11 janvier 1918, le cargo Barsac sombre devant Le Havre avec son chargement de nickel

Le 9 janvier 1918, au terme de près de 3 mois de tergiversations entre les ministères de la Marine, des Travaux publics et de la Guerre, "Barsac" embarque par transbordement les quatre cinquièmes des 2 880 tonnes (soit environ 2 000 tonnes) de terre de nickel, transportées de Nouvelle-Calédonie à Brest par "Amiral-Halgan", voilier de la Société des chargeurs de l'Ouest, affrété par la société Le Nickel, laquelle a choisi la succursale de Brest comme agent consignataire. Ayant mis le cap sur Le Havre où il doit verser son chargement, "Barsac" est torpillé et coulé, au soir du 11 janvier, à 14 milles de son port d'arrivée. 20 membres d'équipage périssent dans le naufrage, dont seules 7 personnes réchappent. Par manque de communication entre la succursale de Brest et Le Nickel, le chargement semble ne pas avoir été assuré par cette dernière. Le dédommagement pour fait de guerre donne lieu à un litige entre la Maison et l'Administration au titre de l'application de différentes conventions signées le 30 janvier 1917, les 18 et 19 décembre 1917 et le 7 janvier 1918.

Sommaire

1. Chronique d'un naufrage
2. Par mer ou par fer
3. "Barsac"
4. Aucune nouvelle de Brest
5. Le cargo "Barsac" et son chargement de nickel sombrent devant Le Havre
6. Les suites


Chronique d'un naufrage[1]

Le 19 octobre 1917, la Maison accuse réception du courrier que Le Nickel lui a adressé la veille et remercie cette société "d'avoir pensé à la succursale de Brest pour la consignation et la réexpédition des marchandises embarquées par "Amiral-Halgan", lequel est arrivé deux jours plus tôt dans le port breton. Les relations entre Le Nickel et la Maison sont anciennes. Le nom de cette entreprise est, en effet, cité dans la correspondance Worms, pour la première fois, en juillet 1888, à l'occasion d'une "offre de service pour les charbons dont [cette société allait] avoir besoin à sa nouvelle usine du Havre", usine qu'en 1917, la Maison continue d'approvisionner régulièrement, dans le cadre d'une licence d'importation de coke de fonderie établie au nom du groupement des industriels de l'armement n°4.
Tableau

C'est du reste à cette même usine que "Amiral-Halgan" aurait dû livrer la plus grande partie de sa cargaison, embarquée en Nouvelle-calédonie, s'il n'avait été détourné sur Brest par les "autorités supérieures"[2]. Ce changement de route explique le caractère tardif et précipité des dispositions prises par Le Nickel.
"Amiral-Halgan" est armé par la Société des chargeurs de l'Ouest, important client de la Maison à Bordeaux, avec le représentant local duquel la succursale de Brest doit opérer.
Le chargement n'est décrit dans aucune lettre. Toutefois des allusions éparses permettent d'en reconstituer la teneur :
1.  un lot de marchandises diverses destinées à un certain M. Béchade[3],
2.  et du nickel. S'il est tout d'abord question de 3.000 tonnes (24 octobre), les courriers portent par la suite sur 2.880 tonnes (à compter du 21 novembre). Le terme de minerai est le plus constamment employé[4]. Bizarrement, lui est substitué celui de nitrates dans les lettres des 9, 10 et 11 janvier (peut-être pour brouiller les pistes en cas d'interception par l'ennemi). Quoi qu'il en soit, il n'est jamais fait référence à de la matte. À noter surtout que cette marchandise est considérée comme de peu de valeur. Ainsi le 13 décembre, Paris écrit-il à Brest : "Nous comprenons que vous ne désiriez pas demander très cher, mais il nous semble qu'un fret de terre de nickel peut payer un peu plus que du macadam."
Sur les 2.880 tonnes, "Barsac", d'un port en lourd de 2.570 tonnes, devait ne transporter que les quatre cinquièmes, soit 2.000 tonnes (lettre du 11 janvier).

