1948.03.00.De Roger Mennevée.Les Documents de l'AIII.Article

Publication externe
Les Documents de l'Agence indépendante d’informations internationales
La Banque Worms - Histoire générale,
De M. Hypolite Worms (1er du nom) à M. Hypolite Worms (second)
(voir nos fascicules de janvier et février)

Le PDF de ce document est consultable à la fin du texte.

Au lendemain du décès de M. Hypolite Worms, le siège social de la société avait été transféré 45, boulevard Haussmann à Paris, dans un vaste immeuble portant les n°41, 43 et 45, devenu la propriété de Madame Emma Louise Worms, fille de M. Hypolite Worms, et veuve en premières noces de M. Franchetti, lors de son remariage avec M. Louis Emmanuel Arthur Delavigne, ancien inspecteur général des services administratifs.
A cette époque le capital de la société Hypte Worms et Cie, s'élevant à 4.500.000 francs, était ainsi réparti :

Mme Séphora Goudchaux, veuve de M. Worms :

2.000.000 F

M. Lucien Worms :

1.000.000 F

Mme Emma Louise Worms, devenue Mme Delavigne :

1.000.000 F

M. Hervé Henri André Josse :

500.000 F

Total égal :

4.500.000 F

Au début de 1881, les associés décidèrent de modifier la société en admettant de nouveaux associés en nom collectif, mais après avoir réparti le capital, les réserves et les plus-values antérieurement constituées et de façon que la société put repartir financièrement comme une nouvelle affaire.
Les réserves furent donc partagées entre Mme Veuve H. Worms , M. Lucien Worms, Mme Delavigne et M. Josse, étant rappelé que dans ces réserves figurait le fonds spécial de 300.000 F, dont nous avons parlé antérieurement, et qui, appartenant personnellement à M. Worms, fut partagé entre ses héritiers dans les mêmes proportions que les ex-droits sociaux de celui-ci.
Par la même occasion, et par acte du 14 février 1881, Mme Séphora Worms, réduisait de 500.000 F sa part dans le capital social, la ramenant ainsi à 1.500.000 F pendant que le capital de la société en était, de son côté, ramené à 4 millions.
Puis, par un autre acte du même jour, pour permettre I'entrée de nouveaux associés en nom collectif, elle cédait une nouvelle part de 250.000 F à chacun de MM. Élie Louis Frédéric Baudet, négociant, demeurant à Paris, rue de Maubeuge n°7, et Henri Goudchaux, négociant, demeurant à Paris, boulevard Malesherbes n°19, ce dernier cousin de Mme Séphora Goudchaux-Worms, soit ensemble 500.000 F, somme dont la participation de Mme Worms fut à nouveau diminuée. Enfin, Mme Worms et Mme Delavigne devenaient simples commanditaires pour le montant de leurs droits sociaux.
Puis, pour faciliter I'application de ces changements aux statuts de la société, les associés établirent des statuts rectifiés, entendant que tout ce qui, dans les précédents statuts, était contraire ou seulement non conforme, fut considéré comme supprimé et modifié, conformément au nouveau texte, dont partie fut insérée dans Le Droit du 24 février 1881, dans les termes suivants 

Article premier
II existe entre MM. (Lucien) Worms, (Hervé) Josse, (Élie) Baudet, (Henri) Goudchaux, Madame (Veuve) Worms et Madame Delavigne, une société pour l'armement des navires et de bâtiments de navigation et de transport de toute espèce, le commerce des charbons, les opérations de banque et de change national et international, ainsi que pour tous autres genres de commerce ou d'industrie que les associés jugeront convenable d'y joindre, et, plus spécialement pour la continuation des opérations de la Maison Hypolite Worms et Cie.

Art. 2
La société sera à compter de ce jour, en nom collectif à l'égard de MM. Worms, Josse, Baudet, et Goudchaux et en commandite seulement à l'égard de Madame Worms et de Madame Delavigne.
La raison et la signature sociales seront :
Worms, Josse et Cie.

Art. 3
La signature sociale appartiendra à MM. Josse, Baudet et Goudchaux qui pourront en faire usage séparément, mais seulement pour les affaires de la société.
En conséquence, tous billets, lettres de change, chèques, marchés et autres actes contenant obligation, énonceront la cause pour laquelle ils auront été faits ou souscrits.
Chaque fois qu'il y aura lieu de prendre une décision à la majorité des associés-gérants au nombre desquels figure bien entendu M. Lucien Worms, la voix de M. Josse sera prépondérante en cas de partage égal.
En cas de décès de M. Worms et de M. Josse, M. Baudet aura voix prépondérante, et en cas de décès de deux des associés ayant la signature sociale, le troisième associé ayant la signature sociale aura voix prépondérante.

