1986.12.00.De Worms & Cie.Note.Exposition documents historiques

Fondation de la Maison Worms en 1846

Établir la fondation de la Maison Worms en 1846 a de quoi surprendre et une telle affirmation mérite assurément des explications.

L'année 1848 n'a certes pas été choisie au hasard. Les faits marquants qui se produisirent à cette date, et parmi eux, la première affaire d'importation de charbon anglais, suivie de près par l'ouverture d'un bureau à Newcastle, sont effectivement des jalons déterminants dans l'histoire de la Maison Worms.

Il serait inexact de croire cependant que celle-ci est née de ces événements. Car, si la lettre, dans laquelle H. Worms expose dès 1848, son "intention de donner un très grand développement au commerce du charbon en France", témoigne de l'orientation commerciale qu'il donna à sa maison, elle ne peut être considérée pour autant comme son acte de fondation, contrairement à ce que l'on a pu penser.

La Maison Worms existait en effet depuis (au moins) deux ans déjà. Le copie de lettres commencé en 1846 en est la preuve. Il porte sur le négoce et la fabrication de plâtre dont H. Worms s'occupa jusqu'en 1852. De fait, lorsque celui-ci s'engagea à partir de 1848 dans les affaires de charbon, la création de cette nouvelle branche d'activité ne modifia pas la nature juridique de son entreprise.

Maison de commerce elle était à l'origine, maison de commerce elle demeura jusqu'en 1874.

En tant que telle, elle pouvait aussi bien servir de cadre au négoce du plâtre qu'à celui du charbon. Ces deux mentions furent d'ailleurs conjointement indiquées dans l'Almanach Bottin de Paris en 1851, quand H. Worms y fit figurer pour la première fois ses nom et profession.

Il apparaît en outre qu'aucun des établissements créés entre 1848 et 1851, autant à Newcastle, au Havre, à Rouen qu'à Bordeaux ne furent constituées sous le nom de Worms.

Il s'agissait soit de bureaux d'agent comme à Newcastle, par exemple, qui acquit le premier cette dénomination et le statut de succursale en 1851, soit de sociétés dont le capital fut en grande partie financé par H. Worms, comme la maison "Hantier et Mallet" qui bénéficia d'une autonomie relative jusqu'en 1881, date de son absorption par la maison Worms.

Aussi, voudrait-on faire remonter l'origine de la "société" Worms à la date de création de sa plus ancienne succursale, que l'on devrait l'établir en 1851. Mieux vaut donc convenir qu'H. Worms établit en 1846 un fonds de commerce de plâtre auquel il adjoignit en 1848, le négoce du charbon.

C'est par conséquent le 140ème anniversaire de la fondation de la Maison Worms que nous célébrons aujourd'hui.

Triple implantation en Angleterre

Newcastle (1848)

Le 8 et le 13 novembre 1848, deux steamers, le "Henry et Élisabeth" et "l'Écho" partis de Newcastle, mouillaient l'ancre dans le port de Dieppe. Leurs cales contenaient près de 500 ;000 K de charbon Carr Hartley et Blyth destinés à être vendus à deux maisons de Rouen.

Ce fait ne mériterait pas qu'on s'y attarde si les chartes-parties et les connaissements n'avaient été conclus pour le compte d'H. Worms.

Cette première affaire d'importation de charbon a pour origine le commerce de plâtre auquel H. Worms se livrait depuis 1846. Son négoce ayant en effet, peu à peu gagné les principaux ports de la côte normande, il désirait l'étendre à I'Angleterre.

Les frais de transport s'avéraient toutefois si coûteux qu'ils rendaient indispensable de trouver un fret de retour. Le charbon paraissait tout indiqué. Sa commercialisation dans la région rouennaise bénéficiait effectivement depuis août 1848 de l'ouverture de la ligne de chemin de fer Dieppe-Malaunay. De plus, par sa très bonne qualité, il pouvait s'imposer sur le marché français contre son homologue belge.

En revanche, son prix de vente élevé risquait de rebuter les consommateurs. H. Worms résolut ce handicap en traitant directement avec les propriétaires de mines. C'est ainsi qu'il put vendre sa première cargaison 10% moins cher que ses concurrents.

Un autre obstacle risquait de se poser encore. Pour être durable, l'entreprise devait disposer de sources régulières d'approvisionnement. H. Worms décida donc d'établir une succursale à Newcastle.

II confia cette mission à Arthur Pring qui prit ses fonctions le 19 décembre 1846.

Présentée tout d'abord comme un simple bureau, la Maison de Newcastle prit le nom de Worms et acquit le statut de succursale en septembre 1851.

