1945.09.29.De Hypolite Worms.(Sans destinataire).Original

Original

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29.9.45

Affaire Seriac

Si je comprends bien le problème, il y a deux questions bien distinctes : d'une part, Seriac, société d'économie mixte déjà créée, et, d'autre part, une société maritime destinée à faire du cabotage en Méditerranée et en mer Rouge et qu'on voudrait nous voir contribuer à créer, d'accord avec Somarf (Savon) et je présume (?) sous l'égide et avec la participation de Seriac, Comarf ou Savon étant déjà intéressés à cette dernière.
1. En ce qui concerne Seriac, je vois que vous avez déjà pris une part d'un million. Je pense que vous l'avez fait un peu contraint et forcé pour des raisons politiques ou psychologiques car je ne vois pas l'intérêt qu'il y a pour notre Maison à avoir une participation dans une affaire de ce genre, qui, à mon avis, n'est appelé qu'à un avenir quelque peu limité et dont l'actif existant, apporté du reste par l'État, consiste uniquement en une fabrique de céramique et en des participations vraisemblablement minoritaires dans une société d'impression et d'édition et dans une affaire de transports terrestres. D'après la note jointe au dossier le but de Seriac semble devoir être de servir dans l'avenir d'intermédiaire pour les industriels et les commerçants français désireux de faire des affaires en Syrie et au Liban, en fait ce sera un bureau d'information.
Ceci dit, la question n'a pas grande importance à condition que la Maison n'y mette pas d'administrateur, même si elle y est invitée, et sur ce point je suis très formel, et ne se laisse pas influencer à fournir des capitaux chaque fois et cela sera fréquent - qu'on viendra la trouver lorsque les dirigeants, pour justifier de leur importance, voudront monter de nouvelles sociétés industrielles ou commerciales, filiales de la Seriac.
Après la guerre de 1914-1918, on a créé ainsi un nombre incalculable de sociétés destinées à faire du commerce avec l'Europe du Nord, les Balkans, etc., dans lesquelles on invitait tout le monde, y compris la Maison Worms. Aucune n'a eu la moindre activité intéressante.
2. J'en viens maintenant au projet d'une société de cabotage et, mettant de côté toutes questions de sentiment, je pose le problème tel qu'il se présente : la maison Worms a-t-elle intérêt à faire du cabotage en Méditerranée ?
Si la réponse est affirmative, et je ne crois pas qu'on puisse le décider se vite, alors, il n'y a aucun doute dans mon esprit, nous devons exploiter ces lignes seuls, à notre nom, comme aliment à notre activité en Égypte, de consignataires, manutentionnaires et transitaires, en relation avec et pour le compte de compagnies de long cours dont nous sommes les agents. Dans ce cas, nous ne pouvons envisager de prendre des associés dans les intérêts peuvent être opposés aux nôtres, qu'il s'agisse de Savon ou de n'importe qui.
Si la réponse est négative, je ne vois pas l'intérêt que nous puissions avoir à participer, même comme majoritaires, à une entreprise qui nous fera perdre notre temps, notre argent et nos hommes et que nous n'aurons pas voulu exploiter nous-mêmes parce que nous l'aurons considérée trop difficile ou trop risquée. Et pourtant, notre responsabilité resterait entière.
Revenant au point de vue sentimental, je connais trop les méthodes de travail de la famille Savon pour ne pas penser qu'il s'agit pour elle de participer à la création d'une énième société dans laquelle certains membres de la famille pensent toucher des appointements, des tantièmes et des commissions diverses, en prélevant une dîme sur toutes les affaires qu'on fait, les actionnaires ne touchant, quand cela reste possible, que l'intérêt statutaire.
En dehors de Savon, qui y a-t-il dans Comarf ?