Art. 4
La durée de la société se trouve être de 15 années à partir du 1er janvier 1881, pour finir le 1er janvier 1896.

Art. 5
Le domicile et le siège de la société seront à Paris, boulevard Haussmann n°45. C'est à ce siège attributif de juridiction que seront tenus les livres commerciaux, que seront faits et arrêtés les inventaires et c'est de là que partiront les instructions pour les différents comptoirs.
La société a des comptoirs à Bordeaux, La Rochelle et Marseille (France), à Cardiff, Newcastle et Great-Grimsby (Angleterre) et à Port-Saïd et Suez (Égypte).
II pourra être établi d'autres comptoirs soit en France, soit à l'étranger, dans tous les lieux où il conviendra aux associés en nom collectif à la majorité des voix.

Art. 6
Le fonds ou capital social est de 4 millions de francs.
II se compose de tout l'actif de la société Hypolite Worms et Cie tel qu'il résulte de l'inventaire social qui a été arrêté au 31 décembre dernier (1880) avec les modifications qu'ont pu lui apporter les opérations faites et les écritures passées depuis cette époque.
Cet actif comprend notamment :
1°- La propriété entière des steamers "Emma" et "Séphora", du port du Havre, les 2/3 des steamers "Marguerite-Franchetti", "Frédéric-Franck", "Louise-Jenny", "Lucien", "Isabelle", "Président" et "Blanche" dont l'autre tiers appartient à la société F. Mallet et Cie, ces derniers steamers également du port du Havre.
Tous ces bâtiments sont actuellement affectés au service de la société F. Mallet et Cie.
2°- et les cinq huitièmes des steamers "Marie", "Commandant-Franchetti" et "Frigorifique", du port de Bordeaux.
Ledit fonds ou capital social appartiendra :

à M. Worms pour 1/4 ou 4/16, soit

1.000.000

à M. Josse pour 1/8 ou 2/16, soit

500.000

à M. Baudet pour 1/16, soit

250.000

à M. Goudchaux pour 1/16, soit

250.000

à Madame Worms pour 1/4 ou 4/16, soit

1.000.000

et à Madame Delavigne pour le dernier quart ou 4/16, soit

1.000.000

Total égal à l'entier, seize seizièmes, soit

4.000.000

Art. 13
Chacun des associés en nom collectif ayant la signature sociale pourra, en signant de cette signature, faire seul tous achats et ventes de marchandises, passer tous marchés de fournitures, signer tous chèques, mandats, billets, lettres de change et autres valeurs, dans les termes et pour les délais d'usage sur la place commerciale pour laquelle ils seront créés ou tirés, ainsi que tous acquits, acceptations, endos et émargements.
Il pourra, en outre, faire tous baux et locations d'immeubles, soit par la société, soit à son profit, moyennant les prix et aux conditions qu'il avisera, contracter toutes assurances maritimes ou terrestres pour quelque risque que ce soit, consentir ou signifier tous délaissements, passer et signer tous contrats de nolissement, affrètement ou chartes-parties, soit de navires de la société, soit de bâtiments appartenant à des tiers, consentir tous emprunts ou prêts à la grosse, faire tous marchés de réparations et réarmement des bateaux de la société.
Enfin, il pourra faire seul, en usant de la signature sociale, tous les actes d'administration des affaires de la société suivant l'usage du commerce, autres que les acquisitions, ventes ou hypothèques d'immeubles ou de navires, d'emprunts à des termes autres que ceux en usage dans le commerce ou par d'autres modes.
Ces dernières opérations ne pourront être faites par chaque associé qu'avec un pouvoir, une autorisation, ou délégation spéciale de la majorité des associés en nom collectif.
Enfin, les associés en nom collectif choisissent et nomment tous chefs ou directeurs de comptoirs, capitaines, commissaires et autres représentants, ainsi que tous employés quelconques, fixent leurs appointements ou intérêts et les conditions générales de leurs emplois ou engagements, ils les révoquent ou congédient, le tout par décision à la majorité des voix, mais sans que cette stipulation puisse autoriser les directeurs, chefs de comptoirs, capitaines ou employés à exiger la justification de la décision, ils doivent, au contraire, obtempérer à cet égard aux ordres d'un seul des associés en nom collectif, la présente clause n'ayant pour objet que de régler les rapports des associés entre eux et ne pouvant conférer aucun droit à des tiers.
Les procurations et pouvoirs qui seront conférés à tous employés, chefs de comptoirs, mandataires et fondés de pouvoirs, devront être signés par deux des associés ayant la signature sociale et autorisés par la majorité des associés en nom collectif, à moins qu'il ne s'agisse de mandats spéciaux donnés pour des opérations définies, auquel cas les procurations pourront n'être signées que par l'un des associés ayant la signature sociale.