Cardiff (1851)

L'importance croissante des marchés contractés par la Maison Worms, auprès des Messageries nationales et de la Marine de l'État notamment, soulevèrent dès 1851, la question de l'insuffisance des sources d'approvisionnement.

M. Rosseeuw fut chargé de la prospection. Il se rendit dans la région de Cardiff où était extrait du charbon de soute de plus en plus recherché. Les renseignements qu'il recueillit furent suffisamment prometteurs pour envisager d'établir à Cardiff même une succursale. Elle fut ouverte à la fin de l'année 1851.

Grimsby (1856)

5 ans plus tard, une troisième succursale fut créée, à Grimsby cette fois.

Ce port, d'où était expédié le charbon extrait dans la région de Hull, présentait le double avantage d'être peu encombré et bien équipé.

Afin de favoriser son développement, H. Worms ainsi que les Maisons Mallet et Grandchamp s'associèrent à des entreprises anglaises et constituèrent une société, l’Anqlo-French Steam Ship Cv Ltd.

H. Worms mit fin à ses intérêts dans cette société en 1858.

Grâce à cette triple implantation, la Maison Worms concurrença les entreprises britanniques sur leur propre terrain et devint l'une des premières sociétés exportatrices de charbon.

En 1857, le volume de ses exportations de charbon représentait 6% du volume global de l'Angleterre et 7% en 1871.

La place prépondérante que le commerce de charbon prit dans les affaires d'H. Worms amena celui-ci à abandonner progressivement ses activités dans le négoce de plâtre. Il cessa définitivement de s'en occuper en 1852.

Les Services maritimes

Dès 1854, M. H. Worms jugeait indispensable de constituer sa propre flotte. Sa décision était en grande partie liée à la formidable expansion que connaissaient ses affaires de charbon mais aussi, aux problèmes de transport qu'elles occasionnaient.

De San Francisco à Shanghai en passant par la Martinique, l'Afrique occidentale et Singapour en 1850, et de l'Amérique du Sud à Constantinople via Civitavecchia, Le Pirée, Smyrne etc. en 1851, la Maison Worms ravitaillait aussi bien la Marine de l'État, les colonies françaises, des compagnies maritimes américaines que les Messageries nationales et les marines de guerre russe et anglaise durant le conflit qui les opposa.

Or, les exigences des armateurs dont M. H. Worms affrétait les navires, la dépendance vis-à-vis des capitaines soucieux d'appareiller une fois les cales de leur cargo pleines, ne permettaient ni de pratiquer des prix fermes, ni de satisfaire l'impatience de la clientèle mais entraînaient en revanche, la constitution de stocks importants.

Les progrès accomplis par la navigation, soit sur le plan technique (remplacement de la roue par l'hélice), soit dans le domaine des liaisons maritimes (cf. en 1850, l'ouverture de la ligne Le Havre-New York au succès de laquelle la Maison Worms fut associée), influencèrent également M. H. Worms dans sa résolution de devenir armateur.

Les deux premiers navires, construits en Angleterre, quittèrent le port de Grimsby en 1856. Ils avaient pour nom "Séphora" et "Emma". D'autres leur furent rapidement adjoints.

Le but auquel H. Worms soumit l'exploitation de sa flotte consistait à la fois à livrer du charbon chargé à Grimsby et Cardiff dans les principaux ports français et à développer des lignes de cabotage drainant toutes sortes de produits entre la France et l'Angleterre et au-delà, vers les pays du Nord.

En 1882, l'absorption de la société Mallet dont la Maison Worms était commanditaire, modifia l'organisation des services maritimes. Les 12 unités qui composaient la flotte à cette date ainsi que les lignes de cabotage furent réparties entre les succursales du Havre et de Bordeaux. A la première, siège des services maritimes, incomba l'exploitation de la ligne Bordeaux-Le Havre-Hambourg ouverte en 1859 et celle de Bordeaux-Rouen, tandis que la gestion du service Bordeaux-Rouen créé en 1869, revint à la seconde. La concurrence sévissait âprement contre ces lignes, fleurons de la Maison Worms.

D'autres liaisons furent établies au départ de Bordeaux; vers Bremerhaven en 1880 et de là, vers Newcastle en 1882, vers Pasagès (en Espagne) et de cette ville à Rouen ensuite, vers Alicante enfin. Ces lignes ne donnèrent cependant pas les résultats escomptés. Aussi furent-elles souvent remaniées.

En plus du cabotage international complété en 1905 par la liaison Dieppe-Grimsby, des services furent créés à l'intérieur du pays : Nantes- Bordeaux, Nantes- Bayonne, Bordeaux-Bayonne et Le Havre-Brest.

A partir de 1911, Brest fut reliée à Boulogne et Dunkerque d'une part et à La Pallice et Bordeaux d'autre part.

