1945.07.26.De Robert Labbé.A Hypolite Worms.Note (sans signature)

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NB : Note sans émetteur ni destinataire, provenant d'un dossier contenant la correspondance d'Hypolite Worms avec Robert Labbé et Raymond Meynial.

Paris, le 26 juillet 1945

Je m'excuse, ayant été horriblement bousculé depuis lundi, de ne vous écrire qu'aujourd'hui pour vous donner toutes les précisions nécessaires sur la signature du contrat Möller.
Nous avions, l'autre semaine, après votre départ, examiné dans tous leurs détails, avec Nelson, le projet de convention générale et le projet de contrat. Nous avons apporté au texte polycopié qui nous avait été soumis l'année dernière, et dont R. avait apporté deux exemplaires, dûment signés, les modifications nécessaires. Celles-ci visaient, je vous le rappelle, l'option moyennant préavis de 18 mois de ramener le contrat de 10 ans à 7 ans en faveur de l'acheteur, l'introduction de clauses de rebut au cas où la vitesse, le cubique, ou le dead weight ne correspondraient pas aux spécifications du marché.
M. Möller, par contre, était intransigeant sur la désignation éventuelle d'un arbitre ou d'un super-arbitre par les autorités de Londres. Il faisait remarquer que sa société étant danoise, il faudrait, en tout état de cause, pour l'application d'une sentence arbitrale, l'intervention de la même autorité danoise pour obtenir la formule exécutoire. C'était là reculer pour ne pas mieux sauter et finalement, d'accord avec Nelson, et après en avoir référé à Courau, nous avons estimé qu'étant donné le standing des chantiers et le fait qu'au point de vue psychologique, c'était le premier marché avec la France que re-concluait Möller, il n'y avait pas d'inconvénient à laisser subsister la formule de désignation par l'autorité danoise.
J'ai samedi après-midi passé près de trois heures avec Courau pour mettre bien au point tous les termes du contrat.
Il a en outre été procédé à la signature du contrat pour le 98, contrat qui est identique à celui du 91, s'agissant d'un sister-ship, et qui comporte bien entendu les modifications visées ci-dessus.
Les perspectives sont les suivantes : Premier navire n°98, livrable janvier 1947.
Second navire sur la petite cale. R. propose, comme il s'agit d'un bateau inférieur à 5.000 tonnes, un bananier, ce qui intéresse beaucoup la Marine marchande. La négociation doit se poursuivre dans la semaine qui vient pour préciser ce point. Ce navire serait livré en février 1947.
Troisième navire livrable février 1948 pour notre compte. J'ai indiqué, d'accord avec Courau, à R. que nous désirions un 9.000 tonnes moteur pour la Havraise.
R. est reparti pour Odense avec une première spécification du navire, que Bucquet, Duret et Achard, en liaison avec Le Trait, avaient mise au point au début de cette année. Nous aurons comme cela tout le temps nécessaire pour mettre au point un prototype susceptible d'être répété chez Möller à plusieurs exemplaires, étant donné que nous devons avoir un bateau par an sur deux au total.
Afin qu'il n'y ait aucune équivoque au moment de cette signature, j'ai mené R. voir Courau d'abord, Anduze ensuite, de manière à ce que la participation du gouvernement français soit bien claire. J'ai en outre adressé le jour même de la signature au ministère la lettre, dont copie jointe, précisant dans le cadre des lettres échangées il y a un mois, la manière dont le contrat sera exécuté à l'égard des armateurs attributaires, dans le cadre de la politique de reconstruction de la flotte, c'est-à-dire aux termes de la charte-partie et sous réserve de notre accord particulier. J'ai utilisé en tête de la lettre l'expression dont le département s'était servi dans la dernière qu'il avait adressée : contrat conclu pour compte commun.