Art. 15
Pendant le cours de la société, aucun des associés ne pourra céder ni transporter à qui que ce soit, ses droits dans ladite société, ni se faire remplacer par un mandataire, le tout sans le consentement formel de la majorité des associés en nom collectif, ladite qualité d'associé devant, de condition expresse, demeurer personnelle à chacun des contractants ou à ses héritiers.
Cette interdiction de cession et d'aliénation ne nuira en rien aux donations ou cessions que Madame Worms pourra toujours faire à ses enfants seulement de tout ou partie de ses droits dans ladite société.
Par dérogation formelle à l'art. 1861 du Code civil, il est également interdit à chacun des associés de faire créer ni constituer aucune sous-société, d'avoir aucun croupier, ni de donner aucun intérêt à qui que ce soit dans sa part de la présente société sans le consentement de tous ses co-associés, afin qu'il ne puisse y avoir aucune ingérence directe ou indirecte de tiers dans la société, autrement que du consentement de tous les associés.

Art. 16
En cas de décès des associées commanditaires ou de l'une d'entre elles, la société continuera avec leurs héritiers ou représentants sans apporter aucun changement ni novation dans leurs droits.
En cas de décès de M. Worms ou de un ou de deux des associés ayant la signature sociale, la société continuera de plein droit entre l'associé ou les associés survivants et les héritiers ou représentants de l'associé ou des associés décédés, comme associés commanditaires seulement, et leur commandite sera du montant des droits de leur auteur, fixé par le dernier inventaire social.
Arrivant le décès du survivant des associés ayant la signature sociale, la société sera dissoute et liquidée en forme commerciale pour un ou plusieurs liquidateurs nommés ou choisis par tous les ayants-droit à l'actif social ou, à défaut d'entente de ces derniers, par M. le président du Tribunal de commerce de la Seine.

Art. 17
Les veuves, héritiers ou créanciers d'un associé, non plus que son conjoint, ni les héritiers ou représentants de celui-ci, ne pourront, dans aucun cas et sous aucun prétexte que ce soit, provoquer l'apposition des scellés sur les biens et valeurs de la société, en demander le partage ou la licitation, ni même faire procéder à aucun inventaire sous la forme civile de ces biens. Ils devront, pour l'exercice de leurs droits, s'en rapporter aux inventaires annuels faits en la forme commerciale, comme il est dit ci-dessus sans pouvoir en exiger d'autres.
Art. 18
Si l'un des inventaires annuels venait à révéler la perte de la moitié du capital social, chacun des associés pourra demander la dissolution de la société, et il sera procédé à la liquidation conformément à l'article 20 (non publié).
Parmi les autres articles non publiés figurait celui réglant la répartition des bénéfices nets dans les conditions suivantes :

M. Josse

26½%

M. Worms

22%

M. Baudet

13¼%

M. Goudchaux

13¼%

Mme Worms

12½%

Mme Delavigne

12½%

On remarquera que c'était la première fois où les opérations de banque et de change étaient officiellement précisées dans l'acte social.