Par mer ou par fer

Dès l'arrivée du "Amiral-Halgan", la double question qui tourmente les intéressés (Nickel, Administration, Worms...) est celle de l'obtention d'une place à quai, et, conjointement, du réacheminement de la cargaison sur Le Havre. L'idée est d'abord d'opérer par voie maritime, mais "le fret, même par des voiliers, [risque d'être] trop élevé" et la Maison ne croit "pas qu'il soit possible d'avoir le tonnage nécessaire" (24 octobre). Malgré la délivrance d'un certificat de classement en première catégorie et l'espoir "de faire la réexpédition sinon de la totalité, tout du moins de la plus grande partie du nickel, de façon à éviter la recherche très problématique d'un affrètement de voilier ou de vapeur" (25-26 octobre), les difficultés restent entières et le navire ne peut accoster.
Le 6 novembre, les Chargeurs de l'Ouest informent Le Nickel et la Maison que "le nécessaire a été fait pour que des wagons soient passés pour la réexpédition de la cargaison d'"Amiral-Halgan". La succursale de Brest est invitée à "bien faire ressortir qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de matériel mais également de l'obtention d'une place à quai, le voilier étant encore en rade".
6 jours plus tard, retournement de situation. Le rail est délaissé et le transport par mer réétudié : le vapeur "Alkmini" (que la Maison gère pour compte de l'État) pourrait être affecté à l'opération, encore qu'"il ne porte que 1.400 tonnes environ", et que "le transbordement devrait être fait en plusieurs fois, ce qui nécessiterait de double frais de manutention", douloureusement supportables par Le Nickel. De plus le sous-secrétaire d'État des Transports maritimes devrait donner son accord.
La Maison, qui a fait évaluer par sa base maritime du Havre la mise à disposition d'un de ses navires, renonce à cette hypothèse. "Si nous nous chargions de l'affaire par nos vapeurs, informe-t-elle Brest, nous devrions demander un fret [élevé], de bord à bord, non pas pour en faire une affaire avantageuse pour notre compte, mais pour arriver à nous couvrir des frais que nous pourrions avoir, assurances, etc. Le Nickel ne serait pas préparé à payer un tel prix. C'est pourquoi nous estimons préférable que vous employiez tout votre pouvoir pour obtenir du chef de l'exploitation du port de Brest, une place à quai et le matériel nécessaire pour la réexpédition." Et de déplorer : "Il est vraiment regrettable que les autorités supérieures détournent des navires de leur destination et les obligent à dégager dans un port comme Brest, alors que les moyens d'évacuation sont véritablement insuffisants" (12 novembre).
Le déroutage ayant été ordonné par la Marine, la question de savoir qui doit payer agite les esprits. Le Nickel, présume la Maison, "voudra peut-être forcer l'État à supporter lui-même les frais supplémentaires pour transborder la marchandise et l'amener au Havre", l'option étant dans ce cas d'utiliser le "Saint-Thomas", navire de la Société navale de l'Ouest, consigné par la succursale de Brest (15 novembre).
Après des semaines d'atermoiement, l'issue tant attendue semble enfin entrevue : "l'État-major général de la Marine promet que "Amiral-Halgan" sera mis à quai le 30 novembre [soit un mois et demi après son arrivée] et le ministère de l'Armement fait des démarches auprès du ministre des Travaux publics pour que les wagons nécessaires au transport des 2.880 tonnes de minerai de nickel soient mis par les Chemins de fer de l'État à disposition à partir du 30 et au fur et à mesure des besoins afin qu'aucune quantité ne soit mise à terre." La Maison "n'a plus qu'à attendre ce qui va se passer" (21 novembre).
Début décembre, nouveau revirement. Le projet d'un transbordement sur "Saint-Thomas" est remis à l'ordre du jour à la suite d'une visite à Brest du ministre des Travaux publics et en accord avec la Marine, la Navale de l'Ouest et Worms. Or, la Maison à Paris apprend qu'au cours de la conférence, un de ses bateaux a été offert par la succursale de Brest, "bateau en réparations qui serait prêt dans 8 jours". "Il nous semble bien difficile, fait-elle remarquer à son directeur sur place, que vous ayez pu proposer un de nos vapeurs, d'abord, parce que vous savez que nous n'avons pas de bateaux disponibles pour faire ces transports, et, ensuite, parce qu'aucun de nos navires ne pourrait porter d'un coup 2.880 tonnes de minerai et qu'il faudrait, par conséquent faire deux voyages." Cette proposition embarrasse beaucoup Paris : le représentant de l'Armement est en effet "excessivement mécontent de voir que [la] Maison oppose une contradiction de paroles qu'il a, lui-même, entendues et répétées" (4 décembre). Des excuses doivent lui être présentées.
Quoique...

