1960.04.05.De R. Labbé.Au Secrétaire général de la marine marchande

Le PDF est consultable à la fin du texte.

De Robert Labbé au Secrétaire général de la Marine marchande

5 avril 1960
Monsieur le Secrétaire général de la marine marchande
3, place de Fontenoy
Paris 7ème

Monsieur le secrétaire général,
Notre société se préoccupe activement de garnir son carnet de commandes pour l’année 1962 et éventuellement pour l'année 1963.
Si, en effet, la Nouvelle Compagnie havraise péninsulaire de navigation nous a, dans les derniers jours de 1959, confié la construction de deux navires de 12.000 tonnes, le plein emploi de notre effectif n’est assuré que jusqu’à l’automne 1961.
Nous avons tenu, en effet, depuis le début de l’année, à éviter de traiter des affaires à des prix non rémunérateurs risquant tout en affaiblis­sant encore le Marché, d'entraîner des pertes sensibles pour notre société.
Or, un certain nombre d'affaires se présentent aujourd'hui, notamment en Argentine et en Norvège (1) qui nous paraissent devoir dans les condi­tions actuelles de la Loi d’aide, assurer des conditions normales d'exploitation à notre entreprise et maintenir le plein emploi de notre personnel pendant les derniers mois de 1961 et la plus grande partie de l’année 1962.
Mais nous craignons, lorsque sous très peu de semaines nous aurons à solliciter le bénéfice de la Loi d'aide pour les affaires que nous sommes en train de négocier, d'apprendre que les crédits d’engagement relatifs à l’année 1962 ne soient fortement entamés au bénéfice d'autres Sociétés qui, peut-être, n’auraient pas hésité à conclure des contrats désavantageux pour garnir à tout prix leurs carnets de commandes.
Il importe de noter que suivant les directives du gouvernement, nous avons poussé avec énergie le développement de notre effort de reconversion : outre nos activités traditionnelles de constructeurs de toits flottants pour réservoirs à hydrocarbures que nous avons beaucoup accrues lors du dernier exercice, nous avons travaillé pour l’équipement de la Sidérurgie et commençons à construire des châteaux d’eau pour les adductions rurales. Une production assez étendue de maisons préfabriquées verra le jour prochainement.
Mais, quel que soit l’aboutissement de ces efforts, on ne peut espérer atteindre avant un temps relativement long le pourcentage de 20 % des Travaux de Reconversion, que nous avons à plusieurs reprises déclaré comme réalisable.
Or, nous croyons pouvoir affirmer que notre Société réunit pleinement les conditions énumérées par le Livre Blanc en son § "les moyens”, pour que son activité à titre essentiel demeure la construction navale :
- solidité financière permettant de mener à leur achèvement les commandes reçues
- situation commerciale épaulée par l’appartenance au groupe Worms dont Ies intérêts, dans plusieurs compagnies de navigation sont bien connus
- outillage moderne et régulièrement rajeuni
- productivité satisfaisante et en progrès constant ayant permis d’économiser 30 % de la main-d’œuvre directe depuis 5 ans.
J’ajoute que le groupement en pleine campagne d’une population de près de 6.000 âmes, -dont une considérable pro­portion de jeunes - qui ne vit que du chantier ou par le chantier du Trait rend impensable un accident dans la marche de celui-ci comme sa réduction aux seules activités de reconversion, dont il est parlé ci-dessus.
Il est par conséquent absolument indispensable, et je me permets d’insister sur ce fait, que des crédits d’engagement nous soient réservés pour permettre l’exécution de nos commandes prochaines, la parfaite continuité de notre activité de constructeurs de navires étant la condition essentielle du maintien et de l’amélioration de notre position compétitive.
Considérant qu’il s’agit pour notre Société d’une question extrêmement grave engageant son avenir même, je me permets d’insister vivement pour que la présente lettre soit prise en considération et vous prie de croire, monsieur le Secrétaire général, à l’expression de ma considération très distinguée.

Le président

(1) Le directeur de notre chantier part ce jour pour la Norvège en vue de la conclusion d’un contrat avec un armateur de Bergen.

 

Retour aux archives de 1960