M. Lucien Worms, fils de M. Hypolite Worms (1er du nom) était, comme nous l'avons dit, né à Paris le 3 mars 1839 ainsi qu'il ressort de l'extrait d'acte de naissance suivant :
« Naissances du 6ème arrondissement ancien, du quatre mars, mil huit cent trente neuf, une heure de relevée.
Acte de naissance de Lucien, du sexe masculin, né le trois de ce mois à six heures du matin, rue Vendôme, n°11, fils de Hippolyte Worms, banquier, âgé de 36 ans, et de Séphora Goudchaux, sans profession, 21 ans, demeurant comme dessus, mariés à Nancy (Meurthe) depuis 18 mois. Témoins : Simon Goudchaux, rentier, 26 ans, rue de Vendôme n°9, oncle de l'enfant, Marc Goudchaux : rentier, 26 ans, grand-oncle(1). »
Au moment où il entra dans la société Worms et Cie, à la mort de son père, en 1877, il était donc âgé de 38 ans.
Si, malgré cet âge et quoiqu'il fût le seul héritier mâle de M. Hypolite Worms, M. Lucien Worms ne disposa pas, quoique associé en nom collectif, de la signature sociale, c'est qu'il semble avoir eu en matière d'économie privée des conceptions sensiblement différentes de celles de son père, et pensé qu'une nouvelle répartition des richesses n'était pas sans résultats favorables pour le commerce. II les appliqua, d'ailleurs, de telle sorte qu'au lendemain même de sa majorité, il devait être pourvu d'un conseil judiciaire (19 juillet 1860).
Mais cet incident ne devait pas l'empêcher quelques années plus tard de montrer certaines autres qualités.
En effet, au moment de la guerre de 1870, non seulement il fut un des premiers donateurs en vue de l'équipement des Éclaireurs de la Seine, commandés par son beau-frère, M. Franchetti, mais il s'y engagea lui-même et eut, à la bataille de Champigny - où M. Franchetti fut tué, une conduite glorieuse qui lui valut la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
La paix revenue, M. Lucien Worms reprit sa vie quelque peu large, à tel point que, au moment de la mort de son père, on dut pour sauvegarder les intérêts qui lui échéaient, le pourvoir d'un nouveau conseil judiciaire (ordonnance du 14 juillet 1877). Il était alors domicilié chez sa mère, 5, rue Scribe à Paris.
Marié à Mademoiselle Virginie Adèle Houcke, de quinze ans plus jeune que lui, on le trouve en 1881, au moment de la modification de la société Worms et Cie, au 36, avenue Friedland à Paris. Il habitera ensuite 53, avenue Montaigne, c'est là que naissait le 26 mai 1889, M. Hypolite Worms, 2ème du nom et chef de la Maison Worms et Cie.
M. Lucien Worms eut, en outre, trois filles : Mademoiselle Suzanne René Marguerite Worms, Mademoiselle Marie Virginie Lucienne Worms et Mademoiselle Marie Lucy Worms, que nous retrouverons toutes ultérieurement, comme associées commanditaires dans la société Worms, après la mort de M. Lucien Worms.

Quant à M. Josse, c'est par une erreur de plume que nous l'avons dit, dans notre précédent n°, né à Valognes en 1822, puisque c'est le 28 février 1818 qu'il y est venu au monde, comme l'indique son acte de naissance dont voici le texte :
« L'an mil huit cent dix huit, le deux mars, à onze heures du matin, devant nous, Jacques Marin Le Rat, adjoint, délégué par Monsieur le Maire pour remplir les fonctions d'officier de l'état civil de la ville de Valognes, département de la Manche, il a été présenté vivant un enfant mâle, né le vingt huit février dernier à onze heures du matin, du mariage de Hervé Nicolas Raphaël Josse, domestique, âgé de trente-quatre ans, et de Suzanne Françoise Henriette Couppey, âgée de trente-quatre ans, demeurant à Valognes, rue Siquet, suivant la déclaration à nous faite par ledit Hervé Nicolas Raphaël Josse, père de l'enfant, presens pour témoins : Bernard Le Louey, menuisier, âgé de cinquante ans, demeurant à Valognes, et Honoré Sauve, perruquier, âgé de vingt-neuf ans, demeurant à Valognes. Les prénoms donnés à l'enfant sont Hervé Henry André et ont les témoins et déclarans signé avec nous après lecture faite. »
Comme nous l'avons dit, il avait épousé Mademoiselle Louise Errington dont il fut assez rapidement veuf.
II était domicilié 23, rue de Saint-Pétersbourg à Paris (en 1881), puis 8, avenue Hoche à Paris en 1889, époque à laquelle il assista comme témoin non parent à la déclaration de naissance de M. Hypolite Worms (2ème du nom), fils de M. Lucien Worms.

Nous n'avons pas de renseignements particuliers sur M. Élie Louis Frédéric Baudet, domicilié d'abord 7, rue de Maubeuge à Paris, puis 29, rue Marbeuf, et qualifié négociant.
Notons qu'il fut témoin d'abord à la déclaration de décès de M. Hypolite Worms (1er du nom) en juillet 1877, puis à la déclaration de naissance du petit-fils de celui-ci, M. Hypolite Worms (2e du nom) en mai 1889.

M. Henri Goudchaux, qualifié également de négociant, et domicilié, d'abord, 19, boulevard Malesherbes à Paris (1877), puis 6, rue Boissy d'Anglas (1881) était le cousin de Mme Séphora Goudchaux, épouse de M. Hypolite Worms (1er du nom).
C'est d'ailleurs, en cette qualité, qu'il participa, en juillet 1877, à la déclaration du décès de ce dernier.
II était né à Paris en 1846, à Paris, et était fils de M. Léon Goudchaux et de Madame Célestine Cahen, son épouse. Son père était le frère de M. Isaac Goudchaux, père de Mme Séphora Goudchaux-Worms, et de M. Michel Goudchaux, banquier à Paris, en 1827, devenu ministre des Finances en 1848.
MM. Isaac Michel et Léon Goudchaux paraissent avoir été eux-mêmes fils de M. Gerson Goudchaux, né à Metz en 1768, banquier à Nancy, et de Mme Berr, de Turique son épouse. Ces précisions demandent peut-être une certaine réserve, les documents généalogiques en notre possession ne laissant pas que d'être un peu obscurs.
M. Henri Goudchaux entré, en 1881, comme associé en nom collectif dans la société Worms Josse et Cie, était nommé chevalier de la Légion d'honneur quelques années après, et en 1895, il devait transférer son domicile 34, avenue du Bois de Boulogne à Paris.
II épousa Mademoiselle Jenny Sophie Henriette Levyllier.