Les deux guerres mondiales amputèrent la flotte de près de la moitié de ses unités réquisitionnées par l'État.

Les trente années qui les séparent furent une période d'expansion pour les services de cabotage national et international dont la Maison Worms fit l'une de ses spécialités.

Le rail et la route s'imposaient toutefois peu à peu obligeant les services maritimes à développer leurs activités de consignation, manutention et transit.

En 1956, les services maritimes et combustibles furent regroupés au sein de la société Worms Compagnie maritime et charbonnière. Celle-ci abandonna progressivement sa fonction d'armateur pour devenir l'agent de grands armements étrangers.

La succursale de Port-Saïd

La succursale de Port-Saïd représente dans le développement de la Maison Worms ce que fut à l'origine celle de Newcastle, c'est-à-dire une étape décisive.

L'histoire de cet établissement est étroitement mêlée à celle du percement du Canal de Suez. Elle la précède toutefois de quelques années. La Maison Worms en effet, approvisionnait déjà les dépôts charbonniers des Messageries maritimes et les chemins de fer égyptiens, avant de devenir en 1865, le fournisseur exclusif de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, présidée par Ferdinand de Lesseps, et, des entrepreneurs chargés du creusement.

Les travaux accrurent la consommation de charbon à un point tel que M. H. Worms résolut de s'installer sur place. Il confia cette mission à M. Rosseeuw, son plus proche collaborateur, qui vint en Égypte en juin 1869. En plus des nombreuses démarches administratives qu'impliquait l'obtention des autorisations nécessaires, M. Rosseeuw dut organiser la réception des 8 000 T de charbon prévues pour les fêtes de l'inauguration qui se déroulèrent en novembre 1869.

Si l'importance prise par le Canal dans le trafic maritime mondial a largement confirmé l'esprit d'initiative d'H. Worms, la rareté des navires qui s'y aventurèrent durant les premiers mois encouragea le pessimisme ambiant.

La succursale surmonta l'épreuve du temps. En 1872, elle livrait près des 3/4 du charbon employé par les navires en transit ; quantité portée 20 ans plus tard, à 500.000 tonnes soit la moitié du tonnage embarqué dans le port.

Cette expansion fut plus particulièrement l'œuvre d'un homme, M. H. Goudchaux. Il renforça la succursale contre la concurrence de plus en plus rude à mesure que le trafic augmentait, en passant de nouveaux contrats avec d'importantes sociétés dont les Herring et les Burness de Londres (en 1871) et la Nippon Yusen Kaïsha (vers 1896). Il étendit sa clientèle aux marines d'Angleterre, d'Autriche-Hongrie, d'Italie, de Russie et du Japon.

En 1887, la Maison de Port-Saïd fut à l'origine d'une innovation qui permit de réduire la durée du transit. Elle loua aux navires de puissants projecteurs qui rendirent la navigation de nuit possible et la circulation plus fluide.

Dans la dernière décennie du 19e siècle, M. Goudchaux orienta les affaires de la succursale vers un nouveau marché, le pétrole, qui devait influencer l'évolution de la Maison toute entière.

Vers cette époque en effet, la société Marcus Samuel & Co cherchait à faire transiter par le canal des navires-citernes transportant le pétrole en vrac. M. Goudchaux accepta d'apporter sa caution financière à l'entreprise. Ces accords unirent le destin des deux maisons. Worms et Cie devint l'agent de Samuel en Égypte. Et lorsqu'en 1897 celle-ci créa la Shell, elle demanda à Worms et Cie d'être son agent à Marseille, Port-Saïd et Suez et lui confia le monopole de la vente du pétrole au Soudan et en Égypte.

Le rôle de la succursale "dans le commerce de l'or noir était tel qu'au début du siècle le bidon de pétrole s'appelait un Worms".

Les Chantiers de Constructions maritimes du Trait

Le gouvernement par la voix d'Anatole de Monzie, sous-secrétaire d'État à la Marine marchande, fut l'instigateur de la création des chantiers navals. Dès 1916, des industriels furent intéressés au projet de reconstitution de la flotte des navires marchands, en grande partie décimée par le torpillage des sous-marins allemands.

L'année suivante, la Maison Worms donnait forme à cette initiative en fondant au Trait (Seine maritime) les Chantiers de Constructions maritimes. La direction était assumée par Georges Majoux.

En plus des ateliers, une cité ouvrière de 800 logements, l'une des premières du genre, fut édifiée et une école d'apprentissage ouverte.

Le lancement du premier bâtiment, le "Capitaine-Bonelli", un cargo charbonnier, eut lieu en 1921. En l'espace de quatre ans, 24 navires furent mis à flot, et en 1939, 100 unités avaient quitté les cales des Chantiers du Trait pour prendre la mer dont en 1933, le "Théodore-Tissier", premier navire de recherches océanographiques et en 1935 le "Shéhérazade" qui était le plus grand pétrolier de France.