C'est dans cet ordre d'idées que j'ai estimé le plus satisfaisant que ce soit Worms qui signe chacun des contrats individuels, étant entendu que cette signature ne nous engage que sur les termes commerciaux de l'application du contrat, ce à quoi nous sommes tenus par notre convention générale, tout l'aspect technique demeurant entre les mains des armateurs attributaires.
Finalement, pour reprendre votre expression, dans le but d'éviter toute spéculation, je me suis référé à la lettre de la Marine marchande qui s'engage à nous mettre régulièrement en fonds, préalablement à tout décaissement en devises afférent à l'exécution du contrat, ce qui double la garantie de change que nous avions aux termes des lettres d'origine.
Pour éviter enfin toute difficulté d'interprétation par les chantiers, une dernière lettre a été paraphée par les chantiers et moi, précisant, copie jointe, qu'un certain nombre de navires du contrat pourraient être, sur les ordres du gouvernement, attribués à d'autres armateurs que l'acheteur ou les sociétés de son groupe.
Les documents à copier étant volumineux, vous ne les aurez pas avant plusieurs jours. Voulez-vous, en tout état de cause, me faire savoir si la situation telle que je viens de vous la préciser appelle de votre part un commentaire quelconque, de manière à ce que, le cas échéant, je puisse écrire à R. pour lui préciser tel ou tel point.
Vous aurez vu que le Figaro de dimanche fait allusion à ce contrat. Les indiscrétions sont venues non pas de la place Fontenoy, mais du boulevard St Germain. Il semble, d'après ce qu'on m'a dit, avoir fait un certain bruit dans le milieu de l'armement, mais j'attends sans me frapper les réactions des uns ou des autres.
Je pars à la fin de l'autre semaine avec Emo passer 10 jours en Angleterre, faire un saut à Cardiff et Newcastle où le trafic d'exportation repart très légèrement, et mettre au point à Londres et à Hull nos affaires de cabotage. Vous aurez vu que 7 de nos navires sont maintenant sur la ligne. Nous avons reçu, comme il vous en sera envoyé copie, un mandat général de la Marine marchande en vue de la reprise de ce trafic.
J'essaie, et je pense que vous serez d'accord, répondant à une idée de la Marine marchande, de glisser peut-être un bateau sur le trafic scandinave ; un pion sur notre ancienne ligne de Baltique.
Je fonde au début de la semaine la société du Trait. Je vous accuse réception du pouvoir.
René Fould, à qui j'ai annoncé, par correction, la fondation de la société, m'a demandé comment celle-ci serait représentée au conseil de la chambre syndicale. Je vous rappelle que les sociétés doivent, en principe, être représentées par leur président. Mais comme Worms restera malgré tout adhérent comme réparateur de navires au Havre, je manifesterai, si vous êtes d'accord, pour votre maintien au conseil d'administration avec au maximum mon entrée à côté de vous. Ceci n'est d'ailleurs qu'une question de pure présentation.
Je vous signale enfin, si vous n'en avez pas été informé par Simoni, que la place Fontenoy est d'accord sur le plan des trois cargos de 1.100 tonnes. Nous sommes d'accord également sur la question finances. Le travail a repris dessus.
Dans l'ensemble, l'activité est satisfaisante, mais les questions de trésorerie sont épineuses, le retard apporté par l'État à payer ce qu'il doit (chantiers, manutentions, indemnité d'affrètement) est incommensurable, encore sommes-nous dans beaucoup de cas mieux traités que d'autres.
P.S. - Le premier navire ira à Poulain, le second à la Havraise. Quant aux 5 suivants, puisqu'il s'agit d'un contrat de 7 ans, à 2 navires par an dont un pour nous, il n'y a, je crois, étant donné la position résiduelle Havraise et SFTP, aucun doute que nous pourrons les absorber dans le cadre de la charte-partie, sans difficulté, sauf pour le dernier, mais comme à ce moment-là il faudra pourvoir au remplacement du "Touraine", il me semble en définitive n'y avoir aucune porte ouverte à une spéculation technique de notre part.

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