M. Élie Baudet décéda à Paris, en son domicile 29, rue Marbeuf, le 2 novembre 1891.
Signalons en passant que c'est M. Lucien Worms qui le remplaça à cette adresse.
M. Baudet était célibataire. A la suite de sa mort, ses intérêts d'associé en nom collectif de la société Worms, Josse et Cie furent, conformément aux prescriptions de l'acte social, transformés en simple commandite.

Puis, l'année suivante, par acte du 3 juin 1892, ses héritiers rétrocédaient aux autres associés de Worms, Josse et Cie, tous les droits sociaux leur appartenant, ou pouvant leur appartenir du fait de M. Baudet leur auteur, soit comme remboursement de capital en commandité, soit à raison de leurs droits dans les bénéfices acquis et les réserves, soit à tout autre titre(2).
Par suite de cette cession, les intérêts de M. Baudet dans la société se sont trouvés appartenir :

à M. Josse pour

33.333 F 35

à M. Goudchaux pour

16.666 F 65

et à chacun de M. Lucien Worms, Madame Worms et Mme Delavigne
pour les 4/5 ou 66.666 F 66 chacun, soit ensemble

200.000 F 00

Le capital social a été, de ce fait, réparti comme suit :

M. Josse

533.333 F 35

M. Goudchaux

266.666 F 65

Mme veuve Worms

1.066.666 F 67

M. Lucien Worms

1.066.666 F 67

Mme Delavigne

1.066.666 F 66

Total égal

4.000.000 F 00

MM. Worms, Josse et Goudchaux restèrent seuls associés en nom collectif, mais la signature sociale n'appartenait qu'à MM. Josse et Goudchaux.

M. Josse est décédé de son côté, en son domicile, 4, avenue Hoche à Paris, le 23 juillet 1893, ainsi que le constate son acte de décès dont voici l'extrait :
« Décès-Paris (8° arrt). 23 juillet 1893. Josse Hervé Henri André, 71 ans (sic) rentier, né à Valognes (Manche), décédé en son domicile, 4, avenue Hoche, fils de Nicolas Hervé et de Henriette Coupey, époux décédé, veuf de Louise Errington. Témoins : Réginald Gesling, 49 ans, négociant, 3, rue d'Aguesseau, Randolph Gesling, 45 ans, employé, 24, rue du Faubourg Montmartre - Non parents. »
Ses intérêts furent transformés à leur tour en part de commandite et la part de ses héritiers dans les bénéfices fut ramenée de 26 ½% à 18 ½%, la société continua avec M. Goudchaux comme seul associé, ayant la signature sociale ; M. Lucien Worms resté prodigue impénitent étant à nouveau doté d'un conseil judiciaire par un jugement du 2 août 1894.
Puis, par acte du 18 décembre 1895, les représentants de M. Hervé Henry André Josse, cédèrent à M. Henri Goudchaux, négociant, chevalier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, avenue du Bois de Boulogne n°34, tous les droits sociaux, en toute propriété, appartenant ou pouvant appartenir aux cédants, comme représentants de M. Josse, dans la société Worms Josse et Cie.
La part de M. Goudchaux dans le capital social était ainsi portée à 800.000 francs.
En même temps, M. Lucien Worms, Mme Veuve Worms et Mme Delavigne, rétrocédaient ensemble des intérêts qu'ils avaient acquis précédemment des héritiers Baudet, soit ensemble, 200.000 francs, à :
M. Paul Charles Louis Rouyer, négociant, à Port-Saïd (Égypte) jusqu'alors directeur du comptoir de Port-Saïd de la Maison Worms,
et à M. Alphonse Mayer, négociant, demeurant à Paris, rue de la Terrasse, n°20,
chacun pour 100.000 F, afin de leur permettre d'entrer dans la société comme associés en nom collectif(3).
D'autre part encore, comme la société venait à expiration le 1er janvier 1896, les associés décidèrent que le capital de réserve et les plus-values seraient retirés et distribués à cette date.
Puis, par un autre acte du 18 décembre, les nouveaux associés décidèrent de proroger et de modifier l'ancienne société, mais, en réalité ces modifications furent telles qu'elles constituèrent une nouvelle société, dite Worms et Cie, titre qui est encore celui de la maison Worms actuelle.
Voici les principaux articles des nouveaux statuts qui furent publiés dans le même n° du 22 décembre 1895 du journal Le Droit,