D'autres activités furent conjuguées avec la construction maritime telles que la grande chaudronnerie et la fabrication de matériel pour l'industrie pétrolière.

Les bombardements de la guerre de 1939-1945 portèrent aux Chantiers un coup presque mortel. Des 36.000 m2 couverts par les installations à peu près rien ne subsistait.

L'effort de reconstruction fut entrepris avec tant d'acharnement qu'en 1948, toutes traces de cette terrible catastrophe avaient disparu. La superficie occupée par les chantiers avait été portée à 56.000 m2 et les services de fabrication réorganisés pour permettre un travail plus performant.

L'année 1945 vit se produire un changement dans le statut juridique de l'entreprise. Celle-ci devint indépendante sous la forme de société anonyme et la raison sociale : Ateliers et Chantiers de Seine maritime (ACSM).

Issus de la Première Guerre mondiale, dévastés par la Seconde, les Chantiers du Trait ne purent surmonter l'ultime épreuve que représenta la crise de 1961. L'Etat essaya d'y remédier, en 1966, en ordonnant la fusion-absorption des ACSM par les Chantiers navals de la Ciotat et les Ateliers et Chantiers de Provence. Mais cette décision ne fit que reculer l'échéance.

Toute activité cessa définitivement le 31 décembre 1972.

Durant les 50 années de leur histoire, les Chantiers du Trait construisirent 179 unités civiles et 23 bâtiments de guerre. En tout 202 navires.

De la création des Services bancaires en 1929

à la nationalisation de la Banque en 1982

La création des Services bancaires a entériné une situation patente depuis la fondation de la succursale de Port-Saïd en 1869.

H. Worms prévoyant en effet que le transit par le canal de Suez des bateaux à vapeur entraînerait un mouvement de fonds et des opérations de banque considérables décida que sa succursale s'occuperait des affaires bancaires. De ce fait, lorsqu'en 1881 fut constituée la société "Worms, Josse & Cie", la mention : "opérations de banque et de change national et international" vint compléter l'objet social.

Jacques Barnaud, ancien inspecteur des Finances, fut l'un des principaux artisans de la création du département bancaire.

Il entreprit en 1928, à la demande d'H. Worms, une étude sur l'opportunité qu'il y aurait à traiter pour la clientèle de la Maison, les opérations d'escompte, de crédit, d'avances sur les marchandises de change, etc. L'affaire fut engagée l'année suivante avec les capitaux de la société.

Banque commerciale tout d'abord, elle se transforma sous l'impulsion de G. Le Roy Ladurie notamment, en banque d'affaires.

Le souci de donner une plus grande sécurité aux clients durant la guerre de 1939-1945, amena la création de succursales hors de la zone occupée : à Marseille en 1940 et à Alger en 1942.

En 1946, une agence fut ouverte à Casablanca et à partir de cette date, le réseau des succursales bancaires s'étendit tant en France qu'à l'étranger.

Nous retiendrons de l'histoire de la Banque au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, trois événements principaux :

Le 1er janvier 1965, naissance, par l'apport des Services bancaires, de la Banque Worms et Cie, société en nom collectif, devenue société anonyme le 30 mars 1967.

Puis, durant cette dernière année, d'une part :

- prise de participation dans le capital de la Banque par la Bank of Scotland et la Bank of London and South America, suivie en 1968, par la Philadelphia National Bank, puis par la Hessische Landesbank de Frankfort

et d'autre part :

- fusion avec Sofibanque-Hoskier et la Banque industrielle de financement et de crédit.

Enfin, le 11 février 1982, date de la nationalisation de la Banque.

Évolution de l'acte social de 1874 à 1895

  • 1874 - Transformation de la maison de commerce initiale en société en nom collectif, dénommée "Hypolite Worms et Cie" et formée entre H. Worms et son associé, H. Josse. Le siège social est situé à Paris, au 7, rue Scribe, où les bureaux furent transférés en 1865.

objet :

Armement et commerce de charbons, pour la continuation des opérations de la Maison fondée par M. H. Worms, à Paris, au 46, rue Laffitte.

  • 1881 - La raison sociale est changée en "Worms, Josse et Cie".

Le siège social est situé au 45, boulevard Haussmann depuis 1877.

objet :

Armement de navires et bâtiments de navigation et de transport de toute espèce, le commerce de charbons, les opérations de banque et de change national et international ainsi que tous autres genres de commerce ou d'industrie que les associés jugeront convenables d'y joindre et plus spécialement pour la continuation des opérations de la Maison Worms et Cie.

  • 1895 - La société "Worms et Cie" est constituée.