1914.06.05.De Worms et Cie Bordeaux

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7, allées de Chartres
Bordeaux, le 5 juin 1914
Messieurs Worms & Cie - Paris

Messieurs,
Grève. Nous vous confirmons notre lettre d'hier et possédons la votre de même date.
Vous êtes maintenant au courant de ce qui s'est passé à la réunion de la Fédération maritime hier après-midi, à laquelle assistaient, non pas seulement M. Moulinié comme vous paraissez le croire, mais les divers membres du Syndicat des importateurs de charbons et les principaux entrepreneurs de main-d'œuvre de notre port, tous ces Messieurs ayant été convoqués à cette réunion, comme ils l'avaient été à toutes les réunions précédentes.
Nous vous avons dit ce matin par téléphone ce que nous pensions de la situation : c'est que les importateurs de charbons étant décidés à accorder l'augmentation demandée par les ouvriers charbonniers, autant valait l'accorder de suite et ne pas faire traîner davantage les choses en longueur, ce qui a pour unique résultat de causer des pertes inutiles pendant quelques jours encore.
A titre de renseignement, nous vous dirons qu'il y avait 242 hommes employés ce matin aux Appontements de Queyries, dont 56 anciens, 11 hommes de la voie, 100 nouveaux et 75 matelots. A ces hommes, il faut ajouter 12 nouveaux et 3 anciens occupés sur "Muriel" en rade, au total : 257 hommes. Le déchet par rapport à hier s'explique par le fait que le bateau de bois sur lequel la Commerciale occupait 39 hommes à elle, est terminé.
Nous vous remettons sous ce pli, pour votre gouverne, deux découpures du journal "La France" de ce matin ; la première vous renseignera sur les moeurs des grévistes ou plutôt des apaches qui se livrent à la chasse aux renards. La seconde vous indiquera la mentalité de ces hommes qui considèrent que proposer à des ouvriers un salaire au mois à des conditions avantageuses et leur assurer ainsi la sécurité, constitue une "entrave à la liberté du prolétariat". Cette protestation seule suffit à indiquer que la mesure proposée est bonne.
Vous trouverez également ci-inclus, copie de la réponse que M. Sursol va demander aux journaux d'insérer et nous attirons tout particulièrement votre attention sur l'avant-dernier paragraphe : comme vous le remarquerez, il a été fait hier soir une démarche de deux grévistes, occupés autrefois à la semaine par M. S., et qui sont venus lui proposer de mettre fin à la grève, en accordant aux seuls hommes à la semaine, le salaire de 7 F par jour. C'est là du reste une utopie, à notre avis, car il est bien évident que tous les ouvriers faisant le même travail, ont droit en principe au même salaire et que ce serait plutôt au contraire les hommes à la semaine qui devraient subir une réduction en contrepartie de la sécurité qui leur est assurée et non les hommes embauchés occasionnellement à la journée.
Nous vous avons dit également ce matin au téléphone, que les grévistes étaient certainement au courant depuis le début des tiraillements qui se produisaient, de même qu'ils ont dû certainement savoir de suite que les importateurs de charbons étaient décidés à leur accorder 7 F et que la chose n'était retardée que de quelques jours. Dans ces conditions, il n'y a pas à croire un instant qu'ils reprendront le travail aux anciennes conditions, d'ici mardi. Il n'y a pas non plus à espérer que la main-d'œuvre au mois puisse être constituée en nombre suffisant dans ce court délai. Pour votre gouverne, 20 hommes avaient signé le contrat au mois cet après-midi, dont 3 anciens.
Le recruteur de Mr Sursol lui a télégraphié ce soir qu'il lui envoyait des hommes prêts à signer le contrat, mais nous en ignorons encore le nombre.
Veuillez agréer, Messieurs, nos salutations empressées.

[Signature illisible]

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