Société Worms et Cie
Continuation et Modification de la société
Worms, Josse et Cie

Aux termes d'un acte reçu par Me Théret, notaire à Paris, le dix-huit décembre mil huit cent quatre-vingt-quinze,
1°- Mme Séphora Goudchaux, propriétaire, demeurant à Paris, boulevard Haussmann, numéro 45, veuve de M. Hypolite Worms,
2°- M. Henri Goudchaux. négociant, chevalier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, avenue du Bois de Boulogne, numéro 34,
3°- M. Paul Charles Louis Rouyer, négociant, demeurant à Port-Saïd (Égypte),
4°- M. Alphonse Mayer, négociant, demeurant à Paris, rue de la Terrasse, numéro 20,
Et deux commanditaires ci-après nommés(4),
Ont modifié et prorogé la société constituée, suivant acte reçu par Me Théret, notaire à Paris, le quatorze février mil huit cent quatre-vingt-un, entre Mme veuve Worms, M. Goudchaux, susnommés, et M. Lucien Worms, négociant, chevalier de la Légion d'honneur, Mme Emma-Louise Worms, épouse de M. Louis Emmanuel Arthur Delavigne, M. Hervé Henry André Josse, négociant, et M. Élie Louis Frédéric Baudet, négociant, ces deux derniers décédés depuis, sous la raison sociale, Worms, Josse et Cie, avec siège à Paris, boulevard Haussmann, numéro 45.
Et pour faciliter l'application des modifications apportées aux statuts de ladite société, les parties ont établi ces statuts rectifiés, entendant que tout ce qui, dans les précédents, était contraire ou seulement non conforme, soit considéré comme supprimé et modifié.
Desquels statuts rectifiés, il a été extrait ce qui suit :
Texte nouveau des statuts

Article Premier
II est formé entre Mme veuve Hypolite Worms, M. Goudchaux, M. Lucien Worms, Mme Delavigne, M. Rouyer et M. Mayer, une société ayant pour objet l'armement de navires et bâtiments de navigation et de transport de toute espèce, le commerce des charbons, les opérations de banque et change national et international, ainsi que tous autres genres de commerce ou d'industrie que les associés jugeront convenable d'y joindre, et plus spécialement pour la continuation des opérations de la société actuelle Worms, Josse et Cie.

Article 2
La société sera, à compter du premier janvier mil huit cent quatre-vingt-seize, en nom collectif à l'égard de Mme veuve Hypolite Worms et de MM. Goudchaux, Rouyer et Mayer et en commandite seulement à l'égard de M. Lucien Worms et Mme Delavigne.
La raison et la signature sociales seront :
Worms et Cie.

Article 3
La signature sociale appartiendra à MM. Goudchaux, Rouyer et Mayer, qui pourront en faire usage séparément, mais seulement pour les affaires de la société.
En conséquence, tous billets, lettres de change, chèques, marchés et autres actes contenant obligation énonceront la cause pour laquelle ils auront été faits ou souscrits.
Chaque fois qu'il y aura lieu de prendre une décision par les associés gérants au nombre desquels figure, bien entendu, Mme veuve Hypolite Worms, cette décision devra être prise à la majorité des voix. En cas de partage égal, la voix de M. Goudchaux sera prépondérante.

Article 4
La durée de la société sera de quinze années, à partir du premier janvier mil huit cent quatre-vingt seize pour finir le premier janvier mil neuf cent onze.

Article 5
Le domicile et le siège de la société seront à Paris, boulevard Haussmann numéro 45.
La société aura des comptoirs à Bordeaux, Le Havre, Tonnay-Charente, Bayonne, Marseille et Alger (en France) à Pasages (en Espagne), à Cardiff, Newcastle et Great Grimsby (Angleterre), Port-Saïd et Suez (Égypte) et à Buenos-Ayres (République argentine).
II pourra être établi d'autres comptoirs, soit en France, soit à l'étranger, dans tous les lieux qu'il conviendra aux associés en nom collectif.

