1914.08.01.De Georges Majoux - Worms et Cie Le Havre

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Worms & Cie Le Havre,
le 1er août 1914

[Coupure de presse :]

Le "Michel"
Le steamer "Michel", de la Compagnie Worms qui avait dû différer son départ, samedi, à destination de Hambourg, après abordage dans les circonstances que nous avons relatées, a appareillé, vendredi, à 19 h 30, après réparations provisoires, continuant son voyage.

Messieurs Worms et Cie - Paris

Messieurs,
Nous possédons votre lettre du 31 juillet écoulé et nous vous confirmons la notre de même date.
Mouvements. Ce matin, dès que nous avons eu connaissance du décret présidentiel promulgué cette nuit et prohibant la sortie des farineux et des divers produits du sol et de l'industrie, nous avons fait une démarche auprès de la douane pour savoir si dans ces conditions nos s/s "Michel" et "Séphora-Worms" pouvaient être expédiés sur Hambourg. Les fonctionnaires auxquels nous nous sommes adressés avaient bien le décret en mains, mais ils ne savaient rien... Nous leur avons montré le manifeste de ces deux vapeurs et ils ont alors trouvé que les cuirs se trouvant à bord étaient parmi les marchandises dont la sortie était interdite ; nous leur avons demandé s'ils s'opposaient à ce que "Michel" et "Séphora-Worms" partent. Ils nous ont répondu que nous devions leur écrire et qu'ils nous fixeraient en nous envoyant simplement la copie du décret.
Malgré toute notre insistance, nous n'avons pu obtenir une lettre. Il y a un instant un officier de douane s'est présenté à bord de nos vapeurs et s'est opposé à ce que leur chargement continue ; il est revenu peu après en disant que puisqu'il n'y avait pas de munitions, ni d'aéroplane, nous pouvions poursuivre nos opérations.
Voilà une administration bien peu diligente et nous n'avons pu nous empêcher de le faire remarquer ; il y a en ce moment deux navires en partance pour Hambourg et personne de la douane n'a songé à se renseigner sur ce qu'ils avaient à leur bord !
"Haut-Brion" a également des cuirs à bord ; nous attendons la Maison de Dunkerque pour lui expliquer ce qu'elle doit faire.
Nous vous avons mis au courant de la demande d'une Maison de la place concernant 620 balles de coton se trouvant sur "Michel" et dont elle réclame le débarquement en nous garantissant de tous les frais ; nous procédons donc en ce moment à cette opération.
Nous n'avons rien de M. Cellier ; par contre, nous avons reçu de M. Heinrich, la lettre que nous vous transcrivons ci-après.
J'ai bien reçu votre honorée du 24 courant et j'ai avisé le consul Dischers dans le sens que vous m'avez indiqué.
L'affaire malheureuse entre la Serbie et l'Autriche fait beaucoup de bruit, nous avons eu ici quelques démonstrations devant l'ambassade autrichienne par des gamins et par des personnes qui n'ont rien à perdre ces démonstrations n'avaient aucun caractère agressif et si vous en lisez dans les journaux, vous serez fixé car les personnes sérieuses n'y font pas partie.
J'ai même entendu par bon nombre de personnes et notamment par des intellectuels, et c'est mon avis personnel, qu'on n'approuve guère le texte si dur de la note autrichienne, il y avait même des journaux officieux qui sont du même avis.
Je veux bien espérer que ce différend entre l'Autriche et la Serbie restera localisé entre ces deux pays.
En tous cas, je prends l'occasion de vous assurer, Monsieur le directeur, quoiqu'il en advienne, que vos intérêts se trouvent dans des mains sures et vous pouvez compter sur moi dans toutes les circonstances.
Veuillez..."
Charbons. Monsieur Serret est depuis ce matin à la Marine ; il va faire la démarche convenue.
Personnel. Voici la copie de ce que nous écrit Monsieur Simonneau.
"Je me suis présenté ce matin à la Préfecture maritime où l'on m'a dit qu'une deuxième dépêche contremandant la première que j'avais reçue dans la nuit du 29 au 30 m'avait été envoyée le 30 vers 10 heures du matin et que c'était par erreur que l'on avait rappelé une centaine d'officiers de réserve, mais que me trouvant à Cherbourg, on allait me garder à faire une période d'instruction d'officiers de réserve, cela ne fait pas notre affaire, à la Maison et à moi.
Aussi tout à l'heure je viens de voir l'amiral Jaurès et je lui ai parlé du poste que j'occupais actuellement à la Maison Worms, poste que je ne devrais pas quitter même en temps de guerre et il m'a dit qu'il allait y réfléchir et que peut-être une solution nouvelle allait intervenir en ce sens.
Je ne vous promets pas de réussir mais je vais faire l'impossible pour tâcher de décider l'amiral Jaurès à m'accorder ce que je lui demande, c'est-à-dire à être attaché en temps de guerre comme officier de réserve à l'entretien et à la réparation au Havre de la flotte de la Maison Worms.
Quant à ce qui est de mon rappel par erreur, il est très possible que ce n'est qu'une question de jours, car des officiers arrivés ce matin de Paris apportent la nouvelle que l'on a décidé au ministère la mobilisation des officiers de réserve de la Marine.
J'espère que la réparation de "Michel" est terminée et qu'elle a été acceptée par l'inspecteur de la navigation.
Ici, je n'ai rien à faire pour le moment, mais puisqu'il faut rester, je reste.
Croyez bien que je vais faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour retourner au Havre le plus tôt possible.
Je vous tiendrai au courant de ce que l'on compte faire de moi dès que je serai fixé.
Veuillez..."
Nouvelles Constructions. Sous ce pli copie de la lettre de Monsieur Paul Le Magnen.
Comptabilité. Inclus note avec remise.
Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations empressées.

P.Pon Worms & Cie
Georges Majoux

PS. Le commandant de port vient de nous notifier interdiction de sortie pour nos s/s "Michel" et "Séphora-Worms" et nous savons par Dunkerque que mêmes instructions sont données pour "Haut-Brion".
Nous sommes sans nouvelle de "Listrac" qui devait quitter Hambourg hier au soir ; nous avons télégraphié mais à la poste on nous a prévenus que notre dépêche ne partirait probablement pas.
Nous n'avons de notre agent de Hambourg que des lettres insignifiantes, notamment une note de comptabilité nous retournant, à notre débit, F 2.05 de timbres poste français.
Si les événements attendus se produisent notre intention est, à partir de lundi, d'envoyer le courrier qui vous est destiné à la fois à Paris et à Bordeaux, à moins d'avis contraire de votre part.
Nous garderions ici, pour les verser au fur et à mesure, au crédit de notre compte à la Banque de France, tous les effets qui nous parviendraient.

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