"Barsac"

Le 12 décembre Paris interroge incidemment Le Havre : "Pensez-vous qu'il serait possible de stocker à Brest le solde du chargement qui ne pourra être transbordé sur "Barsac"?" - et admoneste les Havrais le lendemain : "Nous sommes ennuyés de la facilité avec laquelle vous acceptez la proposition du sous-secrétariat d'État des Transports maritimes et de la Marine marchande d'envoyer sur lest de Bordeaux à Brest un de nos vapeurs, car, la Maison de Brest vous a interrogé plusieurs fois pour vous demander des instructions, et vous avez toujours refusé de prendre cette marchandise par nos propres vapeurs... Et, maintenant que vous faites une proposition très réalisable, à laquelle nous aurions dû penser avant, nous avons l'air de ne pas avoir étudié la chose, puisque nous avions dit, à votre instigation, qu'il ne nous était pas possible de faire le transport et nous disons, maintenant, que c'est tout à fait réalisable. En tout cas, il faudra que la chose soit faite bientôt, car on parle maintenant de faire remorquer "Amiral-Halgan" de Brest à Nantes, où il irait décharger... Nous pensons qu'il sera bon de prendre des précautions avec le ministère pour être assurés que ce dernier acceptera de couvrir les risques de guerre pendant le voyage en question, bien que ce transport soit pour un particulier."
Le "Barsac" est bien connu à Brest. Chaque mois, il verse dans ce port, en alternance avec le steamer "Séphora-Worms", 8.000 tonnes de charbon en exécution d'un contrat d'approvisionnement signé avec le ministère de la Marine le 26 septembre 1916. Cette quantité a d'ailleurs été ramenée à 6.000 tonnes (1er novembre 1917) alors que 52 voyages ont d'ores et déjà été effectués.
La décision d'utiliser le "Barsac" est communiquée au Nickel par le ministère avant même que la Maison l'en informe (14-17 décembre). Le navire prendra les quatre cinquièmes du chargement d'"Amiral-Halgan". En dehors du prix à payer pour le transport en question, Le Nickel devra verser "directement au profit du ministère, un supplément de 24 francs par tonne pour couvrir l'assurance de guerre que le ministère supporte sur le vapeur pour une partie de sa valeur".
Cette clause figure dans un accord conclu les 18 et 19 décembre 1917 entre Worms & Cie et le sous-secrétariat des Transports maritimes et de la Marine marchande[5], accord aux termes duquel le voyage du "Barsac" doit être effectué sous le régime de la convention du 30 janvier 1917 par laquelle la Maison s'est engagée à affecter à des voyages entre Bordeaux et Dunkerque et à des voyages de cabotage entre ports français 13 navires, dont l'État prend à sa charge les risques de guerre[6]. Ces dispositions seront révisées le 7 janvier 1918, par une nouvelle convention, annulant et remplaçant celle du 30 janvier 1917 : le nombre d'unités affectées à ces transports sera réduite à 10, et la valeur desdits navires augmentée[7].
L'autorisation d'utiliser le "Barsac" pour acheminer le nickel au Havre est délivrée par le sous-secrétariat d'État des Transports maritimes et de la Marine marchande le 20 décembre 1917.

Aucune nouvelle de Brest !