Article 6
Le fonds ou capital social, est de quatre millions de francs.
Il se composera de tout l'actif de la société Worms, Josse et Compagnie, déduction faite du capital de réserve et des plus-values déjà partagées, tel qu'il résultera de l'inventaire social qui sera arrêté le trente et un décembre prochain (mil huit cent quatre-vingt-quinze).
Cet actif comprend notamment :
La propriété entière des steamers suivants :
"Suzanne-et-Marie"
"Séphora-Worms"
"Emma"
"Lucie-et-Marie"
"Thérèse-et-Marie"
"Hypolite-Worms"
"Frédéric-Franck"
"Commandant-Franchetti"
"Marguerite-Franchetti"
"Blanche"
"Marie"
"Ville-de-Nantes"
"Président"
du port du Havre, tous actuellement affectés aux services maritimes de la société.

Ledit fonds ou capital social appartiendra :

à Mme veuve Hypolite Worms pour un quart ou dix quarantièmes, soit 10/40,

1.000.000

à M. Lucien Worms, pour même quotité, 10/40

1.000.000

à Mme Delavigne, pour même quotité, 10/40

1.000.000

à M. Goudchaux, pour huit quarantièmes, 8/40

800.000

à M. Rouyer, pour un quarantième, 1/40

100.000

et, à M. Mayer, pour même quotité, 1/40

100.000

total égal à l'entier

4.000.000

Les articles 13 et 15 étaient identiques à ceux des statuts de 1881.
Les articles 16 et 17 étaient ainsi conçus :

Article16
En cas de décès des associés commanditaires ou de l'un d'eux, comme aussi en cas de décès de Mme veuve Hypolite Worms, la société continuera entre les associés survivants et les héritiers et représentants de l'associé ou des associés décédés, comme associés commanditaires seulement et leur commandite sera du montant des droits de leur auteur fixés par le dernier inventaire social, avec droit aux mêmes bénéfices.
Arrivant le décès de l'un des associés ayant la signature sociale c'est-à-dire de MM. Goudchaux, Rouyer et Mayer, les associés survivants en nom collectif et commanditaires, devront, dans le délai de deux mois, à compter dudit décès, décider :
Premièrement, s'il y a lieu ou non de modifier la société par l'introduction d'un nouvel associé.
Ou bien s'il convient de liquider la société étant bien entendu, toutefois, qu'il n'y aura jamais lieu à liquidation tant qu'il restera deux associés ayant la signature sociale.
Deuxièmement, quelles seront les modifications à apporter au pacte social par suite de l'introduction d'un nouvel associé.
Dans le cas où la continuation de la société aura été décidée, les droits des héritiers et représentants de l'associé décédé seront réglés de la manière suivante :
S'il s'agit du décès de M. Goudchaux, la société continuera entre les associés survivants et ses héritiers et représentants comme associés commanditaires et leur commandite sera du montant des droits de leur auteur fixés par le dernier inventaire social.
S'il s'agit du décès de MM. Rouyer et Mayer ou de l'un d'eux, la société continuera entre les autres associés survivants seuls et celui qu'ils auraient pu s'adjoindre, ces derniers restant propriétaires de tout leur actif social.

Article 17
Arrivant le décès du dernier survivant des associés ayant la signature sociale, la société sera dissoute et liquidée en la forme commerciale, par un ou plusieurs liquidateurs, nommés ou choisis par tous les ayants-droit à l'actif social, ou à défaut d'entente entre ces derniers par M. le président du Tribunal de commerce de la Seine.

L'article 18 reprenait les prescriptions de l'art. 17 de 1881, et un nouvel article 2, numéroté 22 exposait que, arrivant la dissolution de la société pour quelque cause que ce soit, autre que le décès du dernier survivant des associés ayant la signature sociale ci-dessus prévu, auquel cas il serait procédé comme il est dit en l'article 17, la liquidation sera faite par les associés en nom collectif, ou le, ou les survivants d'eux, auxquels tous pouvoirs nécessaires sont donnés à cet effet.
Les bénéfices nets de la nouvelle société devaient être répartis à raison de :

M. Goudchaux

30%

M. Lucien Worms

22%

Mme veuve Hypte Worms

14%

Mme Delavigne

14%

M. Rouyer

10%

M. Mayer

10%

me Séphora Goudchaux, veuve de M. Hypolite Worms (1er du nom) est décédée à Paris le 2 mars 1898.
La part de capital est allée à ses deux enfants : M. Lucien Worms et Mme Emma-Louise Worms, épouse Delavigne, celle de ces derniers était ainsi portée à 1.500.000 F pour chacun, mais à titre de capital de commandite seulement.
Au début de 1902, M. Mayer, sollicité, par ailleurs, de participer à la constitution d'une nouvelle affaire maritime : l'Est Asiatique français, se retira de la société Worms et Cie, à dater du 22 mars. II devait rester, par la suite, administrateur de l'Est Asiatique français jusqu'à son décès survenu en 1922.
M. Mayer rétrocéda, au moment de son départ de la société Worms et Cie tous ses droits, tant dans le capital que dans les réserves et les plus values (dont 100.000 F dans le capital social) par moitié à chacun de MM. Goudchaux et Rouyer, moyennant le versement par les cessionnaires d'une somme de 100.000 F chacun.
Le capital social fut alors réparti comme suit :