[Smeyer], un de ces employés auxquels on a besoin de trouver une nouvelle activité, de Benoist que vous connaissez aussi bien que moi, et Gaudaire, l'agent des Messageries et dont le métier consiste à engraisser les appointements d'agent des Messageries en Égypte en touchant des commissions sur tout : fournitures d'eau douce, de vivres et même de fauteuils transatlantiques sur les paquebots des contractuels (!). Sur ce point, Pierre Grédy en sait plus long que moi ! Vraiment, ce ne sont pas des associés possibles pour la maison Worms, et vous devez bien penser, étant donnés les sentiments bien connus de la maison Savon pour la maison Worms, que si Comarf a accepté que l'affaire nous soit apportée pour que nous la fassions avec elle, c'est qu'elle ne peut pas la réaliser toute seule. Elle aurait besoin de bateaux qu'elle n'a pas, et auxquels elle n'a pas droit tant que les navires perdus n'ont pas été remplacés, et beaucoup d'argent qu'elle n'a certainement pas l'intention d'y aventurer.
Quels peuvent être les inconvénients d'un refus de notre part ? Nous allons les passer en revue.
Indisposer la Marine marchande ou plutôt en A.F. importance tout à fait limitée.
Le secrétaire général à la Marine marchande, plein de zèle, veut faire plaisir à Comarf, c'est naturel. En même temps, il veut avoir l'air de rendre service (?) à la Havraise ou à la maison Worms. Mais il ne comprend pas les difficultés du problème. Il cherche probablement aussi à faire plaisir aux Finances, en les débarrassant d'un actif en Syrie dont ils ne doivent pas savoir quoi faire. De 48 heures, il n'y pensera plus.
Voir la Marine marchande ou la Comarf se retourner vers un autre groupe ? Chargeurs réunis, Dreyfus ou Saga ?
Cela ne m'inquiète en aucun cas, car ce qui me fait peur dans une affaire de cabotage en Méditerranée, ce n'est pas une concurrence française, sous pavillon français, mais bien plutôt les concurrences indigènes ; qu'il s'agisse du pavillon turc, grec, syrien ou égyptien, qui peuvent exploiter des navires de 60 ans avec des équipages réduits et insuffisamment payés. C'est pour cela que j'estime qu'il faut encore beaucoup réfléchir avant de commencer, c'est pour cela aussi que j'ai toujours pensé que, si nous nous décidions à faire du cabotage en Méditerranée (les mêmes raisons s'appliquent au cabotage en mer Rouge) il serait peut-être nécessaire de créer une ligne égyptienne, sous pavillon égyptien.
Et alors, j'en reviens au même point : si l'affaire n'est pas viable, nous ne pouvons pas nous aventurer en traînant dernière nous un certain nombre d'associés gourmandé qui nous rendront la vie impossible. Si au contraire, l'affaire est intéressante, alors nous devons la faire seuls, car c'est l'avenir même de nos succursales d'Égypte qui est en jeu.
Dans ces conditions, il ne me semble pas possible de faire quelque chose de définitif sans que nous ayons pu en discuter verbalement tous ensemble et que nous puissions peser toutes les données du problème.
Je suggère donc que Robert reçoive [Smeyer] très aimablement, qu'il lui fasse développer ses vues tout au long et qu'il lui réponde qu'étant donné l'ampleur du problème, nous avons besoin de réfléchir et qu'on le reverra dans huit ou quinze jours.
Si l'urgence d'une réponse est telle que cela ne puisse pas attendre ma venue à Paris, alors que je vous dis très franchement que j'estime qu'il faut refuser de se lancer dans cette aventure, et j'aimerais avoir sur ce point, l'avis de Pierre Grédy qui, parmi nos collaborateurs, est celui qui connaît le mieux la question.

HW

Et puis, enfin, qu'est-ce que c'est que la Comarf avec laquelle on nous demande de nous associer ? Elle ne possède à ma connaissance aucun actif, en dehors des prétendus titres de résistance que certains de ses membres veulent essayer de monnayer.


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