1921.11.30.De R. Marcireau - La Journée industrielle.Article

Coupure de presse

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Mercredi 30 novembre.
Le lancement du "Capitaine-Bonelli" aux nouveaux chantiers du Trait
C'est le premier cargo construit par la société Worms & Cie
De notre envoyé spécial, Le Trait, 29 novembre 1921

La société Worms et Cie, qui, jusqu'en 1918, s'était exclusivement consacrée, au Havre, à l'armement et à l'importation des charbons, résolut, un peu avant l'armistice, d'accroître son activité industrielle et d'aborder également le domaine proprement dit des constructions navales. Dans ce but, elle a créé, dans la petite commune du Trait, près de Rouen, un ensemble d'installations, dont l'édification s'est poursuivie sans relâche jusqu'à leur complet achèvement, et qui, avec les dépendances, couvrent une superficie de 24 hectares. C'est dans ces nouveaux établissements qu'elle a construit le "Capitaine-Bonelli", au lancement duquel elle a procédé aujourd'hui avec un plein succès, sous la présidence de M. Rio, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande.
Le "Capitaine-Bonelli", qui porte le nom d'un marin mort vaillamment pendant la guerre, est un grand cargo charbonnier de 4.700 tonnes de port en lourd. C'est la première unité construite par les chantiers du Trait et ses caractéristiques sont les suivantes : longueur, 95 mètres ; largeur, 14 mètres ; creux, 7 mètres ; tirant d'eau, 6 m 10 ; vitesse, 10 nœuds.
Le "Capitaine-Bonelli" a été lancé complètement achevé, toutes chaudières allumées, ses trois mâts coquettement décorés de pavillons et d'oriflammes multicolores. Il a, dès aujourd'hui, et par ses propres moyens, gagné le Havre, où il va procéder très prochainement à ses essais.

Le banquet

Après le lancement, MM. Worms, Majoux et Goudchaux avaient convié leurs invités à un grand banquet de plus de 200 couverts, servi dans l'une des salles de réfectoire des chantiers du Trait. Un très grand nombre de personnalités du monde industriel étaient présentes ; citons MM. Ziegel, administrateur-délégué des Chantiers navals français ; Dhôme, directeur de cette société ; Mercier et Petin, membres du Comité des forges de France ; Macau, administrateur-délégué de la Société normande d'électricité ; de Beaumarchais, administrateur des Chantiers et Ateliers de la Gironde, etc. Nous avons également remarqué la présence de MM. Noulens et Brindeau, sénateurs ; Thoumyre, Anquetil, Lavoinne, Maillard et Nibelle, députés. Des allocutions fréquemment applaudies ont été prononcées par MM. Rio, Worms, Lallemand, préfet de la Seine-Inférieure ; Brindeau et Noulens, sénateurs.

Les nouveaux chantiers

Les nouveaux chantiers du Trait comprennent essentiellement :
1° Un atelier des coques et des forges, desservi par 2 ponts roulants de 5 tonnes ;
2° Un atelier de grosse chaudronnerie et de grand ajustage pour la construction des machines et des chaudières et desservi chacun par un pont roulant de 50 tonnes, un de 30 tonnes et deux de 5 tonnes.
3° Une scierie et un vaste atelier pour tout ce qui concerne le travail du bois ;
4° Une salle consacrée aux études techniques, au service photographique, au tracé des formes et à la confection des gabarits, complétant un ensemble dont l'outillage a été adapté aux derniers progrès de la technique industrielle moderne ;
5° Huit cales de construction, munies de grues Titan et se divisant en trois groupes : deux cales de 170 mètres, convenant à des navires de 17.000 tonnes de déplacement ; quatre cales de 135 mètres, pouvant lancer des navires de 9.000 tonnes ; deux cales de 135 mètres, convenant à des navires de 2.800 tonnes.
A l'heure actuelle, les établissements du Trait sont en complète activité : six navires sont déjà sur cales et le programme naval total à réaliser en 'comprend vingt. Le prochain lancement aura lieu en janvier 1922.
Les chantiers sont desservis par un embranchement particulier se greffant sur la ligne de Barentin à Caudebec et des ramifications du réseau permettant d'amener jusque dans les ateliers les wagons chargés de pièces lourdes.

La cité ouvrière

La main-d'œuvre utilisée dans les établissements du Trait s'est accrue avec une grande rapidité et la population de la commune a passé de 380 habitants à 3.000 environ.
Pour résoudre le problème du logement, une société immobilière a été fondée par la société Worms et Cie et de nombreuses maisons ouvrières ont été édifiées. Leur nombre atteint, actuellement, près de 200 et elles sont divisées en plus de 300 logements. Des avantages, au point de vue du nombre de pièces et du prix, sont accordés aux familles nombreuses. En outre, chaque maison est accompagnée d'un jardin, ce qui donne à l'ensemble de la cité, répartie sur une longueur de 3 kilomètres, dans un site du reste, ravissant, un aspect de gaieté et d'hospitalité.
L'eau est fournie par deux puits artésiens dont l'un a été foré à 133 mètres de profondeur et l'autre à plus de 150 mètres. La cité du Trait a été dotée d'un cinéma, d'une école ménagère, d'un dispensaire où des consultations sont données aux mères de famille.
Lorsque l'effectif ouvrier des ateliers et chantiers sera au complet, la population de la commune du Trait atteindra de 10.000 à 12.000 habitants.

R. Marcireau



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