M. Goudchaux

850.000 F

M. Rouyer

150.000 F

M. Lucien Worms

1.500.0000 F

Mme Delavigne

1.500.0000 F

Bien entendu, la répartition des bénéfices s'était, elle aussi, trouvée modifiée à la suite de ces divers transferts et cessions.
Puis, par acte du 20 juillet 1905, les associés décidaient d'accueillir comme associé en nom collectif, M. Jules Silvain, négociant armateur, chevalier de la Légion d'honneur, demeurant à Paris, rue de Provence n°31, au lieu et place de M. Mayer.
Pour ce faire, M. Lucien Worms et Mme Delavigne lui cédaient chacun 3/80 ou 150.000 F du capital social à prendre dans leurs parts respectives, ce qui établissait à 300.000 F la participation de M. Silvain dans le capital social.
A la même époque, M. Henri Goudchaux cédait, de son côté, à M. Rouyer, une somme de 50.000 F de sa part du capital, de telle sorte que celui-ci se trouva, dès lors, réparti comme il suit :

M. Lucien Worms

1.350.0000 F

Mme Delavigne

1.350.0000 F

M. Henri Goudchaux

800.000 F

M. Rouyer

200.000 F

M. Sylvain

300.000 F

En réalité, le nouvel associé en nom collectif, M. Jules Silvain, n'était pas armateur au sens exact du mot, mais il dirigeait l'une des plus importantes maisons françaises d'affrètement, située antérieurement 15, rue La Bruyère à Paris, puis 31, rue de Provence, et qui fonctionnait sous la dénomination d'Olson-Wryht, titre d'une ancienne firme suédoise d'affrètement que M. Silvain avait rachetée et par laquelle il faisait d'importantes affaires avec les pays scandinaves.
Quand il entra dans la société Worms et Cie, M. Silvain fut remplacé à la tête de son affaire personnelle par son frère M. André Silvain, qui en était antérieurement le représentant à Hambourg, et qui donna à la maison parisienne un nouveau développement, ce qui lui valut, peu après, d'être nommé président de la Chambre syndicale des affréteurs de France, M. André Silvain devint à la même époque membre du conseil de surveillance du journal quotidien Le Figaro, alors exploité par le groupe Prestat-Calmette.
Mais, en décembre 1910, M. Jules Silvain, alors domicilié 162, boulevard Haussmann, se retira de la société Worms et Cie, qui venait d'ailleurs à expiration à la fin du même mois, pour reprendre des affaires personnelles et il remplaça son frère au conseil de surveillance du Figaro, dont il devint administrateur, au moment de la transformation du Figaro en société anonyme, puis en fut nommé vice-président. II quitta le conseil du Figaro en 1922 avec tout l'ancien conseil, lorsque ce journal passa sous le contrôle de M. Coty.
Entre temps, il avait, au cours de la guerre de 1914-18, constitué avec son frère la Compagnie commerciale maritime. Il paraît être décédé en 1922.
Un peu avant cette dernière modification de la société Worms et Cie, M. Henri Goudchaux avait été nommé au titre de Worms et Cie, trésorier du Comité central des armateurs de France, fondé en 1903.
M. Goudchaux était également, à la même époque, vice-président du Syndicat des armateurs du Nord.

(A suivre.)


(1) On sait que pour les actes de Paris antérieurs à 1871, il s'agit d’actes reconstitués. On notera que dans cet acte, M. Hypolite Worms se qualifiait, au début de 1839, c’est-à-dire au lendemain de son arrivée à Paris, de "banquier", alors que cette face de son activité commerciale ne fut officialisée dans les statuts de la société Worms et Cie qu'après sa mort. Pourtant M. Hypolite Worms figurait au Bottin à la liste des banquiers.

(2) Le Droit du 17 juin 1892.

(3) Le Droit du 22 décembre 1895.
(4) II s’agissait de M. Lucien Worms et de sa sœur Emma-Louise, épouse Delavigne. On remarquera que Madame Séphora Goudchaux Worms redevient associée en nom collectif, en lieu et place de son fils Lucien qui lui devient simple commanditaire.

R. Mennevée 

 

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