction générale de la société et la présidence de la nouvelle Préservatrice AIRD.
Pour arriver à réaliser une telle restructuration il avait fallu que le groupe de La Foncière ait suivi parallèlement une évolution toute semblable. M. Guy Taittinger avait accédé en effet à la présidence de La Foncière en janvier 1969 déjà.
En juin de la même année, M. Jean Barnaud était venu renforcer la présence de Worms et Cie au conseil de la compagnie. Un an plus tard, en juin 1970, sous un patronyme commun, le groupe Foncière était constitué ; il comprenait La Foncière Tiard, La Foncière-Vie, La Foncière Capitalisation, plus les filiales, et M. Guy Taittinger en était le président. Au cours de l'exercice 1971, les Assicurazioni Generali se retiraient de la compagnie et cédaient leur participation au Groupe Worms qui devenait alors majoritaire. Et en 1975 le processus de restructuration était enclenché. La Foncière Tiard absorbait La Foncière-Vie et renforçait de ce fait sa position de société-mère du groupe. Une offre publique d'échange (OPE) des actions de La Foncière Tiard par Comindus était lancée en octobre 1977. Dans le même temps La Foncière Tiard faisait apport de son activité d'assurances à une nouvelle filiale qui reprenait la même raison sociale. L'ancienne Tiard devenait ainsi une société de portefeuille et prenait la dénomination de Société de participations et de gestion - Speg. Elle allait détenir l'intégralité du capital de la nouvelle Tiard ainsi qu'un portefeuille de titres cotés et des disponibilités. Après les opérations résultant de l'OPE, Comindus devint la société holding des deux groupes Préservatrice et Foncière, par l'intermédiaire respectivement de La Préservatrice Aird et de la Speg. Finalement l'apport de la Banque Worms à la Speg de 40% des actions de La Préservatrice Aird et l'achat par la Speg à Comindus de 55% des titres de La Préservatrice Aird rendaient la Banque Worms et Comindus les principaux actionnaires de la Speg, qui allait contrôler aussi bien le groupe Préservatrice que Foncière.

En guise de conclusion

Le cinquantième anniversaire de la création des Services bancaires de MM. Worms et Cie, devenus la Banque Worms, a été l'occasion de retracer non seulement l'historique des activités bancaires de celle-ci, mais aussi l'histoire de tout un groupe. Qu'on ne s'en étonne pas puisque l'expansion considérable du Groupe Worms a été puissamment aidée par la naissance et le développement de la Banque.
Si nous nous sommes limités à un récit succinct où n'apparaissent principalement que les animateurs des diverses sociétés du Groupe, c'est par esprit de synthèse, mais nullement pour passer sous silence toutes les bonnes volontés, tous les efforts et toutes les capacités qui, conjugués, ont permis à l'ensemble de grandir et de prospérer. Et nous voulons pour preuve de cela notre désir d'offrir à tous les artisans de la réussite de notre Maison, en témoignage de gratitude, un exemplaire de la présente plaquette du souvenir.
En conclusion plus précisément de l'activité bancaire, dont la progression a été remarquable, nous reproduisons ici quelques données chiffrées. Leur éloquence nous fait grâce de tout commentaire.

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