A partir de là, silence ! La question n'est plus abordée dans la correspondance jusqu'au 9 janvier 1918, date à laquelle Paris s'étonne du mutisme de la succursale de Brest. "Nous avons été surpris, l'avise-t-elle, que vous n'ayez jamais tenu au courant [Le Nickel] des mouvements de notre "Barsac" et du chargement de nickel que ce vapeur a pris ex-"Amiral-Halgan". C'est fâcheux et Le Nickel doit penser qu'il a de piètres agents à Brest[8]. Le "Barsac" est chez vous depuis le 1er janvier ; il est possible qu'il n'ait pas encore quitté votre port bien que, d'après l'usine au Havre du Nickel, il devait prendre la mer hier à midi, voilà donc 9 jours que vous vous occupez de cette cargaison de nickel et que vous n'en avez jamais écrit quoi que ce soit aux principaux intéressés. Notre Maison du Havre a certainement tenu au courant l'usine locale, mais ce n'est pas suffisant, car c'est toujours de Paris que Le Nickel vous a adressé toutes les instructions, c'est à lui que vous avez également écrit 25 fois il y a deux mois, c'était donc Paris que vous deviez tenir au courant directement." Même consternation dans une lettre au Havre : "Nous ne comprenons vraiment pas la négligence de la Maison de Brest. Pendant un moment, elle a correspondu avec Le Nickel presque tous les jours et, maintenant que le chargement est enlevé par notre vapeur et qu'il commence d'y avoir matière à correspondre, elle s'abstient de toute manifestation et si [vous n'aviez pas informé Le Nickel], il est probable que le "Barsac" serait arrivé au Havre, qu'il aurait terminé son déchargement et que le siège social du Nickel n'aurait eu vent de l'opération que le jour où il aurait payé notre compte de fret."
Ce mutisme va s'avérer lourd de conséquences, ainsi que Paris en informe Brest dans une lettre du 17 janvier : "Nous devons vous dire que la cargaison de nickel sur le "Barsac" n'était pas assurée. Une des raisons en est que le siège social du Nickel, n'ayant été avisé du chargement du bateau et de son départ de Brest qu'indirectement, par l'usine du Havre, et, par conséquent, nous croyons plus de 24 heures après le départ du navire de votre port, Le Nickel s'était dit qu'il était inutile d'assurer cette cargaison puisque, pendant le temps que dureraient les démarches et la régularisation de cette assurance, le "Barsac" serait déjà arrivé au Havre."

Le cargo "Barsac" et son chargement de nickel sombrent devant Le Havre

Le 10 janvier, Paris prévient Bordeaux que le "Barsac" a dû quitter Brest la veille, et qu'après son déchargement au Havre, le navire relèvera sur lest à destination de Barry Roads, où la succursale de Cardiff doit lui donner une cargaison de charbon pour Bordeaux.
Le 11 janvier, Paris signale à Cardiff et à Bordeaux que le "Barsac" a quitté Brest le 9, et n'est pas encore arrivé au Havre "aux dernières nouvelles".
L'annonce du torpillage du navire tombe le lendemain, 12 janvier, presque simultanément avec celle de la perte du "Château-Lafite". "Nous allions vous téléphoner cet après-midi, écrit Paris à Bordeaux, pour vous apprendre que "Barsac" avait été torpillé hier soir, à 14 milles du Havre, lorsque nous avons reçu votre propre communication au sujet du "Château-Lafite". Nous ne comprenons pas ce qui s'est passé à propos de ce vapeur. Jusqu'à 3 heures, on n'avait reçu aucun avis quel qu'il soit, puis, à 3 h 30, on nous a dit avoir enfin des nouvelles d'un sémaphore, prétendant avoir reçu du "Château-Lafite" avis que notre vapeur se "remplissait" ; ce mot n'existe pas dans le code télégraphique, ce n'est pas non plus par la télégraphie sans fil que ce message a pu passer, mais, en tout état de cause, nous sommes à peu près sûrs qu'il est arrivé un malheur à notre navire ; ces deux sinistres successifs qui nous atteignent nous ont accablés[9]." L'information est diffusée à toutes les succursales, dont celle de Cardiff : ""Barsac" a été torpillé hier soir, en face du Havre, malheureusement depuis, nous avons appris que "Château-Lafite" a été également coulé, au sud de Brest [5 milles au nord de Penmarch]. Cela fait en tout 10 navires que nous avons perdus depuis la guerre, c'est-à-dire plus de 50% de notre flotte[10]." "Château-Lafite" était l'un des plus gros vapeurs Worms, il approvisionnait régulièrement Bordeaux en charbon. Sa disparition n'a pas fait de victimes, contrairement à celle du "Barsac" qui a coûté la vie à 20 des 27 membres d'équipage.
La consternation est totale : "Nous sommes touchés à un double point de vue, comme armateurs et comme importateurs à Bordeaux, mais c'est le premier qui nous frappe le plus" ; "c'est une perte irréparable pour notre flotte".

Les suites

Jusqu'à la mi-mars, deux questions dominent la correspondance avec Brest : celle de l'acheminement au Havre du solde de la cargaison d'"Amiral-Halgan" (toujours selon les mêmes préoccupations : fer ou mer..., attribution d'une place à quai, recherche de matériel approprié...) et celle du chargement de retour d'"Amiral-Halgan".
Le 25 janvier 1918, les deux actes de délaissement des "Barsac" et "Château-Lafite", dûment signés et certifiés par un commissaire de police, sont envoyés au Havre.
Le 20 février 1918, une place à quai dans l'arsenal de Brest est attribuée à "Amiral-Halgan". Le solde de sa cargaison est déchargé et réexpédié le 23 février par wagons sur Le Havre tandis que "Amiral-Halgan", lesté de sable, repart vers la Nouvelle-Calédonie.

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Le problème qui se pose dorénavant concerne l'indemnisation de la perte du navire par l'État, et subséquemment celui posé par la non assurance de la cargaison par Le Nickel. Le 28 mai, Paris écrit à ce sujet au Havre : "Nous avons le connaissement[11] que vous nous adressez, à la cargaison de minerai de nickel chargée sur "Barsac". La question que vous nous posez est excessivement délicate, étant donné nos rapports avec la société Le Nickel. Elle l'est d'autant plus que, bien que nous soyons absolument dans notre droit, en réclamant le fret en question, il y a eu faute de notre Maison de Brest, car la société Le Nickel lui avait bien demandé de la tenir au courant de tous les mouvements du navire et de correspondre directement avec elle à Paris, ce que la Maison de Brest n'a pas fait et elle s'est contentée de vous tenir au courant pour que, de votre côté, vous fassiez le nécessaire auprès de M. Menvielle. La société Le Nickel pourrait donc peut-être prétendre que si elle n'a pas couvert la valeur de la cargaison et du fret, acquis à tout événement, c'est qu'elle ne savait même pas que le "Barsac" chargeait, puisqu'il y avait 2 ou 3 mois qu'elle n'avait pas reçu de lettres de Brest. En tout cas, nous croyons que le mieux est d'attendre que soit solutionnée une autre question beaucoup plus importante qui est le remboursement de la valeur de notre navire par le Commissariat au transports maritimes et à la Marine marchande. Si ce règlement est fait, conformément au contrat du 7 janvier 1918, nous croyons qu'alors nous pourrons avoir le beau geste et abandonner toute réclamation auprès du Nickel."
Le dénouement de cette double affaire est à rechercher[12] dans l'abondante correspondance que Paris a envoyée par la suite. A n'en pas douter, le litige qui a opposé la Maison à l'État dans le règlement du naufrage du "Barsac" a dû s'étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années. En l'absence de dates précises permettant de cibler les recherches, il conviendrait de passer en revue toute la collection des copies de lettres à compter de mai 1918, ce qui représente un travail considérable.

[1] Historique établi d'après les informations recueillies dans 17 volumes de copies de lettres envoyées par Worms & Cie Paris entre le 12 octobre 1917 et le 18 mars 1918 à ses divers correspondants, dont les succursales de Brest, du Havre, de Bordeaux, Cardiff et Dunkerque, ainsi que la société Le Nickel et le sous-secrétariat d'État des Transports maritimes et de la Marine marchande. Les courriers conservés dans les chronos de correspondance étant exclusivement ceux envoyés par Worms Paris ; aucune lettre expédiée par  Le Nickel n'y figure.
[2] Courrier du 12 novembre 1917.
[3] Courrier du 24 octobre 1917.
[4] Lettres des 19, 24 et 26 octobre, 12 et 21 novembre, 4, 13, 17 et 20 décembre 1917, et 2 janvier 1918.
[5] Information extraite d'une note retrouvée dans un maigre dossier consacré à la correspondance reçue en 1918 de la succursale du Havre.
[6] La valeur du "Barsac" assurée par l'État était fixée à 1.800.000 F.
[7] La nouvelle valeur du "Barsac" assurée par État est portée à 4.223.795 F.
[8] Née du rachat en 1911 de la Société brestoise de navigation, la succursale s'occupe principalement de réceptionner les cargaisons de charbon versées par "Barsac" et "Séphora-Worms". A en juger par les instructions que lui donne Paris, elle ne semble pas familiarisée avec les opérations de consignation de navires, telles celles qu'elle doit effectuer pour le compte d'"Amiral-Halgan".
[9] Le torpillage du "Château-Lafite" et les circonstances dans lesquelles la Maison a été "informée" de ce drame sont décrites dans une lettre au ministre de la Marine marchande du 13 janvier 1918 et plusieurs courriers adressés aux succursales du Havre et de Bordeaux  dans les jours suivants.
[10] La flotte avant les hostilités totalisait 22 navires pour un port en lourd de 37.755 tonnes.
[11] Malheureusement introuvable.
[12] En dehors de la consultation des archives détenues par l'Administration.

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